‹ La valse. Les départsChapitre 7 sur 14 · PAULINE. — VOUS · texte numérisé non relu

PAULINE. — VOUS

madame loupe. — Là ! Qu'est-ce que je disais que vous alliez déraisonner ? Moi ? à Paris ?

pauline. — Sans doute.

madame loupe. — Quitter Poitiers ?

pauline. — Je le quitte bien, moi!

madame loupe. — C'est pas la même chose. Ah ! mais non ! Ah ! mais non ! jamais d'ia vie !

pauline. — Vous aimez donc bien Poitiers ?

madame loupe. — Il s'agit pas de Poitiers, il s'agit de Paris. Qu'est-ce que j'y ferais?

pauline. — De la lingerie. Ce que vous faites ici.

madame loupe. — Et de la clientèle?

Pauline. — Vous en trouveriez; je vous en procurerais.

madame loupe. — Vous ? Mais qui connaissez-vous à Paris? Vous ne connaissez seulement pas Paris lui-même?

pauline. — Pardon! J'y ai été quinze jours, au moment de l'Exposition. Hôtel du Vésuve et d'Àrras.

madame loupe. — Quinze jours ou rien, c'est pareil !

Pauline. — En tout cas... monsieur en connaît, du monde à Paris, lui. Par monsieur, vous pourriez...

madame loupe. — Monsieur a bien d'autres choses. Laissez donc ! Et puis ça n'a pas de bon sens.

pauline. — Ah çà ! vous ne direz pas que monsieur n'a pas des relations assez puissantes? Vous savez ce qu'i 1 vient d'être nommé, monsieur?

MADAME LOUPE. — Non.

pauline. — Attaché au Cabinet du ministre de l'agriculture.

madame loupe. — Matin! Et il vous emmène avec lui habiter Paris?

pauline. — Oui. D'abord, il ne voulait pas. Et puis, il s'est décidé. Aussi, je suis dans le bonheur. Et lui non plus, il n'est pas fâché de quitter Poitiers. 11 en avait assez d'être conseiller de préfecture !

madame loupe. — Monsieur est très gentil. Je ne peux pas dire le contraire. Tous ces messieurs que j'ai vus chez vous, d'ailleurs, mademoiselle, sont aussi très gentils.

pauline. — Oh ! les autres, vous savez ! madame Loupe, c'était en tout bien...

madame loupe. — Tout honneur? Allons donc!

pauline. — Ma parole. C'était de la société... des chasseurs... Des amis, rien de plus. Monsieur, lui, c'est mon petit ami.

madame loupe. — Enfin, ça vous regarde. Chacun s'arrange comme il veut.

pauline. — Taisez-vous. El puis, tout ça ne me dit pas pourquoi vous résistez tant à venir vous établir à Paris.

madame loupe. — Parce que.

pacline. — Parce que quoi?

madame loupe. — Parce que je n'aime pas Paris.

PALLiXK. — Est-ce possible!

madame loupe. — Oui. Et à un point que, si vous m'en croyiez... Mais vous allez me traiter de folle?

pauline. — Parlez.

madame loupe. — Eh bien, si vous m'en croyiez, vous n'iriez pas...

p a u l i x e . — A Paris ?

madame loupe. — Mais oui. Vous resteriez ici, à Poitiers, avec moi.

paulixe. — Merci. Ah! elle est bonne!

madame loupe. — Qu'est-ce que vous allez faire à Paris?

paulixe. — Mais, je vous l'ai dit, habiter...

madame loupe. — Avec monsieur?

paulixe. — Non. Mais pas loin. Dans le même quartier.

madame loupe. — Et puis? C'est pas tout ? paulixe. — Comment?

madame loupe. — Voyons? Causons en franchise, mademoiselle. Vous êtes jeune, gen-

tille, une taille ronde et le pied malin... Vous allez à Paris avec... avec des idées.

pauline. — Quelles idées?

madame loupe. — Faites pas la Poitevine. Vous m'entendez bien. Des idées d'avenir... d'espérance... de richesse... tout... quoi? Monsieur est aimable, il vous donne un bon petit fixe depuis trois ans... Mais, enfin, vous savez bien vous-même que ça ne durera pas toute l'éternité?... A la minute encore, vous me racontiez que ça n'avait pas été tout seul de vous emmener à Paris. Depuis, il a changé... Ça veut dire qu'il vous quittera un jour.

pauline. — Jamais.

madame loupe. — Ou que vous le quitterez.

pauline. — Jamais.

madame loupe. — Faut pas dire : jamais, mademoiselle. C'est pas un mot de la vie. Vous vous séparerez donc. Ça arrivera. Alors, vous avez la pensée de perspective... que vous aurez des aventures... des grands seigneurs... des riches Altesses... et le velours, la soie, les bijoux... tout ce qui vaut la peine, quoi!

pauline. — Eh bien? Après? petite mère

PUIK LA GALANTERIE 181

Loupe? Après? Quand je rêverais parfois à ce que vous dites?

madame loupe. — Allons donc ! Nous y voilà!

iauli.xe. — Où serait le mal?

madame loupe. — Oh! ça n'est pas qu'il y aurait du mal, mademoiselle.

pauline. — Alors?

madame loupe. — C'est que vous vous trompez, que vous vous induisez en erreur... Paris, c'est pas ça... du moins pour la plupart.

pauline. — Qu'en savez-vous?

madame loupe, s'arrêtant de coudre. — Ce que j'en!... Tenez, mademoiselle... Ne mentez pas. Vous avez bien entendu parler de Clara Tutu?

pauline. — Clara Tutu? (Elle rit.)

madame loupe. — Oui.

pauline. — Non.

madame loupe. — Mais si. Sous l'Empire.

pauline. — C'est la première fois que ça me sonne... Tutu... (Elle pouffe.)

madame loupe. — Eh bien, Clara Tutu, mademoiselle... Ne riez plus, je vous en prie, vous me donnez envie de pleurer. Clara Tutu, c'était moi.

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