HISTORIQUE
Les médecins du XVII: et du XVIIF: siècle ont donné une description d'ensemble de la variole qui est restée classique, et depuis, comme dit Trousseau, on n'a presque rien appris qui n'ait été beaucoup mieux observé autrefois.
Sydenham, le premier, avait remarqué la forme de la variole qui nous occupe,et, s’il ne lui a pas consacré une étude longue et minutieuse, du moins indique-t-il bien les principaux symplômes qui la caractérisent.
Voici, en effet, ce qu’il écrit à propos de l’épidémie de 1660 : « Lorsque la petite vérole était discrète, le plus grand danger était le huitième jour ; alors, la sueur et la moiteur qui avaient duré jusque-là, s’arrêtaient tout à coup et la peau devenait sèche, sans que les meilleurs cordiaux pussent rappeler la sueur. La frénésie survenait avec beaucoup d'agitation, de douleur et d'inquiétude ; le malade urinait
ortants: « ta frénésie, Ne à cause + la ane ervescence du sang, alors le malade devenu furieux et ne
RAUx efforts de ceux qui veulent l'ar rêter et le retenir au lit.
: savoir une affection comateuse, en sorte que le malade ne s’éveille presque jamais qu’à force d’être poussé continuel- 2 lement. Quelquefois aussi il survient par comble de z malheur une suppression totale d'urine, surtout chez les je jeunes gens, et cela dans la es. ou même dans le déclin à de la petite vérole discrète. »! Et Sydenham appelait ces varioles anormales des Pate véroles discrètes irrégulières.
La plupart des (raités prétendent que c'est à Sydenham À que nous devons le nom de variole maligne. Et nous avons essayer de vérifier. Mais c'est en vain que nous avons parcouru la vieille Médecine Pratique de l’'Hippocrate anglais. Les pages vénérables de ces deux antiques volumes sont restées muettes. L'auteur parle bien de la malignité, mais d’une facon très générale, indépendamment des maladies dans lesquelles elle se montre. Il expose une originale théorie pathogénique: « Je crois que toute malignité des maladies épidémiques, quelle que puisse être d’ailleurs sa nalure spécifique, consiste dans des particules très chaudes et très subtiles... » 11 note aussi avec raison que dans ces cas-là les symptômes fébriles font souvent défaut, il indique enfin quel traitement lui paraît le plus rationnel. Après Sydenham, d’autres médecins célèbres de 12 même
on souffrir la chaleur résiste avec une force terrible
| » D’ autres fois la même cause pr oduit un effet tout contraire
“4 es . es Fe ni quables observations. Ce sont Van sw et
gna comitatur, cum or subito virium prostration quæ non suppurantur, sed potius in gangrenam degenerant, et sæpe putrida solutione humorum lethales sunt, antequam maturari potuissent, si meliorem habuissent indolem. » (Commentarii in Boerhaave aphorismos).
Puis une longue période s'écoule pendant laquelle a
fièvres éruptives n'occupent plus dans la littérature medion Ë
cale qu’une place secondaire et accessoire. Et il faut arriver >: à Trousseau pour trouver une étude importante de la variole. Le grand clinicien français puise dans les travaux des anciens, mais aussi suivant son expression dans la triste. expérience qu'il a de cette maladie, et fait une description
géniale et définitive. Il trace un tableau parfait de la variole
maligne que nous reproduisons plus loin et il démontre que lorsqu'elle est anormale la variole discrète est plus promptement mortelle que la confluente.
Il semblait que désormais au nombre des formes cliniques de la petite vérole, la variole maligne dût occuper une
(1) Mead, 1673-1754, professeur au Collège des Chirurgiens de Londres, Médecin du roi Georges II (Opera omnia, 1751).
donné Van Swieten, Morton ; les autres ne lui attachent ue qu’une idée de artientière gravité, etils publient sous
ment mortelles où des varioles hémorragiques foudrovantes.
2 Ainsi, pour ne citer qu'un cas, nous voyons que Bolzer et
, «la variole confluente et surtout la variole confluente com- ; pliquée de lésions gangréneuses, la variole hémorragique et
toutes les varioles modifiées par l'apparition d' accidents graves insolites, susceptibles de n'être expliqués que par Île | génie spécial de l'épidémie ou de la maladie, par des propriétés particulières qui rendraient la variole plus insidieuse et plus fatale sans qu'il fût possible de découvrir la raison de ces dangers terribles et mystérieux (1).
Et voilà rétablie la confusion que nous avons discutée à propos de la scarlatine maligne. Bien plus, à partie manuel du professeur Dieulafoy, nos traités classiques parlent à peine de la variole maligne ; ils ne la jugent digne que d'une mention rapide et c’est incidemment qu'ils la nomment à l'article des anomalies, comme on nomme une chose rare et d'importance secondaire.
Cette forme de la variole serait-elle devenue exception-
(1) Bolzer et Dubreuilh : Variole, in Dictionnaire de médecine (Jaccoud).
Dmbee peu | à. peu nl oubli, Et on res réntend même plus Jor squ'on parle de variole maligne. Les uns conservent ce terme son vrai.sens: le sens primitif « que Jui avaient <
le titre de varioles malignes des varioles confluentes rapide-
Dubreuilh rangent dans la catégorie des varioles malignes
nelle et ne l’observerait-on plus aujourd’hui comme autrefois, du temps de Sydenham, Borsieri, Morton, Trousseau ? Non, si nous en jugeons d’après les cas qui se sont montrés cet hiver à El-Kettar, la variole maligne est fréquente, très fréquente dane certaines épidémies. Elle est importante à connaitre parce que son apparente légèreté, sa marche insidieuse, la bénignité perfide de ses premiers symptômes peuvent donner lieu à de regrettables erreurs de pronostic. Son étiologie et le traitement peut-être spécial qui lui convient la rendent encore digne d'intérêt. Aussi avons-nous cru utile, cn rapprochant les observations recueillies cet hiver dans le service de M. Crespin, de remettre en lumière ce type clinique un peu trop oublié,
® * DEUXIÈME PARTIE 0 D. CHAPITRE Le. on -.
En tête de ce chapitre, avant d'analyser les principaux symptômes de la variole maligne, il convient de reproduire - Ja belle description de Trousseau : | __ « L'illustre médecin que nous venons de nommer, Syden- ham,et aprèslui Van Swieten, Borsieri, avaient observé les épidémies de ces varioles discrètes, anormales et malignes. Ce qui les caractérisait, c'était, dans la période prodromique, Ja douleur de tête, la rachialgie exagérée, un plus grand abattement des forces, de l'anxiété, de l'agitation, de la stu-
A à peur et quel *1 noncée, ! le malade avait du fee) ments. Le délire et le pervirgilium
contraire : coma | profond, les re
cééléréé ,laborieuse, ne un nil danger. La était tantôt plus vive; tantôt, au contraire, le pouls Lait faible, inégal: la chaleur de la, «peau très peu élevée, la | transpiration très abondante.
»L’éruption apparaissait bien au troisième et quatrième jour, mais elle ne se faisait pas d’une seule poussée ; au cin quième ou sixième jour de nouveaux boutons se dévelop paient encore; les pustules n'atteignaient pas toutes le même volume. Quelques-unes restaient pàles et indolentes, tandis que dans les varioles bénignes, la pression au niveau de ces pustules occasionnait une vive douleur au malade. La fièvre et les autres accidents persistaient au lieu de céder au moment de l’éruption, comme cela a lieu dans les
cas ordinaires. À Re
» La transpiration exagérée jusqu'alors s’arrêtait brusquement sans que rien püt le rappeler ; les urines étaient fréquentes mais peu abondantes ou bien elles se supprimaient, ce que Sydenham regardait comme du plus fâcheux augure dans la période d’état et même dans celle du déclin des varioles discrètes. Quelquefois une diarrhée abondante s'établissait. Enfin, le malade succombait, comme nous l'avons dit, au huitième et neuvième jour, avec les accidents nerveux et comateux dont nous avons parlé.
» Ainsi, lorsqu'au début ces phénomènes se sont manifestés, lorsque l’éruption ne s'est pas bien faite vers le. cinquième, sixième ou septième. jour, lorsque les pustules se sont inégalement développées ou qu'elles s’affaissent;
) qu ‘elle ait eu ee sans tie se. supprime sans que de rien ne puisse Ja rappeler ; lorsqu'enfin le délire et le coma. ; profond, les soubresauts des tendons continuent ou survien-
nent, s'ils n avaient point apparu au début, il faut porter lé: pronostic le plus terrible Cr QUSSEQU) DA Lu