‹ La Variole MaligneChapitre 2 sur 12 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

On parle souvent de « maladies malignes»... mais si on demandait le sens précis de ce terme à ceux qui l'emploient, on serait étonné de constater la divergence extrême des: définitions.

Les uns suivant l'erreur ordinaire, diraient qu'une fièvre maligne est une fièvre particulièrement violente, d'une gravité telle, que la mort est rapide et fatale.

Les autres, donnant au mol sa véritable signification, répondraient qu'une fièvre maligne est une fièvre grave sans doute, mais essentiellement caractérisée par une allure peu

MM Vie

franche. Elle cache son jeu; sous l'apparente légèreté des symptômes elle masque une intensité extraordinaire du mal qui se révèlera tout à coup, alors qu’on s’y attend le moins, par des phénomènes insolites et menaçants.

La malignité n’est donc pas toujours comprise de a méme facon. Tantôt on lui attribue son sens primitif et exact ; tantôt on en fait un simple synonÿme de la gravité. Cette confusion entre les deux termes grave et malin est très ancienne, presque séculaire, pourrait-on dire, car on la trouve dans de très vieux auteurs. Elle s'était insensiblement établie dans le langage vulgaire et puis elle a pénétré dans la littérature médicale. Et dans bien des cas l'usage a consacré cette erreur.

Nous n’en voulons pour preuve que la classification des scarlatines malignés en : Foudroyante.

Nerveuse, ataxique.

Typhique, adynamique.

Hémorrhagique, etc.

Prenons la forme foudroyante. Elle est tellement brutale qu’elle ne laisse presque pas à l’éruption le temps de se montrer ; elle tue, alors que celle-ci est à peine ébauchée,en 48 h. et même 11 h. (Trousseau). Le pouls petit et dépressible bat 140. La fièvre atteint des températures de 41 et 42. La céphalalgie est atroce. Les accidents nerveux intenses: agitation, insomnie, délire... auxquels peuvent succéder des signes de dépression: stupeur, somnolence, coma...

Qu'y a-t-il donc de malin dans tous ces symptômes si redoutables ? [ls se montrent sans doute avec une subite et effiayante intensité, mais leur allure reste franche et d'emblée on peut établir un pronostic. La maladie est grave, elle n’est pas maligne.

Voici maintenant la forme nerveuse ataxique. Elle a une

ici encore que trouvons-nous de ie qu une date “iculiére dr symptômes ni m n jee a dans l'évo-

re. ©"

PrAMOIGi Le 4e, be typhoïde, adynamique. Cest BC stupeur qui domine la scène. La prostration nest inter- ÿ rompue la nuit que par un peu de délire calme. La fièvre est très élevée, le pouls petit On voit apparaître le $ | ballonnement du ventre et la diarrbée. Tous ces sym- nu ptômes sont, sans doute, terribles et menaçants, maisils n'ont aucun caractère insidieux et perfide. La Mae est

grave, elle n’est pas maligne.

Sivan écrivait en note dans les œuvres de Sydenham: po «Voici les signes qui font connaître les maladies malignes: Elles commencent avec un froid et un frisson léger qui est suivi aussitôt d’un grand abattement; en même temps le pouls est petit, fréquent et concentré. Le malade tombe aisément en défaillance sil se tient le corps élevé; il est continuellement assoupi sans pouvoir dormir; et s’il dort il se trouve ensuite plus abattu et tombe en délire. IT se plaint de grandes douleurs, de soif et d’autres symptômes incommodes ; cependant il est mal à son aise. À la fin les extrémités deviennent froides, le pouls devient intermittent, on ne le sent presque plus et la mort n'est pas éloignée. »

Voilà un tableau clinique qui n’a que de lointains rapports avec la maladie maligne. Les signes que décrit l'auteur

oee cadrent plutôt avec une forme ataxique; ils sont graves, ils ne sont pas malins.

Qu'est-ce donc que la malignité?

L'entendons-nous comme l'Ecole vitaliste du siècle dernier qui, selon le mot de Giroile (1), « admettait un principe initial de gravité échappant à toute définition et se manifestanf en l'absence de localisation organique qui suffit à l’expliquer ? » Non, car pour nous, comme nous allons le voir, il. s'agit moins d’une intensité particulière des symptômes que d’une évolution anormale et surtout insidieuse.

Voici, en effet, ce que dit Dechambre dans le Dictionnaire de médecine: « Malignité n’est pas synonyme de gravité. Une maladie dite maligne est grave, mais ce n’est pas parce qu'elle est grave qu'elle est maligne. La malignité, xuxondeux d'Hippocrate, c'est la méchanceté, la malice, le caractère tortueux, et non la force du mal ; ce qui est du serpent plutôt que du lion (Dolœus). Ainsi une maladie dont les symptômes les plus inquiétants sont l'effet normal physiologique, de la cause morbide ou de la lésion produite, n’est pas maligne: elle n’est que grave. Mais est maligne celle qui se distingne par l'apparition subite et imprévue de symptômes insolites, par les irrégularités d’évolutions, par de fausses crises, par un défaut de proportion entre la lésion locale et les phénomènes généraux; quelquefois par l'impossibilité de rattacher à aucune lésion, à aucune cause, soit une élévation inaccoutumée de la température avec fréquence ou lenteur excessive du pouls, soit plus souvent une défaillance rapide des forces. En un

mot la malignité exprime tout ce qui, dans une maladie, a

(1) Girode, in Traité Brouardel. Tome Î.

re est bien ainsi, comme nous allons l'indiquer, que

__ les premiers observateurs avaient compris la variole LÉ MRNNDErEligne. L |

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