VIII INTRODUCTION
il s'attache d'autant plus volontiers qu'elle ne semble contredire ni ses doctrines, ni la réalité ; partant de ce principe que les formes éteintes et les formes vivantes sont les aspects divers d'une môme unité, et que rien n'est stable dans la nature, il écrit : « L'espèce est fixe, sous la raison de l'état conditionne' » de son milieu ambiant; elle se modifie, elle change, si le » milieu ambiant varie, et selon la portée des variations (1). »
L'opinion de Geoffroy Saint-Hilaire n'apporte à la thèse de la mutabilité aucun argument décisif; elle appelle l'attention sur les conditions multiples du problème à résoudre, et particulièrement sur deux d'entre elles : les changements antérieurs à l'époque présente, ceux qui s'accomplissent dans les conditions actuelles d'existence.
Geoffroy Saint-Hilaire a mis dans ses opinions une réserve que Lamark n'y avait point apportée, lorsque promoteur ardent de la mulabililé absolue, il prétendait l'expliquer, et par l'influence des agents physiques, et par l'exercice de l'activité fonctionnelle sous l'empire de la multiplicité des conditions de vie (2).
Le système de Lamark n'a pas scientifiquement avancé la question ; son mérite est d'avoir nettement posé et habilement vulgarisé la doctrine de la mulabililé; il a trouvé des adhérents parmi ces esprits généralisaleurs que les nouveautés séduisent, parce qu'elles touchent à de vastes problèmes et contredisent des croyances religieuses ou des opinions philosophiques; la valeur des méthodes et des preuves n'est rien pour eux ; ils courent à la solution et l'acceptent, la tenant pour certaine, si un savant de quelque mérite la propose et la défend.
C'est à la juste autorité de son nom, à la nouveauté et a la puissance de ses vues, à l'intérêt que sa doctrine a excité dans
(1) Geoffroy Saint-Hilaire, Sur le degré d'influence du monde ambiant pour modifier les formes animales. (Mémoires de V Académie des sciences, t. XII, p. 63, 1833). Cons. également Is. Geoffroy Saint- Hilaire : Histoire naturelle générale, t. Il, p. 416.
(2) Lamark, Philosophie zoologique, t. I, p. 62. Paris, 1 809.
INTRODUCTION. IX le monde philosophique que M. Darwin a dû, dans ces dernières années, la légitime faveur dont jouit son ouvrage sur ta mutabilité des formes organiques (l).
Le livre de M. Darwin fait époque dans cette grave question.
L'illustre naturaliste la traite dons toutes ses parties, l'étudié dans l'ensemble et le détail, la discute avec pénétration, met en œuvre pour la résoudre les arguments que fournit une science sure et profonde, unie à une rare sagacité.
La doctrine de M. Darwin repose sur l'idée d'une sélection naturelle sans cesse à l'œuvre pour produire des formes nouvelles; elle conduit à dériver de plusieurs, et peut-être d'un seul type primordial, l'ensemble des organismes.
Les changements dans les conditions d'existence, et la concurrence vitale, sont les agents toujours actifs qui réalisent, dans le cours des âges, la diversité des types.
C'est là le fond de la doctrine; la conception en est brillante, les déductions logiques, les preuves en imposent par le choix et le nombre des faits positifs qui les appuient, mais l'ensemble repose sur une hypothèse.
(1) Ch. Darwin, On the origin ofspccies by the means of natural sélection, or the préserve tton of favoured races in the siruggle for live; London, 1859 ; traduction française par mademoiselle Cl. Royor, un volume; Paris, Victor Masson 1862 ; traduction allemande par le docteur H. G. Broun. Stuttgart, 1862. — Le mouvement bibliographique dont l'œuvre capitale de M. Darwin est devenue le point de départ peut être étudié dans les travaux suivants : Cari Noegeli : Enstehung und Bcgriff der naturhistorischen Art. Zwelte Aullage. Munchen, 1865 ; Anton Bernard : Altesund Neues zur Lehre iïber die organische Art., dans Abhandlungcn des zoologischcn Vereins in Regensburg. Neuntes Heft (Regensburg, 1864). Parmi les travaux de critique suscités en France par la doctrine de M. Darwin, nous signalerons : les articles de MM. Laugel dans la Revue des deux mondes (avril 1860); Ed. Claparède, dans la Revue germanique (31 août et 30 septembre 1861); les écrits de MM. Fée, Le Darwinisme, Paris, 1864; Paul Janet, Le matérialisme contemporain (1 vol. Bibliothèque de philosophie contemporaine; Paris, 1864; ; Flourens, Examen du livre de M. Darwin sur l'origine des espèces (1 vol. Paris, 1864) etc.