‹ La Vendée en 1793Chapitre 19 sur 49 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PRISE D’ANGERS. — MARCHE SUR NANTES. — ATTAQUE DE NANTES. — MORT DE CATIIELINEAU. — FUREURS DES BLANCS. — DELBÉE GÉNÉRALISSIME. — LA CONVENTION SE DÉCIDE AUX MESURES ÉNERGIQUES. — DIFFICULTÉS DE LA GUERRE.

Angers se trouvait sur la route de Nantes. Aussi mal défendu que Saumur, Angers n’essaye même pas d’arrêter un instant le torrent de l’armée insurgée (18 juin).

On avait laissé à Saumur, pour garder cette importante position, La Rochejaquelin à la tête d’une garnison de deux mille hommes. Mais retenir les Vendéens sous les drapeaux n’était pas chose humainement possible. La garnison lui fondait entre les mains, et bien lui prenait d’avoir affaire à une ville aussi profondément pacifique. Chaque nuit il faisait à grand bruit, avec les officiers restés autour de lui, des patrouilles à cheval par les principales rues, soufflant de la trompette et frappant "

du tambour. Enfin, le 25 juin, il désertait à son

tour sa conquête, lui dixième, après s’être vu forcé de précipiter ses canons dans le Thouet, faute de chevaux pour les traîner, d'hommes pour les défendre. Le comité do vingt-quatre membres nommé par les royalistes, prudemment disparajssait comme tout le monde, laissant la ville dans la nécessité de reprendre possession d’elle-mème.

De son côté , Lescure avait quitté Saumur le 15 juin, se dirigeant sur Partlicnay, ville patriote, où il avait mis tout au pillage. N’ayant pu s’y maintenir, et les administrateurs s’étant enfuis à Saint- Maixent , il entraîna captifs à Châtillon leurs femmes, leurs pères et leurs enfants (1). Madame de La Rochejaquelin a oublié de raconter cét exploit de celui qui était alors son époux.

On s’étonna des succès rapides des insurgés dans l’Anjou. Mais si la terre qui avait vu naître l’insurrection manquait de l’énergie nécessaire pour l’étouffer (2), les Brigands, en pénétrant sur la rude terre des Bretons, allaient se trouver en face d’adversaires plus énergiques. D’ailleurs le mal du pays travaillait leurs bandes depuis qu’elles avaient franchi la Loire, et le fléau de la désertion éclaircissait leurs rangs. C’est en vain que les royalistes contraignaient les populations à marcher avec eux

(1) Savary, p. 354. — Grille, p. 250.

(2) o lîappelez vons-le bien, rien ne s'y fuit :i la mémoire dos hommes de liberté, de gloire et do pensée. On est dans un bon pays, bien calme, bien riche, et l'on jouit. » Grille, t. III, p 374.

pour grossir leur armée (1). Les chefs alors songèrent à réclamer le concours des insurgés du Marais, bien qu’ils n’éprouvassent aucune sympathie pour celui qui les commandait, et que, les soldats de la grande armée catholique ne dissimulassent pas leur répulsion pour les pillards et les assassins qui suivaient Charette (2).

Ce hardi partisan avait grandi en autorité depuis le 12 mars. « Charette, autrefois si humble et si modeste, était méconnaissable. Son chapeau était chargé de plumes, sa cravate garnie en dentelles, ses vêtements violets brodés en soie verte et en argent, et plusieurs femmes jeunes et jolies formaient son cortège (3). »

.Du reste, quelle que fut la destinée do ses armes, le pays souffrait de ses succès comme de ses revers. Malgré le peu de durée de leurs expéditions, les Blancs étaient souvent contraints de piller et d’enlever les bestiaux pour vivre. Les Bleus en faisaient autant de leur côté, ceux-ci dépouillant les royalistes, ceux-là les patriotes ou ceux que les besoins du moment faisaient déclarer tels. Les représentants en mission à Niort avaient pris un arrêté (26 juin) portant « défense d'enlever les bestiaux, à moins qu’ils ne fussent pris dans le combat, et

(1) Rei-ue de l'Anjou , 2' liv., p. 114.

(2) De Deanchamp, t: I, p. 190. — Crétineau-.loly, t. I, p. 104.

(3) Madame de Sapinaud, p. 103,

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