SLR LES RÉGIONS QUE J'AI PARCOURUES
Divisions générales. — Cours d*eau. — Pormalton du sol. — Climat. — Géographie physique. — Faune et Flore. — Population. — Aptitudes. — Chasse aux autruches. — Pathologie. — Salutations. — Marques de déférence. — Serment. — Hospitalité. — Rixes et discussions. — Vol et bri;^andage. — Mariage. — Condition de la femme. — Divorce. — Entérinement. — Sépulture. — Respect des morts. — Religion. — Superstitions.
— Légendes des serpents. — Le biberon çoniali. — Costume. — Parures et bijoux. — Armes. — Engins de pèche. — Opérations chirurgicales
— Nourriture. — Ustensiles et accessoires de cam|)ement. — Gourguis et habitations. — Divisions et clans.
Les tribus çomalis que j'ai visitées forment la pointe extrême du nord-est de l'Afrique, terminée par le cap Guardafui et baignée par les eaux du golfe d'Aden et celles de l'Océan indien.
On peut diviser cette région en trois parties : le littoral, où sont les villes ou bender; les hautes montagnes qui le longent, et l'intérieur, grand plateau couronné aussi par de hautes montagnes, où vivent les nomades avec leurs troupeaux.
Le littoral est généralement une bande de sable interrompue seulement en quelques endroits par des escarpements à pic.
La végétation se compose de plantes marines, d'acacias et autres arbres épineux.
La mer, qui arrivait autrefois jusqu'au pied des montagnes, a laissé les traces de son occupation par de nombreux puddings de coquillages qui jonchent le sol.
En quelques endroits de la côte débouchent de faibles filets d'eau. Cette eau est saumâtre, parfois jusqu'en remontant à quatre ou cinq milles dans l'intérieur.
On y rencontre, et ce sont les plus nombreuses, les embouchures de torrents desséchés pendant une grande partie de l'année, qui coulent à pleins bords au moment de la saison des pluies. Leur parcours est assez long, leur pente rapide.
Les matériaux, troncs d'arbres et blocs de rochers énormes qui les encombrent, dénotent la violence du courant à l'époque des grandes averses.
On trouve dans leur lit des sources ou de l'eau à peu de profondeur; mais ces emplacements sont rares et depuis des siècles servent de stations aux caravanes et aux nomades, à en juger par lestumuli de toutes formes ou vestiges semblables qui les avoisinent.
Dans presque toutes les villes du littoral sont creusés des puits donnant une eau potable.
Les montagnes sont généralement de formation calcaire. Les couches du terrain , régulièrement superposées, impriment en certains points aux chaînes de l'intérieur l'aspect du canevas d'une carte en relief. Ces stratifications sont de même nature que celles qu'on voit sur toutes les côtes de la mer Rouge.
Nous trouvons jusqu'à de très hautes altitudes, dans les monts des Ouarsanguélis surtout, des soulèvements argileux et crétacés, jonchés de fossiles, recouverts en maints endroits d'une légère couche de sulfate de chaux cristallisé.
Les gorges du Togouèni, l'entrée du Khori, le pied du Karoma, les environs d'AUeyah, la région d'Ourlebé, nous offrent des traces d'érosions et de soulèvements volcaniques.
La vallée de Medlôo, semblable à un immense cratère qui a plusieurs lieues carrées, paraît avoir le plus souffert de ces bouleversements, au milieu desquels dominent la limonite, le granit blanc, gris et rose, et les basaltes.
Rien n'est plus curieux pour le voyageur que de voir de loin, sur les coupes du terrain raviné, ces soulèvements noirâtres ou ferrugineux, tout auprès de grès ou d'argile lavés par les eaux, qui forment le contraste d'un tas de charbon ou de minerai de fer, à côté d'un tas de chaux.
C'est au milieu des terrains volcaniques de Rasel-Hamar que jaillit la source d'eau chaude de Bio KoloUa, dont la température moyenne atteint 37°.
Il y a dans la région des Ourlebé, au pied même des monts Almèdo, des filons de barjie et de plomb argentifère. Les naturels m'avaient bien indiqué dans les environs d'AUeyah, et précisément dans la région voisine de celle où je me trouvais, la présence du cinabre et du mercure, mais je n'ai pas eu occasion de vérifier ces assertions.
Dans les plaines de Bar-Hâm, chez les Ouarsanguélis, le sol est formé de couches de gj'pse emplàtrées d'argile, qui forment en plusieurs endroits des mamelons assez élevés. J'ai trouvé dans le lit de la Guebi, à côté de ces mêmes couches gypseuses, des filons de talc assez importants.
Dans toutes les tribus que j'ai visitées, il n'y a aucune culture; cela lient beaucoup à la paresse incarnée des naturels, à la nature du sol aussi, qui manque de terre végétale; sol pierreux, que la sécheresse transforme en un véritable désert.
Parfois, dans ces grandes steppes de l'intérieur de la Medjourtine, pas le moindre arbuste ne sort de lerre. Les cailloux sont recouverts d'une couche siliceuse noirâtre, et Ton ramasse au milieu d'eux des marrons ferrugineux de diverses grosseurs, en opposition complète avec la nature du terrain. Je ne siiurais mieux comparer ces grandes plaines quà celles de la Crau.
Le climat moyen est tempéré. Pendant ma station de septembre 1880 à juillet 1881,jen'aipaseu trop à souffrir de la chaleur. Cependant, en diverses circonstances, mon thermomètre, au bord de la mer, s'est élevé jusqu'à 34^. Dans les hautes montagnes des Ouarsanguélis, à 1,650 mètres d'altitude, il est descendu jusqu'à ll°,5.Sur le plateau de rintérieur,àKarkar, il a accusé parfois jusqu'à 45°, 49** et 55® au soleil et 29<>,5 à l'ombre de ma tente, au courant d'air.
C'est à cette différence considérable de température que j'attribue les nombreux cas de phtisie et de rhumatismes que j'ai rencontrés chez les nomades, qui stationnent tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et n'ont pour tout vêtement qu'un drap ou un morceau de peau.
En examinant l'ensemble de la carte de la pointe nord-est de l'Afrique, du milieu du golfe d'Aden à Ras Haffoûn, nous trouvons deux versants indiqués : celui du golfe, celui de l'Océan indien, versants qui se subdivisent en autant de bassins qu'il y a de torrents ou petits fleuves , mais dont le seul méritant attention est celui du Darror.
Le Darror descend des monts Hadaftémo, dans la direction ouest-est. 11 se déverse à Haffoûn dans l'Océan indien, après avoir traversé une grande vallée aride, désolée, et de grands pacages où paissent de nombreux troupeaux.
J'ai reconnu soa lit ea trois stations. A sec au
momenl où nous le traversions avec ma caravane, je l'ai vu couler à pleins bords en moins d'une heure, après une forte pluie, entraînant impitoyablement dans sa course furibonde tout ce qui semblait s'opposer à son passage.
Les montagnes de la Medjourtine sont couvertes d'arbres à gomme et à encens. Rien n'est curieux comme la manière dont croissent les olibanums dont les racines ressemblent à une emplâtre de mastic blanc, collée sur un rocher où l'on ne voit cependant pas la moindre fissure.
Ces arbres commencent à devenir plus rares dans la tribu des Ouarsanguélis. A une certaine altitude, ils disparaissent complètement, pour faire place aux grands bois, à des espèces variées de lianes et à des cactus gigantesques.
On rencontre sur le littoral et dans l'intérieur des acacias, de grands damas qui ombragent et jalonnent les bords des ruisseaux, et dont on emploie le bois pour la construction des boutres, quelques palmiers dont les dattes ne mûrissent jamais, enfin quelques rares caoutchoutiers, des euphorbes arborescents et des aloès.
Les animaux domestiques, le chameau, le cheval, l'âne, le bœuf, les chèvres, les moutons, sont très répandus, surtout dans l'intérieur des. pays çomalis, et constituent la principale fortune des nomades.
Les fauves, tels que le guépard, la hyène, le chien sauvage, le chacal, abondent, de même que les antilopes et gazelles de diverses espèces.
La faune et la flore sont pauvres en réalité. Toutefois, par leur nouveauté, bien des sujets que j'ai recueillis ont paru offrir au monde savant un intérêt qui a nécessité une publication spéciale dans les deux branches.
Je n'évalue pas la population des pays que j'ai visités à plus de 30,000 âmes. Je me suis basé dans cette évaluation sur ce que, dans l'intérieur, après avoir couru un à un tous les ports du littoral, seules agglomérations sérieuses d'habitants, je n'ai trouvé, partout, qu'une solitude presque complète. Qui plus est, partout où j'ai passé, sur les grands marchés de la côte, nomades et citadins se connaissent tous.
Les Çomalis habitant le littoral ont des aptitudes pour la navigation qui se dessinent dès leur plus tendre enfance. C'est ainsi qu'on voit les gamins se construire avec un chiffon et un morceau de bois, intelligemment agencé, de petits bateaux avec lesquels ils organisent, sur les flaques d'eau laissées par la marée basse, de véritables régates.
Les midgans sont les plus ingénieux des bédouins.
Ils sont très habiles à la chasse, pour dépister un animal, pour éventer, pour écouter, l'oreille collée contre terre, et découvrir un gourgui dissimulé au milieu des fourrés.
J'ai parlé, au cours de ma narration de voyage, de la manière dont ils empoisonnaient leurs flèches et chassaient les gazelles. La manière dont ils se rendent maîtres des autruches, pour les plumer sans les tuer, n'est pas moins intéressante.
C'est au moyen des courbettes du galfon qu'ils pratiquent cette chasse.
Les autruches sont, paraît-il, très friandes de ce fruit. Les bédouins, qui le savent, ont soin, à réf)oque où les courgettes sont mûres, d'en faire ample provision. Puis ils farcissent l'intérieur avec une gomme vénéneuse, que je n'ai malheureusement pu me procurer, et qui produit Il les effets de la noix vomique.
r Ils sèment ces appâts sur le passage des
jl oiseaux et se cachent, pendant que des ^^ cavaliers déployés en tirailleurs forcent de VB loin les autruches à changer de place. Peu jT inquiétées, les autruches continuent à . manger et avalent gloutonnement les fruits
Flèche çomali. » o
Le dessous du empoisonnés. Elles éprouvent presque
fer est enduit du
poison ouabaio ^ussitôt un étourdisscmcnt momentané et tombent. Les bédouins se précipitent, lient vigoureusement les jambes de la bête, la plument vivante
et lui rendent la liberté dès qu'elle revient à elle, pour profiter Tannée suivante d'une nouvelle plumaison.
' Les ophtalmies, le vitelligo, les affections cutanées, la fièvre, sont les maladies que l'on trouve les plus fréquentes chez les Çomalis; les scrofuleux y sont rares.
Toutes les parties du corps humain ont leur désignation anatomlque, et les étymologies de certaines, que je dois taire, puisque notre ouvrage n'est point exclusivement scientifique, ont des origines grecques et latines.
J'en avais conclu que les colonies anciennes ont aidé les premières à ces désignations, en exerçant la médecine sur les populations autochtones, complètement ignorantes, qu'elles ont rencontrées.
Les opérations sont faites par des midgans ; presque tous habiles rebouteurs, ils savent placer un appareil pour fracture.
Par leur contact avec les Arabes, les Çomalis ont acquis la notion de certains produits pharmaceutiques ; mais , en général , ils emploient comme remèdes et comme médicaments ceux que la nature met immédiatement sous leurs mains.
Ainsi ils emploient comme dépuratif la tisane de jallelo; l'écorce pilée du megad pour sécher leurs
plaies; la myrrhe ei. la fausse myrrhe ou habak-aàdi contre les maux d'entrailles; l'encens infusé dans Peau contre les maladies de vessie.
Tout le reste se traite par des saignées ou des cautérisations au fer rouge. Il est rare de rencontrer un naturel qui n'ait le corps couvert d'un véritable tatouage de brûlures ou de scarifications.
Mon domestique Farah se guérissait de la co* lique en se faisant des brûlures en croix sous la plante des pieds et aux paumes de la main. Singulier traitement !
Quand les courriers arrivent dans un village ou un campement, ils s'arrêtent à quelques centaines de mètres des premières huttes.
Des guerriers les interpellent; alors seulement ils s'avancent pour subir un interrogatoire, soit devanl un groupe, soit devant lout le conseil réuni au cri de gato.
Deux Çomalis en route ne passent jamais à côlc l'un de l'autre sans s'aborder et échanger des nouvelles de la localité d'où ils viennent.
Je ne pourrais mieux comparer deux caravanes qui se croisent, dans les grandes plaines arides, qu'à deux lignes de fourmis. Gomme chez elles, chaque membre d'une caravane aborde chaque membre de ta caravane venant en sens contraire. Ce qui m'a le
plus surpris, c^est que tout cela s'exécute avec ordre et ensemble.
Vous serrer les mains exprime un témoignage d'amitié; lès embrasser, comme chez les Arabes, un signe de déférence et de respect. L'hésitation à vous tendre la main ou vous l'offrir sous le vêtement est, de la part des bédouins, un signe de méfîance vis-^vis de l'européen, qu'ils considèrent comme un être impur.
Le serment existe, mais s'emploie futilement; le serment de « vendetta » a cependant plus de caractère, et le Çomali le prononce d'un ton plus sacramentel. Il est rare qu'il n'ait pas de suites funestes.
L'hospitalité entre indigènes se donne, surtout sur la côte, assez généreusement.
Dans l'intérieur, la misère provoque sans doute Tindifférence avec laquelle on accueille le voyageur, pour ne pas dire la crainte qu^inspire sa venue, parce qu'elle amène une bouche de plus.
Malgré ce, on ne mangerait pas dans un gourgui sans offrir au passant d'y prendre part.
Les rixes, les discussions, qui se terminent presque toujours par Teffusion du sang, sont jugées séance tenante, et celui qui a frappé, puni d'une amende. Elle est parfois exorbitante, et il lui est impossible de la payor seul. Son clan en devient
alors débiteur responsable. Nous retrouvons là, comme je l'ai dit au sujet du duel de Bender-Gàsem, un rapprochement avec des lois existant chez nous.
Le vol , le brigandage , les razzias, exercés avec audace dans les tribus voisines, ont pour le Çomali quelque chose de méritoire. Il n'en est pas ainsi du vol de toute nature, commis au préjudice d'un membre de sa propre tribu; il entraîne pour le coupable l'amputation des poignets.
Les Çomalis ne peuvent se marier avant l'âge de quinze ans. L'homme choisit librement sa femme dans son clan, ou ailleurs si bon lui semble.
La polygamie constitue un luxe que se donnent les riches; mais ils ne possèdent qu'une femme sous le même toit.
Les femmes s'achètent, et le prix payé reste en totalité entre les mains de leurs pères.
La fille apporte comme dot : le gourgui, les nattes, les accessoires de ménage, et un peu de bétail.
Les fiançailles se font quelquefois bien avant le mariage, et tout jeunes encore, les époux échangent parole de s'appartenir.
Les noces n'entraînent pas grande cérémonie.
Dans la journée, on promène le marié dans la ville ou le campement, soit à pied, soit à cheval. Le soir, on l'accompagne jusqu'à la demeure de sa belle.
Elle raltend entourée d^autres femmes, ses amies, dont chacune a apporté un daberad, ou brûle-parfum, pour orner la case. Lepadri ou prêtre invoque Mahomet et récite quelques prières. Si Ton a été assez riche pour égorger un mouton, le repas commence; sinon, on se contente d'un peu de sallol ou moutama grillé. Ce sont les modestes agapes qui consacrent l'union.
Toute la nuit, on fait vacarme auprès de la case, on danse sur des peaux de chameaux, tirant quelques coups de feu, pendant qu'une chanteuse, dite mucherad, exécute par intervalles une tyrolienne stridente.
D'autres détails plus intimes accompagnent les mariages çomalis, à cause de l'étrange coutume de Vinfibulation qui existe dans toute l'Afrique orientale; mais je dois les passer sous silence, parce que je serais forcé de rentrer dans des développements trop scabreux pour mes lecteurs.
Les Çomalis ne possèdent aucun instrument de musique. Quand ils dansent, ils s'accompagnent de la voix et des mains, en mesure, et se portent en avant, par soubresauts, les jarrets tendus.
Ils chantent sur un ton monotone, mais avec beaucoup de justesse, les légendes de leurs pays, qui ne sont pas dépourvues d'originalité. Parfois môme, obéissant à une inspiration soudaine, ils improvisent une complainte sur le premier sujet venu.
L'ouvrage de Burton et la grammaire çotnali du major Hunter donnent quelques exemples de ces
sortes de poèmes. Mais le plus curieux de ces rythmes est, à coup sûr, le chant de guerre, dont j'ai eu soin de noter exactement les intonations, et qui a un caractère des plus étranges.
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Chant de guerre çomali
C'est le chant des rondes de nuit dans un village assiégé, des troupes qui vont au combat ou des guerriers qui saluent leurs chefs.
Rien de pittoresque et de frappant comme le contraste produit par les notes lugubres et monotones, répétées à plusieurs reprises, qu'interrompent brusquement les cris aigus de la fînale.
^Jajjju/U^
^ ^:Kr^'
Grigri, ou prière que les Çomalis renferment dans les sachets de cuir (hersé)
qu'ils portent au cou.
Les femmes çomalis ne sont pas, comme les femmes arabes, astreintes à se voiler devant les étrangers; elles circulent librement sur les marchés. Quelques-unes devant moi, cependant, se cachaient la figure avec la main, laissant les doigts ouverts; d'autres, les femmes des bédouins, se bouchaient le nez à mon approche, et ne me parlaient qu'avec appréhension.
Les femmes riches de la côte, pendant leur grossesse, s'habillent d'étoffes rouges. Lors de la délivrance, il y a fête au gourgui, mais la mère reste quarante jours sans se montrer à personne.
Lorsque la femme avorte donnant un enfant formé, le petit cadavre est enterré sans cérémonie, cousu dans un linceul ou un morceau de peau.
La circoncision entraîne aussi quelques fêtes.
Le divorce est une simple séparation devant témoins, prononcée par le mari, qui rend sa femme complètement libre; mais il faut que cette répudiation soit très clairement formulée.
Les vieillards et les fous jouissent d'un très grand respect.
Les malades sont généralement soignés sous leur hutte, et quelquefois les affections dont ils sont frappés atteignent une famille entière.
Les varioles, les blessés, sont isolés des villages dans une cabane. On leur porte quotidiennement quelque nourriture, et on ne leur laisse pour compagnon qu'une planchette sur laquelle sont écrits des versets du Coran.
On enterre les morts selon le rite musulman. La toilette est faite une heure après le décès; le corps, cousu dans un linceul de toile ou de peau, est perlé à la mosquée, ou sur le rond de pierres qui la remplace chez le bédouin. — Après les prières elles invocations, il est conduit en terre. Deux pierres levées, l'une aux pieds, Tautre à la tète, réunies par une bordure en petites pierres, marquent sa tombe.
J'ai rencontré dans l'intérieur plusieurs sépultures dont le petit tertre amoncelé sur le corps était couvert de dessins faits de cailloux blancs; d'autres, circonscrites par de véritables murailles en pierres sèches, avec une ouverture encombrée d'épines et de broussailles, pour empêcher le bétail d'y pénétrer. — D'autres, chez les Ouarsanguélis surtout, avaient leurs grandes stèles blanchies à la chaux. Ce champ des morts est l'objet d'une profonde vénération. — De même que chez nous il est d'usage de se découvrir devant un corbillard ou une tombe, de même les Çomalis en route s'arrêtent et prient pour ceux qui ne sont plus.
Quand les guerriers vont au combat, ils prêtent serment, en passant devant les sépultures, de venger les héros morts pour leur pays. J'ai assisté à ce spectacle à Merâya, lors de la guerre avec Yousouf Ali, et j'ai entendu, devant le tertre qui recouvrait les restes d'un neveu de Noûr Osman, prononcer les plus belles imprécations que l'esprit et le cœur courageux puissent formuler.
Parures tomalis.
id (brBceleU). — 3. Kourcd (bouclo ('attachanL au gna d« incil ( boucles d'oreille» du lobe luptrieurl. — '■ cl n. Prignea p( I. Dègou. — 9ctl2. Flo4adudjar«.
L'islamisme est la seule religion des Çomalis. Leurs mosquées de la côte sont grossièrement bâties en pisé; sur quelques points cependant en relation avec les Arabes, elles sont construites avec plus de soin. Quelques-unes sont blanchies à la chaux.
En route, les Çomalis s'agenouillent simplement sur un morceau de cuir découpé sur le plan de la mosquée de la Mecque, dit messalé.
En dehors de leur fanatisme, les naturels ne sont pas trop- superstitieux.
J'ai cependant observé qu'ils attachent une certaine vénération à l'arbre ganda^ parce que le bris d'une branche amènerait la perte d'un proche parent.
Le ouéguer^ simple bâton recourbé et couvert de sculptures, aurait la propriété de détourner les mauvais génies.
Il en serait de môme du allol^ natte en joncs et en peau que l'on met devant la porte d'une case.
Les fibres et amulettes de gallol, textile en écorce d^acacia ^t/rj, conjurent, disent les Çomalis, les effets mortels des piqûres de serpents.
Je veux bien admettre que les ligatures aux membres atteints arrêtent la circulation du sang et facilitent la cautérisation, mais il serait puéril de croire au moindre bon résultat jamais obtenu lorsqu'un reptile dangereux comme il s'en trouve
dans ces régions, a planté ses crochets dans une partie sensible du corps.
Les serpents donnent lieu à quelques légendes. Une espèce de ces reptiles porte sur sa tête une
Type de jeune Çomali, part des boules d'ambre.
pierre précieuse étincelante dans les ténèbres. Une autre révèle par sa présence l'endroit où sont enfouis les trésors.
On racontequ'un homme, qui avait un jour dérobé un bijou, fut poursuivi de suite par une légion de vipères à cornes, et qu'il dut, saisi de terreur, abandonner l'objet qu'il avait volé.
Les enfants sont élevés dès leur naissance au
sein ou au biberon. — ^ Il est bien des malheureuses bédouines qui n'ont pas de lait et qui n'ont pour nourrir leurs pauvres petits enfants que celui de leurs chèvres, brebis, ou chamelles. Elles se
Femme riche ilc la cûlc, coilKe du maikaH.
servent alors du kala, vase en bois muni d'un bec, avec lequel elles introduisent le liquide dans la bouche du bébé.
Les enfants sont portés derrière le dos dans un lanfçe en peau. Ils restent nus jusqu'à l'âge de cinq ou six ans. Quelques fillettes cependant mettent une ceinture faite tle franges de cuir et de coquillages.
Les hommes et les femmes se drapent dans une pièce d'étoffe formée de deux lés de qualrecoudêes. ou doudouns, de toile américaine ou cotonnade. .l'ai établi plus haut le rapprochement curieux qu'il y avait entre ce costume et le sagum des Grecs cl des Romains.
Les femmes agrafent leurs robes sur l'épaule gauche, laissant un sein à découvert. Elles se ceignent avec une ceinture dite bogor, de manière à former une sorte de jupe.
Les bédouins ont le même costume, mais il est en peau, plus court et généralement garni de longues franges. Pour l'homme, il s'appelle keïran, pour la femme doii.
L'homme porte au cou un sachet de cuir carré dit hersé, qui renferme une prière du Coran , encadré de deux boucles d'ambre, makaoui; il est du plus haut luxe de posséder ces dernières et une bague {katoun).
De bonne heure les jeunes filles se percent les oreilles, et en attendant d'y placer leurs bijoux, elle maintiennent les ouvertures au moyen de petits morceaux tie bois, dégou.
La femme emprisonne ses cheveux dans une coiffe {tnaskan). Elle porte comme parure : les boucles d'oreilles qui s'accrochent au lobe supérieur, koured; les célancils qui s'attachent au gras de l'oreille, et sont reliés par une chaînette; un collier dit djilbet, formé de perles et de boules d'ambre supportant une grosse plaque d'argent ornementée [kartassià); des bracelets aux coudes, sounoud, aux poignets, binjiri.
Les pauvres femmes se font des colliers de perles et suspendent dans le milieu un morceau de coquillage ou un simple caillou : anciennes amulettes des peuplades primitives qu'elles ortt ramassées dans la montagne, ou sur le bord de la mer.
La chevelure est, chez le Çomali riche ou pauvre, l'objet de toute une étude. Plus elle est longue et rougeâtre (couleur qui s'obtient au moyen de lavages à la chaux), plus il en est fier.
Les Ouarsanguélis surtout ont des têtes remarquables. Dans leurs courses à cheval, ils affectent d'imprimer à leur chevelure et à leurs bras les mouvements du cheval. — Leurs bétes sont déjà harnachées avec de longs flots de tresses en cotonnade rouge, et rien n'est étrange comme Tensemble offert par le cheval et son cavalier.
Les Çomalis ont comme armes : le bouclier, gachan, fait en peau d'antilope (béhid); les deux lances, ouarmô ; la massue, bouche^ ou ouéger.
Le bédouin midgan est muni de son arc, gaboi'o , de ses flèches empoisonnées, ganso , de la fronde.
ouaraf. Les disproportions entre la flèche et Tare sont fort remarquables. La flèche est excessivement petite, tandis que Tare est fort lourd, grand et mastoc; c'est sans doute pour mieux assurer leur tir que les sauvages l'ont ainsi établi.
Les riverains ont quelques armes à feu.
Rien dans le costume ou l'armement ne distingue les dignitaires ou saladins.
On trouve sur la côte presque tous nos engins de poche. Les naturels sont surtout très habiles à lancer Tépervier.
Les hameçons sont fabriqués par les tomal ou forgerons. — Les lignes faites avec les fibres de Vasclepia gigantea ou boô^ sont enduites du suc goudronneux d'une racine âxiefantour.
La pêche à la ligne, à certaines époques, est des plus productives. — A mi-corps dans l'eau, les Çomalis, leurs lignes lovées dans la main et armées d'un fort hameçon muni d'un petit poisson, attendent le passage des bancs de dorades, thons et bonites qui chassent le fretin. Ils jettent alors leur amorce et retirent presque à chaque coup une prise superbe.
Le maquillage, usité chez les Arabes, nVxisle pas chez le Çomali. Quelques femmes cependant se mettent du noir sous les paupières.