CHAPITRE X
Pix)jel de retour chez les Medjourtines. — Difllcullés nouvelles. — Las- Mahàn. — Bender-Gahàm. — La Sélid. — Sous les damas à Oulad. — Rixe parmi mes gens. — Aux J>ords du Mélo. — Remarcjues (|ue me suggère Tenterrement d'une bédouine. — Our-Lebé. — Comment les montagnards traient les vaches. — Mine de plomb argentifère. — Les hostilités nous coupent la route vers Méninguel. — El-Did. — Farah part pour Bender>Gàsem. — Durduri. — Mauvaise réception. — Mes projets entravés. — Doftilë ou Ras-Frengi. — Heudramoudj. — Désertions. — L*amulette de gai loi. — Retour forcé à Lasgoré.
Je me repose quelques jours, prenant mes dispositions pour regagner le Darror en retournant vers l'est chez les Medjourtines.
J'espérais que les pluies abondantes qui tombaient depuis un mois, ayant mis fin à l'affreuse sécheresse qui causait une si profonde misère lors de mon incursion chez les Medjourtines à Our Alet, il me serait permis cette fois peut-être de m'enfoncer plus avant.
Je décide donc mon départ de manière à atteindre Tarène de Méninguel en passant par le petit port de Gahàm, Ouadi-Sélid, Ouadi-Mélo et le grand cirque
qui s'étend derrière les villes de Duduri et d'Alleyah aux pieds des monts Almédo.
De nouvelles difficultés surgissent lorsque je veux me procurer des chameaux , et mon aban HamediMahmoud, gâté sans doute par mes largesses, profite de chaque entrave apportée aux négociations, pour me demander quelque chose de plus.
Mon chamelier me tient en suspens pendant quarante-huit heures, et au dernier moment, quand il arrive avec ses bêtes, malgré nos conventions, elles n'ont point de selles, pas de cordes, et je dois subir les mêmes ennuis et les mêmes discussions qu'à Fararalé.
Enfin nous sommes en route ; en dehors de nos serviteurs et de nos guides, cinq hommes forment mon escorte, car je compte me procurer un personnel plus nombreux une fois rentré chez les Medjourtines.
Notre caravane avance lentement dans les sables qui forment l'arène de Lasgoré : à un instant môme. les unes refusent de marcher, se roulent et se dépaquettent.
Mon aban s'emporte, et au lieu d'adresser les reproches qu'il mérite au chamelier qui nous a fourni ces deux rossinantes, il tourne sa colère vers moi. <( Je n'ai pas pris, dit-il, assez de monde; ma suite » est insuffisante, et si je crois que c'est lui qui va » recharger mes bêles, je me trompe. » Bref, il finit par me jeter ses deux lances aux pieds, en déclarant qu'il ne veut point consentir à m'accompagner dans
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A. Uana. 1,300- alllt.
^s hauts plal) ', sur ies s(Ht Seuls, les a
de semblables conditions, indignes d'un guerrier.
Je suis obligé de subir en silence celte incartade, car je ne puis me passer de ce Mohamed , à la fois mon guide et mon protecteur ; donc nous devons nous arrêter à quelques kilomètres de Lasgoré, et j'envoie Farah au village me chercher quelques hommes de renfort.
Ils arrivent au milieu de la nuit, et nous nous remettons en route dès l'aube.
Nous passons le lit, à sec en cet endroit, du Sabé , puis la grande lagune de Las-Mahàn ou Lasmahân.
De nombreux tumuli jalonnent les deux rives el jonchent le sol environnant. Partout, çà et là, de nombreux puddings de coraux et de coquillages nous indiquent jusqu'où la mer atteignait autrefois.
Nous contournons Bour-Gahàm. Devant nous s'ouvre une grande arène aride et déserte, au pied du Dabeïchen que couronnent dans le sud les sommets du Goudjilin, voisin de Mana, et attenant à la grande chaîne Almédo.
Je marche sans mot dire à personne ; je me sens ù bout de force morale au milieu de tous ces sauvages qui me mangent littéralement la laine sur le dos et dont je suis obligé néanmoins de toujours supporter les exigences et les grossièretés.
Nous arrivons à Gahàm, misérable village de dix huttes avec un fortin et une mosquée. Nous campons dans une lagune desséchée qui s'étend derrière la ville.
J'essaie de prendre quelque repos; mais en nous
établissant sous les ombrages d'un addé^ nous sommes par mégarde tombés sur l'emplacement d'une fourmillière, et je me réveille bientôt en proie aux désagréables piqûres de ces insectes dont mon vêtement était déjà tout couvert.
Mon aban est un peu revenu de sa mauvaise humeur, et j'en profile pour combiner avec lui mon
rumiiluR A Lasmah.'in. pria Limirort.
itinéraire de manière à le rendre intéressant avnnl d'atteindre Méninguel.
Nous devons voir en passant au pied d'Almédo, à la source de Durdur-Mélo, les filons supérieursd'une mine de plomb, si je m'en rapporte à la description <[ue m'en font les indigènes.
Mous re|)arlons, doublant Dabeïchen. Partout nous rencontrons<le nombreux tumuli gallas. Sur certains emplacements, des sépullui-es, des tumuli et des
amas de pierres carrées, avec quatre pierres levées, attestent le passage des anciennes peuplades.
Nous rentrons dans le grand cirque formé par Bender-Gahàm à Test, Bour-Habara au nord-est , et Mana à l'ouest. Dans les brumes se perd le point culminant d'Hial, attenant au sud à la chaîne d'Almèdo.
Nous sommes dans la vallée de la Sélid; quelques ruisseaux qui s'y déversent nous offrent un peu d'eau . Dans l'un d'eux, jaillit au milieu des joncs la source de Kalil.
Nous faisons halte à Las-Mehien aux abords d'un gourgui. Là, la Sélid se divise en trois branches qui vont se perdre à la mer sur trois points dits : Gabanlé, Chimir-Chimir, etBarouèniou Heudramoudj.
Dans le haut de son cours, que nous allons atteindre, la Sélid s'appelle Oulad; dans le milieu, Falon- Falo; à son embouchure, le petit delta constitué par les trois branches s'appelle Garialé.
Nous subissons pendant la nuit un violent orage. Les éclairs déchirent le ciel et nous laissent parfois entrevoir les escarpements de la montagne; les roulements du tonnerre qui éclate au-dessus de nos têtes, sont, avec fracas, longtemps répétés par l'écho.
Dès l'aube, nous nous remettons en route. Nous remontonsle cours de la Sélid. Ses eaux,à Oulad, coulent au milieu de roseaux et de grands damas; quelques
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bandes de menu fretin essaient de lutter contre le courant, et de grandes libellules font miroiter leurs ailes métalliques aux rayons du -soleil levant.
Les stèles blanchies à la chaux d'un cimetière çomali, de grands tumuli desquels surgissent des euphorbes arborescents ajoutent encore au caraclèrc pittoresque de ce paysage.
Quelques palmiers, plantés çà et là autrefois par un Arabe, Abdi-Fatah, qui essaya d'initier les bédouins à la culture de ces terrains arrosables, porteni, en guise de régimes de dattes, les longues grappes de baies des lianes.
J'étais absorbé dans la contemplation de ce ravissant paysage, lorsque des cris provenant de ma caravane me rappellent bien vile de son côté.
Deux de mes hommes d'escorte, à la suite d'une discussion, en sont venus aux mains et l'un d'eux a porté à son adversaire un terrible coup de massue qui lui a presque fracassé la mâchoire.
Mon aban a eu toutes les peines du monde à séparer les combattants. Je me garde d'intervenir dans ce différend qui nous force à nous arrêter, pour constituer une sorte de tribunal que mon aban et mon chamelier président.
L'agresseur est congédié de mon convoi, et Ton ne conserve le blessé que pour le confier aux soins du premier gourgui que nous rencontrons, en attendant qu'il soit ca|>able de prendre la revanche qu'il se promet.
Nous nous dirisreons ensuite sur Our-Î.ebé, Iraver-
sanl une grande arène, laissant Mana à Touesl, et nous doublons une petite série de mamelons.
Mn face de nous, dans le fond de la vallée, un |)elil pic rose se détache sur le fond noir des montagnes d'Almèdo; cVst le pic de Faro.
Partout, çà et là, nous rencontrons des liions de quartz, d'ardoise et de micaschiste qui indiquent un terrain volcanique.
Un grain violent nous surprend au moment même où nous nous arrêtons sur les bords du Mélo. Ce ruisseau descend sur Durduri, après s'être grossi de (|uelques affluents.
Des bédouins enterrent une femme. La morte est cousue dans son vêtement de peau; la fosse ajuste la largeur du corps, et le fossoyeur en train de la creuser ne s'arrêtera que lorsque, en se relevant, les bords de la tombe arriveront à la hauteur de son sein. Une fois le cadavre placé dans le fond de cette sépulture, on le tassera avec soin avec de la terre et des pierres, pour empêcher les hyènes de venir le déterrer.
Je remarque que l'on enlève ces pierres à quelques tumuli voisins. Je note ce fait parce que j'ai rencontré nombre de tombes çomalis sur des tumuli mômes. Ce qui prouve que les bédouins n'ont point, malgré leur fanatisme, une aussi grande répugnance qu'ils le disent à toucher ces vestiges des kofri, ou chrétiens d'autrefois.
Un doute s'est élevé en moi à ce moment au sujet de ces amoncellements de pierres. Sont-ce bien des
sépultures? me disais-je. En les dclruisanl ainsi, les bédouins n'auraient-ils pas trouvé des ossements et les auraient-ils consciemment môles aux restes de leurs propres morts?
Je n'ai pas été assez heureux dans la suite pour éclaircir cette question , mais des découvertes postérieures m'ont convaincu que quelques-uns au moins de ces tumuli avaient bien recouvert ki dépouille mortelle des premiers habitants des pa\s çomalis.
Des entablements de rochers nous servent d'abris pour la nuit. Au milieu de mon sommeil, mes guides me réveillent : quelques coups de feu tirés dans le voisinage leur ont donné l'alerte, et nous ne tardons pas à apprendre que ce sont les Medjourtines qui viennent d'enlever un troupeau.
J'ai toutes les peines du monde à retenir mes hommes que les bédouins veulent entraîner avec eux à la poursuite des maraudeurs.
Pour nous rendre de Mélo àGebel-Koloù setrou\e la mine que mon aban veut me faire visiter, nous laissons à l'est le pic de Faro et suivons le lit de la rivière au milieu d'un site splendide qui rappelle tout à fait les ruisseaux des Pyrénées. Les branches des damas gigantesques qui ont poussé, enchevêtrées les unes dans les autres, forment une sorte de voùle impénétrable aux rayons du soleil.
Malheureusement le sol volcanique, dépourxu partout de terre végétale, arrête l'élan de celle superbe végétation. Pas une herbe line ne tapisse
les rochers, pas une plante ne vient émailler du coloris de ses fleurs le ton noirâtre des rochers.
Quelques heures de marche nous amènent au milieu d'un campement de Ouarsanguélis qui gardent, armés jusqu'aux dents, un superbe troupeau de vaches. Ils nous reçoivent sur la défensive, mais consentent à nous vendre du lait.
J'observe alors pour la première fois comment les bergers s'y prennent pour traire leurs bêtes à demi sauvages. Us ont étendu sur un grand triangle en bois une peau de veau. Quand ils veulent approcher la vache dont les mamelles leur paraissent les plus pleines, ils l'amorcent au moyen d'un peu d'herbe, puis lui présentent ce morceau de peau. La bête se met à le lécher avec une sorte de frénésie. Pendant ce temps, il est facile à un enfant de s'approcher d'elle et de la traire, ce qu'il fait d'ailleurs avec beaucoup d'adresse.
F^es ressautsd'énormes monolithes de granitnoiret blanc nous servent de refuge contre un nouvel orage.
J'y laisse mes bagages à la garde de mon aban et de mes serviteurs, puis, suivi de deux midgans, je gravis les flancs de la montagne pour atteindre le point où apparaissent les filons du minerai dont on m'a parlé.
Je rencontre, avant d'v arriver, des filons de barvte mélangée de quartz formant des grandes raies blanches presque verticales.
Aux parois des rochers, çà et la, se montrent quelques grains de galène de plomb.
Enfin nous atteignons la source de Durdur-Mélo; tout auprès courent des filons de même nature dans lesquels scintillent la galène enchâssée dans le quartz.
A certaines places, les naturels en ont brisé quelques morceaux, sans poursuivre plus avant dans le sol leurs recherches.
La direction de ces filons va du nord-est au sudouest et leur inclinaison est de GÙ". A l'aide de mon marteau de minéralogie, je ramasse des échantillons et je descends en partie le lit du ruisseau, pourvoir si je ne trouverais pas d'autres indications géologiques sur ses bords profondément ravinés.
A un point, mes guides me montrèrent, sous un berceau de verdure, la place où s'était étiré, au sortir de son bain, un lion superbe, à en juger par les traces qu'il avait laissées, en labourant le sol de ses griffes. Cette bêle sème la terreur dans le pays depuis longtemps, et quand ses rugissements annoncent son approche, les malheureux bergers n'osent même plus bouger. Elle a fait dans tous les troupeaux de la région les plus grands ravages.
A entendre mes deux midgans, j'aurais certainement passé pour un dieu si l'occasion m'avait été fournie de les débarrasser par une balle explosible de cet ennemi dangereux et comme invisible. Nous regagnons mon campement. Mon aban y préside un conseil de bédouins qui se promettent pour le soir même de prendre une revanche de l«i razzia d'hier, chez les Medjourtines.
Il ressort de leur conversation comme de mes observations, que nous sommes très près de Méninguel. Puisqu'il en est ainsi, j'engage Hamed à me conduire directement vers ce point. Mais il objecte que nous ne pouvons, sans de grands risques, passer dans la tribu des Medjourtines, avant d'avoir un nouvel aban de cette tribu. Il est plus prudent, vu les hostilités, de nous rapprocher de Durduri, d'Alleyah, et d'envoyer mon serviteur Farah à Bender-Gàsem me chercher un chef de caravane, pendant que nous visiterons Ouadi-Mélo.
Nous levons le camp et nous traversons l'arène de Our-Lebé, remontant vers le Nord.
Un site charmant mérite attention : c'est celui de El-Did; eau courante, grands palmiers, lombes çomalisavec leurs grandes stèles blanches, et tumuli ombragés de quelques palmiers, forment un ensemble ravissant, doré par les reflets du soleil couchant.
Nous nous arrêtons non loin de là, à Bour-Déro, {montagne des ga{elles)^ à côté d'un campement de nomades, pour que je puisse dès le lendemain faire quelques photographies.
Je n'ai pas de peine à décider mon fidèle Farah à se rendre à Bender-Gàsem. Je le charge de demander à Mohamed Noûr, pour lequel je lui remets un cadeau, de m'accorder libre passage vers l'est. Maintenant que les pluies ont dû modifier la situation
désolée du pays, qui senaîl de prétexte au chef çomali pour arrêter autrefois ma marche à Tigieh, peutêtre céderait-il, surtout si Farah décidait un personnage influent des Medjourtines à venir s'adjoindre à Hamed. Les escarmouches de ces jours-ci rendent bien la route quelque peu difiicile, mais Farah n'écoute que les désirs de son maître, et le voilà parti.
De Bour-Déro, nous descendons Ouadi - Nfélo, grande vallée aride et déserte; nous passons le point de Kallas, petit mamelon sur le bord même de la rivière, et au bout de quarante-huit heures nous atteignons Durduri.
Durduri est un village pauvre, sans ressource aucune. Je remarque dans le cimetière qui est situé derrière la ville, quelques tombes dont les pierres levées sont surmontées de boules énormes qui donnent à ces sépultures le cachet de celles qu'on observe en Turquie et dans tout TOrient.
A peine sommes-nous arrivés et installés dans une misérable hutte, que les naturels Tenvahissenl et exigent avec insolence un droit de bienvenue. Durduri appartient à la tribu des Ouarsanguélis, et j'ai déjà été assez pressuré de tous côtés par le chef de celle tribu pour avoir le droit de ne point céder aux prétentions de ses sujets. Mais toute résistance serait inutile et je dois satisfaire la cupidité des habitants, si je veux voir respecter mon matériel.
Deux chefs medjourtines, Chiroa Shermarka el
Mohamed Ouès, se trouvent précisément à Durduri, et d'après leurs affirmations Mohamed Noiir a dû aller à Berguel auprès de Noûr Osman, son père , pour concerter avec lui une attaque sur AUoula. 11 ne reviendra pas à Bender-Gàsem avant un mois. Les nahoudas de trois boutres qui arrivent sur rade confirment ces assertions, en présence desquelles mon aban Hamed s'obstine dans ses refus, ne
voulant à aucun prix se hasarder seul vers Our-Alct. .ressaye alors d'engager précisément les deux chefs medjourtines à nous y escorter; pour toute réponse, ils me gratifient de leur sourire le plus ironique.
Il m'est facile de pressentir que mes projets vont de nouveau se trouver entravés. Mais j'attends avant de prendre une décision le retour de Farah, et pour ne pas rester plus longtemps à la merci des naturels de Durduri, je décide d'aller camper au pied de Doftiléou Ras-Frengi(i)(le cap des blancs); de lu, je ravonnerai dans Ouadi-Sélid.
Au moment de se mettre en route, mon aban et mon chamelier me demandent de rester à Durduri pour pouvoir prélever leur part sur le aschour qu'on va exiger des boutres, dont deux sont chargés de provisions pour ravitailler un comptoir arabe.
Ma caravane traverse la lagune qui s'étend à l'ouest du village; tout près, nous remplissons nos outres à un puits d'eau saumâtre.
(1) Fi'engi est le terme qui sert aux indinr^ncs pour désigner tous les hiancs en {général.
Après avoir couru de grandes steppes arides, nous arrivons devant ce fameux mamelon que les naturels désignent sous le nom de Bour-Frengi. Je ne puis recueillir d'autres explications sur Torigine de cette appellation, que celles que mes guides m'ont données jusqu'à cejoursurles vestiges attribués à l'occupation des Gallas et des Kofri.
Au sommet de la colline, les murs d'une enceinte en pierres sèches dessinent les contours d'un petit plateau. Je ramasse bien quelques fragments de poterie détériorés par les pluies, mais pas d'autres indices remarquables. Je dois cependant noter dans la petite crique aux pieds même du cap, un anneau en fer scellé dans le rocher. Deux ou trois tumuli seulement se dressent aux abords de cet ancien campement.
Nous stationnons peu à Bour-Frengi. Mes hommes, qui m'ont rejoint, affectent sans doute de nous rapporter les nouvelles de rixes constantes entre les Our-Lebé et les Mcdjourlines à Dagaûn; ils objectent à mes projets des difficultés sérieuses, l^ne discussion nouvelle s'engage. Il n'y a pas d'eau à Doflilé, où je voudrais rester, pas un gourgui voisin |)our avoir du laitage. Nous allons forcément regagner Lasgoré, et je verrai, suivant la réponse que m'apportera Fanih, quelle résolution nouvelle j'aurai ù prendre.
Je marche isolé de ma caravane, vraiment exaspéré par toutes les contrariétés que je supporte depuis si longtemps. Pensif, gardant un silence absolu vis-
à-vis des deux guides qui m'escortent, et portimt moi-môme mes instruments^ je poursuis ma route, accablé par une amère tristesse.
On ne saurait croire dans quelle horrible lassitude vous plonge cette lutte de chaque jour et de chaque heure, contre la rapacité, le manque de bonne foi et Thypocrisie de ces gens rusés et méfiants. Trompé par une sorte de mirage, on va de déception en déception. Le souvenir du devoir à remplir vous aide seul à vous relever après tant de chutes, et peut seul empêcher Tespoir et le courage de défaillir complètement.
Nous passons* Gabanlé, bras de la Sélid, puis Chimir-Chimir, et nous atteignons llendramoudj.
Heur-Hendramoudj était une ancienne ville du littoral, aujourd'hui délaissée; il ne reste plus aux abords d'une lagune qu'un petit fortin en pisé.
Nous nous dirigeons de là, vers quelques gourguis dont la fumée blanchâtre s'élèNcen colonnes droites, qui indiquent à la fois et une chaleur torride et le manque absolu de la moindre brise.
Je m'arrête là au pied d'un arbre, vaincu par la fatigue que rendent encore plus dure les souffrances morales qui me torturent.
Ma caravane me rejoint, elle n'est plus composée que de trois hommes et de mon serviteur: tous les autres, payés d'avance, comme on Ta toujours exigé de moi, ont déserte pour retourner dans les montagnes.
On m'amène à la tombée de la nuit une malheu-
rru^* femme <(ui \ienl clêlfc |>ic|uêc par un ser|>cnL au moment où elle rentrait ses chèxres. Je la caulcrisiii de mon mieux avec de Taeide phénique, mais les béilouins î^^noi'iinls n'ajoutaient |K>int autant de eonlianee dans mon remède que dans les elTels empii'ic|ues du fralloL sorte de corde en écorce darbre mâchée, dont on entoura en plusieurs eiulroils. la jambe de la malade, en lui suspendant au cou un siichet confectionné a\ec le même textile.
Je consiicrai deux jours à photoji^raphier et à relexer les tumuli qui se dressent tout autour de IkMuler-Ciahàm et de Las-Mahàn, avant de regagner Lasiioré. où de nou\ elles diflîcultés mattendaient.
Là. m:>n chamelier, engagé cependant pour un mois à mon ser\ice. se prétendit libre, puisque nous n'axions pas continué notre roule sur Our-Alel; il emmena donc ses l>etes dans Tintérieur, prélextanl que les environs n'offraient aucun pâturage.
De telle sorte que j'allais me trou^er dans la nécessité, lorsque Farah reviendrait de Bender- Ciàsem, d'organiser à nou\ eaux frais tout une aulre caravane.