‹ La Vendée en 1793Chapitre 16 sur 49 · I. A VENDÉE · texte numérisé non relu

I. A VENDÉE

L’armée catholique s’empare en courant de Parthenay, puis de la Châtaigneraie (13 mai) : « Les paysans vendéens pillèrent la ville, et ceux qui eurent la plus grosse part du butin rentrèrent dans le Bocage pour l’y mettre en sûreté (1). » Huit ou dix mille désertent ainsi, les poches pleines. Le 14, ils s’arrêtent à Vouvant : « Les caves furent dévastées, et les tonneaux percés de part en part (2). *>

« Le passage des Vendéens est comme celui de la lave; il frappe de dévastation et de mort! « — écrivait, au sujet de ces expéditions, le général Dayat au ministère de la guerre. Mais un sanglant échec les attendait le 16 mai à Fontenay, où ils perdirent leur pièce favorite, la Marie-Jeanne, à laquelle ils semblaient avoir lié leurs destinées.

« On engagea les prêtres à releyer le zèle du peuple par des prédications .. Ce fut surtout après la déroute de Fontenay qu’on recueillit un grand avantage de la présence du prétendu évêque d’Agra. Il arriva à Chàtillon le jour même de la défaite; toutes les cloches furent sonnées; on se porta on foule sur ses pas ; il distribua des bénédictions; il officia pontificalement. Les paysans étaient

(1) De Beauohamp, p. 170. •

Cette fois, M. Crétineau-Joly avoue le pillage: « Un certain nombre de volontaires se livrèrent dans cette ville à des actes d'insubordination, et se permirent le pillage chez des personnes qu’on leur avait signalées comme coupables d’attachement aux principes républicains. » T. I, p. 113.

De Beaucbamp, p. 171.

en nu»

ivres de joie; le bonheur d’avoir un évêque parmi eux leur rendit toute' leur ardeur, et ils ne songèrent plus au revers qu’ils venaient d’éprouver (1). » — « Race antique et fidèle des serviteurs de nos rois, disait-il en parcourant les rangs, pieux zélateurs du trône et de l’autel, enfants de la Vendée, marchez, combattez et triomphez! C’est Dieu qui vous l’ordonne (2) ! «

Du reste, un spectacle analogue se reproduisait dans toutes les rencontres. « Les prêtres, s’exposant à tous les périls, parcouraient les rangs, animaient les forts, soutenaient les faibles. Armés seulement de la parole de Dieu, on les voyait sur le champ de bataille, bravant la mort dont ils étaient entourés, administrer avec calme, panser avec zèle les blessés, et prêcher à tous le mépris d’une vie périssable pour mériter la plus glorieuse éternité (3). »

Grâce à la recrudescence de fanatisme que fit naitre cette odieuse profanation des choses saintes, 'la revanche fut complète (24 mai). De Châtillon à Fontenay, ce n’avait été qu’un long cantique. « Ici, c’est le Vexilla regis prodeunt, qui s’échappe de leurs lèvres repentantes; là, ce sont les litanies de la Vierge qu’ils modulent pour s’exciter à la confiance (4). » Les Vendéens pénètrent en vainqueurs dans la ville, et c’est au milieu d’une joie

(1) Madame de La Rocliejaquelin, p. 175-179.

(2) Madame de Boncliamps, p. 49.

(3) lie Beanchamp, t. I, p. 184.

(4) l'rétineau-Joly, p. 144.

qui tenait du délire, que les Vendéens rentrent en possession de Marie-Jeanne. « Tandis qu’un détachement se portait au département pour en enlever tous les papiers, et le3 brûler au pied de l’arbre de la liberté, la plupart des soldats vendéens se livraient sans réserve ù leur goût effréné pour les liqueurs spirituouses... Le marquis de Donissan, beau-père de Lescure, harangua les prisonniers républicains dans l'espoir do déterminer leur défection, et de les attacher à son parti; mais il fit peu do prosélytes (1). «

Barbotin, le conseil de Stofllet, pénètre l’un des premiers dans la ville, le pistolet d’une main, le sabre de l’autre. Il entre chez un do ses anciens bienfaiteurs, nommé Clousy, qui veut lui adresser quelques observations sur ce' qu’il y a de peu évangélique dans le rôle qu’il joue à la tête des brigands. Barbotin lui fend la tête d’un coup de sabre (2).

Bernier, s’apercevant qu’au milieu de leurs succès l’anarchie régnait au sein des délibérations des' chefs, songea à leur imprimer une direction plus régulière. « L’érection d’un conseil supérieur ayant été aussitôt adoptée, il fut d’abord convenu de le composer de personnes choisies dans les trois ordres de l’État... Bernier suggéra au conseil un arrêté de proscription contre toutes les autorités civiles et militaires républicaines, et il l’étendit même à leurs familles : il semblait qu’un esprit

(1) L)e Beauclmmp, p. ]7tî, 177.

(2) Grille, t, I, p. 17?,

sombre et méchant en eût imaginé toutes les dispositions... Un second arrêté, également son ouvrage, contraignait les républicains qui étaient restés dans la Vendée au serment de iidélité au roi. La haine s’étant emparée de cette mesure immorale, qui forçait au parjure, le conseil supérieur en suspendit l’exécution... Celui qui rétablissait les dîmes empêcha quelques paroisses de se déclarer. « 11 ordonna de plus l’emprisonnement do tous les républicains restés dans la Vendée, sans même en excepter les femmes ni les calvinistes (1).

S’arrogeant, de son autorité privée, le droit de battre monnaie, le conseil, par un arrêté du 8 juin, limita la circulation des 'assignats à ceux qui, antérieurs à l’ère républicaine, portaient l’effigie de Louis XVI. Un autre du 11 juillet raya d’un trait de plumo et annula Invente des biens nationaux. Sous la monarchie du droit divin, rois et seigneurs avaient arbitrairement exercé, à leur profit personnel, l’odieux droit de confiscation au préjudice de tous ceux qu'ils voulaient dépouiller (2). La Révolution n'avait pas le droit de vendre, au profit de la nation, lesbiens des traîtres qui se battaient à la tête des armées d’invasion, ou qui conspiraient à main armée dans l’intérieur de la France ! C’était préparer habilement, pour l’avenir, de nouveaux ferments de guerre civile entre les anciens possesseurs et les acquéreurs qui, ayant payé ce que

fl' Pe Beauclmmp, 1. 1, p. 267-275. — Edition de 1820,

[2 Voir Histoire des paysans, 1. 1, p. 424,

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