SCENE III
Les Mkmes, CHARLOTTE, puis CHANTEREAU
CHARLOTTE
C'est très bien, Louise, de ne pas dire du mal de la patronne quand elle est absente,
LOUISE
Je dis ce que je pense, Madame.
CHARLOTTE
Vous êtes très gentilles toutes les trois... Est-ce que monsieurChantereauestvenu?, .,
CLÉMENCE
Pas encore, Madame,. , Tl n'est venu que la lingère.
CHARLOTTE
A-t-elle apporté mes modèles ?
CLÉMENCE
Oui, Madame,
CHARLOTTE Voyons.., (Elle entr'ouvre le paquet.) Mais c'cst
du linge de cocotte, ça !,.. Je n'en veux pas,,. Pour qui me prend-elle ! (AUant à la table de droite.) Et la guirlande dc Mme Baudrin, où en est-ce ?
CLÉMENCE
Regardez, Madame.
Pas mal,,. (Prenant un des bouquets.) Il faudrait
m'incliner ces fleurs-là un peu à gauche.,.
Je ne vois pas autre chose à changer. (Prenant l'autre.) Et pour ccci jc voudrais un ruban orange au Heu d'un grenat.
LOUISE, prenant un bouquet et s'apprêtant à sortir par la droite.
N'est-ce pas, Madame, qu'à notre époque il vaut mieux pour une femme avoir un métier honorable que de faire la noce ?
CHARLOTTE
Ou'est-ce que vous dites ?
LOUISE
Nous discutions ça quand vous éles entrée, Madame.
CLÉMENCE
Et nous voudrions avoir votre avis.
CHARLOTTE
Vous me posez là une question très délicate, mes enfants. Pour bien vous répon-
(Irc. il l'iiudrait que jaie pu comi)aror. Or, je n'ai pas été cocotte.
JOSÉPHINE
Et pourtant, il n'aurait tenu qu'à vous, patronne, élégante comme vous l'êtes...
CHARLOTTE
Je n'ai aucun mérite : l'occasion ne s'est pas présentée. Cependant je vais vous dire à peu près ce que je pense.
LOUISE
Ahl
Elles entourent Charlotte toutes les trois. CHARLOTTE
Eh bien 1 je pense que toutes les profCvSsions sont pleines de difficultés, et que les femmes ne doivent pas se mépriser entre elles. Si c'est un conseil que vous me demandez, je vous dirai de rester honnêtes le plus longtemps que vous pourrez; d'abord,
VOUS ne risquez rien. Mais le jour où le hasard vous fera rencontrer un homme qui vous aimera et que vous aimerez aussi, tachez de ne plus le quitter et de l'aider de toutes vos forces, car c'est encore avec un homme qu'une femme se tire le mieux d'affaire dans l'existence.
LOUISE
Pourtant, vous, patronne, vous êtes seule, et vous avez fait votre fortune.
CHARLOTTE
Ma fortune ! Elle n'est pas faite, hélas ! il s'en faut de beaucoup. Et puis, je ne suis pas un modèle de toutes les vertus, il ne faudrait pas croire cela ; j'ai fait des bêtises comme tout le monde.
TOUTES LES TROIS, avec curiosité, se raiiprocliant.
Vraiment?
JOSÉPHINE, joignant les mains.
Oh ! racontez-nous-le, patronne !
CHARLOTTE
Ce sera pour une autre séance, mes enfants. (Paraît Chantereau, serviette sous le bras, tenue et gestes d'homme d'affaires.) BonjOUr, Mousicur
Chantereau, je vous attendais.
CHANTEREAU
Madame... Mesdemoiselles... votre serviteur.
CHARLOTTE, aux ouvrières.
Allez donc défaire les paniers qui viennent d'arriver. Je vous rejoins.
Clémence, Louise et Joséphine se retirent par la droite