‹ La variabilité des espèces et ses limitesChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La similitude héréditaire, chez les suites individuelles dont la collection constitue l'espèce, est un des traits les plus frappants, les plus constants de l'unité spécifique.

Depuis Linné cette donnée fondamentale est entrée dans les définitions, et si l'on en a parfois exagéré l'importance, on n'en a jamais méconnu la réalité.

L'expérience de chaque jour témoigne de cette similitude héréditaire ; l'induction légitime ne la rend ni moins assurée ni moins facile à prévoir que le peut être, dans un autre ordre de phénomènes naturels, la succession régulière des saisons ou des années.

Le passé, rattaché au présent dans la limite des observations positives, ne laisse pas davantage prise au doute, sur la constance, à travers les âges et par l'hérédité, des traits distinctifs essentiels. Les anciens, comme Cuvier l'a si bien établi, distinguaient déjà chez les animaux la plupart des types que nous y reconnaissons ; si l'on consulte leurs descriptions, leurs monuments, on ne doutera pas que ces types ne soient demeurés les mêmes; à l'égard des plantes, leur maintient par transmission héréditaire n'est pas moins sûrement démontré.

(1) Chevreul, Histoire des connaissances chimiques, t. I, p. 186 Paiis, 1866.

.Mais n'insistons pas sur ces vérités que nuis aurons occasion de développer ailleurs; faisons seulement un appel à leur témoignage pour mieux établir que l'hérédité des traits distinctifs dans une même suite spécifique est un fait hors de contestation.

Reste maintenant, et ce sera l'objet du présent chapitre, à apprécier la portée de la solidarité héréditaire au point de vue de la permanence ou de la transmutation des formes organiques.

Un écrivain d'un haut mérite, dont l'ouvrage eût gagné à être moins abstrait, a parfaitement montré l'étendue de la puissance héréditaire, et son empire souvent funeste chez l'homme et les animaux. Il a prouvé que l'hérédité ne s'exerce pas seulement sur les organes et les appareils, mais que les fonctions, les aptitudes, les tempéraments, les états maladifs de l'esprit et du corps, sont du domaine de cette puissance qui perpétue l'ancêtre dans le descendant, modèle avec une fidélité, souvent trop scrupuleuse, le produit sur les propagateurs (i).

Dès son entrée dans la vie, l'être nouveau réalise les traits de ceux dont il tient l'existence, mais la puissance héréditaire ne se borne pas à cette manifestation primordiale; elle agit et s'exerce avec continuité; à chaque phase de l'existence, elle imprime aux produits les caractères des producteurs aux phases correspondantes de leur vie. De là, ces corrélations sur lesquelles M. Darwin a singulièrement insisté en les expliquant dans le sens de ses vues (2).

Ainsi, l'hérédité concourt au maintien du type, en perpétuant son empreinte chez chacun des descendants, et dans le temps, et dans l'espace. Mais il y a pins, l'hérédité est à ce point essentielle à la conservation des organismes, qu'elle semble comme indépendante de la matière et des formes particulières, et qu'on la dirait plutôt représentative de l'expression abstraite d'un type que de son expression matérielle; c'est ce que

(1) Lucas, Traité philosophique de V hérédité naturelle. 2 vol. Paris,

(2) Darwin, op. cit., p. 133, 123, 613.

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