‹ La Vendée en 1793Chapitre 20 sur 49 · I..V VENDÉE · texte numérisé non relu

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l'ordre de rendre ceux enlevés et réclamés (1). » Jaloux de jouer à côté de la Convention le rôle de protecteur des campagnes, Charette tentait de s’opposer aux razzias des Bleus. « Mais, en sauvant les campagnes, il prenait aux paysans le peu de subsistapces qu’ils avaient. Aussi appelait-on ses soldats les moutons noirs. Vainqueur ou vaincu, le peuple des chaumières était victime des combats, et ses malheurs égalaient son courage et sa fidélité (2). *

Charette consentit pour cette fois à unir ses efforts à ceux de la grande armée, et c’est en semant à l’envi sur leur route la ruine et la mort que les Blancs et les Bleus s'avançaient vers Nantes, les uns abattant sur leur passage les arbres de la liberté, les autres jetant à terre les croix de granit qui s’élevaient à l’angle de tous les carrefours. Comme si ce n’était pas dans le tronc d’un arbre de la liberté que le charpentier de Nazareth avait taillé jadis l’arbre de sa croix'

Les Nantais, malgré leur ardent patriotisme, ne voyaient pas sans de graves inquiétudes le flot jusqu’alors irrésistible de l’insurrection venir battre les murailles de leur cité. Aussi, tout en se préparant à lui opposer une résistance désespérée, avaient-ils député à la Convention, pour lui arra-

cher les mesures de vigueur qui seules pouvaient

(1) Savary, p. 292.

(2) Madame de Papinaud, p. 157.

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mettre un terme à tant d’audace, des envoyés qui se présentèrent le 22 juin à sa barre.

- Nantes est à la veille de sa ruine, dirent-ils... Ce n’est plus le temps des mesures ordinaires. Il faut que le tocsin de la liberté sonne dans toute la République; il faut que la France entière se lève pour écraser les brigands. Sans cette mesure extraordinaire, tout est perdu ; ce torrent vous envahira dans sa course rapide... Bientôt il ne nous restera plus qu’à confondre notre sang avec celui de nos frères, de nos enfants, et à mourir dans les accès du plus terrible désespoir (1). «

Ouvert de toutes parts, Nantes, qui s’élève sur différents bras de la Loire et que traverse la petite rivière de l’Krdre , n’avait nulles fortifications, nulle défense, que l’héroïsme de sa garde nationale et de quelques troupes, commandées par Canclaux, Beysser et Coustard, en tout dix mille hommes à opposer aux quarante mille Vendéens. Mais la pné* sence des délégués de la Convention et le patriotisme du maire Baco les électrisent.

Le 24 juin, deux prisonniers nantais envoyés en parlementaires par les chefs royalistes vinrent remettre à Baco une sommation portant que le drapeau blanc serait arboré, la garnison désarmée, les caisses publiques, approvisionnements et munitions livrés sans (bêlai ; en outre, que les députés de la Convention en mission à Nantes seraient remis

(1) Pertlirc de Uournisemix, p. 208.

comme otages. À ces conditions, les chefs de l’armée catholique et royale s’engageaient à préserver la ville de toute invasion, de tout dommage, et la mettaient sous leur sauvegarde et protection spéciale. En cas de refus, ils menaçaient de la livrer à une exécution militaire et de passer la garnison au fil de l’épée.

La réponse à ces insolentes propositions ne se fit pas attendre : « Nous périrons jusqu'au dernier, ou la liberté triomphera! s’écria Baco. Allez le dire à ceux qui vous envoient. »

Sur les deux rives à la fois, les Blancs commencent l’attaque avec le jour, le 29 juin, commandés, à droite, par Cathelineau, Delbée, Stoftiet, Fleuriot, d’Àutichamp.Talmont; à gauche, sous les ordres de Charette et de Lyrot. « Des prêtres les suivaient, dépouillés de leur costume. .. Ils s’efforcaient par leurs prières, parleurs exhortations, de prévenir l’indiscipline et d’arrêter la désertion des paysans, qui depuis la prise de Saumur brûlaient de rentrer dans le Bocage... Pour les attacher à leurs drapeaux, les chefs, sans leur promettre le pillage de Nantes, leur faisaient entrevoir un riche butin (1). » Distinction trop subtile pour des yeux vulgaires, et que pouvait découvrir seul l’homme qui nous a appris que le succès légitime la victoire (p. 25).

Les Brigands franchissent les murs peu élevés des maisons des faubourgs, s’élancent dans les jar-

•1) De Beanclmmp, p. 216, 217.

(tins qui entourent la ville, défoncent les portes, s'égaillent dans les ruelles et appliquent ce qu'ils peuvent de leur tactique habituelle à l’assaut de la ville. Mais partout ils sont accueillis par une résistance désespérée. Représentants et fonctionnaires civils rivalisent de dévouement avec la garde nationale et la troupe. Baco a la cuisse cassée par une balle; on le hisse sur un tombereau qui le transporte loin de la mélée : « C’est un char de triomphe que tout patriote doit m'envier 1 » dit-il en renvoyant au combat les habitants qui se pressaient autour de lui pour lui prodiguer les marques de leur sympathie. Un ecclésiastique, Gombart, vicaire de l’église de Sainte-Croix, et grenadier au 6 e bataillon de la l re légion nantaise, voit un père de famille dans un poste très-exposé : « Retiretoi, lui dit-il, cette place me revient! » Il le force à la lui céder et tombe atteint d’un coup mortel. •

Désiré Dubreuil , sergent au 11° bataillon de 8eine-et-Oise, atteint un chef vendéen au moment où celui-ci le couche en joue. Il l’abat d’un coup de sabre , s'empare de son fusil et de son chapeau orné d’une bande de gaze blanche et d’un chapelet, laissant prendre à d'autres cinquante louis dans la poche de son ennemi, sans même vouloir en accepter la moitié (1).

Il était quatre heures de l’après-midi, et il y en avait treize d’écoulées depuis qu’avait commencé

(1) De Ueaucliamp, p. 227, 22S.

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cette lutte acharnée. Étonnés eux-mêmes d’une persévérance dans l’attaque dont leurs hommes n’avaient pas encore donné d’exemple, les officiers voyaient cependant le découragement et la fatigue succéder à leur première ardeur. Cathelineau alors tente un dernier effort; il s’entoure des gas du Pinen-Mauges et de la Poitevinière, tous scs parents ou ses amis, et s’avance à leur tête droit devant lui dans la ville. Déjà ils sont sur la place Viarmes, où s’engage une lutte effroyable. Un homme delà Poitevinière, Pierre Humeau, qui avait suivi Cathelineau depuis le premier jour, lui dit, en le voyant combattre comme le dernier de ses soldats: « Mon général , tu t'exposes trop : tu vas attraper du mal! « Au même moment, une balle vint frapper au bras gauche le généralissime des Vendéens, et pénètre dans sa poitrine. Tous n’ont plus qu’une pensée : sauver Cathelineau delà mêlée. Les chefs s'épuisent vainement à les ramener au combat ; le prestige est détruit, le Saint de l’Anjou vient de tomber sous une balle républicaine, il faut fuir!...

Toutefois Cathelineau n’était pas mort. Humeau et quelques autres le portèrent jusqu’à Saint-Florent (1). Sa blessure ne semblait pas mortelle, et

(1) Cet ami Je Cathelineau, ce dernier témoin de /.a Grand' - Gverre, est un de mes fermiers, vit chez moi, dans ma cour môme, et le 1" décembre 1805, il est entré dans sa 103 e aimée. Ce vieux brigand, — une des meilleures et des plus loy; les naturos que je sache, — touche une pension de 80 francs en récompense du trait que je viens de raconter. Grâce à lui, j’ai pu rapporter sur Cathelineau des détails plus exacts que ceux qui

en nas

l’on se berçait de l’espoir de sa guérison, lorsqu’il s’éteignit entre les bras des siens le 14 juillet. Sinistre anniversaire ! C’était la dernière Bastille, le dernier boulevard de la monarchie qui tombait! .

* Les prêtres qui soulevaient les pauvres paysans de la Vendée avaient fait miroiter tant do miracles devant leurs yeux crédules, qu’ils s’obstinaient à voir désormais du surnaturel et du mystérieux jusque dans les événements les plus ordinaires de la vie. Il fallait donc quelque chose pour expliquer cette mort inattendue du Saint de l’Anjou. Ceux qui entouraient Cathelineau l’attribuèrent au poison; ils dirent tout bas qu’il mourait victime de la jalousie des autres chefs, qui n’avaient plus besoin de lui, et qui tous briguaient la première place à la tête de la grande armée catholique.

Quelques-uns parmi ces esprits chagrins, et Pierre Humeau fut de ceux-là, repassèrent alors la Loire pour rentrer dansde Bocage, et ne prirent plus aucune part à l’insurrection vendéenne.

L’armée catholique s'évanouit encore une fois; mais, comme toujours, c’était un instant de trêve, et rien de plus. Les Brigands, en effet, ne furent pas longtemps sourds à la pression de leurs chefs. Seulement ce sont, désormais d’autres 'nommes. Habitués à la vie errante des camps, au pillage, aux sanglantes mêlées, irrités du terrible échec de

ont été écrits jusqu’ici. Les autres renseignements me viennent d’une nièco de Cathelineau, qui habite Beau préau.

Nantes après l’enivrement qui avait suivi la prise de Sauraur et d’Angers, ayant prouvé d’ailleurs qu’ils ne peuvent rien hors de leurs genêts et loin de leurs chaumières, ils se battront à l’avenir avec une énergie sauvage, et bientôt des deux côtés on renoncera à faire des prisonniers, qu’on ne peut ni garder ni nourrir. La guerre, c’est la dévastation; la victoire, c’est le carnage. A Châtillon, où ils entrent en vainqueurs, ils égorgent tout : « Point de pitié pour les Bleus! » s’écrient-ils, conduits par Je farouche Bernard de Marigny. Trois cents prisonniers sont égorgés par une soldatesque furieuse qui couche en joue les chefs qui veulent les rappeler au sentiment de l’humanité. Dans les bourgs voisins, les femmes et les enfants assomment à coups de pierre les fuyards égarés (1).

Comprenant enfin à quels adversaires incorri- . gibles elle a affaire, la Révolution renonce aux mesures conciliatrices : « Les circonstances sont graves, écrit Choudieu au maire de Saumur (17 juillet 1793); tenons-nous à leur hauteur. Point de faiblesse, jamais nous n’eùmes plus besoin d’éner- • gie. Tu parles de clémence, et ce n’est qu’une utopie. Pardonner aux Brigands et à leurs complices, c’est éxciter les traîtres à ajouter à nos périls. N’as-tu pas vu ce qu’ont produit nos offres de pacification et d’oubli? Les Brigands nous raillent, et

(1) Crétineau-Joly, p. 174. — Madame de La Rochej aqnelin, p. 224. — De Beauchamp, p. 262.

nous avons des craintes pour les Ponts-de-Cé, pour Angers, pour Saumur peut-être.

« Et c’est quand la patrie est en danger que tu intercèdes pour ses ennemis! C’est quand l’armée catholique et royale s’avance furieuse que tu veux que je m’occupe d’adoucir le sort de leurs partisans déclarés, de leurs agents publics, de leurs commissaires? Non, non, Cailleau, je ne le puis!...

« J’étais à Brissac en reconnaissance avec Berthier quand l’arrêté sur les détenus de Saumur a été pris par mes collègues. Je l’ai lu au retour et j’y ai apposé ma signature. Pas un des représentants n’a de fiel dans le cœur, pas un qui n’achetât la fin de tant de maux et l’affermissement de la république aq prix de son sang; mais pas un non plus qui craigne d’être pris en faute et faiblissant une heure, quand il y va de ses devoirs de représentant du peuple français (1)..'. «

« Cathelineau n’avait eu qu’une qu’une puissance nominale. A sa mort, d’Elbée, qui l’avait dirigé, brigua ouvertement le généralat.

« Par ses vertus et ses talents, Bonchamps y avait aussi des droits. Il y était porté par des amis puissants; mais sa modestie, son amour pour le bien général prévalurent. Maître de se faire nommer, il fit voter ses propres officiers en faveur de son ambitieux rival, pour éviter de nouvelles dissensions. Trop généreux dévouement! Cette fatale

(1) Grille, 1. 1, p. 289.

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