‹ La Valorisation du Café et le Change BrésilienChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Lois nouvelles destinées à résoudre le conflit entre : 1° les Exportateurs

et 2° les Importateurs etles Finances brésiliennes.

Qu’allait faire le Brésil ? Une prompte décision s’imposait, mais le problème était ardu et la solution difficile. Le Brésil, en effet, est un pays, nous l'avons vu. qui vit sur un régime de monnaie inconvertible, monnaie qui l'isole et le laisse absolument sans assistance financière sur la plupart des marchés du monde. La seule monnaie dont il dispose pour les échanges, pour le paiement de ce qu'il importe et pour la rémunération des capitaux étrangers employés chez lui, est la lettre de change : celle-ci provient uniquement de la production agricole et principalement de la production du café. L’exportation de ce produit joue un rôle considérable dans la balance commerciale de la République et doit suivre toujours une progression constante, sinon en

Blanchecotte L

Faso

quantité, du moins en valeur. Mais il ne peut jamais y avoir aucune fixité dans la valeur avec un système monétaire basé sur le papier monnaie. Aussi existe-t-il un perpétuel conflit dans ce pays entre ceux qui bénéficient des fluctuations inévitables du change, les exportateurs et les planteurs et ceux qui en pâtissent, les importateurs et l'Etat, conflit préjudiciable aux finances brésiliennes.

Les premiers voient d'un œil favorable s’accentuer de jour en jour la baisse du milreis, tandis que les seconds, faute d'une base fixe, ne peuvent établir d'une façon certaine et définitive le coût de leurs marchandises. Le Gouvernement enfin avec le régime des billets de banque ou d'Etat à cours forcé voit la charge de ses dettes payables en or rendue plus lourde par la dépréciation de son papier monnaie : la somme qu'il faut insecrire au budget pour assurer l’amortissement de la dette etle service des intérêts augmentant à mesure que le papier perd de sa valeur par rapport à l’or. |

Pour remédier à un tel état de choses, le meilleur moyen pour certains Brésiliens et notamment M. Campista, ministre des Finances, parut être, qu'il fallait stabiliser la valeur du milreis puisque ce sont les continuelles « danses » du change qui transforment toutes les opérations commerciales avec l'extérieur en spéculations hasardeuses.

Sans vouloir ramener le milreis à son pair théorique

de 27 pence, ce qui serait évidemment scrupuleusement

honnête, l'Etat n'ayant pasle droit, sans manquer à ses engagements, de le transformer en une promesse de payer un nombre égal de milreis valant seulement 10, 12 ou 15 pence, le rapporteur trouva que l'opération qui consistait à fixer l’unité monétaire à un taux aussi rapproché que possible de la moyenne des cours cotés depuis quelque temps, était celle qui présenterait le plus de chances de ne jetter aucun trouble dans l'échelle de prix quitentent toujours à s’harmoniser avec la valeur propre de la monnaie. Un taux différent au contraire bouleverserait, durant la période de raccord alors que les prix remontent peu à peu, les conditions de l’industrie et du commerce à cause de l'impossibilité où l’on se trouverait de calculer les prix de revient et de prévoir les prix de vente.

Donc le principe fondamental doit être de fixer le milreis à un taux qui exprime exactement la situation économique du pays et qui trouble le moins possible l’équilibre des prix, et d'assurer à ce taux la convertibilité en or du stock monétaire existant. La valeur du papier monnaie dépend uniquement du stock métallique qu'il représente. Si ce stock n'existe pas ou disparaît, le billet ne représente plus qu’une promesse plus ou moins vague de remboursement dans un délai indéterminé. L’unique valeur qu'il garde c’est d’être le seul intermédiaire des changes et cette valeur est essentiellement précaire puiqu’elle dépend d’un rapport qui peut varier

tous les jours entre la quantité de billets émis et le

volume des transactions commerciales. Ainsi fixer le change en assurant la convertibilité en or du stock monétaire existant, tel est la réforme solide, définitive et favorable aux intérêts du pays que devait réaliser le Brésil, puisqu'elle amenait la suppression des brusques etinquiétantes oscillations du change.

Examinons les faits :

Les producteurs de café surent tirer habilement parti de leurs malheurs et jouer de leurs misères. Un violent courant de sympathie se forma en leur faveur et l’intérêt général s’effaça devant les intérêts particuliers, car la politique s’en mêla. Les passions étaient à ce point surexcitées que l'Etat de Sâäo Paulo menaçait la Confédération de se séparer d'elle, si le Congrès ne votait pas le projet qu'elle avait élaboré. Aussi la question financière fut-elle un peu oubliée : la question du café accaparait toute l'attention, et sans l’observation de M. Milo Peçanha, président de l'Étatde Rio, quifitremarquer que la fixation du change était nécessaire à la réussite du plan projeté, le problème monétaire aurait été tout a fait oublié ! La convention de Taubaté, ou convenio des Etats caféiers, telle qu’elle a été discutée le 25 février 1906 par les présidents des Etats de So Paulo, Rio de Janeiro et Minas Geraes ne contenait en effet aucune disposition relative à la stabilisation du milreis. Elle ne s’occupait que des mesures à prendre pour relever les prix du café et prévoyait un emprunt extérieur destiné

à fournir les ressources nécessaires. Seul le présidentde

l'Etat de Rio s'aperçut que l'effet inévitable de l'afflux d'or provenant de l'emprunt serait de faire monter le change, alors que la combinaison n'aurait pas encore commencé à élever les prix en or du café; de telle sorte qu'on aurait obtenu le résultat contraire à celui qu'on cherchait puisque la hausse du change aurait amené la dépréciation en papier des prix du café exporté et aggravé encore les dificultés et les pertes du planteur.

C'est pour éviter ce résultat que le système de fixation du change fut raccordé tant bien que mal au plan de valorisation discuté dans la nuit du 26 février 1906, pour bientôt en être séparé, tant les « valorisateurs » étaient pressés de voir leur « convenio » aboutir.

La loi de valorisation fut votée en juillet 1906 et la loi n° 1575 organisant la caisse de conversion fut promul-

guée le 6 décembre 1906.

Page 1