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seigneur pour n’étre pas inquiétés, soient arrêtés par les conseils des paroisses et conduits en prison à Chàtillon (1). »
Voilà donc où en était arrivée la prétendue spontanéité des paysans, après deux mois et demi de . soulèvement! Ils accoururent cependant, et en assez grand nombre pour qu’ils pussent tenter un coup plus hardi que ceux qui leur avaient si bien réussi jusque-là.
Bâti sur deux larges Bras de la Loire, et situé entre ce fleuve et la rivière du Thouet, Saumur est, comme les cités des Pays-Bas, une sorte de conquête-sur les eaux. Aussi plusieurs ponts magnifiques relient entre eux ses différents quartiers, et une splendide ceinture de digues, de quais et de levées le protègent contre les furieuses crues du fleuve capricieux. Disons encore qu’une portion de la ville vient étager ses blanches maisons aux flancs de ce coteau, fameux en Anjou par ses vins, à l’extrémité duquel se dresse, comme une menace constante de ruine et d’anéantissement, le château, immense magasin de poudre et d’armes de guerre, Vésuve terrible qu’une imprudence pourrait faire éclater, et qui de la ville à l’aspect hollandais ferait une ruine napolitaine.
Maîtres de Saumur, ils y trouvaient donc des instruments de guerre suffisants à entretenir pour longtemps une armée tout entière; le cours de la
(1) Savary, p. 241.
Loire était à eux, la route de Paris leur ouvrait ses perspectives : ils pouvaient s’y lancer à l’aventure, et, par une surprise hardie, relever le trône sur les débris de la Convention renversée.
C’était un dimanche, le 9 juin. S’il faut en croire M. Crétineau-Joly, le camp rôyaliste offre le spectacle touchant d’une réunion d’anachorètes qui se seraient rapprochés une fois dans leur vie pour chanter à l’unisson les louanges de l’Agneau de paix. On entonne dè pieuses litanies, on prie, on se confesse, on communie; les prêtres prodiguent l’absolution et entr’ouvrent les portes du paradis aux martyrs que vont faire les balles républicaines... Puis voyez le contraste : « A cette même heure, mais à quelques pas de là,’ on inaugurait dans Saumur le bonnet rouge, hideux symbole de la liberté.
On exaspère la population contre les riches, on dé- , signe les aristocrates dont, après la victoire, le peuple se débarrassera pour partager leurs propriétés. On hurle dans les rues le bonheur de l’égalité et la mort des royalistes (1)... »
Faut-il que la voix d’un Saumurois s’élève pour dire que tout cela est de la haute fantaisie, et qu’il y a, dans ces six lignes, autant d 'erreurs quô de mots?...
Quoi qu’il en soit, les Vendéens descendent des hauteurs de Bournan, franchissent le Thouet et arborent le drapeau blanc sur ce même pont Fou-
chard où, plus tard, dans la nuit du 24 février 1822, le général Berton vint faire flotter au vent pour quelques heures le drapeau tricolore. Ils forcent les retranchements et la batterie de gauche. Le centre et la droite résistent. « Le général Coustard, qui commandait le centre, ordonna de secourir la gauche, et n’est point écouté. Il allait enlin décider sa troupe, lorsqu'une batterie ennemie lui ferma le passage. A l’instant, sa cavalerie reçut l’ordre de l’enlever. — Où nous envoyez-vous? demanda le commandant. — A la mort! répondit Coustard. Le salut de la République l’exige! Le brave Weissen , à la tête de sa cavalerie, emporte la batterie. Mais l’infanterie ayant refusé de la
soutenir, ces intrépides cavaliers périrent presque tous. Weissen revint couvert de blessures (1). »
Tant d'héroïsme fut inutile. Saumur, mal défendu, tomba au pouvoir des royalistes, qui, cette fois, n’abusèrent pas de la victoire. Bizard et Cicogne, anciens constituants; Bonnemère de Chavi- gnv, ancien maire de Saumur, et revenu depuis peu de mois de l’Assemblée législative, ne furent pas inquiétés.
Ce dernier .avait pour hôte un jeune volontaire, fils d'un magistrat de la Champagne, qui ne put s'éloigner, et resta caché chez lui, bien qu’il logeât en même temps quatre paysans de la division de Bonbhamps.
(1) De Beuuchamp, t. I, p. 194. — Crétineau-Joly, t. I, p. 150. v
Il y avait parmi les défenseurs de Saurnur un homme alors inconnu, qui sut conquérir l’une deq plus pures parmi les gloires militaires dont s’honore la France, quoiqu’elle ait passé comme un éclair au milieu d’un jour d’orage. Il s’était engagé à seize ans dans un régiment d’infanterie, et en
1791, il était commandant du premier bataillon de volontaires du département d’Eure-et-Loir. En
1792, il se trouvait à l'armée de l'Ouest, où, par ordre du représentant Bouehotte , il fut arrêté comme complice de Westermann.
Bouehotte se trouvait aussi à la déroute de Saumur. Il s’était jeté dans la mêlée et allait périr sous les coups des paysans. Le jeune officier met pied à terre, lui donne son cheval, et lui sauve ainsi la vie, au risque de la sienne.
C’était Marceau, qui apparaît à Saumur pour la première fois sur la scène du monde pour n’y figurer que pendant trois années. Cette conduite magnanime fut récompensée par.le grade de général de brigade. Il avait vingt-quatre ans à peine, et fut tué en 1796.
Voulant tirer parti d’un succès aussi inattendu, les rebelles résolurent de garder Saumur, où ils organisèrent un conseil d’administration choisi parmi les habitants les plus dévoués à la cause royaliste, pour remplacer la municipalité et le district, qui s’étaient retirés à Blois. Puis ils rédigèrent une proclamation qu'ils envoyèrent à tous les comités de la Vendée, pour leur annoncer l’im-
portante conquête que vient de faire l’armée cathodique et royale.
Ils songeront également à se donner un chef unique, pour mettre fin aux prétentions rivales qui déjà semaient la désunion parmi les chefs, et pour imprimer en même temps une direction plus ferme et plus précise à leurs mouvements. Le conseil supérieur se réunit et rédigea en ces termes le procèsverbal de l’élection :
« Cejourd’hui 12 juin , l’an 1 er du règne de Louis XVII, nous soussignés, commandant les armées catholiques et royalistes, voulant établir un ordre stable et invariable dans nos armées, avons arrêté qu’il sera nommé un général en chef de qui tout le monde prendra l’ordre. D’après cet arrêté, tous les vœux se sont portés sur M. Cathelineau, qui a commencé la guerre, et à qui nous avons voulu donner des marques de notre estime et de notre reconnaissance. En conséquence, il a été arrêté que M. Cathelineau serait reconnu général de l’armée, et que tout le monde prendrait l’ordre de lui.
« Fait ii Sauinur, en conseil, les jour et an que dessus.
« I.escure, de Beauvollier, Marigny, Stottiet, de Langrenière, de Hargue, de La Ville - Baugé, de La Rochejaquelin , d’Elbéc, Duhoux-d’Hauterive, de Boissy, Descssarts, Tonnelet, de Bonchamps. »
Ainsi, tous les officiers les plus renommés étaient là, tous les nobles , tous les gentilshommes. Et
voilà qu’ils élisent généralissime Cathelineau, le paysan du Pin-en-Mauges!... C’est donc. bien la lutte de la veste contre la carmagnole, des Sabotiers contre les Va-nu-Pieds sublimes de la République : c’est l’égalité chrétienne contre l’égalité républicaine. Ils le savent, et confessent, en la subissant, la toute-puissance de l’idée qu’ils combattent.
« C’était, suivant madame de La Rochejaquclin, une démarche politique de nommer un simple paysan pour général en chef, au moment où l’esprit d’égalité et un vif sentiment de jalousie pour la noblesse contribuaient, en grande partie, au mouvement révolutionnaire. »
Ajoutons que, connaissant le peu d’ambition personnelle de celui qui leur devait cette haute position, chacun espérait bien commander sous son nom et le diriger au gré de ses désirs, but secret qu’atteignit plus que tous les autres l’adroit Delbée.
« Toujours humble, dit Hauteur de la Vendée militaire, ne franchissant jamais la distance que la naissance et la fortune ont placée entre les gentilshommes et lui , Cathelineau se contente d’être entre tous le plus intrépide et le plus modeste (1). » Mais ce n’est pas tout encore. Henri Forestier, enfant de dix-huit ans à peine, fils d’un pauvre cordonnier de village, et qui avait fait ses études - dans une école ecclésiastique », est nommé géné-
'(1) Crétineau-.Ioly, t. J, p. 174.
no
ral en chef do la cavalerie, pour le moment où l’on en aura une. Bientôt arrive au camp royaliste le prince Philippe de Talmont, second fils du duc de la Trémouille, qui, comme tous les autres, avait préludé par les désordres de sa jeunesse à sa future mission de défenseur de la cause de Dieu. « Élevé au milieu de cette atmosphère voluptueuse qui enveloppait à leur berceau les rejetons des races chevaleresques, il fit ce que faisaient les Lauzun, les Coigny, les Brissae, les Adhémar, les Vaudreuil, et tous ces gentilshommes pour qui le plaisir était la suprême loi. 8a vie, jusqu'à l’âge de vingt-sept ans, fut une dissipation continuelle... (1) «
Il fallait une position à ce noble seigneur. On décida sans peine Forestier à lui céder sa haute fonction et à se contenter de celle de général en second.
Mais où iront-ils, ces vainqueurs de hasard, et que feront-ils de leur victoire inespérée? La Gironde, à son insu sans doute, travaille pour eux, et ils peuvent voler à Paris prêter leur concours à ces
alliés involontaires. Mais non, ils sont un fait, une
force, et rien de plus. Cathelineau sent que ces hommes ne peuvent perdre de vue le Bocage, et qu’ils ne marcheront pas à la conquête de la Terre Sainte, n’ayant pas l’Idée. Ils tournent le dos à Paris, la ville de l’Idée, et marchent sur Nantes, parce que « une conquête aussi essentielle eût
(1) Crétineau-Joly, t. I. p, 176.
donné les moyens de communiquer avec l'Angleterre et de jouir bientôt de la présence d'un Bourbon (1). » Ce n’était pas l’avis de Bonchamps. « Son plan était, en négligeant Nantes, de parcourir la Bretagne où il avait des intelligences, d’insurger toute cette province, et, liant ainsi les insurrections de la Vendée et de la Bretagne, de faire éclater celle qui couvait en Normandie (2). »
« La Bretagne nous appelle, dit-il. Les Anglais nous offrent des secours; marchons, agrandissons nos destinées... Maîtres d’un port sur l’Océan, nous donnerons la main à nos alliés etâ nos princes (3). " Les moyens sont différents, mais le but est toujours le même : fomenter la guerre civile, étendre l’incendie sur les provinces limitrophes, appeler l’étranger en France.
(1) Madame de Sapinaud, p 63.
(2) Madame de Bonchamps, p. 58.
(3) I>e Beanchamp, t. 11, p. 26. — Edition de 1820.