‹ La Vendée en 1793Chapitre 22 sur 49 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

LES MAYENÇAIS. — KLÉBER. — LES ÉMISSAIRES ANGLAIS. — TRAHI- SONS DES ÉMIGRÉS. — FUREURS' DES DEUX COTÉS. — PROCLAMA- TIONS DE DELBÉE. — PROCLAMATIONS DE LA RÉPUBLIQUE. — WESTERMANN A CHATILLON. — BATAILLE DE CHOLET. — FUITE DES ROYALISTES. — MORT DE BONCHAHPS. — BONCHAMrS ET TIAUDAUDÏNE, ■ ,

Après une nouvelle victoire remportée à Vihiers (}8 juillet), et « due aux prédications de l’abbé Bernier(l) », les Vendéens désertent encore une ibis en masse et rentrent dans le Bocage, où les rappelait le travail de la moisson. Mais on savait désormais que c’étaient quelques jours de trêve, et rien de plus.

On n’avait pas été longtemps avant de reconnaître l’insuffisance et le danger de ces levées tu- . multuaires, sur le patriotisme desquelles on avait compté pour étouffer l’insurrection. De pareilles

(1) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 198,

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19i » La VENDÉE

- bandes ne sont bonnes que pour la guerre défensive.

La capitulation «le Mayence rendait à la république une de ses armées, qui, pour toute condition, avait juré do laisser écouler une année sans servir contre les alliés. On la dirigea en poste sur la Vendée, où elle arriva sous la conduite de ces héros épiques qui s’appellent Aubert -Dubay et, Beaupuy, Haxo , Kléber. Il convient de nommer auprès d’eux un homme qui déjà avait inspiré une terreur indicible aux Vendéens, je veux parler de Westermann.

N’osant user leurs dents contre les statues de bronze de Kléber et do Marceau, les apologistes de cette guerre impie se sont rejetés sur Westermann, « dont le nom a quelque chose do si horriblement courageux (1). « Il était à l’armée ce que Danton, son ami, était à la tribune : la personnification de l’audace, de l’action. Westermann c’est le bra*, comme Kléber est la tête, comme Marceau est le cœur. Toujours à cheval et l’arme au poing, galopant et sabrant. Plus ménager de ses habits que de sa peau, — la république était pauvre, — dès qu’il voyait les Vendéens,. il mettait bas sa veste de hussard, la pliait, la plaçait proprement devant lui - sur sa selle; il retroussait sa manche, puis, l’œil en feu et la narine dilatée, il s’élancait, il sabrait, sabrait. encore , sabrait toujours , et les Vendéens

(l) Crctincau-Joly, p. 320.

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tombaient mutilés autour de son cheval hennissant, et qui semblait partager la furie de son maître.

Combien étaient-ils, ces terribles Mayençais, dont la seule approche fit passer comme un frisson d’épouvante dans les veines de la Vendée? Savary, qui y était, dit qu’on n’en^ comptait pas 10,000 présents sous les armes (1); madame de la Rochejaquclin en compte 14,000 (2); et de Bourniseaux, 16,000 (3). Quant à M. Crétineau-Joly, c’est différent. Tout d’abord il en trouve 18,000, bien comptés. Quelques pages plus loin (4), ils sont 23,000. Deux pages plus loin encore, 24,000... Crescit eundo!... Le tout pour compléter aux patriotes un chiffre fabuleux de 115,851 hommes, sans parler des gardes nationales et des enrôlés volontaires (5).

Cependant les Mayençais devaient payer leur apprentissage dans cette guerre qui ne ressemblait à aucune autre guerre, et à Montaigu, à Coron, au Pont-Barré, leur impassibilité sous le feu les empêcha seule de faire succéder la déroute à des retraites imposantes. A Torfou , la lutte fut plus acharnée. La masse des révoltés était 3ur le point d’accabler les Mayençais. Un chemin creux, qui conduisait à un pont, est obstrué par un caisson renversé, qui arrête la marche de l’artillerie. Klé-

(1) Savary, t. II, p. 86.

(2) Mémoires, p. 267.

ber s’adresse au commandant du bataillon de Saôneet-Loirp, Scliewardin

u Garde ce pont avec tes chasseurs! — Oui, général! — Arrête l’ennemi, ne fût-ce qu’une heure, et tu sauves tes camarades. — Oui, général! — Fais-toi tuer, mais ne recule jamais. — Oui, général! » .

Ces braves tinrent la parole que venait de donner leur chef, et se firent tuer jusqu’au dernier.

Heüreusement l'anarchie qui régnait dans les divers camps royalistes ne permettait pas aux Vendéens de profiter de leurs triomphes éphémères. De misérables questions de partage de butin soulevaient entre eux d’incessantes divisions (1), ce qui est étrange parmi des troupes qui ne pillaient jamais. Charette s’était une fois encore' éloigné du reste de la grande armée catholique annonçant hautement sa volonté d’agir seul à l’avenir. Aussi, sans s’étourdir sur la portée de ces succès paftiels, les chefs royalistes accueillirent-ils avec empressement les ouvertures que vint leur faire, de la part du ministère anglais, un émigré, ancien agent de La Rouerie, le chevalier de Tintcniac, qui, par le scandale « de duels brillants et de mauvaises affaires, » s’était aliéné sa famille elle-même, avant qu’il devint l’un des soutiens de la cause do la re-

(1) Crétineau-Joly, t. I, p. 239. — Madame de Sapinaud, p. 283. — Madame de La Rocliejaquelin, p. 277.

ligioa (1). Il avait expié ses désordres en allant d’Allemagne en Angleterre susciter des ennemis à sa patrie.

« Tinténiac était déjà venu trois fois dans le Poitou avant et depuis la mort de La Rouërie pour y déterminer la guerre civile. Ce fut vers la fin de juillet qu’il y reparut, comme chargé d’affaires des princes français et du gouvernement britannique. La conférence eut lieu au château de lji Boulaye, sur la route de Mortagne à Chàtillon. Tinténiac présenta des dépêches signées du comte de Moira, des ministres Pitt et Henri Dundas. Le cabinet de Londres demandait que les Vendéens passassent la Loire et envahissent un port de mer de la Bretagne, ce qui eût établi et lié des communications plus régulières. Il demandait en outre qu’on lui donnât connaissance des forces de la Vendée, de ses besoins, des plans ultérieurs arrêtés contre l’ennemi commun, promettant de puissants secours en armes, en argent et en hommes. Ce n’était que le plan de La Rouërie dont on voulait tenter encore l’exécution. Mais l’impression produite par l'échec de Nantes rendait impossible toute expédition hors des pays insurgés. Tinténiac insista néanmoins, et promit à d’Elbée que les princes confirmeraient sa nomination au généralat... Bonchamps surtout allégua la raison d’État et les considérations de la

politique. Il enfla les avantages d’une alliance

(1) Créti«enu-.Toly, p. 220.

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