CHAPITRE IV
LE MARAIS INSCBGÉ. — MACHECOLL. — COARETTE. — MASSACRE* A MACHECOUL. — SOICHll. — SIX-SOLS. — NOUVELLES TENTA- TIVES DE CONCILIATION FAITES PAR LA- CONVENTION.
Tandis que ces événements, déjà si graves, se passaient en Maine-et-Loire, de bien plus terribles venaient frapper de terreur le département de la Vendée, <• où des chefs sanguinaires commandaient à un peuple inhumain (1) ».
Dans le Marais, ce sont d’autres hommes, d'autres principes ,, d’autres adversaires. « Plusieurs d’entre eux, avoue M. Crétineau-Joly, semblaient se faire un spécieux prétexte de la cause de Dieu et du roi pour se livrer en sécurité de conscience à des actes de cruauté... Ici, comme dans une partie de la Bretagne et du Maine, on verra des femmes, suivant l’exemple des druidesses, s’attacher à leurs parents qui vont combattre'; puis ayeç des faucilles
ü) De Beauchamp, p. 119,
recourbées ouvrir le ventre de leurs ennemis tombés, et chercher dans leurs entrailles le reste de vio qu’y ont laissé les balles ou les baïonnettes vendéennes (1). »
Dès le 8 mars, des attroupements armés s’étaient formés dans le pays de Retz, « sons prétexte de prières publiques «. Quelques jours plus tard, quinze cents paysans, conduits par Lucas-Championnière, marchent pour s’emparer du poste du Pellerin. « 0n y entre sans peine; le village est pillé (2). »
A Challans, un perruquier, nommé Gaston, se mot à la tête dés paysans, tue un officier dont il revêt l’uniforme, et disparait bientôt au milieu de la tourmente, sans qu’on sache ce qu’il est devenu. Montaigu est envahi par les campagnards des environs : on parlemente, et, en signe,de réconciliation, les deux partis font une décharge générale. Les révoltés, bien plus nombreux, et dont les bâtons ferrés faisaient l’arme la plus redoutable, s’élancent sur les patriotes et leur -arrachent leurs fusils. « Un cri homicide se fait entendre : — Chargeons nos armes et tuons-les tous! — Le conseil est suivi, et le massacre commence (3). »
Joly, l’un des futurs lieutenants de Charette , promenait le meurtre et le pillage sur le littoral de l’Océan. Suivant l’auteur de la Vendée militaire,
(1) Crêtineau-Joly, t. I, p. J21.122.
(2) Po Beauchninp, t. I,*p. 120.
(3) Savary, t I, p. 103.
Joly, « en surprenant lps Sables-d’Olonne, se vengeait des cruautés commises dans les campagnes par de justes représailles dont les royalistes cherchaient à rendre victimes les cités (1) ».
Est-il bien exact de dire que la Révolution se soit donné pour mission de persécuter les campagnes de France auxquelles la monarchie du bon plaisir avait fait goûter quatorze siècles « de gloire et de pacifique bonheur (2) », et qu’elle y ait commis spontanément les cruautés qu’on lui reproche? J’ose dire que c’est l’opinion contraire qui est la vérité, et j’opposerai ici encore M. Çrétineau-Joly à lui-méme : >
« Souvent, dit-il en parlant des chouans de la Bretagne et du Maine, ces hommes exaspérés se portèrent à des excès de représailles qui, encore sans nécessité bien démontrée, devaient armer contre eux tous les partisans de la Révolution (3). »
En bon français, des représailles dont la nécessité n’est pas démontrée même à ses plus ardents adversaires politiques, . s’appellent de criminelles agressions. Dans tous les.cas, il resterait à deman- • der à ces Orgueilleux qui s’érigent en vengeurs
(1) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 64.
Quant à la -gloire et au pacifique bonheur des paysans au bon vieux temps, M. Crétineau-Joly me permettra de le renvoyer à Yllistoire des Paysans, ainsi qu’à la France suas Louis XIV. •
(3) Crétineau-Joly, t. III, p. 88.
de Dieu et de la rtdigion, ainsi qu'à ceux qui les glorifient, s'ils ont quelquefois lu l’Évangile de Jésus-Christ.
Deux hommes dirigent les insurgés du Marais : le marquis do Saint-André et Souchü, auquel la 7 Révolution avait enlevé une place dans les gabelles, Souehu, « dont les cruautés réfléchies et les débauches de sang... n étaient pas toujours des représailles... Souehu, dont le nom est oublié depuis longtemps (1). .. »
Je comprends que de pareils souvenirs gênent • les historiens de la légitimité. Il me faut cependant faire revivre pour un moment le nom de ce . monstro que l’on dit oublié, et je dois rappeler les crimes commis par ces étranges défenseur^ du trône et de l’autel qui, à Machocoul plus que partout ailleurs, semblèrent avoir pris à tâche de dépasser les limites de la férocité humaine.
« Louis Championnière, à la tête de quinze cents hommes du pays de Retz, occupe les rives do la Loire. Il s’empare du Pellerin, où sa troupe oom- ' met malgré lui plus d’un excès. . .
« ... Afin d’arrêter le mouvement général, les Bleus de Machecoul se mettent sur Ja défensive... ■ , Mau^assant, ancien député de l’Assemblée constituante, est à la tète de la garde nationale et de la gendarmerie. A la vue de cette multitude furieuse, la garde nationale et la gendarmerie ne
(1) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 63.