‹ La vallée du Darror, voyages au pays çomalisChapitre 4 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Merâya. — Mon débarquement. — Mon installation. — Aspect du pays. — Arrivée du sultan. — Entrevue avec Osman Mahmoud. — Promesses. — Le khamsin. — Départ de VEmile-Héloîse. — Je quitte Merâya pour gagner Tohen et Berguel. — Bendcr-Felek. — Par le travers d*Àlloulah. — Bouah. — Béridé. — Gebel-Addé. -j- Dama. — Olok. — Arrivée è Tohcn. — Nour Osman. — Courses dans la vallée de Tohen. — Visite aux ruines d'Olok. — L'épreuve du feu. — Je quitte Tohen.

Le 14 septembre au soir, V Émile-Héloïse mouille en rade de Merâya.

La vue du pclit vapeur amène peu de naturels sur la plage. Quelques-uns sautent dans une embarcation et se dirigent vers nous. Ils ne me reconnaissent point tout d'abord et je dois me rappeler à leur souvenir.

Ils se font alors une fête de me conduire à terre où m'attendent les guerriers en armes, accroupis en rond sur la grande place du village.

Tous semblent conserver bonne mémoire des services que je leur ai rendus lors de mon précédent

séjour au milieu d'eux, en soignant leurs malades et leurs blessés.

Le gouverneur m'accorde Vaman^ c'est-à-dire Tinviolabilité, et en Tabsence de Sementar Osman, mon ancien aban (1) ou protecteur, ses fils me donnent l'hospitalité. Pour ce soir, ils ne peuvent mettre à ma disposition qu'une natte et un oreiller en bois, qui me servent de couchette à la belle étoile.

Ils m'apprennent que le pays est toujours en guerre. La misère surtout y est profonde et partout règne une sécheresse désastreuse. Cette année-ci, pas de bétail, pas de lait, car les troupeaux ont fui dans l'intérieur. Un grand boutre se dispose à porter aux Indes les récoltes des riverains de la Medjourtine.

Le lendemain , je débarque tous mes bagages et m'installe dans une hutte avec mes serviteurs. Le plus gros de mon matériel trouve place dans une pièce basse du fortin de Sementar. Sa femme Hâlima, qui jadis se sauvait dans les montagnes d'Aïsemah , près de son ancienne résidence de Gandala, pour se soustraire à son mari, surveille mon emménagement.

(1) L'nc coulumc veut que tout étranger à la tribu, abordant dans un |)or se choisisse un aban ou protecteur qui répond de lui, le loge, etlui sert d'intermédiaire pour obtenir tout ce dont il a besoin.

Dès qu'un boutre mouille en rade, les naturels accostent à la nage ou avec une einbai*calion |)our s'offrir comme abatif la plupart du temps pour mendier quelques provisions.

Elle est, depuis lors, seule maîtresse au logis. Comme pour me le faire comprendre, elle étale avec une certaine prétention sa robe rouge et ses beaux bijoux, et donne ses ordres avec un ton d'autorité intentionnelle.

Mon premier soin, une fois mes affaires en ordre, est de monter sur la citadelle, d'où je domine le village et les environs.

Merâya a peu changé (1). Le nombre de ses cases semble plutôt diminué qu'augmenté, et la sécheresse imprime aux montagnes qui bordent le littoral un aspect de profonde désolation.

Mon habitation ne désemplit pas de visiteurs.

Au nombre de ceux-ci, un des fils de Nour Osman, le tuteur du jeune sultan Osman Mahmoud jusqu'à sa majorité. Ali-Nour, c'est ainsi qu'il s'appelle, en me fournissant quelques renseignements,

(1) Toute rimportance du port de Merâya remonte au sultan des Medjourtines, Osman, qui fixa sa résidence dans cette ville à la mort de son père, le sultan Mahmoud.

C'est avec le concours d'un négociant arabe, Fatah Abdi, que le sultan Osman construisit les forts et les mosquées qui existent encore.

Son fils aîné, Yousouf Mahmoud, lui succéda, et fut assassiné par un nommé Seliman de Bender-Khor.

Yousouf laissait à sa mort un enfant en bas âge de même nom que lui. La couronne de ce frêle héritier fut protégée par Nour Osman, second fils du sultan Osman et par conséquent oncle du jeune sultan dont il prenait la tutelle.

Nour Osman ne tarda pas à épouser sa belle-sœur, veuve du sultan Yousouf assassiné, et s'attira, par cette alliance qui lui donnait un double droit à la tutelle du jeune sultan, l'inimitié des autres branches des Osman.

Le sultan Yousouf Mahmoud, second du nom, mourut en 1B66, à l'âge de quarante ans.

Il laissait trois fils, Osman, Yousouf. Hamed, et une fille, Loban. Osman, sultan actuel, n'avait que cinq ans. Suivant l'exemple de son père, Nour Osman, fils aîné du*précédent et chef de la famille actuelle, prit la tutelle du jeune monarque avec les fonctions de premier ministre.

me signale sur divers points de la région des vestiges de Toccupation ancienne de la Medjourline. Séduit par la perspective des découvertes qu'il me fait entrevoir, je lui promets de le suivre, dès qu'il sera en mesure de me servir de guide

En attendant, pour instruire les naturels, dont j'espère utiliser le concours dans mes recherches de botanique et d'entomologie, je me mets dès aujourd'hui en chasse.

Hélas, il m'est facile de me convaincre, par une course au pied du Karoma, que la sécheresse n'a rien épargné; pour comble d'ennuis, ramasser des plantes, des insectes et les oiseaux que je tue, est une besogne qui semble répugner à mes serviteurs eux-mêmes. La mise en peau de mes sujets, à mon retour au village, soulève de la part de mes hôtes des murmures de mécontentement. Je profane leur logis, prétendent-ils, en violant la loi du Prophète. 11 me faudra, ù ce que je vois, trouver un autre lieu pour mes préparations d'histoire naturelle.

Sur ces enlrefailes, quelques coups de feu annoncent Tarrivée de Semenlar et du sultan, et font diversion ù ce premier incident fâcheux qui me présageait pour l'avenir un surcroît de difficultés dans l'accomplissement de ma mission.

Osman Mahmoud a peu changé depuis deux ans.

Sa physionomie a cependant plus de gravité; de

longs cheveux bouclés encadrent sa figure, alténuant quelque peu la rudesse de ses traits (1).

Le village tout entier se porte à la rencontre du jeune souverain. Autour de leurs chefs, les guerriers se forment en carré. On discute sur les nouvelles venues de Tintérieur du pays et les mesures qu'elles nécessitent; chaque décision prise est suivie d'une invocation à Mahomet. Avant de se disperser, au coucher du soleil, l'assemblée assiste à la grande prière. Sur un ton monotone, le sultan lui-même chante les versets du Coran. Le bruit des vagues qui viennent doucement mourir sur la plage s'harmonise avec sa voix. Par intervalles, la foule recueillie répond : Amin. Etrange trio dont l'ensemble vous laisse dans une rêverie plus étrange encore.

Sementaret Osman Mahmoud se rendent ensuite chez moi.

Nous avons ensemble un assez long entretien. J'offre les cadeaux que je leur réservais, et tâche de leur faire comprendre quel est le but de mon voyage. Je me garde toutefois de trop insister sur ce sujet,

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