‹ La Valorisation du Café et le Change BrésilienChapitre 15 sur 35 · A1 RER · texte numérisé non relu

A1 RER

ne peuvent rembourser le planteur de ses frais. M. Ferreira Ramos, commissaire général au Gouvernement de Säo Paulo du Brésil, a, dans une brochure intitulée : La valorisation du café au Brésil, étudié qu'il faut, pour que la culture de cette denrée soit rémunératrice, que les prix ne descendent jamais au-dessous de 66 francs par 5o kilogrammes. Suivant lui, en effet, 5o kilogrammes de café sont produits par 50 arbres environ. Si l’on considère que chaque arbre représente un capital moyen de 4 francs, le capital nécessaire pour produire un million de sacs de café de 60 kilogrammes chacun n’est pas inférieur à 336.000.000 de francs. Cinquante kilogrammes de café sont donc le produit d'un capital égal à la valeur de 70 arbres, soit 280 francs. En admettant pour ce capital un intérêt de 5 0/0, et un amortissement de 1 0/0, on arrive approximativement à 16 francs comme rémunération raisonnable que ce capital devrait rapporter au planteur. De plus au change actuel (15 d.), les frais de production (culture, cueillette, préparation, etc.) de 50 kilogrammes de café s'élèvent à 36 francs environ ; si à ce total on ajoute une somme de 14 francs pour les autres frais (droits de sortie du Brésil, transport, assurance, magasinage, commissions, ete.) nous arrivons au chiffre de 5o francs pour le prix de revient de 50 kilogrammes de café, rendus au marché consommateur. En ajoutant à ce prix l'intérêt du capital et l’amortissement, évalués plus haut à 16 francs, nous trouvons

que 5o kilogrammes de café reviennent à 66 francs

lorsqu'ils sont vendus sur les marchés européens. Ainsi donc, ce prix de 66 francs suffirait à faire vivre le planteur. Mais nous avons vu que depuis 1897, les prix se sont maintenus à un taux notablement inférieur, 21 1/2 à 56 francs, prix extrêmes, et cependant le Brésil continuait à produire. La raison de ce développement constant et toujours plus fort de la culture caféière tient à la situation financière , à l'instabilité de son instrument d'échange. Ce fut la baisse du milreis surve nue après 1890, qui occasionna tout le mal. En effet, les exportateurs, planteurs et éleveurs, nous l’avons vu, voient avec satisfaction l'accroissement continue de l’agio sur l’or, qui leur permet d'obtenir en échange de leurs traites sur l'étranger, valant de l’or, une plus forte quantité de papier monnaie à l’aide duquel ils s’acquittent de leurs frais de production.

. Et la baisse du change survenue en 1890 fut particulièrement bien accueillie.

Les producteurs de café réalisèrent dès le début des bénéfices considérables. Mais à partir du jour où la valeur du milreis augmenta, ces producteurs virent aussitôt diminuer les bénéfices qui provenaient de la prime sur l'or, et rien ne vint plus atténuer les maux qui

découlent de la monoculture et de la surproduction.

RD

Recettes de café Rio et Santos

Campagne Quintaux Années Change moyen métriques annuel 1889-1890 253.200 1889 2959 1890-1891 318.600 1890 22.96 1891-1892 442.500 1891 14.80 1892-1803 371.700 1892 12.03 1893-1894 258.600 1893 11.59 1894-1805 401.700 1894 10.09 1895-1806 329./400 18095 9.92 1896-1897 520.800 1806 9.06 1897-1898 627.600 1897 7,7 |! 1803-1899 526.200 1898 m5 1899-1900 538.200 1809 7.43 1900-IO01 677.106 1900 9.00 1901-1902 929.700 1901 11.36 1902-1903 739.900 1902 11.00 1903-1904 629.900 1903 12 1904-1905 597.900 1904 12:91 1909-1906 613.620 1905 15.89 1906-1907 |11.975.600 1906 16.04

Voici la preuve que le développement de la production brésilienne à partir de la campagne 1696-1897 semble être la conséquence de la baïsse du milreis survenue après 1890.

En 1889, alors que le change brésilien valait plus que son pair théorique, soit 23 fr. 75, le quintal métrique de santos (good average) se vendait sur le marché du Havre à 190 francs au plus haut prix et à 136 francs au plus bas prix, soit un prix moyen de 170 francs non compris

le droit de douane française. En relevant les mêmes prix

pour toutesles années de la période 1899-1907,0n obtient

ce tableau.

Prix du quintal de café de Santos sur le marché

du Hâvre de 1889 à 1907

En francs Campagnes du 1°r juillet! Plus bas Plus haut Prix moyen au 3 juin annuel 1889-1890 1306 190 170 1890-1891 103 220 180 1891-1892 131 170 146 1892-1893 130 178 158 1893-1894 158 176 170 1894-1805 126 167 197 1895-1890 118 160 145 1896-1897 SI 117 96 1897-1898 99 80 65 1898-1899 55 67 60 1899-1900 52 80 65 1900-1901 59 99 78 1901-1902 55 82 63 1902-1903 50 65 57 1903-1904 49 82,9 64 1904-1905 68 84 75 1905-1906 73 82 78 1906-1907 69 83 89

Si noussupposons avec M.Théry (1) que lesfrais d’assurance, de transport, d’entrepôt, de commerce et de courtage représentent 20 0/0 du prix de vente au Havre, on peut admettre que chaque quintal de café, vendu sur ce marché, procurait en 1889 environ 136 francs net.

1. Théry. Projet de Réforme monétaire et de Création d'une Bourse d'émission au Brésil, 1906.

nc) ns

En 1889 le cours moyen du change brésilien était de 27 fr. 95, soit 2 fr. 9137. Donc les 136 francs, après leur conversion en monnaie brésilienne, valaient au Brésil :

29737 En opérant de même pour chacune des années obser-

— 46 milreis 67.

vées, nous trouvons les résultats suivants :

Prix moyen annuel d'un quintal de café de Santos au Havre et conversion de ce prix en milreis

: L rorevot Valeur

Campagnes | Prix moyen |Prisé soeur) Taux moyen | au quiet 1889-1890 170 136 27,79 46,67 1890-1891 180 144 22,06 60,82 1891-1892 146 118 14,80 75,93 1892-1893 158 127 12,03 100,93 1893-1894 176 136 11,59 111,796 189/4-1805 157 126 10,09 118.94 1895-1890 145 116 9,92 PIL,00 1896-1897 96 76,80 9,06 80,73 1897-1808 65 52 7,71 64,23 1893-1899 60 48 7,19 62 »

Ce tableau nous indique que sauf durant la campagne

1890-1891, période où,grâce à la mauvaise récolte,le prix

tb —

moyen est monté à 180 francs le quintal au Havre, ce prix moyen est resté presque stationnaire jusqu’en 1893- 1806. L'offre sufBsait à peine à la demande et les planteurs brésiliens étaient largement rémunérés. En effet, durant cette période de six ans le prix du même quintal a constamment progressé dans sa conversion en milreis, par suite de la baisse du change brésilien. Et les deux années 1889 et 1894 sont très intéressantes à signaler ; bien qu'ayant enregistré le même prix moyen au Havre,les 136 francs, importés au Brésil, rapportaient 46 milreis 67 en 1889 et 111 milreis 76 en 1894.

Sous l'influence de ce phénomène, la hausse des prix de tous les autres produits et salaires du Brésil ne s’opérant pas immédiatement, les planteurs réalisèrent des bénéfices considérables et les plantations se dévelop pèrent.« Les Brésiliens crurent qu'ils pouvaient fournir tout le café dont le monde avait besoin, réaliser des bénéfices grâce à la baisse du change, et forcerles autres pays à abandonner la culture de cette denrée. »

Mais en 1897, l'influence de la baisse du milreis commença-à se faire sentir à l’intérieur du pays, et la campagne de 1896-1897 ouvritla période des grandes ré coltes. Quoique le change fût descendu à 9,06 les prix étaient tombés au Havre à 96 francs en 1896-1897 et à 65 francs en 1897-1898 ; ceux de Rio n'étaient plus que 80 milreis 73 en 1896-1897 et 64 milreis 23 en 1897-1808. L’é-

quilibre était rompu entre la production et la consom-

mation, par suite de la surabondance de l'offre ; enmème temps les prix des produits, dont pouvaient avoir besoins les planteurs, doublaient et triplaient même. Dans ces conditions la situation de la plupart d’entre eux devint ‘excessivement précaire,et si la production totale ne s’en est pas ressentie, c’est que chaque année de .jeunes caféiers commençaient à produire, et que le Brésil par son climat est tellement favorable à la culture de cette plante qu'elle poussait et produisait malgré tout. | Enfin, à cette cause de baisse de prix véritablement naturelle, résultant de la surproduction, vient s'ajouter une autre cause purement artificielle, la spéculation qui, profitant du bas taux du change, vint soustraire le produit à la loi de l'offre et de la demande, régulatrice des marchés et des prix. « Certes, dit le député Serzedello Corréa (1), on ne peut condamner la spéculation, elle est presque toujours un bien, quand elle s'exerce dans les limites de la concurrence, qui permet, suivant les con- - venances du moment, que s’établissent naturellement les tendances à la hausse ou à la baisse, l’une corrigeant l'autre ; ce phénomène se produit parfaitement, quand la spéculation a lieu dans les pays à monnaie saine et à cours universel, mais dans un pays à monnaie inconvertible comme le nôtre, où les émissions successives ont déprécié cette monnaie, la spéculation s'est con-

vertie lentement en un véritable monopole, qui écrase

x. Diario official, 22 juillet 1906.

Re

l'agriculteur privé de ressources et sans moyens pour en obtenir, abattu qu’il est par les exigences de paiements forcés. Aussi pressé de vendre, accepte-t-il les prix offerts par le spéculateur ou l’exportateur, qui soi-disant en possession d’un stock considérable à cause de la surproduction, n'est pas pressé d'acheter, et lui offre un prix dérisoire. En possession de ce café acheté au planteur et payé en milreis, le spéculateur s’empresse de le réaliser le plus rapidement possible en or de façon à bénéficier de la baisse du change, d’où répercussion sur le prix et subsidiairement sur le taux du change. » - Ces opérations sont d’ailleurs facilitées par le manque d'entente entre les producteurs et l'absence d’organisation sérieuse du marché intérieur ; c'est ce que constate le député Paulino de Souza quand il déclare « que le principal symptôme de la crise des cafés réside dans la différence extraordinaire qui existe entre le prix primitif, auquel est acheté le café au fazendeiro, et le prix auquel il est vendu à l'étranger ; il faudrait, ajoute-t-il, organiser l'offre faite aux négociants en gros, comme ceux-ci le font, par rapport au détaillant ».

La hausse qui se produisit au début de la campagne 1900-1901, où le prix moyen du quintal monta au Havre à 78 francs était basée sur ce fait que la consommation durant la campagne 1899-1900 avait, chose exception" nelle depuis six ans, dépassé la production : 13 millions 805.000 sacs produits contre 14.252.000 demandes. En

outre on s'était habilement servi de certains avis de

sécheresse, gelée et autres causes aussi désastreuses (la récolte tardive quoique très abondante de 1901-1902 prouva heureusement l'excellence de ces avis). De plus pour hausser les cours on avait fait courir des nouvelles tendancieuses relatives à l’état de la culture ; délabrement des arbres épuisés par de trop fortes récoltes, maladie, épuisement occasionné par des plantations faites sur des terrains peu propices et par des déboisements inopinés et néfastes. Le Brésil qui avait repris ses paiements en or à l'extérieur était enfin dans une situation financière plus brillante. Après avoir été en 1898 à 7 d. 3/16 le change était arrivé en 1900 au maximum de 14 d. 1/16et le café montait parce que le change montait. « Ainsi en 1902 le prix moyen du café était à 4 milreis 902 et la moyenne du change à 11 31/32 ; en 1903 prix moyen du café 5 milreis, change moyen 12; 1904 prix du café 6 milreis 365, change moyen 127/32»(1).La raison en est queles acheteurs européens et américains s’imaginent que la hausse du change qui doit amener la baisse des prix en milreis, siles prix sur les marchés consommateurs ne varient pas, est très préjudiciable au planteur et peut le conduire à la ruine, d'où réduction assurée de la production et par suite augmentalion du prix de vente.

D'autre part, il peut se faire aussi que le change

1. Rapport du ministre des finances, M. Léopoldo de Bulhoës, 1906.

monte lorsque le café monte, c’est ce qui est arrivé en 1900, parce que l’on prévoit qu'avec la hausse du café la valeur des exportations du Brésil doit augmenter et qu'il doit entrer beaucoup d'or dans le pays. Cependanten 1900, malgré cetexcédent d'exportation, il n’est pas entré d'or au Brésil, car le pays était encore trop fortement débiteur, du fait d’abord de sa dette exté rieure, « s’élevant en 1900, d’après M. Laneuville (1) à près de 45.000.000 delivres sterling sansl’amortissement, plus 1.10.000 livres sterling de garanties aux compagnies européennes de chemins de fer, et qu'ensuite les particuliers avaient des remises à faire à l'étranger contre les bénéfices et dividendes des capitaux étrangers employés dans le pays, dans les industries, la culture, le commerce, les banques, etc. ; ou pour faire face aux dépenses des Brésiliens à l'étranger. De plus, les travailleurs italiens, qui sont en très grand nombre dans l'Etat de Saô- Paulo, retirent leurs économies du pays toutes les fois que le change est favorable. Toutes ces remises du gouvernement ainsi-que des particuliers d’un côté et l’excédent des exportations de l’autre, se balancent. Une partie des exportations du Brésil sert donc à payer ce qu’il doit: S'il devait moins ou s’il ne devait rien du tout, les importations seraient plus importantes et l'excédent des exportations serait moindre ounul.Lorsqu'un paysest créditeur,

il a presque invariablement un excédent d'importations,

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