CR PA
serve dans quelques localités de l’intérieur, dans la Haute-Bretagne (forêt du Gâvre, Loire-Inférieure ; forêts de Rennes et de Fougères, Ille-et-Vilaine), est aussi répandu dans l’intérieur du Finistère que sur le littoral; on l’y trouve aussi bien sur les arbres des hautes forêts que sur ceux des avenues et des haies, que sur les rochers. Ramalina scopulorum remonte exceptionnellement dans la vallée de la Vilaine jusqu’à Corbinière, en Langon, c’est-à-dire à plus de 10 lieues de la mer(r); mais en Finistère, il est aussi répandu sur les rochers de la région montagneuse, au centre, à l’intérieur du département, que sur les bords de l'Océan.
Voilà donc quelques espèces auxquelles Pair marin constamment humide semblerait nécessaire et qui trouvent à l’intérieur, dans la partie occidentale de la Bretagne, des conditions atmosphériques telles qu'elles peuvent se multiplier abondamment. Sans doute, comme me le faisait observer M. le Professeur A. Boistel, sans doute, elles reçoivent encore sur les rochers de la Montagne quelque chose de cet embrun qui les rafraichit, qui les nourrit sur les falaises du littoral et l’air de ces régions élevées doit être plus ou moins chargé des principes de l'air salin. Il me semble que s’il fallait une preuve de plus pour la joindre à celles que j'ai données plus haut, à propos des espèces hygrophiles, on la trouverait aisé-
ment dans les faits que je viens d’énumérer.
(x) Dans le département de la Manche, il s’avance aussi jusqu'à Canisy. Cf. abbé Hur. Lichens de Canisy, 2e partie, n° 118 (tirage à part, p. 53).
RSS
La présence de ces espèces maritimes ou halophiles à l'intérieur des terres nous confirme donc ce fait: météorologiquement, la Basse-Bretagne est une île.
La question de la dispersion en Bretagne des plantes hygrophiles, maritimes ou halophiles étant maintenant élucidée, étudions un autre côté de la flore de la péninsule armoricaine.
C. PRÉSENGE, EN HAUTE-BRETAGNE, D'ESPÈCES XÉRO- PHILES. — Xérophiles, le mot est peut-être un peu fort, mais si une plante ne saurait être, à tous les moments de son existence, absolument xérophile, il ne s’en suit pas moins que certaines espèces préfèrent les substrata brülés par le soleil, les chmats secs, où soumis à de longues périodes de sécheresse.
Si nous parcourons la Bretagne de l'Est à l'Ouest dans sa partie centrale, nous ne tardons pas à nous aper-. cevoir, en nous rapprochant du Finistère, que certaines espèces, malgré la similitude minéralogique du sol, malgré la ressemblance des divers substrata, disparaissent vers l'Ouest, alors qu’elles s'étaient montrées abondantes en certains points de la Haute-Bretagne.
Ces espèces croissent dans la partie orientale de la péninsule armoricaine, sur ces bandes schisteuses({r) primaires qui se continuent vers l'Ouest en formant ossature centrale apparente de la presqu’ile, Montagnes
d'Aré pour la bande Nord, Montagnes-Noires pour la
(x) Je cite les schistes, parce qu'ils forment au sommet des deux chaînes d'énormes rochers découpés, mais on observe aussi dans la région montagneuse des grès et des calcaires primaires.
ge 39 a bande Sud. Je donne d’ailleurs, ci-dessous, parce que, comme on va le voir, cela fait partie de la question, la liste des plantes qui, ex Bretagne, ne sortent jamais de
ces terrains schisteux.
4e LISTE. — PLANTES DES TERRAINS SCHISTEUX.
Astrocarpus Clusii. Plantago carinata. Helianthemum umbellatum. Tulipa celsiana.
Spergula Morisoni. | Gladiolus'illyricus.
Sedum andegavense. Festuca Poa.
— cæspitosum. — tennicula.
Scleranthus perennis. : | Pycnothelia papillaria.
Plusieurs d'entre elles: Astrocarpus Clusi, Festuca Poa, F. tennicula, sont assez largement répandues et accompagnées cà et là par de belles colonies d’Helianthemum umbellatum et de Sperqula Morisoni. Ces plantes ne s’accommodent pas du climat bas-breton. A peine voit-on à Groix et à Belle-Ile le Plantago carinata. Le Pycnothelia papillaria si répandu près de Redon, sur les schistes des vallées de la Vilaine et de l’Arz, paraît rare en Basse-Bretagne(1)}. Du Scleranthus perennis on ne connaît qu’une localité en Finistère, alors qu'en Illeet-Vilaine la plante a été trouvée sur plusieurs points. Quant à Tulipa celsiana, Sedum andegavense et cæspitosum ce sont des raretés strictement cantonnés dans l’Est de la Bretagne. Le non moins rare Gladiolus üllyricus parait
s'arrêter dans l'Ouest à Belle-Ile-en-Mer. En présence de
(x) On remarquera qu’à Groix le Plantago carinata abonde sur la côte sud, justement celle exposée directement au soleil. Il en est de même pour les deux localités bas-bretonnes du Pycnothelia papillaria.
— ho —
la localisation de la plupart de ces plantes dans l'Est de la Bretagne il n'y a vraisemblablement pas d’autre explication à chercher que celle qui consiste à rattacher leur distribution à des conditions atmosphériques. Il est certain que ces plantes trouveraient dans l Ouest de la Bretagne des sols identiques à ceux où elles croissent dans l'Est de la région. Elles manquent dans la partie occidentale, c’est donc que l'air est trop humide, trop marin, pour elles: ce sont. des espèces continentales.
Au reste, après avoir passé en revue des faits botaniques, passons à l’examen de quelques détails qui nous sont fournis par la météorologie.
Si nous jetons un coup d’œil sur les isochimènes de la France, nous remarquons que justement l’isochimène de + 6° indiqué par une ligne droite unissant (à peu près) Saint-Brieuc et Vannes, nous remarquons que cet 1s0chimène sépare la péninsule en deux parties qui, nous l'avons vu, sont caractérisées chacune par le développement de plantes spéciales. N'y a-t-il pas là pour nous une précieuse indication? N’en ressort-il pas très nettement qu'à l'Ouest de l’isochimène + 6° règne le climat marin tandis qu’à l’Est c’est déjà le climat continental? Ainsi, les indications fournies par la météorologie se trouvent concorder admirablement avec celles tirées de l'examen de la végétation et appuient cette assertion qu'il y a, au point de vue climatérique, deux Bretagne : la Bretagne de l'Ouest, à climat insulaire, et /a Bretagne de l'Est à climat presque continental.