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CHAPITRE VIII

Il n'est pas de questions générales qui soient susceptibles de solutions absolues ; en vain notre esprit les désire et y tend par d'intimes aspirations; la nature des choses y met obstacle et nous contraint de demeurer dans des limites que notre savoir borné ne nous permet pas de franchir.

Il en est ainsi pour la question de l'espèce ; ce que nous en pouvons connaître est peu de chose au prix de la réalité : aussi devons-nous nous attacher d'autant plus aux rares vérités que le temps et l'expérience nous ont permis de découvrir. Voilà pourquoi nous nous bornons aux faits actuels sans perdre de vue cette ancienne et sage maxime : « Je dis ce que je sais. ')

Au nombre de ces vérités qui satisfont l'esprit, et le portent à tenir la doctrine de la fixité de l'espèce pour l'expression la plus assurée de nos connaissances positives, il convient de placer les phénomènes de procréation entre individus dissemblables, et particulièrement l'hyhridité.

« Si l'espèce changeait », écrit un illustre physiologiste, « l'hybridation serait assurément le moyen le plus efficace » d'opérer ce changement; l'hybridation est, au contraire, le > moyen qui met le plus complètement en son jour la fixité de » l'espèce (2). »

Buffon développe la même vérité et l'exprime en ces termes : « On peut toujours tirer une ligne de séparation entre deux

(1) M. Darwin, op. cit. p. 33, 123, 613.

(2) Fïourens, Journal des savants, mai 1863, p. 272.

» espèces, c'est-à-dire entre deux successions d'individus qui ,< se reproduisent et ne peuvent se mêler, comme l'on peut >j ;uissi réunir en une seule espèce deux successions d'indi- » vidus qui se reproduisent en se mêlant. Ce point est le plus » fixe que nous ayons en histoire naturelle (1). »

Nous nous proposons de développer ces pensées en les conlirmant par des preuves expérimentales; pour être mieux compris, établissons d'abord le sens de quelques expressions usitées dans le langage scientifique et dont nous aurons sans cesse à nous servir.

On entend par hybridations, les unions tentées entre espèces distinctes; on nomme ltybrides, les êtres issus de ces unions ; les hybrides sont dils bigénères, si les espèces dont ils sont les produits appartiennent à deux genres différents, congénères, si elles font partie du même genre. On nomme métis les produits d'unions entre individus appartenant à des races distinctes d'une même espèce.

Si nous jetons les yeux autour de nous, nous ne voyons pas que la nature ait confondu les formes de la vie qu'elle a multipliées avec tant de richesse.

En vain, depuis des siècles, les animaux vivent réunis dans les mêmes contrées; en vain les espèces végétales les plus rapprochées par leurs affinités se pressent depuis un long temps sur un même sol ; soumises aux causes multiples qui provoquent l'hybridation, elles sont cependant restées distinctes ; nous ne voyons pas que le mélange des formes ait introduit le désordre et la confusion, qu'il se soit produit des types persistants et nouveaux; au contraire, les hybrides spontanés sont très-rares dans la nature; ils y seraient la règle, si la transformation des espèces était la loi.

Interrogeons les faits : deux botanistes, Schiede et Lasch (2), ont donné la liste des hybrides végétaux, connus depuis près d'un siècle; de Candolle, qui la reproduit (3), en admet, d'après eux, environ quarante exemples bien avérés; plus réservé encore dans ses calculs, M. Decaisne en réduit le

(1) Ihiffon, Animaux domestiques : De l'âne.

(2) Schiede, De planlis hïjbridis sponte natis. Brocii. Cassel, 1825. Physiologie végétale, t. II, p. 711.

nombre à vingt; les hybrides végétaux sont donc raies à l'état de nature, et les causes qui en expliquent l'existence exceptionnelle ne sont pas difficiles à découvrir; la croissance des espèces dans des localités éloignées, leurs floraisons à des époques différentes, les conditions variées auxquelles elles sont soumises, les accidents qui peuvent entraver l'évolution du germe nouveau, sont autant d'obstacles aux croisements à l'état sauvage; ajoutons qu'à l'égard d'un végétal, l'influence de son propre pollen est tellement prépondérante sur celle d'un pollen élrangcr, qu'il suffit de quelques grains du premier pour entraver l'action de tout autre élément fécondateur.

Chez les animaux, les hybrides à l'état de nature sont plus rares encore que chez les plantes; les espèces distinctes s'éloignent et marquent une répugnance invincible à s'accoupler.

Chez les mammifères, on ne connaît aucun exemple probant d'hybridité naturelle; on cite chez les oiseaux, comme capables de croisements naturels, les Tétras et les Corneilles, les Perdrix grises et les Bartavelles; ces exemples sont exceptionnels et mériteraient confirmation.

Les tentatives de l'industrie dans le but de réaliser des accouplements que la nature répugne à accomplir, découvrent aussi les difficultés, les impossibilités que rencontrent les unions entre espèces notoirement distinctes.

Chez les plantes, il faut, pour assurer le succès, que l'union soit tentée entre formes liées par d'étroites affinités, qu'on pratique dans le boulon l'ablation des étamines, que la fleur soit protégée contre le contact d'un pollen étranger, qu'elle reçoive en temps opportun l'action de la poussière fécondanle. Chez les animaux, les difficultés à vaincre sont plus nombreuses encore.

A l'état sauvage, les espèces, fussent-elles très-voisines, ont tant de répugnance au croisement, que la violence elle-même est souvent impuissante, et que pour forcer la nature, il faut la surprendre.

Ainsi ont agi Hunier et Buffon, en élevant ensemble, dans les mêmes conditions, et dès le jeune âge, les animaux qu'ils se proposaient d'unir.

Buffon observe que la captivité, l'étal de domestication,

aident aussi à ces croisements en ce qu'ils rendent les animaux plus libertins, c'est-à-dire moins fidèles à leur espèce.

Par l'excitation du sens génital, que la captivité provoque, s'expliquent certaines unions fécondes entre espèces sauvages et espèces captives. On a vu, dans les ménageries, le Chacal de l'Inde s'accoupler à celui du Sénégal, le Daw s'unir au Zèbre, et la Tigresse au Lion.

Entre espèces sauvages et domestiques, les rapprochements sont moins exceptionnels ; le Chien croise avec le Loup, le Cheval avec le Zèbre, le Couagga avec la Jument.

Mais c'est surtout entre espèces déjà domestiquées (pie les unions sont aisées et fécondes; l'Ane et le Cheval, le Bouc et la Brebis, le Buffle et la Vache, en fournissent des preuves.

L'hybridité semble d'autant plus facile que les espèces ont été plus profondément modifiées par l'homme et pliées à ses usages. Cependant, même dans ces circonstances, il est des conditions déterminées en dehors desquelles les croisements seraient irréalisables.

Une de ces conditions, et la plus essentielle, est le choix d'individus rapprochés par leur similitude et leurs affinités, d'organisation ; la nécessité de ces choix apparaît comme une des marques les plus assurées de la séparation primordiale des groupes organiques; si tous étaient issus d'une même souche, et descendus les uns des autres, pourquoi ces incompatibilités physiologiques accusées par l'impuissance à la propagation , révélées par des différences radicales, dont la greffe, la transfusion du sang, l'action des agents toxiques, les immunités morbides, peuvent offrir de frappants exemples?

L'aptitude aux croisements est liée au degré de parenté des espèces, les unions se réalisent d'autant mieux que les formes à associer offrent des affinités plus intimes.

La science, à cet égard, est riche de faits qui ne permettent pas le doute.

Chez les animaux, de l'aveu d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, il faut rejeter en masse les prétendus hybrides signalés entre ordres, classes et familles distinctes; on n'a jamais réussi à faire naître aucun produit des étranges amours qu'on avait artificiellement provoquées entre des êtres si dissemblables.

Il faut exclure également le plus grand nombre des hybrides bigénères comme douteux, fabuleux et impossibles. Exceptons certains cas d'iiybridité bigénère sur lesquels l'expérience semble s'être prononcée, qu'il faut cependant encore accepter avec réserve. Tels seraient, chez les mammifères, les croisements de la Brebis et du Bouc, delà Chèvre et du Bélier; chez les oiseaux, les hybrides du Cygne et de l'Oie, du Serin avec la Linotte et le Chardonneret (l).

Les affinités organiques sont plus multipliées entre espèces congénères, les produits de leurs rapprochements sont plus nombreux et plus féconds.

Dans ces conditions, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire signale plus de vingt cas d'hybridation chez les mammifères, il en indique quinze chez les oiseaux, quatre à cinq chez les poissons, plusieurs chez les insectes eux-mêmes.

L'hybridation végétale ne paraît pas soumise à d'autres lois. Les expériences ont eu le plus complet insuccès, lorsque la fécondation a été tentée entre familles différentes ; entre genres distincts de la même famille, les tentatives auraient été plus heureuses; Kœlrcutcr aurait obtenu un hybride d'un Lychnis et d'un Silène, Gœrtner aurait croisé des Datura et des Tabacs, Sagcret aurait fécondé l'Amandier par le Pêcher, le Radis par le Chou cultivé; la critique trouverait à s'exercer sur ces faits, qu'il faut admettre avec d'autant plus de réserve qu'une foule d'observateurs ont échoué en répétant de semblables tentatives ; ce n'est pas conclure au delà des données de l'expérience, que de s'en tenir à ce principe formulé par M. i\audin : la fécondation croisée est, en général, impossible entre espèces appartenant à deux bons genres de la même famille.

On admettait, autrefois, qu'entre espèces congénères les croisements sont impossibles ou frappés de stérilité ; les recherches de Knigth, Herbert, Gœrtner, Godron, Naudin, ont prouvé, au contraire, qu'ils s'effectuent sans difficultés; ainsi ont été réalisées les fécondations dans les groupes des Primevères, Daluras, Nicotianes, Pétunias, Cucurbita, Linaires.

(1) Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., t. III, livre II, chap. x; Godion, op. cit., 210; de Quatrefages, op. cit., chap. xiv.

loi LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES,

En résumé, les expériences faites sur les plantes, les essais tentés chez les animaux, établissent que l'impuissance à la génération délimite dans les deux règnes les groupes organiques, et qu'elle se marque d'autant plus que les affinités sont plus tranchées entre les êtres à unir.

Mais la génération n'est pas la seule expression physiologique de la dissemblance entre les types organiques et de l'intervalle qui les sépare ; il est d'autres traits par lesquels s'accusent, les mêmes différences. Les greffes animales et végétales par exemple, indiquent entre les formes distinctes de semblables incompatibilités.

On essayerait vainement de greffer des végétaux, appartenant à des classes, des familles, des ordres distincts, comme on tenterait vainement de les féconder; au contraire, le succès est possible entre des formes très-voisines par leurs affinités, des espèces congénères, par exemple ; ce rapport avait si vivement frappé de Candolle, qu'en 1811 il indiquait la greffe comme critérium des affinités végétales, et que, confiant dans ses indications, Tschudy faisait à l'Hortensia une heureuse application de sa méthode.

On objectera sans doute qu'il est dos circonstances dans lesquelles la greffe réussit entre individus d'espèces^ ou même de genres distincts : le Planère reprend sur l'Orme, le Lilas sur le Troène, l'Épiphyllum sur lePereskia, le Poirier sur le Coignassier et l'Aubépine; dans ces conditions elles-mêmes, la greffe offre un exemple de la force inhérente au végétal greffé, pour le maintien de son état spécifique ; il est avéré, en effet, que la greffe maintient ses caractères essentiels, sans rien emprunter à la nature intime du sujet qui joue le rôle de sol organique.

Nous possédons sur les greffes animales quelques expériences qui sont loin d'être sans analogies avec les précédentes. On sait que la transplantation s'opère d'un animal sur un autre de même espèce , tandis qu'il n'en serait plus ainsi entre espèces différentes. Un savant qui s'est occupé avec succès de ces sujets assure qu'il n'a pu obtenir de \éritables greffes qu'entre animaux très-voisins appartenant au genre Mus (1).

(1) Bci'l, Sur la greffe animale. Thèse. Paiin, 18(33,

Un chirurgien habile, expérimentant sur les greffes périostiques, a constaté que les fragments de périoste implantés suides individus de même espèce se greffent et développent du tissu osseux, tandis que d'une espèce à une autre, comme du Chien au Lapin, au Poulet, ils se modifient anormalement dans leur développement, ou ne donnent lieu à la formation d'aucun tissu osseux (1).

Les expériences de Brown-Séquard , de M. M. Prévost et Dumas, Delafond et Milne Edwards sur les transfusions sanguines, ont appris que le succès de semblables opérations dépend également des affinités entre les animaux choisis; si l'on opère entre ruminants et carnassiers, carnassiers et rongeurs, de l'Homme au Mouton ou au Chien, la vie un moment rappelée abandonne bientôt l'animal opéré. Si la différence entre les types est plus tranchée, la vie n'est pas même un instant soutenue; c'est ainsi que le sang d'un mammifère injecté dans les veines d'un oiseau est incapable de le revivifier (2).

L'action des substances toxiques, la caractéristique pathologique spéciale des divers groupes animaux, l'intransmissibilité d'états morbides d'une espèce à une autre, sont encore d'autres marques des différences physiologiques profondes qui séparent les types organiques.

Si l'on considère la destination des espèces dans les limites où il nous est donné de la connaître, on arrive par une autre voie aux mêmes conséquences; nous songeons à ces Infusoires, à ces végétaux qui sont, d'après les découvertes si remarquables de M. Pasteur, les intermédiaires des transformations organiques, le lien entre la mort et la vie, entre la formation et la destruction.

Capables de vivre sans l'influence de l'oxygène, certains animalcules, les Vibrions, agissent sur le milieu fermentescible, et, par des réactions d'un ordre particulier, préparent la fermentation putride. D'autres animalcules, les Bactéries, auxquels l'oxygène est indispensable, achèvent, au contact de

(t) Ollier, Mémoires sur les gre/J'es osseuses (Journal de Brown- Séquard, janvier 1800), et Tràîlé expérimental el clinique de la régénération des os, etc. Paris, 1867.

(2) Milne Edwards, Leçons de physiologie, t. I, p. 320.

FAIYRE. 8

l'air, l'œuvre de destruction que les vibrions ont commencée (1).

D'autres organismes accomplissent des fermentations spéciales. La levure de bière détermine la fermentation alcoolique ; les Mycodermes, Champignons d'un ordre inférieur, agissant sur l'alcool produisent le vinaigre; d'autres Mycodermes déterminent la fermentation butyrique; d'autres, sont les agents actifs de la vinification ; quelques-uns, comme YAspergillus nùjcr, enlèvent au tannin du sucre et déterminent la fermentation gallique (2).

Les rôles spéciaux, départis à ces organismes dégradés, n'impliquent-ils pas entre les types une distinction profonde, essentielle, bien difficilement intelligible dans l'hypothèse d'une origine commune par la voie des transformations ?

Comment expliquer par la capricieuse fantaisie de la sélection, ou les hasards du combat de la vie, les différences fonctionnelles si radicales que l'observation révèle enire les formes ; spécifiques? Comment se fait-il qu'entre les types, séparés par leurs affinités, la fécondation soit irréalisable? Pourquoi les unions deviennent-elles possibles et parfois fécondes, si lesaffinités se multiplient, sans cessercependant, entre espècescongénères, d'être bornées, relatives et incomplètes? Il esti difficile de concevoir ces faits, si l'on n'accepte la doctrine de la distinction des types et de leur constance.

Nous avons dit que les croisements ne sont pas impossibles entre espèces, peut-être même entre genres distincts; la question est maintenant d'examiner la nature de ces croisements,, de rechercher s'ils ne diffèrent point des unions normales,, s'ils sont aptes à réaliser la formation de suites intermédiaires et permanentes. Pour étudier celte question dont la solution affirmative donnerait une réelle valeur h la docliïnede la mutabilité, comparons la propagation entre individu*

(1) Cons. les nombreux travaux de M. Pasteur, Sur la fermentation et la putréfaction: ces travaux sont insérés dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, notamment aux dates suivantes: 20 avril 9 mars, 29 juin 1863 ; 25 février 1861. Cons. également : Etudes salles vins, etc. 1 vol. Paris, 1866.

(2) Van Tieghem Sur la fermentation gaUiqw (Complet rendus. 23 décembre 1867). '

d'une même espèce à la propagation entre espèces distinctes.

Si nous sommes attentifs aux faits qui se passent sous nos yeux, nous remarquerons que deux conditions règlent le maintien de l'espèce :

La fécondité naturelle, indéfinie, régulière des produits.

La transmission permanente aux descendants des traits distinctifs des ancêtres.

les produits hybrides se comportent-ils de la même manière? A-t-on vu naître du croisement, entre espèces distinctes, dos suites régulièrement fécondes, fixées dans le maintien de leurs traits distinctifs ?

Les anciens s'étaient formés sur les hybrides une opinion que lascience moderne désavoue; s'autorisant de la stérilité des Mulets, hybrides de la Jument et de l'Ane, ils avaient conclu à l'infécondité de tous les autres hybrides.

Cette conclusion trop absolue n'est nullement fondée; elle est en contradiction avec l'expérience directe, dont nous rappellerons quelques enseignements :

Tantôt l'hybride est stérile par lui-même, et infécond avec [*BD ou l'autre des parents; c'est le cas pour le Mulet et le Bardeau, et chez les plantes, pour les hybrides issus du Tabac rustique et du Tabac de la Californie.

Quelquefois la stérilité est moins absolue, les hybrides ne donnent pas de postérité directe, mais ils sont féconds avec l'un ou l'autre parent ; ainsi se comportent les produits obtenus de l'Hémione et de l'Anesse, et les hybrides issus des espèces de Tabacs à feuilles glauques el à feuilles étroites.

Dans d'autres circonstances, la fécondité des hybrides est plus complète et ils se reproduisent eux-mêmes pendant une suite de générations.

31. Naudin a obtenu deux générations hybrides chez les Primevères, trois chez les Luffa et les Tabacs, cinq chez les Linaires, il a même constaté que, dans ces conditions, les granules polliniques pouvaient n'être point altérés (1).

Chez les animaux, Buffon et M. Flourens ont obtenus jusques à quatre'générations métives du Chien el de la Louve,

(1) Naudin, Ann. se. nat. , t. IX, p. 18.

du Chacal etdu Chien, et si l'on en croit le témoignage de quelques savants, l'Alpaca et la Vigogne en auraient produit un plus grand nombre.

La fécondité des hybrides ne saurait donc être révoquée en doute; elle existe, mais bien différente de la propagation normale ; elle n'est ni complète, ni régulière, ni naturelle.

Elle n'est pas naturelle et normale, puisqu'il faut pour la réaliser ou la maintenir, notre art et nos soins ; elle n'est point complète et absolue, puisque les suites hybrides ont une fécondité déterminée et relative, et que les individus qui en forment la descendance sont presque tous atteints d'une altération dans les organes séminaux ou les fonctions propagatrices.

Des fails nombreux apportent leurs témoignages à l'appui de ces vérités.

Il y a un siècle, Kœlreuter a insisté sur les altérations organiques consécutives à l'hybridité végétale, M. Naudin en a établi la réalité avec une nouvelle évidence ; il a reconnu que plusieurs hybrides, ceux des Tabacs, des Digitales et des Groseilliers, par exemple, sont stériles à la fois par leurs étamines privées de pollen normal, et par l'ovaire, puisqu'ils ne sauraient être fécondés par le pollen de l'espèce maternelle, ou qu'ils en sont susceptibles, mais seulement en apparence, car les fruits qui en naissent sont plus ou moins dépourvus de graines.

L'action stérilisante de l'hybridité est particulièrement appréciable sur le pollen; tantôt cette poussière séminale avorte dans les loges de l'anthère, tantôt elle s'y développe, mais privée de tout pouvoir fécondateur. Il en est ainsi chez les hybrides . obtenus par la fécondation des Tabacs glauques et a feuilles ■ étroites; les anthères sont remplies de pollen, mais d'un pollen . inerte, impuissant à la fécondation. Au contact du stigmate, il ne développe aucun germe, tandis que l'ovaire du môme hybride ! peut, sous d'autres influences, mûrir des germes normaux.

Il est ordinaire aussi que le nombre des graines soit réduit: dans les fruits des formes hybrides; Gœrtner rapporte que le fruit d'un Datura hybride contenait deux cent quatre-vingt semences; le patient observateur en avait compté près de six cent cinquante dans les deux espèces croisées; il en avait évalué

le nombre à plus de deux mille dans la capsule du Tabac à larges feuilles, il en retrouvait a peine six cents dans la capsule de l'un des hybrides de cette forme végétale (1).

L'altération consécutive à L'hybridité est si profonde qu'elle s'accuse, même en dehors de l'appareil générateur; tantôt elle porte sur rinllorescence et consiste dans la chute prématurée des fleurs, ainsi qu'il arrive aux hybrides de Luffa et de Mirabilis, tantôt, elle atteint l'inflorescence entière et va jusqu'à modifier la sexualité; enfin, elle se révèle encore par un antagonisme marqué entre les organes de la vie végétative et ceux de la propagation; c'est en effet un trait général chez les hybrides que le développement cl la vigueur des tiges, des rameaux et des feuilles.

Les hybrides animaux ne sont pas exempts d'altérations dans l'appareil générateur; elles portent particulièrement sur le fluide séminal, et le rendent infécond. Prévost et Dumas ont constaté chez les Mulets que ce fluide est dépourvu de filaments spermatiques ("2).

Ainsi, l'appareil propagateur chez les hybrides porte les traces d'une altération plus ou moins profonde et générale; c'est là un premier trait qui sépare les suites hybrides des suites ordinaires; l'inconstance dans la transmission des caractères distioctifs des ancêtres établit entre les suites normales et hybrides une nouvelle ligne de démarcation.

Les espèces véritables sont frappées à une seule et même effigie, et quel que soit l'individu que l'on considère dans la descendance, on le reconnaît aisément; les traits de similitude se maintiennent dans les produits, les caractères des producteurs n'y sont pas seulement mêlés, ils y sont intimement confondus.

Les hybrides, dans leurs générations successives, ne se comportent point ainsi» À la première génération, ils rappellent encore avec fidélité les conditions des espèces légitimes; les produits se ressemblent entre eux, les formes en sont mixtes,

(t) Fr. Gœrtner, Versuchc und lieobaclilungcn Hier die Bastarderzeugung im Planzenreich. (Stuttgart, 1849.)

(2) Prévost et Dumas, Ann. se. nat., p. 183. Wagner, Ilisloirc de la génération, p. 32.

généralement intermédiaires entre celles des espèces parentes.

Quelquefois un des types marque plus fortement son empreinte et domine dans les croisements, mais alors cette action est uniforme et constante dans tous les produits. Tels on voit les hybrides des Pétunia violacca et nyctaginifîora, porter uniformément l'empreinte plus accusée du premier de ces types producteurs.

A partir de la seconde génération et surtout aux suivantes, la physionomie des produits hybrides se modifie et s'altère. A l'uniformité succède la bigarrure des formes, à la fusion des caractères, leur dissociation ; obéissant à la tendance qui les rattache à chacune des formes distinctes accidentellement associées, les hybrides y font retour, ou brusquement, ou lentement, et par des degrés successifs ; on dirait que chaque produit est un agrégat forcé des deux formes mères, et, comme le dit si bien M. Naudin, « une mosaïque vivante, où l'œil » ne discerne pas les éléments discordants tant qu'ils restent » entremêlés » (1).

On chercherait donc en vain, dans une postérité hybride, la stabilité des caractères; la disjonction, la réversion aux types, la variation désordonnée, en effacent l'uniformité.

Telles sont, aies considérer dans le règne végétal, les indications fournies par les études expérimentales; les rares observations tentées sur les animaux, tout en imposant des réserves, donnent cependant lieu de croire que chez eux les choses ne se passent point autrement; celle conjecture est rendue plausible par l'exemple des croisements tentés entre le Chien et la Louve, le Chacal et le Chien.

Pour compléter le parallèle entre les suites hybrides et les suites normales, un dernier point reste à éclaircir.

Les hybrides peuvent-ils se perpétuer régulièrement, indéfiniment comme les véritables espèces, et pourrait-on citer des espèces intermédiaires formées par l'hybridiié?

Dans l'état actuel de la science, la réponse ne saurait être douteuse ; on ne connaît aucun exemple incontestable de sem-

(1) Naudin, Ann. se. nat., t. XIX, p. 192.

blables suites ; la preuve peut en être établie, par l'examen des arguments invoqués h l'appui de l'opinion contraire.

A cet égard, le fait le plus considérable et le plus digue d'attention est relatif à la propagation de l'/Egilops , espèce voisine de celle du Froment.

UsEgilops speltœformis serait, selon M. Godron, le produit hybride de Vy&gilops ovata fécondé par le Froment vulgaire.

tlii borticulteur du Midi, M. Fabre, ayant obtenu la nouvelle forme hybride d' yEg/lops speltœformis, l'a régulièrement perpétuée, sans retour au type , pendant plus de vingt générations; des résultats analogues obtenus à Paris et à Nancy sont confirmalifs du fait annoncé; tous semblent conduire à admettre la réalisation, par le fait de l'homme, d'une espèce hybride intermédiaire, et régulièrement féconde (1)?

En est-il réellement ainsi?

Remarquons d'abord (pic l'expérience signalée n'est ni assez complète, ni assez contrôlée, pour légitimer une opinion absolue, considérons également les conditions anormales dans lesquelles elle s'est accomplie; l'hybride propagé à Agdc pendant vingt années a pu se maintenir sans retour, parce qu'il a été soustrait à l'action des causes naturelles de variation et au contact du pollen des espèces parentes; il diffère, d'ailleurs, des véritables espèces par plusieurs caractères physiologiques importants.

Il est douteux qu'il ait été rencontré à l'état sauvage, mais ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est l'impuissance de la forme hybride à se propager naturellement sans le secours de l'homme ; ses graines ne germent point si l'épi qui les renferme n'est enfoncé dans le sol par les soins du cultivateur; il faut des circonstances exceptionnelles, indépendantes de la nature même de la plante, pour que la germination des graines devienne possible; aussi chaque année un certain 'nombre de

(1) Cons. au sujet de cet hybride : Des Aïgilops du midi de la France et de leurs transformations {Mé noires de l Acadt-mie de Montpellier, 1 863) . Godron, Des hybrides végétaux, dans Ann. se. nat., t. XIX, p. 175, et Mémoires de l'Académie Stanislas, Il juin 1858; lievue horticole, 4e série, t. II, p. 17, etc.

pieds demeurent-ils stériles. En présence de ces faits M. Godron, auquel on doit sur ce sujet des études spéciales et persévérantes, n'hésite pas à conclure ainsi : « Il est évident pour moi » que si cet Aïyilops se comporte autrement, dans ses allures » que les hybrides ordinaires, et il n'est pas le seul, il manque » également d'un des caractères essentiels de l'Espèce, celui » de pouvoir se propager sans le secours de la main de » l'homme (1). »

La question de VsEgilops speltœ forints motive, on le voit, des doutes légitimes et impose des réserves; les doutes sont d'autant plus autorisés qu'aucun exemple analogue ne s'est présenté dans le règne végétal; M. Naudin, si compétent sur ce sujet, n'hésite pas à déclarer qu'aucun des nombreux hybrides, par lui obtenus, n'a manifesté la moindre tendance à faire souche d'espèces.

On a cité chez les animaux, les Léporides, ou produits hybrides du Lièvre et du Lapin, comme un exemple probant en faveur de la permanence des races hybrides.

D'après M. Roux (d'Angoulèmc), la fécondité des Léporides aurait été constante depuis dix générations, et le retour au type ne se serait pas manifesté ; on a pu croire, il y a quelques années, à la légitimité de ces assertions, présentées au public par un savant bien connu (2). On ne saurait les accepter aujourd'hui.

La mortalité extrême des Léporides, leur dégénérescence1 facile, l'extension restreinte d'une industrie dont on s'était tropi hâté d'exagérer l'importance, pouvaient déjà causer quelque hésitation; bientôt, le silence obstiné, puis les aveux de l'inventeur lui-même, ont singulièrement réduit le nombre dcs^ crédules partisans de la fécondité des Léporides.

Désireux d'obtenir sur cette question des éclaircissements* positifs, nous avons écrit à Angoulème, et il nous a été répondu par un agronome, témoin des essais tentés à diverses époques,,

(1) Godron, Nouvelles expériences sur V hybridilé dans le règne végétal, faitis pendant les années 1863, 1864 et 1865. Broch. Nancy, page 38.

(2) l'.roca, Do Vhybridité {Journal de physiologie de Brown-Sénuard. 1858 à 1860).

qu'on ne saurait désormais attacher d'importance et tenir pour sérieuses des assertions émises avec trop de précipitation et d'assurance (1).

On a donné comme preuve d'une postérité hybride fertile les résultats du croisement entre les Moutons et les Chèvres; au Chili où ils sont commercialement exploités, les produits de ces croisements portent le nom de Chabins ; leur peau est l'objet d'une industrie particulière.

Les Chabins de premier sang sont féconds, ceux de second sang s'obtiennent en croisant avec les brebis les métis mâles du premier sang; leurs produits seraient doués, assure-t-on, d'une fécondité sans limites.

Un examen attentif ne conduit pas à adopter une opinion aussi absolue. Il est certain qu'après trois à quatre générations, les descendants s'altèrent et retournent au type primitif; la loi de réversion met donc encore dans ce cas un terme à la fécondité ; et pour obvier aux altérations de la toison, il faut reprendre toute la série des croisements. Voici, du reste, à ce sujet, l'opinion très-autorisée de M. Cl. Gay, telle que M. de Ouatrefages la reproduit : « Là où ces hybridations constituent » une industrie régulière, on est obligé de donner aux pro- » docteurs presque le double de sang d'une des deux espèces » croisées, pour entretenir la fécondité; en outre, au bout de » quelques générations, on est obligé de recommencer toute la o série des croisements, parce que les produits retournent aux » espèces primitives comme chez les végétaux (2). »

Tels sont les faits qui semblent élever le plus de doutes à l'égard des limites dc-la fécondité chez les suites hybrides; aucun deux n'est concluant, et si une vérité ressort de leur critique, c'est, comme l'a démontré un éminent naturaliste, que dans l'état actuel de nos connaissances, on ne saurait citer aucune espèce intermédiaire, aucune suite hybride permanente.

(1) Cons. sur cette question: Barrai, Journal d'agriculture pratique, juin et août 1863. Sanson, Zootechnie, p. 263. Le cultivateur charcutais (Journal d'agriculture, 15 juin et 15 août 1863, 15 février 1865).

(2) Cons. de Quatrcfages, Rapports sur les progrès de l'anthropologie ; op. cit., p. 122.

\hî LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES,

En définitive, l'étude des hybridations prouve que les suites hybrides ne sont ni normales, ni indéfinies dans leur propagation ; arrêtées dans leur succession régulière par la stérililé qui en frappe les produits, par la variation désordonnée, par le retour aux souches primitives, elles ne sauraient réaliser des espèces intermédiaires.

Cette inaptitude à la propagation normale n'existe plus, soit entre races de même espèce, soit entre individus de même race, mais de lignées différentes. Dans ces conditions, la procréation est aussi assurée et aussi facile qu'elle est, entre espèces légitimes, anormale et instable.

L'importance de ces faits a frappé les partisans de la mutabilité, aussi M. Darwin s'cst-il efforcé de soumettre à la critique des arguments dont il ne pouvait méconnaître ni la portée ni la valeur.

Ils élèvent, en effet, contre la théorie sélective, une objection de la plus haute gravité ; comment l'élection expliquera-t-elle la stérilité des hybrides, puisque la stérilité ne peut en rien leur être avantageuse e et ne saurait, par conséquent, avoir été » acquise par la conservation continue des progrès successifs » de celte stérilité... J'espère néanmoins », ajoute M. Darwin, « après avoir formulé l'objection, j'espère réussir à démontrer » que la stérilité n'est, ni un don spécial, ni une propriété » directement acquise par élection, mais qu'elle est la consé- » quenec d'autres différences peu connues, successivement » développées chez les espèces du même genre et de même » source » (1).

Parlant de ces données, l'argumentation de M. Darwin porte particulièrement sur deux points : Établir que la stérilité consécutive à l'hybridation est relative, variable en degrés, « qu'elle est une conséquence des deux organisations généra- » triecs, et non une propriété spéciale dont les Espèces seraient » douées » (2) ; déterminer les causes de la stérilité des premiers croisements et des hybrides.

En présentant la stérilité comme une altération variable et

(1) Darwin, op. cit., p. 352.

(2) Op. cit.,]>. 369.

ET LES SUITES HYBRIDES. l/l3

relatives, M. Darwin a surtout en vue de réfuter celle thèse que nous tenons pour l'expression des faits : la stérilité qui frappe les croisements entre espèces, que limite si souvent la propagation des suites hybrides, met obstacle à la confusion des formes organiques. L'éminent naturaliste n'atteint pas le but qu'il poursuit

Montrer en effet que la stérilité est une manifestation variable, proposition vraie à plusieurs égards, n'est pas établir qu'elle n'apporte nul obstacle au mélange des types; la réalité de cet obstacle n'est-elle pas d'ailleurs démontrée par bien d'autres manifestations physiologiques? M. Darwin tourne habilement les difficultés sans les résoudre.

Ses explications, à l'égard des causes de stérilité des premiers croisements et des hybrides ne sont point heureuses; en ce qui a trait aux premiers croisements, il invoque les troubles dans les conditions de la vie, la mort hâtive de l'embryon ; relativement h la stérilité des hybrides, il en donne pour raison les modifications apportées dans les organes reproducteurs; mais comment expliquer, s'il en est ainsi, l'inégale fécondité des h\ brides, l'accroissement de leur fécondité, après plusieurs générations, faits si bien établis par M. Naudin?

fil. Darwin prétendaussi que chez la plupart des hybrides végétaux, l'ablation desélamines, condition indispensable au succès de l'opération, est la cause de l'infécondité. Celle raison ne saurait être tenue pour décisive, puisque la fécondation réussit, lorsqu'elle est pratiquée entre des individus unisexués d'espèces différentes. Ainsi agit le pollen du Cucurbita moschata, au contact du stigmate des fleurs femelles du Cucurbita pepo?

Des expériences répétées sur les fleurs d'un Agave nous ont également donné la certitude que l'ablation desélamines d'une fleur n'entrave point nécessairement son évolution et sa végétation.

L'auteur allègue, à l'appui de sa manière de voir, les effets des croisements réciproques.

Il cite l'exemple du Mirabilis longiflora, aisément fécondé par le pollen du Mirabilis Jalapa, tandis que le croisement inverse serait impossible.

Il rapporte les résultats analogues obtenus par la fécondation

\hk LA VARIABILITÉ DES ESPÈCES,

réciproque des Matthiola annua et incana; on peut opposer à ces faits des expériences contradictoires; en 1775, un observateur de Berlin a réalisé la fécondation réciproque des Mirabilis; M. Lccoq, dans son ouvrage plein d'intérêt sur l'hybridation, ne nie pas les fécondations réciproques chez les Malthioles, mais en signale seulement la difficulté.

MM. Naudin et Godron ont obtenu des hybrides par fécondation réciproque sans constater dans leurs caractères ou leur production les inégalités sur lesquelles insiste avec complaisance le naturaliste anglais.

On sera frappé, en lisant le remarquable ouvrage de M. Darwin, des ressources d'observation et d'imagination qu'il mei en œuvre pour prouver que la stérilité varie en degrés, qu'elle n'est pas universelle, qu'elle n'est pas un don spécial, mais un accident (1) ; on restera convaincu, malgré les raisonnements de l'éminent observateur, que sa manière de voir ne saurait, ni concilier avec la doctrine de la sélection, les faits relatifs à la stérilité, à l'instabilité des suites hybrides, ni effacer les résultats si sûrement acquis à la science sur l'intervalle que la génération met entre les types organiques ; ces résultats, nous les résumerons en deux propositions :

Les espèces appartenant à des classes, ordres, familles, souvent même à des genres distincts, sont impuissantes à s'unir.

Les espèces congénères peuvent être aptes à se féconder ; il en naît alors une postérité hybride dont les produits se succèdent pendant quelques générations, mais les descendances ont un terme, l'hybridité ne formant pas d'espèces intermédiaires et permanentes.

L'altération des produits et leur stérilité, la dissociation des caractères, l'individualisation, la réversion aux types primitifs concourent à la fois à l'extinction de ces suites éphémères que l'hybridation réalise et qu'on ne saurait assimiler aux espèces véritables.

Ainsi , la loi de propagation apparaît comme une marque de la distinction des types, une limite, un obstacle à leur mutabilité.

(I) Darwin, op. cd., chap. vm.

Nul n'a mieux compris que Bulîon cette importante vérité; sur cette question, comme sur tant d'autres, son pénétrant génie avait devancé les résultats de l'expérience : « Quel nombre » immense, écrit-il, et peut-être infini, de combinaisons ne » faudrait-il pas pour pouvoir seulement supposer (pie deux » animaux, mâle et femelle, d'une certaine espèce, ont non- » seulement assez dégénéré pour n'être plus de cette espèce, » c'est-à-dire pour ne pouvoir plus produire avec ceux aux- » quels ils étaient semblables, mais encore dégénéré tous deux, » précisément au même point, et à ce point nécessaire pour ne » pouvoir produire qu'ensemble; et ensuite, quelle autre pro- » digieuse immensité de combinaisons ne faudrait-il pas encore » pour que cette nouvelle production des animaux dégénérés » suivit exactement les mêmes lois qui s'observent dans la pro-

» duci ion des animaux parfaits ! Quoiqu'on ne puisse donc

» pas démontrer (pie la production d'une espèce par la dégé- » néiaiion soit une chose impossible à la nature, le nombre o des probabilités contraires est si énorme, que, philosophi- » quemeut même, on n'en peut guère douter (1). »

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