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CHAPITRE II

XVIIe et XVIII‘ siècle jusqu’à l’'inoculation.

Le premier ouvrage un peu Important, qui parut en Lor-

raine sur le sujet qui nous occupe, date du commencement du xvn° siècle. En effet, en 1617, Cachet fit paraître à Toul et, en 1623, à Nancy, un livre intitulé : « Vray et

asseure préservatif de petite vérole et rougeole, divisé en trois livres, Enrichy de quatrevingts Problèmes non moins doctes et curieux que nécessaires pour l’entier esclaircissement des causes de ces maladies, de leurs différences, de leurs signes diagnostiques et prognostiques, de leur préservation et curation. »

D’après l’auteur, la ville de Nancy fut visitée en 1609

par une épidémie de variole extrêmement meurtrière ; pas un coin de la ville ne fut épargné et les villages environnants payèrent aussi un lourd tribut à la maladie. Pendant plusieurs années, l'épidémie ne quitta point Nancy. Pour Cachet, l’auteur du livre, la petite vérole est presque toujours sans fièvre: « S'il m'estoit loisible d’alléguer mes expérièêces,

« i’en pourrois nommer plusieurs à qui il est ainsi arrivé. « Je me contenteray d’escrire ce que ie confirmerayÿ par « bon nombre de bons tesmoins de fut Monseigneur le « Chevalier de Guise (Prince autant doux et ‘traictable « que magnanime et valeureux duquel ie ne puis rafraîchir « la mémoire sâs rafraichissement de l’extrême regret com- « mun de sa mort précipitée) ce Seigneur PAn 1609, len- « demain de Noël estant tombé malade de petite vérole en « la court de Nancy, ou i éus l’honneur de le traicter, se « trouva tellemêt exempt de soif, de chaleur, d'émotion, et « de tous accidêts fébriles à la première éruption des pus- « tules, qui fut sur la fin du troisiesme de sa maladie, que « dèz le quatriesme sans crainte ny scrupule quelconque ie « lui conseillay de boire à ses repas du Necker bien trempé. « C’est un petit vin Allemand doué de toustes les marques « du vin Oligophore descrit par Galien ; il croist sur la « rivière de Necker d’où il prend le nom. »

Les idées de Cachet sur la variole, le traitement et les remèdes sont ceux de ses contemporaires, c’est pourquoi nous en dirons quelques mots.

Pour Cachet, les deux propriétés essentielles de la petite vérole sont :

1° L’universalité ;

20 La contagiosité.

Elle est universelle, non pas qu’elle s'attaque à toutes les parties du corps, mais parce que le « cuir » et ses parties attenantes en font les frais; contagieuse, parce que « le « contact des corps qui en sont infectés, le foyer qu'ils « laissent ès linges et autres meubles à leur usage, l’air € même qu'ils expirent » en sont les principaux modes de propagation.

Mais alors pourquoi la peau seule est-elle atteinte et non le reste du corps ? c’est, dit Cachet, par le «bouillonnement « du sang qui est poussé et retenu au cuir ; mais si le sang « poussé au cuir vient à s’évaporer, il n’y aura pas de « variole, d’où conclusion assez logique ; elle est plus rare « PEté qu'au printemps parce que l’ardeur du soleil dilate « les pores de la peau, les humeurs qui sont à sa surface « s’atténuent et s’en vont en fumée ».

Pour ce qui est des pustules, « élevures ou éminences rondes, petites », ce qui intrigue cet auteur, c’est que la face est le siège d’un plus grand nombre de pustules que le reste du corps et il se demande pourquoi la face « le domicile des sens, l’interprète du cœur, le ministre, le guidon de la raison » ne peut se débarrasser de telles humeurs, et le cerveau « par sa froideur, pourquoi n’envoie-t-1l pas au loin les famées que lui envoient les parties inférieures du corps? » Voici la réponse, c’est que « le froid extérieur fait rebrousser en arrière la matière variolique et que le visage qui est moins à couvert participe davantage à l'infection ».

Pour se préserver de la contagion, il faut éviter Pattouchement de ceux qui en sont atteints, ainsi que de leurs habits et de leur linge de corps ; par l'entremise de Pair, la petite vérole se répand et porte ses ravages au loin, c’est ce qui la distingue de la grosse et la rend plus dangereuse ; le malade est surtout à craindre par l'air qu’il expire, par les vapeurs qui s’exhalent de son corps, humeurs qui en sortent ; c'est alors en aspirant que nous avalons le germe du mal grâce à la diastole de nos artères.

Les cadavres ou les restes d'individus morts de la variole enfouis dans le sol et exhumés après plusieurs années sont encore dangereux pour le voisinage et peuvent être le point

de départ d’épidémies; des faits de ce genre ont été, de nos jours, constatés bien des fois, eh bien ! Cachet s’est demandé, lui aussi, si un corps mort de petite vérole était encore contagieux, si les « séminaires », nous dirions aujourd’hui les germes contages, restaient dangereux après la mort du sujet ou pour nous servir d’une expression plus moderne, virulents.

Pour lui, l’eau, l'air, le feu sont des causes puissantes de destruction de la force des « séminaires ». « Lacontagion « vérolique, dit-il, pourra bien s’entretenir dans la laine, « ou fourure, mais non dans un cuir extrèmement refroidy « par la mort », mais aussitôt que la putréfaction commence il y a production de chaleur, dégagement de vapeurs qui emportent avec elles les mauvais germes. :

La petite vérole est beaucoup plus contagieuse que la rougeole, car celle-ci émet des vapeurs bien différentes de celles de la petite vérole ; les vapeurs de celle-ci sont plus épaisses et se dissipent moins facilement ; elles sont gluantes, et, partant, adhèrent mieux aux corps qu’elles entourent.

Il fait remarquer que les personnes qui ont déjà subi les atteintes du mal sont bien moins sujettes à être de nouveau infectées que celles qui n’ont jamais eu la variole ; de nos jours, nous dirions qu’il y a eu vaccination naturelle, mais, pour Cachet, cela tient à ce que «le sang purifié par la « vérole, comme le moûst par léballition, demeure pur et « uet et sans mélange des parties vitieuses qui peuvent € lui apporter quelque émotion, et ceux qui l’ont plusieurs « fois, c’est que la dépuration du sang n'a pas été complète lors de la première atteinte ».

Le mal pénètre dans notre intérieur par les pores de

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