‹ La Variole MaligneChapitre 6 sur 12 · URINES · texte numérisé non relu

URINES

La suppression des urines et de la sueur, comme l'avait bien indiqué Sydenham, est toujours du plus fâcheux augure, Et on conçoit bien, en effet, que, si les émonctoires naturels ne fonctionnent plus, l'empoisornement par ies

toxines accumulées va être rapide et fafal.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE. Re

. D'où vient ta malignité dans la variole ? Du microbe ou

Ein terrain? Nous allons envisager successivement ces deux hypothèses.

1 Le Microbe

> D’après M. Charvin (1), une des raisons importantes de Ja gravité de la variole musulmane vient de la virulence du germe infectieux. « La contagion excessivement maligne de ce dernier, dit-il, tient à sa culture intensive surtou’ en Hteré sous Lu tente ou le gourbi, où les habitants

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(4) De la variole chez les Musulmans dé l'Afrique du Nord (Thèse de Lyon 1902).

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Le | malpropres s sont tous serrés à

Sn une influence notable sur le virus, mais a. nos ma=

lades hospitalisés à El-Kettar il serait ridicule de les faire intervenir. : Rte L'exaltation des germes reconnaît parfois une cause autrement importante, sur laquelle nous allons maintenant

à insister. Nous voulons parler des associations to an ne

On sait depuis longtemps que deux maladiesinfectienses peuvent évoluer simultanément dans le même organisme,

= 1 Fhants.

Et alors, deux éventualités sont possibles: ou bien ces deux affections se combattent, se neutralisent et ne présentent que des symptômes légers et bénins! ou bien elles se renforcent et revêtent tantôt une subite et effrayante intensité, tantôt un caractère insidieux et malin. :

Or, dans deux de nos observations relatées plus loin (Obs. V et XI), on verra qu'il y a eu combinaison évidente de rougeole et variole. C’est d’abord l’éruption morbilleuse qui est sortie accompagnée des habituelles manifestations catarrhales et puis, progressivement, sans arrêt, on à vu naître avec les symptômes vénéraux toujours si marqués (céphalalgie, rachialgie, délire), des macules acu- 4 miuées et des papules qui n'ont pas tardé à se trans‘ormer en pustules ombiliquées caractéristiques. N’est-il pas

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Pres Re d'abord. Au bout de in ou cinq jours de malaises généraux, la face se couvre de papules qui ‘envahissent secondairement 12 reste du corps. Le rash lui, est plus précoce ; ilapparaît dd; le deuxième jour de l’affec- tion et respecte la face, et puis il est éphémère. et déjà la peau est redevenue normale, sans traces de rougeur depuis douze ou vingt-quatre heures quand commencent à sortir les premières macules varioliques. Il y a donc un intervaile marqué entre ces deux éruptions, intervalle qui n'existe pas dans les cas que nous citons ; il existe même

si peu que l’on a constaté par places la coexistence des

deux exanthèmes morbilleux et variolique.

Le catarrhe si net qui s'est manifesté chez nos deux mala les a-:hève enfin de dissiper no: drnières hésititions. Tout y est: bouffissure des paupières, larmoiement, Coryza: laryngite, trachéo-bronchite. O:ou sait fort bien que ces phénomènes n'accompagnent jamais un rash. Et d'ailleurs cette association de rougeole et variole n'est pas un fait nouveau, et ce principe même de la combinaison de pyrexies de nature différente a donné lieu à des controverses célèbres.

Van Swieten l’admettait et avant lui Sydenham écrivait: « En l'an 1674 comme en l’an 1670 de petites véroles noi-

oo

res avaient semblé être consécutives à ges rougeoles épidée à

miques » (Méd. Prat. I, 293).

Mais aprèseux de grandsmédecins Sont bete prétendre

qu'il est impossible que deux maladies évoluent en même

temps chez le même individu. C’est Thomas Thompson qui, dans ses recherches sur la variole en 1752, affirme que

deux fièvres de nature essentiellement différente ne sau-

raient coexister. C’est Racle qui dans son traité de diagnos-

tic s'exprime ainsi à propos de la prétendue simultanéité des fièvres éruptives : « De pareilles associations répugnent à l'esprit car on ne conçoit pas qu'un malade puisse servir de terrain d'évolution à plusieurs maladies simultanées, ni que plusieurs maladies puissent se développer librement

dans une économie dont elles doivent emprunter pour s'exprimer ensemble et les même organes et les mêmes :

puissances fontionnelles. » C’est Hunter qui érige cette opinion en doctrine sous le nom d’incompatibilité morbide. C’est enfin Grisolles et Trousseau, qui, voulant réagir contre

la confusion habituelle entre le rash et les exanthèmes

morbilleux, affirment que ces deux affections ne frappent jamais simultanément le même sujet.

Mais ces opinions trop absolues ont de nombreux adversaires, et le dogme Huntérien est justement battu en brèche par Adanes, Ring, Monneret. Berton, Barret, Rillet et Barthez (1).

Où donc est la vérité? Nous ne suivrons pas les péripities du débat. 11 faut s’en tenir au travail remarquable de Bez. Cet auteur, dans sa thèse inangurale, après un historique Complet de la question soumet à une critique

(4) Bez, voir bibliographie."

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sn "étude » M S'miions mb a

“ EF Coexistence ‘des à éruptions avec antériorité de < la variole ; Ë É 30 La même coexistence avec antériorité de la rougeole; “A5 Succession des deux éruptions. | ‘40 “4 : : Or nos deux malades appartenaient à cette dernière catésorie, la catégorie des cas les plus dangereux. N’avions-

nous donc pas raison de dire quela malignité de la variole pouvait provenir DRE de sa combinaison avec la rou- Fr ÉRNUE

1 7 36 Le Terrain

: Ar UN

2 Climat. — « La variole des pays chauds, dit M. Firket,

ne diffère pas spécifiquement comme on à pu le croire autrefois, de notre petite vérole européenne, mais agissant sur des populations souvent misérables qui ne bénéficient pas comme les nôtres d’une immunité vaccinale individuelle ou héréditaire, elle se manifeste par des désordres

(t) K2lsh, Malhidies épidémiques, Tome, in 1* fascicule.

ue

qui font la plupart du temps défaut chez nous (1). » Le climat, en effet, dans la genèse de la malignité ne nous paraît qu’une circonstance secondaire, ef s'il agit de quelque être facon, c’est, ‘comme nous le verrons plus loin, par l'intarmélinire de la glanle hépatique qui devient paresseuse et fonctionne moins bien dans les pays chauds.

Age. Sexe. __ L'influence du sexe et de l’âge sur la maliœnité serait intéressante À rechercher: mais il faudrait avoir pour cela d'importantes statistiques. Nos douze cas ne peuvent nous permettre aucune Conclusion précise.

race. — Tous les médecins qui ont exercé en Algérie depuis l'occupation jusqu’à nos jours ont été frappés de la fréquence et de la particulière gravité que présentent les épidémies de variole chez les musulmans. Ce fléau fait parmi les tribus indigènes de véritables hécatombes ; et les varioleux qui ne succombent pas conservent souvent de cruelles ct définitives infirmités. Quand on voyage à l’intérieur, « les visages grêlés, les masques cicatriciels allant jusqu’à la hideur, les malheureux aveugles errant à tâtons dans les ruelles des villages ou autour des cases, rappellent que la rariole à passé par là et Ces survivants attestent le nombre des morts (G. Treilhe). »

Et alors, on à prétendu que chez les Arabes la gravité ou la imalignité de la variole tenait à la race. Elle serait plus réceptive; elle offrirait à l'infection une résistance moindre.

Cette hypothèse ne nous séduit pas. D'abord, parce que

(1) Ce. Firket : Les fièvres d'Europe dans les pays chauds.

. ct puis surtout parce que 5 tréquence et da Le

| Vaccine. — On connaît |’ DR influence préserva- as | trice de la vaccine à l'égard de la variole. A ce point de | yue des observations déjà anciennes que confirme l’expé- rience de tous les jours nous fournissent des données très Ù précises. Et il n'est pas téméraire d’afirmer que grâce à la vaccination ou la revaccination rendues obligatoires, cette fièvre disparaissait rapidement.

Le vacciné est généralement épargné. Son immunité dure dix, peut-être vingt ans, d'où la nécessité de la revaccination. Et lorsqu'un individu revacciné est atteint de \ variole, il a de grandes chances de contracter une forme bénigne de la maladie. Les chiffres établis par M. Talaman sont instructifs à consulter. Cet auteur, en relevant les cas de mort causés par la variole en 1888, arrive aux résultats suivants: la variole tue 48,14 p. 100 des individus non vaccinés; elle ne tue que 10,52 p. 100 des individus vaccinés, et 5,8 des revaccinés. D'autre part, les formes légères de la variole s’observent dans la proportion de 97 p. 100 chez les vaccinés et de 12 p. 100 seulement chez les non vaccinés.

Or, sur nos 12 malades atteints de variole maligne, un seul avait été vacciné, ou du moins semblait présenter des cicatrices de vaccine. N’est-il pas permis de penser que, dans les 11 autres cas, C'est l'absence de vaccination qui à

| RES Tee | contribué, dans une certaine mesure, à l’apparition de la malignité ? VE vi

ALTÉRATION DU FOIE. — Il faut se demander si les altéra-.

tions du foie nejoucnt pas un grand rôle dans la malignité 5

de la variole. |

On sait que le foie est toujours plus ou moins adultéré dans les maladies infectieuses (1), la variole n'échappe pas à cette règle, On sait aussi que certains symptômes fréquents dans les maladies infectieuses relèvent plus particulièrement de l’adultération hépatique : telles sont les hémorragies, généralisées ou localisées.

Il n’est pas douteux que la variole hémorragique peut, surtout quand elle n’est pas hémorrhagique d'emblée, être la cons ‘quence d’altérations hépatiques. En Cas de variole hémoragique d'emblée, il s’agit beaucoup plus d’une question de microbe que d’une question de terrain. Témoin les épidémies de variole hémorragique fondant sur des groupes dont les membres ont des constitutions, des aptitudes morbides différentes.

Or la variole maligne est parfois hémorragique dans sa seconde phase. N’est-il pas permis de supposer que la maladie à d’abord touché le foie, d'où aggravation subite des accidents et apparition des symptômes hémorragiques ?

Certains microbes, comme l’a démontré Charrin, sécrètent des poisons hémorragiques qui, à l’état normal, sont détruits par la cellule hépatique. Le microbe de la variole appartient peut-être à cettecatégorie. Sic’est un protozoaire,

(L) Siredey, Altératior du foie dans l38 maladies injective (Rev. d Milrsin! 1836).

nm , pourquoi mn ro le sait, porte

eau-nés, si bien aécrite par Roger. Ge tte rois est D onu, etril n'est pas rare de voir les adulté- CNT ER [rations hépatiques s'accompagner d'hypothermie. Ainsi, MR à pour prendre la forme hépatique de la dothiénentérie décrite par MM. Roger et Crespin, on sait que cette forme, FA LE assez commune en Algérie, présente souvent une baisse. ra

thermique plus ou moins manifeste.

En ce qui concerne les pays chauds, il est également

prouvé que le foie fonctionne moins bien dans ces pays que dans {es régions tempérées. Mourson à montré, le pre- mier, qu'il y avait abaissement dans le taux de l’urée

quand on passait des pays tempérés dans une Zone plus

chaude, et cela sans que l'alimentation et les habitudes

aient subi un changement. M. Crespin a vérifié le fait sur lui-même en allant de Marseille à Bombay.

Il ne serait donc pas étonnant qu'à virulence égale des germes, la variole maligne füt plus fréquente dans les pays chauds, en raison de la susceptibilité particulière du foie dans ces pays. Aussi trouvera-t-on peut-être en Algérie un plus grand nombre de varioles revêtant cette forme, quand on aura l'attention attiré: sur ces caractères,

se et Ta Re maligne d'autre part, n est pas S intérêt.

Ho À Dans les deux cas les microbes sont te de “ la circulation. Mais tandis que dans la pyohémie, l'organisme se défend encore, essaie de localiser l'infection générale par la phagocytose d'où résultent des suppurations multiples au niveau des séreuses viscérales ou articulaires et dans les parenchymes — dans la septicémie, au con. traire, plus de lutte; les microbes pullulent avec une telle rapidité, ils sécrètent des toxines tellement actives, que les globules blancs sont comme paralysés. Ils ne peuvent pas circonscrire le mal; ils n'opposent aucune barrière 2" l'infection envahissante, et la mort survient avant que le : pus ait eu le temps de se former.

Peut-être y a-t-il la même différence entre une variole confluente et une variole maligne. :

Dans la variole confluente la maladie est très grave, SANS doute, mais l'organisme réagit encore, et sa résistance se traduit par cette abondante éruption qui ne tarde pas à

devenir franchement pustuleuse. C'est peut-être par ces ss

petits foyers purulents, souvent réunis en nappes, que sont rejetés au dehors les agents pathogènes ou les poisons qu'ils ont sécrétés.

Dans la variole maligne, au contraire, Ce moyen de défense n'existe plus, ou existe à peine. L'éruption est irrégulière et incomplète; les pustules sont rares et comme avortées, et parfois même le pus ne s’est pas encore formé que déjà le malade a succombé. Il y a eu peut-être véritable septicémie.

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Rire tas dis Lund. à br 24. à Eee

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