‹ La vallée du Darror, voyages au pays çomalisChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

En mer. — Débarquement à Ogate. — Heureuse rencontre. — Les ruines de KhoT Abdaham. — Gorgori. — Berguel. — La case de Noùr Osman.

— Le camp de Berguel. — Départ de Berguel pour Bender-Khor. — Ma caravane. — Dadaballo. — Le Trigonocéphale. — Déîlah. — Ouncho. — Dabané. — Sadam. — Dagagnad. — Modié. — El-Gucl. — €L*Hultre el les Plaideurs. » — Naàsso. — Bour-Chérad. — Les gorges du Togouèni.

— Garabtour. — Medioô. — Arrivée à Bcndcr-Khor. — Comment je dérobai un crâne dans une sépulture. — Départ pour Merâya. — Golfi.

— L'n pas critique. — Bentrée à Merâya.

JVspéraîs en être quitte pour quatre heures de navigation, tout au plus. La malchance me retient pendant deux jours dans cette barque, où le dégoût que me cause une odeur infecte s'ajoute au mal de mer qui me torture. '

N\ tenant plus, je décide le capitaine à me mettre à terre, malgré la violence des lames ; il y consent avec complaisance et mon débarquement s'opère sur les épaules de quatre esclaves robustes qui me maintiennent sur une sorte de chaise en bois au-dessus de la vague. Je puis ainsi éviter que mon carnet

de noies et mes instruments subissent le même sort que mes armes et d'autres petits paquets laissés à mes {ïcns, car ces derniers chavirent avec Tembarcalion et arrivent à terre I à la nage, roulés par le

flol.

Heureusement une chaleur torride a vite remédié à ce petit accident.

Nous nous joignons à quelques Çomalis que nous rencontrons sur la plage et faisons roule sur Berguel, en longeant les grandes steppes qui courent aux pieds des monts Gorali.

Nous traversons successivement les lits des torrents qui en descendent, Ogate, Fagolé el Abaïero. La nuit nous gagne et dans l'obscurité nous marchons presque à l'aventure au milieu des dunes.

Mes guides s'arrêtent et éventent ; ils viennent de sentir un feu dont peu à peu nous distinguons la clarté.

Ils me recommandent alors le silence. Les feux dont nous apercevons la lueur sont allumés assurément par des bei^ers. Arrivons à surprendre ces derniers, sans bruit, et nous avons chance de dîner ce soir avec du mouton. Si, au contraire, on devine notre approche, en quelques minutes tous les troupeaux auront délogé, car les nomades craignent à tel point les rôdeurs, qu^au moindre bruit ils s'empressent de déguerpir et changent de résidence pour éviter leurs déprédations ou leurs exigences.

Ce système nous réussit; nous tombons à Fimproviste au beau milieu d'une famille accroupie autour du foyer, à côté d'un parc où est massé le bétail.

Les pourparlers sont entamés, et quelques minutes après, deux moutons superbes sont saignés, dépecés et dévorés. Les affamés qui m'entourent se disputent les lambeaux de chair à peine cuite.

La nuit est très froide, une humidité pénétrante imprègne nos couvertures. Au point du jour, nous sommes sur pied. J'ai hâte d'atteindre KhorAbdaham, car tout auprès je dois, au dire de mes guides, trouver des ruines intéressantes.

Khor Abdaham est un torrent qui débouche d'une gorge étroite du Gorali, dans une petite vallée fertile, au milieu de grands damas. Ce cours d'eau se déverse dans une lagune salée, bordée de tamarins. Les naturels se procurent, comme à Bouah, une eau assez bonne en creusant dans le lit du ravin quelques trous peu profonds.

Ce n'est point à Khor Abdaham même que sont

les ruines, mais sur la roule de Berçuel, à quelques kilomètres. On y arrive par un chemin pénible et accidenté longeant le bord de la mer.

Sur un petit plateau, s'élèvent encore à un mètre environ au-dessus du sol, les restes d'une construction presque carrée, composée de deux pièces. Les appareils sont en pierres parfaitement taillées et assemblées.

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Ruines de Khor Abdaham.

Aux abords, sur un petit mamelon, je remarque comme une sorte de sépulture de forme carrée.

Pas le moindre vestige de poterie ou autre objet ; seule une corniche brisée avec trois moulures sort h fleur de terre dans le milieu de la première pièce. Là, de la part des indigènes, je ne puis obtenir d'autres renseignements, sinon comme à Olok, que les

traditions attribuent ces vestiges aux Gallas, Farsis et Kofri d^autrefois. Je voulais m'arrêter et fouiller; les Çomalis s^y opposent et me donnent à peine le temps de prendre un croquis.

Nous franchissons une série de collines et de mamelons, traversant des sables brûlants, et vers midi nous atteignons le puits de Gorgori (puits des vautours).

Aux abords, quelques bédouins abreuvent leurs troupeaux au moyen de grands réservoirs en peau. Une nuée de corbeaux et de merles cuivrés prend ses ébats sur le dos des chameaux, qui ne semblent pas s'émouvoir de ces importuns, et broutent avec peine, ça et là, quelques pousses d'acacias.

Nous approchons de Berguel. Au milieu d'un bouquet de verdure, se détachent, dorées par les rayons du soleil couchant, les misérables tours en pisé du village. Dans le fond, vers notre gauche, s'étend comme une ligne noire le cap Ali-Besquèl; à notre droite court la chaîne escarpée du Gorali qui va mourir à la vallée du Jembeloudy.

Ce paysage est animé d'une vie qui contraste avec l'aspect désolé des terres que nous venons de parcourir.

Berguel, de loin, ressemblée un village de quelque importance. En vérité, on est déçu quand on y arrive. Ses fortins ne tiennent pas debout, ses cases sont des plus misérables et à peine couvertes de nattes. Il y a là tout au plus quarante habitants, tous employés au service de deux ou trois Arabes traficants.

\oûr Osman a cependant choisi pour résidence ce port du territoire des Medjourtines. Il y habite avec sa femme, qui est la fille du guérad (1) ou chef des Ouarsanguélis.

Je supposais que ce haut personnage avait une installation digne de lui. Sa hutte, tout aussi modeste que celle des autres Çomalis, comporte seulement quelques accessoires de plus. C'est le véritable gourgui (2), c'est-à-dire une sorte de ruche ronde, formée par des cerceaux en bois et en joncs entourés de cuir, \

supportés par des bâtons croisés et une flèche centrale. Les peaux de bœufs et les nattes en paille et en écorce qui la recouvrent la rendent imperméable, même aux plus fortes pluies. De nombreuses calebasses pour le lait, pour la graisse, des sacs en cuir pour le liiige, le tout recouvert decauries(3), la selle et la bride, les armes du guerrier en décorent Tintérieur. Dans le milieu deux grands tapis en peaux de chevreaux servent de couchette. Dans un coin, une marmite en terre repose sur trois pierres, à coté de quelques plats de bois. Voilà le mobilier de Noùr Osman qui a cependant eu en mains toute la lingerie et les beaux services de plusieurs superbes paquebots de diverses nationalités, naufragés à Guardafui.

Noûr m'assigne comme résidence une case qu'il vient de faire restaurer exprès pour moi, en cohabi-

(i) Les Ouarsanguélis n*ont pas, comme les Mcci^ourlines, un sultan, mais un chefapiielé guérad,

(2) Ost le nom que les Coma lis donnent à leurs huttes. — Les Aral>es du Tell disent gourbi.

(3^ Coquillages.

tation avec une famille, et pour fêter ma bienvenue, ii m'envoie deux moutons superbes.

C'est dans l'arène de Bei^uel que son fils me conduit voir d'autres traces des premiers habitants de la Medjourtine.

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