I.A VENDÉE
très-souvent, au bon vieux temps, les seigneurs avaient pris par force ou par adresse aux vilains, se croyaient de bonne foi propriétaires. Mais « à la pacification générale, ils apprirent à leurs dépens qu’en révolution il est plus aisé de voler une propriété que de la rendre (1). »
Bernier alla plus loin encore. Il persuada au conseil de fabriquer de faux assignats qui auraient cours comme les autres. Quant à ceux de la République, les chefs, « gens au cœur candide et à l'esprit timoré «, se décidèrent, par un singulier compromis, à en autoriser la circulation, à la condition, « et par une délicatesse de probité alors coupable, d’être contre-signés par des officiers délégués au nom du conseil (2) ».
Celui qui inspirait les Vendéens n’avait garde de s’arrêter en. si bon chemin. 11 remit à neuf la révocation de l’édit de Nantes, cet odieux attentat d’un despote en démence, et démentit, déchira de ses mains l’édit par lequel Louis XVI, par une réparation bien incomplète et bien tardive, avait permis aux calvinistes du Poitou l’exercice paisible de leur religion (3).
Pendant que les brigands épouvantaient la contrée par tant d’audace et de crimes, la Convention en était encore à persister dans ses appels à la conciliation. En vain en lui démontrait l’inutilité des
(L) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 203.
(3l IJ., p. 203, 204.
EN nos ICI
pacifiques démarches, en vain Sottin, commissaire civil près l’armée d’expédition de Beysser, écrivait de Paimbœuf aux administrateurs de la Loire-Inférieure le 1 er mai : « Je sais bien que l’on dit que persécution fait guerre. Mais la guerre est toute venue, et à moins de céder, à moins de mettre les pouces, à moins de renoncer à la République, à moins de crier : Vive le roi! vive le pape ! vive Notre-Seigneur ! — il n’y a pas moyen de désarmer ces gens-là (1). « Sourde à tant d’avertissements, elle adressait, le 2G mai, la proclamation suivante aux citoyens des départements troublés :
« Citoyens! vous jouissez des bienfaits de la révolution; la loi, faite en votre nom par vos représentants , appliquée , exécutée par vos propres agents , veillait efficacement à la sûreté de vos propriétés, et tout à coup vous prenez les armes pour piller, pour égorger vos frères! Quel autre crime ont-ils commis envers vous, sinon d’avoir conquis cette liberté que vous partagez? Les ci-devant nobles, les chefs qui vous séduisent, ne demandent un roi que pour rétablir par sa main toutes les servitudes sous lesquelles 'vous gémissiez...
« Vous désirez conserver votre religion ; mais qui a tenté de vous l’enlever, de gêner vos consciences? Vous a-t-on proposé de rien changer dans votre croyance, dans les cérémonies de votre culte?
'1) Grille, p. 104.
Non, on vous a privés de ceux que vous regardiez comme les seuls ministres légitimes; mais n’ont-ils pas justifié par leur conduite cette rigueur trop nécessaire? Ces hommes qui vous prêchent aujourd’hui le meurtre et le pillage sont-ils les véritables ministres d’un Dieu de paix ou les vils satellites des despotes ligués contre votre patrie ? Ce ne sont point vos prêtres qu’on a éloignés de vous, ce sont d’hypocrites et sanguinaires conspirateurs.
« Infortunés! comme on vous trompe! Les prêtres qui se disent les seuls catholiques sont payés par l’or de l’Angleterre protestante. Le prodigue t-elle pour venger votre religion qu’elle persécute et qu’elle méprise? Non, c’est pour que la France se déchire de ses propres mains, pour que votre sang coule pour la cause de l’esclavage, et le nôtre pour celle de la liberté : c’est toujours du sang français. Montrez - vous dignes de reprendre le nom français; alors vous ne trouverez plus que des frères dans la République entière, qui s’arme à regret pour vous punir; qui, prête à vous écraser de toute sa puissance, pleurerait sur des succès achetés au prix de votre sang(l). »
Qu’il y a loin de ce noble et pacifique langage A cet arrêté de Lescure pour réchauffer le zèle des paysans qui se ralentissait (1 er juin) :
* Comme l’intention de Sa Majesté Très-Chrétienne n’est pas de faire participer aux récompenses
(1) Snvary, p. 225.
- destinées à ceux qui se sacrifient pour sa cause, les personnes lâches et indifférentes qui ne contribuent en rien aux efforts que font les autres pour rétablir la religion et la monarchie, il sera formé une liste des habitants de chaque paroisse qui marchent, non pour un jour ou pour deux, mais constamment.
D’après cette liste et le nom de ceux qui la composent, les commandants généraux jugeront de la bonne volonté des habitants des différentes paroisses, et les familles qui seraient reconnues de mauvaise volonté et ne pas se donner avec le même zèle que les autres au soutien de là bonne cause, seront assujetties sur-le-champ au jugement des impositions de 1*792, parce qu’il n’est pas juste que ceux qui ne partagent pas les dangers partagent les récompenses.
« Dans le cas même où il y aurait des habitants d’une mauvaise volonté bien reconnue, et qui détourneraiejit les autres de servir le roi, leurs impositions seraient augmentées progressivement. Voulant aussi, autant qu’il dépendra de nous, rétablir la religion catholique et la rendre florissante, nous invitons MM. les curés et vicaires restés en place, qui n’ont pas les pouvoirs généraux de leurs évêques légitimes, de s’adresser, dans le courant de la semaine qui commence demain 2 juin, à Mgr l’évêque d’Agra, vicaire apostolique, résidant à Saint- Laurent-sur-Sèvres, afin qu’il règle leur conduite. Et nous ordonnons que tous ceux qui n’auront pas, dimanche prochain 9 juin, une attestation de Mon-
i ni