VIII PREFACE
nous tous, hommes d'église, la maison du père de famille; et avec une émotion plus intime encore, au contact de ces érudits d'une si parfaite probité et d'une si pure vertu de la cour Romaine du xvi« siècle.
Frascati, 28-3o juin 1889.
Je connais deux portraits du cardinal Guillaume Sirleto. J'ai vu le premier à Squillace, dans la maison de Tévêque : là Sirleto a l'air jeune encore, vigoureux, redressé. A la Vaticane, j'ai travaillé longtemps juste au-dessous d'un autre portrait, et là Sirleto me semble bien autrement au naturel : il a le dos voûté, la barbe sale; il est assis, quelques livres posés devant lui en désordre; il n'a rien de l'élé-
gance un peu militaire des cardinaux ses voisins de cimaise, mais l'apparence d'un vieux serviteur; il n'a pas la vivacité et la décision de Baronius, qui n'est pas loin, mais, ce que Baronius n'a pas, dans une rude figure de Calabrais, ridée de grandes rides, un front très ouvert et un regard très candide.
Sirleto était calabrais de naissance, et il ne renia jamais son pays d'origine. Né à Guardavalle, près de Stilo (deux bien pauvres capitales, je les connais!), il avait là toute sa famille, famille nombreuse et peu opulente, mais avec laquelle ses relations ne tiédirent pas un instant. Il s'intéressait à tous les siens, les vieux et les petits, s'informait des affaires, voulait prendre sa parx des deuils : « Saluez M. Sinolpho, M. Federico, M. Gerdino et tous les autres », écrivait-il à son frère; « je vous recommande surtout bien Andronico, plus même que jamais, car il est maintenant sans mère^ quia e$ nos advçnae
DE PAUL in A PAUL V 3
fuimus in terra Aegypti » '. Plus tard il devint auprès de la cour de Naples et à Rome le protecteur-né des gens de son pays, braves gens souvent en procès et en requêtes. Et quand il aura été nommé évêque de San- Marco, puis de Squillace (i568), ce sera merveille de voir comme, depuis les évéchés de là-bas, Gerace, Rossano, Cotrone, Mileto, jusqu'aux humbles municipes, Taberna, Sinopoli, Guardavalle, tous compteront sur son crédit pour leurs affaires. Il ne se contentera pas de taire administrer par son neveu, Marcel, l'évêché dont il est pourvu, et de se faire rendre par lui un compte détaillé des visites pastorales : lui-même il s'y rendra (au moins , à San-Marco une fois), pour visiter le diocèse et revoir son pays. Et Dieu sait quel pays pourtant ! « De Calabre je ne vous ai point , écrit, disait à Sirleto un de ses amis,
I. G. Sirleto à son frère Jérôme, 8 sept. ibb\ {Vatican, lat, 6186, toi. 11); et 7 juillet i554 {ibidjj^ foL i3).
Morano, parce que je n'avais rien de bon à vous dire ni du pays, ni des habitants : tout ce que je retiens, c'est que me voici à Naples et que j'ai échappé à mille périls de mort! » ' Mais Sirleto ne tenait pas rigueur à la Galabre des mauvais chemins qui faisaient gémir le cardinal Farnèse, ni des birbanti et des forusciti qui faisaient fuir Morano.
Il avait eu pour premier maitrè, à Stilo, un grec de Tarente, puis il avait été envoyé à Naples pour compléter ses premières études à l'université de cette ville, sous la surveillance d'un grec encore, que son biographe traite de « gentilissimo spirito di Candia ». De Naples il avait passé à Rome.
Il arriva à Rome féru de grec, d'hébreu, de latin, de théologie, de mathématique, de
I. Morano à Sirleto, 26 mars 1569 (^^^- '^f- 6184, fol. 72). Comparez la lettre du prince de Bisignano a Sirleto, i3 janvier 1567, pour le féliciter d'être arrivé sain et sauf à San-Marco {Vat. lat. 61 83, fol. 43), et la lettre du cardinal Farnèse à Sirleto, 5 avril i568, où il est question des maie strade de Calabre {Vat, lat, 6181, fol. 374).
philosophie, sans autre fortune cependant que sa Bible. Mais il arrivait recommandé au cardinal Gervini, qui utilisa immédiatement son savoir en lui demandant de servir de maître à ses neveux* : rude tâche que d'apprendre le grec à trois neveux de cardinal, car c'était surtout de grec qu'il s'agissait! Sirleto s'y employa avec bravoure. Il écrit à Gervini que Romulus (l'aîné) ne manque jamais sa leçon d'Eschine, que Nicolas commence à entendre THécube d'Euripide, et qu'Antoine-François fait de son mieux pour donner de bonnes espérances, avec la grâce de Dieu. Et il s'intéresse avec tout son cœur à ses puttiy comme il les appelle, tant il y a que, Romulus étant mort presque subitement, Sirleto écrit une lettre pleine de larmes pour raconter au cardinal les derniers moments de son neveu, et « je puis dire, ajoute-t-il, que je ne crois pas avoir