EN 1793 ' 1Ï
voient de salut que dans la fuite. Maupassant veut tenir bon ; il est massacré avec le peu d’hommes qui n’ont pas abandonné leur chef. Ce meurtre est le signal de beaucoup d’autres. Le curé constitutionnel et le juge de paix expirent en criant ; Vive . la Nation! Ils expirent sous les coups des femmes ' vociférant des paroles de mort, et au milieu des chants de victoire que les vieillards, que les enfants font entendre sur ces cadavres (1)... »
Soucliu alors organise un comité supérieur « chargé de juger les .prisonniers que faisaient les diverses bandes agissant dans les marais qui avoisinent l’embouchure de la Loire. Les juger eût de- 'mandé du temps, de l’équité et une impax'tiale appréciation des motifs qui les poussaient à prendre les armes. Souchu pensa qu’il était de meilleure guerre de les tuer sans jugement. Il avait adopté, ce plan; il l’exécuta dans toute sa rigueur.
« Quaranto-deux républicains périrent ainsi dans une nuit. A Légô, à Montaigu, aux portes de Paimbœuf, ces fatales exécutions se renouvelèrent. Des -listes de proscription furent dressées (2)... »
Pendant que Souchu se faisait ainsi l’organisa- . tour de l’assassinat en masse, le marquis.de La Roche Saint-André marche sur Pornic, dont il s’empare.
« Mais les insurgés, n’ayant que peu de fusils,
(1) Crétineau-Joly, p. 121, 122,
point d’ordre, nul ensemble, se livrent au pillage, se gorgent de vin et d’eau-de-vie, et on les surprit sans défense. Pornic, pris à quatre heures du soir, fut repris à six heures et demie par les républicains que commandait le prêtre Abline (1). « Ce qui échappe au massacre se réfugie à Machecoul, et le marquis ne se soustrait qu’à grand’peine à Iâ vengeance du comité royaliste, qui dut songer à le remplacer par un chef plus habile.
Souchu avait été homme d’affaires, puis procureur fiscal de M. Charette de Briord, d'une ancienne famille d’armateurs de Nantes, qui depuis quelque temps vivait noblement, c’est-à-dire oisif, retiré dans ses propriétés. M. de Briord avait un neveu, Athanase Charette de la Contrie, qui do son côté séjournait d’habitude dans sa terre de Fonte-Clause, auprès de Machecoul. Né en avril * 1*763, il avait été lieutenant de vaisseau. C’était un homme voluptueux et immoral, avide des sensations de tout genre, grand, leste et robuste, au tein basané , barbe et sourcils noirs; àme de bronze dans un corps de fer, mais au besoin, et près des dames, sachant donner à son visage une expression entraînante, à sa voix des intonations touchantes, et parlant déjà comme parlèrent, depuis, les incroyables de 1795, les messieurs à cadenettes, lorsqu'ils juraient par leur pa-ole sup-ême, ou par leur petite pa-ole pa-f umée . Contraste bizarre et qui
(1) De Beauchamp, t. 1, p. 123.
avait conquis à ce personnage une grande autorité sur tout ce qui l’approchait, homme ou femme.
Subitement converti en 93 , comme les autres nobles, il poussait la vertu jusqu’à faire jeûner ses soldats la veille des batailles, et disait le chapelet avec eux. 11 embrassa le parti royaliste , poussé moins par la conviction que par « son ambition effrénée, compagne de la jalousie ». Aussi -agit-il presque toujours seul, désireux avant tout de se soustraire à la suprématie des autres chefs (1),
A côté de lui commandait Royrand, vieux chevalier de Saint-Louis, avec lequel il ne vécut pas longtemps en bonne intelligence; puis Joly, Savin, Pajot... Savin, qui disait à sa femme, en s’éloignant d’elle : « Je crains moins pour toi l’arrivée des Bleus qu’une visite de Charette. » Joly, ancien sergent du régiment de Flandre, homme remarquable, horloger, peintre, architecte, cordonnier, forgeron, chirurgien à l’occasion et très-habile tailleur au besoin : du reste , sans aucune croyance religieuse (2).
La fanatisme politique, à défaut de l’autre, lui fit faire- un de ces- traits à la Brutus que, pour ma part, je n’admire guère. Ses deux fils combattaient dans les rangs opposés, l’un avec les Blancs, l'autre avec les Bleus. On lui apprend que celui qui sert sous les drapeaux de l’armée rebelle vient d'être
(1) Madame de Snpinaud, p. 194. — Vauban, p. 225.
(2) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 69,