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I.À VENDÉE

L’intérêt personnel décide le plus souvent de3 convictions des hommes. L’Assemblée nationale, on mettant, un terme aux criminelles vexations engendrée^ par le privilège du droit de chasse, avait amoindri la position de ceux qui vivaient de eet abus odieux. Chacun se permettait désormais de chasser sur les terres des nobles et d’insulter leurs gardes, tyrans hier, victimes aujourd’hui. Les braconniers, à leur tour, ne pouvaient plus vivre de leur industrie, chacun leur faisant concurrence et s’approvisionnant lui-même de gibier. Les gardes-chasse et les braconniers.devaient donc, comme les nobles et les prêtres, détester la Révolution et la combattre.

Un garde-chasse du comte de Maulévrier, qui avait été seize ans simple soldat darifc un régiment suisse, « Stoftlet , dévoué à d’Elbée, avait dès le 11 mars rallié une cinquantaine dé forgerons do Maulévrier(l). » Il les entraîne ù sa suite, opère sa jonction avec Cathelineau, et ils marchent de concert sur Cholet, ville plus considérable où les attendait une résistance plus sérieuse. Un autre garde-chasso , sans emploi, Tonnelet, se joint ù eux, à la tête de cent cinquante jeunes gens qu’il a entraînés.

A côté d’eux, un jeune enfant de douze ans, Crouston, est monté sur un cheval blanc, et de temps en temps frappe de son mieux sur un tam-

ll) De Beaucliamp, p. 217.

bour accroché à l’arçon de sa selle. Puis, non loin des deux chefs, on distingue les physionomies étranges de Six-Sous (1) et du prt%e Barbotin. Six-Sous, le chef d’artillerie, bandit hors ligne au milieu des brigands; Barbotin, l’un de ces noms qui semblent prédestinés à une célébrité honteuse, Barbotin, vicaire de Saint-Georges du Puy delà Garde, « imagination de cannibale (Grillé) », aumônier de l’armée catholique , le conseil de Stofflet, bien digne on tous points de marcher à côté de Six-Sous.

Pendant que les révoltés, rejoints sur la route par les gas de la Buffelièrej sous la conduite do Sapinaud de Bois-Huguet, marchent pour s’emparer de Cholet, nous les y devancerons pour voir comment on s’y préparait î\ résister aux Vendéens soulevés.

Le ci-devant marquis de Beauveau (2) y présidait le district et se disposait à défendre la cause de la démocratie contre le peuple. égaré des campagnes. C’était aussi, dans son genre, un singulier personnage, que ce marquis de Beauveau, qui, doué de toutes les qualités au corps et de l’esprit, avait vécu une jeunesse tellement orageuse, que, par suite, plusieurs de ses années s’étaient passées dans

(1) Il s’appelait Bruno, et avait servi dans l’artilloric. On l’avait surnommé Six-Sous dans lo pays a cause de sa pauvreté.

(2) Les Beauveau s’étaient alliés aux comtes souverains d’An-

jou. Ce marquis de Beauveau était le dernier descendant de la famille dans 1» province. . - ' v

les prisons de l’État. Véritable Seigneur féodal au début dé sa carrière, il avait longtemps cherché la piçrre philosophale au moyen de l’alchimie, et le bruit populaire lui reprochait des crimes horribles. Un jour, entre autres, qu’un vagabond s’était permis'de franchir le pont-levis de son château de la Treille, il avait lancé ses chiens contre ce malheureux qui. avait été mis en pièces.

Des séjours prolongés au Mont-Saint-Michel et à la Bastille l’amendèrent, comme ils avaient fait de Mirabeau, c'est-à-dire qü’il en sortit avec la haine implacable de l’autorité et un ardent amour de la liberté. Il avait rédigé des Mémoires intéressants pour le Journal encyclopédique. Enfin, c’était un renégat, un philosophe, et, né aristocrate, il combattait pour les patriotes.

Tout était insensé dans cette guerre criminelle. La Rouerie, qui avait contribué à fonder en Amérique la république et la liberté, se faisait en .France le champion de l’absolutisme et de l’autorité, et lleauveau, l’ancien tyran seigneurial, défendait la cause du peuple. Stofflet et Cathelineau, deux héros en sabots, combattaient pour la royauté, et l’ex-duç tle Lauzun, Biron, commandait les armées de la République qui marchaient pour dompter la Vendée.

A l’annonce de cette Jacquerie nouvelle, Beauveau, le 14 mars, quitte son château de la Treille, accourt à Cholet, entraîne par son courage et son énergie la garnison et les habitants qui hésitent,

Digitizcd b, CuogI

et s’avance à leur tête contre les rebelles. Après une fusillade très-vive, Cathelineau donne le fameux commandement, qui fut depuis toute leur tactique ; la nature des lieux la leur avait indiquée, et c’était la mieux appropriée au pays : « Égaillez-vous, les gas ! « Les paysans s’élancent, disparaissent des deux côtés des haies, s’enfoncent au milieu des genêts, et les républicains s’avancent, les croyant en fuite. Mais soudain, profitant des inégalités du terrain, abrités derrière le rideau de verdure qui les dérobe aux regards des patriotes, ils entourent le bataillon, qui voit pleuvoir sur lui de tous côtés une grêle de balles

lancées par des ennemis invisibles et que ses coups

ne peuvent atteindre. Profitant d’un moment de stupeur, les paysans reviennent à la charge en poussant des cris furieux, attaquent de tous côtés à la' fois, renversent leurs rangs, les désarment et les assomment avec leurs gourdins.

Beauveau fut blessé à mort, et, outre des fusils* et des munitions en abondance, sur lesquelles il fit main basse de par le droit de la guerre, Cathelineau s’empara encore d’une nouvelle pièce de canoif, la Marie-Jeanne, leur pièce favorite, qui venait du château de Richelieu-, auprès de Chinon, où le grand cardinal l’avait fait placer avec cinq autres.

La tourbe victorieuse se précipite dans la ville et dans les hameaux voisins, et encore tout enivrée de la lutte et de son succès, fait aux Bleus,

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par lès rues et dans les maisons, une chasse implacable, tuant et massacrant jeunes et. vieux par douzaines, 'sabrant les blessés qui se rendent, brûlant dans lès maisons incendiées les femmes et les filles avec les époux et les pères. Leur rage s'acharne surtout sur les prêtres constitutionnels : ils les saisissent, les entraînent sur la route de Beaupréau, les déchirent à coups de pique, et les emmènent avec cent patriotes qu'ils lient deux à deux et qu’ils conservent vivants pour s’en faire un rempart en les attachant à des poteaux que l’on plaçait sur le front de l’armée aux jours de bataille, afin que les boulets de l’ennemi les coupassent en deux (1). Barjjotin, le Vauban de l’armée catholique, appelait cela ses palissades.

u Je ne parle pas des patriotes qui tombèrent dans le combat : Beauveau, les Briodeau, les fils de Crolle, et trente braves; je parle des tués, assassinés, mutilés, lardés, après la trêve. L’Espinasse, ‘directeur de la poste aux lettres, est tué à sa porte. Ravinel, fabricant, qui était dans son lit, blessé, est tué à coup de sabre. Moricet, négociant, est brûlé dans ses magasins, avoc sa femme ^t sa sœur. La famille Talot, martyrisée, n’échappe qu’à la faveur de la nuit, et non pas toute (2)... « Parmi ceux auxquels un conseil de guerre improvisé avait fait grâce, se trouvait un jeune négo-

(1) Do-Buiuiclmmp, p. ]lp. — Savary, t. I, p. 70. — Grille, t. 1, p. 82; t. II, p.'PO.

' 2 ) Grille.

ciaût de vingt-quatre ans, nommé Ballard. Il s’ôtait engagé à donner du pain aux pauvres de la ville pendant six mois, et Cathelineau avait annoncé qu’il serait relâché. Le lendemain, de bonne heure, Barbotin et Six-Sqps, à la tête de quelques paysans, forcent les portes de la prison; s’emparent de lui, le traînent sur la place du Château, et, sous les yeux des prisonniers menacés du même sort, le lient à l’arbre de la liberté coupé à cinq pieds du sol. En vain Ballard invoque la grâce accordée, en vain les femmes éplorées accourent et se précipitent aux genoux du prêtre : il les repousse et parle de salut à celui qu’il assassine, tandis que Six- Sous ordonne à l’un, de ses qcolytes de l’expédier. Celui-ci tire sur le malheureux qui so débat, et le manque. Les chrefs accouraient, mais Six-Sous, appuyant le canon de son pistolet sur le front de Ballard, lui fait sauter la cervelle.

L’armée insurgée comptait déjà quinze à vingt, mille paysans^ Cholet. « Ce fut alors que d’Elbée, qui s’était tenu derrière le rideau, parut enfin parmi les royalistes victorieux (1). » Beaupréau et ses

environs lui avaient fourni de nombreuses recrues.

Bonchamps, à la tête des gas de Saint-Florent, Vint également se joindre à eux et leur apporter une force nouvelle.

Gigot Delbée n’était ni noble ni gentilhomme (2).

(1) De Beauchamp, p 118.

(ü) Que Delbée fût gentilhomme, noble ou roturior, cela ne

Placé dans un régiment de cavalerie, il avait quitté le service, parce que le vice de sa naissance s’opposait à ce qu’il pût franchir le grade de lieutenant, et il vivait retiré auprès de Beaupréau, dans sa petite terre de*la Loge, où, à défaut de régiment, il se plaisait à faire évolutionner des. soldats de plomb. Son père avait été maréchal de camp au service du roi de Pologne, et lui-même avait épousé mademoiselle de Hauterive, fille du gouverneur de l’ile de Noirmoutiers. Tout cela lui constituait une haute position sociale, mais ne pouvait le faire gentilhontne.

Lors des élections pour la convocation des états généraux, il vit donc repousser la prétention qu’il avait de faire inscrire son nom sur les listes de la noblesse; il se rendit cependant S l’assemblée primaire, et fut député à l’assemblée générale des électeurs du tiers état par* la paroisse de Saint- Martin-de-Beaupréau (1). Il ne comprit pas que la Révolution de 1189 venait tout justement renverser les obstacles qui le condamnaient à végéter 'obscur dans les grades inférieurs de l’armée, et se mit au service de la cause qui 1 opprimait, au lieu de combattre avec celle qui venait l’affranchir, sacrifiant tout au désir de se faire admettre, grâce

lui ajoute ni ne lui enlève vien à mes yeux. Rendre à son nom son orthographe, n’a donc que la valeur d’une simple rectification biographique.

(1) Madame de Sapinaud, p. 191. — Hetue île l’Anjou, marsavril 1655.

à d’éminents services rendus, d^ns les rangs de cette caste orgueilleuse qui le repoussait.

Agé alors de quarante-cinq ans, Delbée était doué d’un amour-propre excessif et s’emportait à tout propos. « Il avait un peu d’ambition, mais bornée, comme toutes ses vues, » dit avec quelque amertume madame de La Rochejaquelin. Il affichait une grande piété, poussée jusqu’au charlatanisme, portait de pieuses images, et adressait à ses troupes des sermons au lieu de harangues. Jamais homme ne sut comme lui tirer parti de la Providence. Elle parlait par *a bouche et agissait par son bras. Aussi ses soldats l’avaient-ils surnommé le général la Providence.

Bonchamps, le plus habile de tous les chefs royalistes, était un tout autre homme, de véritable noblesse, bien que sa veuve en ait exagéré l’importance r lorsqu’elle dit que « ses ancêtres avaient glorieusement combattu dans les guerres de la religion contre les huguenots (1) ». Il serait plus exact de dire tout le contraire.

Victimes du grand attentat de 1685, de la révocation de l’édit de Nantes, deux habitants d’une petite commune du bas Poitou, Samuel Majou et Marguerite Desmé, sa femme, s’étaient vu ravir une partie de leurs biens et la plupart de leurs enfants et petits-enfants, les uns enfuis à l’étranger, les autres enlevés à leurs parents pour être

(1) lltmoins île miulur.te île hn rirha m ys , p. 22.

placés dans des communautés catholiques. Philippe, l’aîné de leurs neuf enfants, épouse François de la Douespe, qui se réfugia à Balk, dans la Frise, laissant en France Charlotte, leur fille aînée, qui leur fut « violemment ravie, et mise à la Propagation, à Luçon

Un enfant est sans défense pour accepter tout ce qu’on veut lui enseigner, et devient, suivant le hasard de sa naissance, musulman, juif , huguenot ou catholique au même titre. La communauté de la Propagation ne pouvait faire d’elle qu’une fervente adepte de la foi catholique, et elle le fit.

Au sortir du couvent, on la maria à Charles René de Farcy, seigneur] de la Baronnière, près Saint-Florent-le-Vieux, et elle fut l’aïeule du général vendéen. Par les femmes donc, tout au moins, Bonchamps ne devait nulle reconnaissance à Rome ni à le royauté, et il eût été plus logique à lui de compter dans les rangs des défenseurs de la liberté, puisque ses aïeux avaient tant souffert de l’oppression.

« Bonchamps n’obtint jamais la suprématie que lui disputa sans cesse d’Elbée, dont le caractère bouillant et emporté contrastait avec la douce modération de son rival (2). »

Bien que le titre de généralissime né lui ait pas

(J) P. Marcbegay, ancien archiviste à Angers, et i’nn des descendants protestants de cette famille, a publié en lBôd le Testament de Samuel Majou et de^a femme.

(2) De Beauchamp, p. 119. . '

en nu*

ni .

été décerné, ce qui fut plus malheureux pour sa cause que pour lui-raéme, Arthur de Bonchamps fut véritablement le héros de l’insurrection vendéenne. C’était alors un homme de trente-deux ans, dans toute la vigueur et tout l’éclat de ses brillantes qualités, et qui présentait le noble assemblage de la bonté unie à la force. Généreux, enthousiaste , intelligent, magnanime, il vivait en grand seigneur, appréciait et aimait "les arts, et avait su rendro fiers de lui les hommes de sa division, qui dissimulaient mal leur mépris pour bon nombre des autres chefs, et notamment pour Charette. -

Il connaissait la science militaire, ayant servi avec le grade de capitaine de grenadiers dans les Indes, sous le bailli de Suffren. Émigré d’abord, il était venu attendre les événements en Anjou, où les paysans vinrent le trouver à son château de la Baronnière pour le prier de se mettre à leur tête. Il voulait monter à cheval^ mais il lili fallut marcher à pied, comme les autrês.

« L’exigence de ces paysans me parut d’qn mau-* vais augure », dit madame de Bonchamps (p. 38)j C’était à la condition de leur obéir que Bonchamps les dirigeait. La Révolution prenait position dans le camp royaliste lui-même, et l’égalité républicaine y imposait ses lois. Forcé de les subir, il partit, après avoir dit à sa femme pour adieux : * Nous ne devons pas même prétendre à- la gloire bu-

LA VENDÉB

maine : les guerres civiles n’en donnent point(l).» Belle et noble parole, mais qui peut-être rend sa conduite plus coupable, puisque, sa grande Ame avait conscience de son crime. •

Les hommes sont volontiers la dupe des mots.

Delbée et Bonchamps donnèrent à ce premier noyau insurrectionnel le nom d’armée catholique et royale. Dès lors il n’était plus question de révolte contre la loi, ni d’insurrection contre un ordre de choses accepté par le reste de la France. On se faisait les défenseurs d’une cause honorable en apparence, et avouable pour tous, et que tous pouvaient soutenir hautement. Seulement on oubliait qu’il y en avait une autre plus sacrée encore, la défense du sol français envahi par l’étranger.

Cholet pris, les rebelles marchent sur Vihiers, qui offre peu de résistance. Toutes ces petites villes avaient envoyé l’élite de leur jeunesse aux frontières, et se trouvaient désarmées en présence d’une insurrection formidable. De Vihiers, il n’y avait plus qu’un pas à faire pour être à Doué, et une fois à Doué, l’on avait Angers à gauche, Saumur à droite, faciles toutes les deux à prendre au dépourvu.

Mais il y avait une affaire bien autrement importante à accomplir. Pâques tombait cette année-là le 31 mars, et l’on était en pleine semaine sainte!... Donc, le 27, jour du mercredi saint, l’armée, en

(1) Madame de Ikmcliamps, if t moires, p. 38, 39.

dépit des chefs, s’évanouit comme par enchantement, après s’étre ajournée au lundi de la Quasimodo. Chacun rentre chez soi, lave ses mains teintes de sang français, et fait sespàques. C’est pendant cet instant de répit que sept cents hommes de gardes nationales partis d’Angers s’avancent dans la Vendée, -au comble de l’étonnement, et sans apercevoir l’apparence de la lutte (1). Ainsi commençait cette' guerre de surprises qui, à chaque instant, dotait tromper Jes prévisions et déjouer les calculs de la Convention.

u Une colonne républicaine envoyée d’Angers parcourut le pays, dit madame de La Rochejaque- , lin " r elle ne trouva pas de résistance, mais n'osa pas * exercer de vengeance (2). «

Et qui donc l’en empêcha, s’il vous plaît, si ce n’est ce sentiment de longanimité et de mansuétude dont la Révolution a donné déjà tant de preuves? Vous travestissez sa clémence en faiblesse et sa patience en lâcheté (3), comme tout à l’heure, lorsque la mesure sera comblé*, vous travestirez en férocité gratuite sa justice tardive, son énergique sévérité et ses inévitables représailles. Il faudra . pourtant bien qu’elle montre, à la fin, que ce n’est pas le courage qui lui manque.

Car ce n’est pas là, de la part de cette noble

(1) Berthre de Bourniscaux, p. 70.

(2) Madame de La Rocliejaquelin, Mémoires, p. 103.

(3) « Ces mesures, que la peur couvrait d’un dernier simulacre d'humanité... » Crétineau-Joly, t. III, p. 64.

dame, une assertion en l’air, ni une appréciation personnelle. Il y a, chez les historiens de la monarchie, parti pris de tout dénaturer, de tout in-

/ • # sulter; c’est un- système complet de dénigrement

à l’adresse des plus généreux sentiments qui soutiennent. dans leur lutte gigantesque, les hommes de cette époque terrible. Pendant que la révolte éclate en tous Ueux, les administrateurs de l’Ouest adressent aux habitants des campagnes la proclamation suivante, dans laquelle M. Crétineau-Joly les accuse « de cacher la terreur sous le voile d’une feinte conciliation (1) ». Lâche ou sanguinaire, la Révolution n’a de choix qu'entre ces deux termes extrêmes :

« Frères égarés, quelle erreur est la vôtre ! Vous* vous révoltez dans la crainte de tirer à la milice, comme si nous eussions voulu vous y soumettre, tandis que la loi vous autorisait à délibérer paisiblement sur la manière de faire la levée de vos hommes. Excités par des agitateurs, vous êtes les instruments aveugles do leur méchanceté; c’est à * dessein de vous tromper, en vous expliquant mal la loi, qu’ils vous font entendre que l’exécution n’en est pas possible. Il ne s’agit pas de quitter Vos foyers pour aller combattre sur une frontière éloignée ; les hommes que l’on nous demande à tous ne doivent servir qu’à défendre nos côtes contre les ennemis, qui, vous le savez bien, viendraient pour

tout saccager. Si nos intérêts sont communs, nos efforts ne doivent-ils pas l'étre aussi? Comment a-t-on pu vous porter à prendre les armes les uns contre les hutres en vous disant de ne pas les porter conti’e vos ennemis? Comment ne voyez-vous pas qu’on vous a déjà tué plus d’hommes que vous n’en auriez perdu en vous battant contre eux?

« Après tout, il faudra bien que vous vous défendiez de leur attaque, si vous n’aimez mieux voir égorger vos femmes, vos enfants, .emmener vos bestiaux, piller voa meitfdes et brûler vos maisons. S’ils étaient les pliis forts, croyez-vous qu’ils vous épargneraient plus que les autres et qu’ils ne frapperaient pas également sur tous?

« Désabusez-vous donc, il en est temps encore. Si vous croyiez avoir des plaintes à faire, il fallait les porter devant vos administrateurs, comme vous l’aviez fait jusqu’à présent. Ont-ils jamais refusé de les entendre? Vous souvient-il qu’ils aient ja-

mais mal agi avec vous? Cette fois-ci il en aurait été tout* de même : ils eussent pris, sur vos demandes, les moyens de tout arranger ; ils auraient écrit à la Convention nationale, qui sans doute aurait eu égard à vos représentations. Cela peut se faire, et nous vous l’offrons ; mais il faut mettre bas les armes et cesser de suivre les chefs qui vous égarent. Nous savons que plusieurs d’entre vous ne sont là que par force et contre le cri de leur consciencej qu’ils ont été menacés de perdre la vie;

ns

nous connaissons ceux-là, nous connaissons les autres. Rentrez tous dans vos foyers, faites-nous ensuite parvenir vos plaintes, envoyez-nous des députés, et il ne dépendra pas de nous qu’ils ne vous reportent des réponses satisfaisantes. Mais si vous persistez dans votre révolte, vous deviendrez responsables de tout le sang qui sera versé-.

« Tôt ou tard il vous faudra céder. Vous regretterez alors, mais en vain, les propositions de paix et de fraternité que nous vous faisons aujourd’hui. Il ne vous restera plus que la cruelle perspective des peines prononcées par*la loi. »

Dans le même temps, le général Berruyer, qui commande en chef les troupes patriotes, adresse un » rapport au comité de salut public pour lui apprendre quels adversaires implacables menacent la Révolution :

« Le fanatisme est à son comble dans ce pays-ci. Les prêtres ont renversé tous les esprits à tel point, que les rebelles se battent en désespérés : plus la mort est violente, plus ils se croient ipéritants. Mourir pst pour eux, disent-ils, le commencement du bonheur. Ces misérables abandonnent femmes, enfants, propriétés, tout ce qu’ils ont de plus cher au monde, pour suivre quelques prêtres scélérats qui, le crucifix à la main, leur donnent la bénédiction et leur promettent le ciel. Il est impossible de continuer cette guerre sans troupes aguerries. On s’est imaginé à Paris que les troubles de

ce pays-ci n’étaient fomentés que par quelques misérables faciles à détruire : on s’est extrêmement trompé. La guerre se .fait ici comme sur la frontière... »

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