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I,A VENDÉE

1189, député de la noblesse du Perche à l'Assero-

blée nationale, où il se montra partisan avoué des innovation^ libérales. 11 s’en excusa depuis auprès des hommes de son parti. « Telle était alors, ditil, la contagion de l’esprit révolutionnaire en ce qui tient aux idées d’indépendance et d’égalité , qu’il a frappé plus ou moins de son souffle toutes les têtes françaises, et qu’il est bien peu d’hommes qui puissent se flatter d’eu avoir été totalement , exempts (1). *•

Placé en 1192 à la tête de la gardé nationale

d’Évreux, il trahit ses devoirs, leva une armée fé- *

déraliste, fut battu, et ge réfugia en Bretagne, où il organisa la Chouannerie naissante. •

' Après le passage de la Loire par la grande armée catholique, JPuisaye, « qui depuis longtemps entretenait une correspondance active avec le gouvernement anglais (2), » — « informé que les chefs vendéenfc, au lieu de marcher sur Rennes, voulaient se porter sur la Normandie’, se hâta de leur écrire pour les en détourner. Les ressources immenses et neuves que présentait la Bretagne furent mises en opposition avec les obstacles de tous genres qu’on aurait à rencontrer en Normandie; il leur garantissait qu’en marchant sur Rennes, la pro-

trant d’ailleurs le plus lèche de tous les hommes à la tète d’une colonne de soldats, et ne trouvant de fermeté et de courage que pour échapper à des daugers personnels, h (De Beau champ,

(1) De Beauchamp, p. 23.

(2) Orétineau-Joly, t. III, p. 125.

vince entière deviendrait en quinze jours une conquête que toutes les forces de la France seraient incapables d’arracher à la royauté; il ajoutait que la prise de cette ville, en refoulant l’armée républicaine au fond de la basse Bretagne, réunirait cinquante mille Bretons aux forces de la Vendée, et leur livrerait sans opposition quatre-vingts lieues de eûtes (1). «

Loin d'accéder à ses désirs, les chefs royalistes l’ayant invité à venir se joindre à eux., il arriva dans la forêt du Perthe, où il fut reçu par un ancien officier d’infanterie, nommé de Leggc, qui, compromis' à cause de ses relations avec La Rouë- "rie, vivait, avec son frère, ecclésiastique âgé, mais intelligent et énergique, tantôt dans une cabane isolée , tantôt dans un souterrain qu’ils avaient creusé eux-mêmes. Ce fut dans ce souterrain que Puisaye établit le conseil des Chouans, et qu’il reçut les premiers émissaires de Lpndres.

« Ils lui remirent un paquet qui contenait une déclaration de Sa Majesté Britannique, adressée aux Français, et des lettres du secrétaire d’Ëtat Blindas, du commandant de Jersey, et du marquis de Dudresnay, nommé au commandement de la Bretagne pour le roi, en remplacement du marquis de La Rouerie.

« Dans sa déclaration , datée de Withehall , le 29 octobre Sa Majesté Britannique faisait

fl) DeBeauchamp, t. III, p. 34.

connaître les motifs de la guerre , et promettait appui et protection à tous les Français qui se déclareraient pour un gouvernement monarchique.

« La dépêche. du ministre Dundas contenait des offres de service et des promesses, exhortant les royalistes à s’emparer d’un port , ou même d’un point non fortifié de la côte, afin d’être en état de seconder le débarquement des secours de l’Angleterre.

« M. Cray, commandant de Jersey, envoyait les signaux pour la descente projetée. Enfin le marquis de Dudresnay donnait, au nom des princes français, les mêmes assurances que les ministres de . Sa Majesté Britannique, et garantissait l’accession des princes aux mesures que se proposait ce monarque à l’égard des royalistes de l’intérieur.

« L’émissaire Prigeat fit valoir les secours de l’Angleterre commandés par lord Moira, et annonça que l’armement était dans la rade de Guernesey, où il n’attendait, pour s’approcher de la côte, que le signal des royalistes (1).. »

Le 28 novembre, le secret de la retraite de Puisaye fut trahi par l’un des siens. Il parvint cependant à s’échapper, mais en abandonnant ses papiers dans lesquels les délégués conventionnels, alors en mission en Bretagne, découvrirent le règlement général de la confédération et la corres-

(1) De Beauchamp, t. III, p. 36, • <•

pondance de Jersey, qui indiquait les signaux pour la descente projetée sur la côte (1).

On, le voit , le but de la Chouannerie était le même que celui de l’insurrection vendéenne, les moyens sont les mêmes : les nobles conspirent, les prêtres conspirent £vec eux, soulèvent les paysans, appellent les étrangers sur le sol de la patrie, et cherchent à livrer à l’Angleterre les ports de la France. La religion est le levier, l’Angleterre est le point d’appui, *

A l’exemple des bandits de profession qui, prévoyant qu’ils auront un jour ou l’autre des démêlés avec la justice, cherchent à dérouter ses gênantes investigations en déguisant leur identité derrière des noms d’emprunt , les Chouans avaient pris presque tous des noms de guerre, et s’appelaient Fiisé, «Belle-Viande, Nul-s’y-Frotte, Fend-l’Air, Petit-Profit , "Vif- Argent , Belle-Jambe, Vol-au- Vent, Frappe-à-Mort, Sabre-Tout, Brise-Bleu, etc.

Jean Treton, dit la Jambe-d’Argent, était le second fils d’un pauvre closier, père de douze enfants. S'étant fait à la jambe une blessure que la misère et le défaut de soins rendirent incurable , il fut mendiant, pour ramasser par les routes le pain quotidien que le travail ne pouvait plus lui gagner. Ûn charlatan promit de le-guérir, à la condition qu’il deviendrait son associé , son compère , la preuve vivante et bien portante de sa science in-

(1) Duchemin Descépeaux, p. 49.

faillible 'et de sa puissance curative. Après quelques mois de promenades inutiles par les foires à la suite de son prétendu Esculape, il se reprit à son ancien métier de mendiant, se mit colporteur, se ruina, autant qu’il est possible à un pauvre diable qui n’a rien de segpuiner, et s’établit enfin batelier à Angers, où il resta jusqu’à la guerre. La nouvelle des exploits des compagnons de Jean Chouan ouvrit devant lui de nouveaux horizons, et il fut les rejoindre dans la forêt du Perthe.

L’un des plus redoutables parmi les acolytes de Jean Chouan fut sans contredit Coquereau. Celuilà n’était pas né dans les derniers rangs du peuple; il y était descendu. Sa famille jouissait d’une certaine aisance. Mais paresseux, indocile, emporté, on le contraignit à s’engager -à dix-huit ans, ne sachant plus qu’en faire. Son père le racheta au bout d’une année de présence sous ies drapeaux; bientôt, à la suite de nouveaux débordements, il dût se décider àl’embarquer. Racheté encore une fois par la tendresse paternelle, il s’engagea de nouveau dans un régiment qui partait pour la Corse. Il déserta, et son père se vit dans la nécessité de je racheter encore une fois. Il revint au pays et s’y maria. Mais rien ne pouvait dompter cette nature viciée, et l’ivrognerie, qui avait été en tout temps un de ses défauts dominants, passa chez lui à l’état chronique. ,

« Ce fut alors que son caractère, naturellement violent et vindicatif, finit pur s’aigrir tout à fait,

Il en vint au point d'oublier tout sentiment d’humanité, ne chercha plus qu’à rendre à son ennemi le mal pour le mal, et par les plus terribles représailles se rendit l’effroi des républicains ; mais en même temps ses excès et ses cruautés compromirent la cause qu'il faisait profession de défendre, et méritèrent le blâme et le désaveu de ses propres compagnons d’armes (1). «

Il semblait qu’il y eut chez ces misérables une sorte de hideuse émulation pour le mal, et plusieurs pouvaient disputer à Coquereau la palme do la férocité. Tel était Mousqueton , par exemple.

« Tout son extérieur semblait fait pour justifier cet effroi qu’il inspirait généralement. Sa taille assetf haute était mal proportionnée; ses jambes cagneuses rendaient sa démarche embarrassée : ses manières brusques, son teint tour à tour livide ou enflammé, l’expression sinistre de ses yeux louches et hagards, tout manifestait, dès le premier aspect, la disposition de son naturel irascible, farouche et sanguinaire. Sa voix, ordinairement rauque et sourde, quand il était aux prises avec l’ennemi , faisait entendre des sons inarticulés . semblables à des rugissements. Les combats , le sang et le carnage faisaient sa puissance. « Quand il faut tuer un pataud, disait-il, ce n'est pas pour moi une affaire, je m’en fais un plaisir. « Il se montrait non-seulement, impitoyable envers les répu-

il) 'Hucliemin Pe*cépeatix, p. 233.

blicains, mais aussi complètement insensible au sort de ses camarades (1). >*

Un autre, qui fut l’un des principaux chefs, avait pris le nom de Saint-Paul, que' son ardente piété lui fit choisir. Enfant naturel et simple garçon de charrue, il avait vingt ans à peine, était petit, frais et joli, et portait de longs cheveux blonds flottants sur ses épaules. Il régnait en lui « une sorte d’exaltation religieuse qui finit par aller jusqu’à la folie. * Dans son fanatisme aveugle, il croyait que saint Paul lui faisait des révélations, ce qui, à ses yeux, lui commandait de se montrer plus rigide, plus ^austère et plus inflexible.

« Jamais il n’accordait de pardon : « II- n’y a que « Dieu seul qui ait raison de faire grâcé, disait-il; « car Dieu seul voit dans le cœur des coupables et *■ connaît le vrai repentir. » Il permettait à sa bande de piller, pourvu que l’on pillât les patriotes; de tuer, pourvu que ce fût pour la cause de Dieu et pour sa plus grande gloire; mais il ne permettait pas de jurer son saint nom, et il fit une fois fusiller pour l’exemple un des siens qui avait chargé sa conscience de cë crime. Ce pieux personnage tomba dans une rencontre avec les Bleus, frappé par derrière, victime sans doute d’une vengeance personnelle (2). »

Tels étaient les misérables que l’on ose présenter comme étant les instruments de la Providence,

(1) Puehemin Descépeaux, t. II, p. 48.

en ma

«es

« suscités par Dieu pour relever sos autels (1). » Le prince de Talmont correspondait avec eux * et MM. de Frotté, d’Andigrré, de Bourraont, et tous les nobles de la contrée, combattaient à leur tête. Puisaye, conjointement avec l’abbé de Legge, rédigea un règlement général pour appeler à la ré volte les individus des deux sexes restés fidèles à Dieu et au roi, et ils arrêtèrent les termes de la formule du serment qu’ils faisaient prêter à tous les confédérés. L’esprit de l'Eglise inspire la rigidité impassible et implacable de chacune de ses prescriptions. L’individu est un instrument inerte, une machine, — perinde ac cadaver, — entre les mains du chef suprême et mystérieux qui seul commande :

« ... Je jure une guerre éternelle aux scélérats qui désolent la France; je promets de prendre les armes et de me ranger, au premier ordre qui m’en sera donné, sous les drapeaux de la confédération chrétienne et royale, dont je vais avoir l’honneur d’être membre, et de ne les déposer qu’après avoir réduit les factieux, et rétabli la religion et la monarchie. "

« Je jure d’obéir aveuglément et sans réserve aux chefs, tant militaires que civils, qui seront nommés par la confédération; de mourir plutôt que d’abandonner le poste où je serai placé, de braver tous les dangers, d’aller partout où il me sera

(Il Duoliemin Desoi-peaux, t. I, p, 189,

ordonné, de me précipiter sur les armes des ennemis de mon Dieu et dé mon roi, et d'affronter une mort certaine plutôt que de fuir lâchement devant eux; et si, dans la sainte entreprise à laquelle je m’associe, j’ai le bonheur de recevoir la couronne du martyre, je jure de marcher au supplice avec joie, et d’emporter avec moi les secrets qui m'auraient été confiés (1). »

Comme on voulait qu'il fût bien entendu que ces bandits combattaient pour une cause sainte , op avait attaché à chaque division beaucoup de pfétres en qualité d’aumôniers (2). Mais en réalité, on recrutait les souteneurs de cette cause dans tous les bas-fonds et dans toutes les fanges. On voulait des instruments, non des convictions f et même, ainsi qu’en convient M. Descepeaux, « beaucoup de déserteurs des troupes républicaines se rangèrent sous les drapeaux royalistes; mais, ainsi que je l’ai dit, plusieurs étaient seulement attirés par l’espoir de se livrer impunément au pillage (3). »

" Bien décidément donc, on pillait impunément dans les rangs des royalistes, et on ne pouvait pas le faire dans ceux des républicains.

Au moment de l’action, souvent un inconnu, vêtu comme les autres, paraissait sur le théâtre de la lutte pour la diriger. Les chefs seuls le connaissaient. A l’une de leurs premières rencontres, à

(1) De Beauchamp, t. III, p. 140. s

(2) Dnchemin Descepeaux, t. II, p, 244, 258,

Bourgneuf, c’était M. Gavard, l’un des agents avoués. de La Rouërie (l). Quant à Jean Chouan, il Agissait au nom et sous la direction du prince de Talmont, qui dès longtemps aspirait à quitter les Cocassiers de la cavalerie vendéenne pour venir se mettre à la tète des insurgés du bas Maine (2).

Un renfort de Morbihannais, guidés par Georges Cadoudal, étaient venus se joindre aux Chouans, et, par leur nombre, donner un nouveau retentissement à ce nom « que les Bretons et les Manceaux ont immortalisé (3). « C’est l’immortalité de Cartouche et de Mandrin, car la petite Vendée, comme on l’appelait, était pour le parti de la noblesse un auxiliaire aussi infidèle que compromettant, et l’esprit révolutionnaire faisait des progrès dans .ses rangs comme partout. On le constatait avec autant de douleur que de colère, et l’on s’épuisait en efforts inutiles pour la faire obéir à une impulsion plus saine. C’est ainsi que Puisaye écrivait au chevalier de'La Vieuvill?(31 décembre 1795) :

« Ces misérables Georges et La Vendée (c’était le pseudonyme qu’avait choisi Mercier), — ces misérables paralysent le Morbihan; ils ne font rien. Mais je vais mettre en action les divisions qui, j’espère, vont rentrer dans le devoir, et il y a apparence que ces scélérats resteront bientôt seuls. J’ai écrit au prince de Léon pour l’appeler au coraman-

(1) Duchemin Descépeaux, 1. 1, p. 87,

(3) Crétineau-.Toly, p. 315. *

dement de cette partie : c'est un moyen sir de dé truire le système anti- nobiliaire qui s'y pro~ page (1). »

Mais diriger de tels hommes n'ëtaît pas chose facile. On avait voulu leur imposer pour chef suprême Besnier de Chambray, riche propriétaire de Laval, ex-commandant de la garde nationale, poursuivi et proscrit depuis comme fédéraliste. Ils refusèrent de le reconnaître pour se donner tout entiers à Jean Chouan (2). C’étaient des volontaires dans toute la force du terme. Ils recevaient bien les ordres de Puisaye et l’or de l’Angleterre (3'; mais en somme, les chefs seuls reconnaissaient ces ordres et touchaient ces secours. Quant à eux, ils obéissaient d’amitié, parce que cela leur convenait, et sans prétendre aliéner leur liberté au profit de maîtres qui ne leur donnaient rien, et auxquels, par contre, ils ne devaient pas davantage, et c'est ainsi que « cette organisation des défenseurs de la monarchie prenait toutes les formes d’une confédération républicaine (4). «

-Je pourrais donc répéter pour la Chouannerie ce que j’ai dit pour la guerre de la Vendée : ce n’était qu’en adoptant ses principes que les défenseurs de l’absolutisme combattaient la république, et quels

(1) Correspondance secrets de Charette, Stofflet, Puisaye, etc., p. 133.

(2) Ducliemin Descépeaux, p. 159.

(4) IJ., p. 19H.

en mn

que fussent les vainqueurs ou le3 vaincus, la liberté " était assurée de triompher.

Où n’entraîne pas. l’aveuglement de l’esprit de parti? Certes, ces hommes, que l’armée catholique . nomma la troupe volante, peut-être pour sa légèreté à franchir les haies, peut-être à cause de ses pillages et de ses expéditions nocturnes, ces hommes, dis-je, étaient des bandits, et faisaient œuvre de bandits. Et cependant les écrivains royalistes ont insisté sur le sentiment religieux qui les animait; ils ont été contraints de faire l’éloge des contrebandiers et des faux-sauniers, et l’apologie de leurs crimes (1). « Les Chouans, dans leurs expéditions nocturnes qu’on leur a tant reprochées, dit Duchémin-Descépeaux , ne faisaient encore qu’user à la rigueur du droit naturel qui permet à chaque homme de se faire justice, quand la société cesse . de le protéger (2)... Mais, dit-on encore, ils attaquaient et pillaient les diligences! lit pourquoi ne l’eussent-ils pas fait, puisque ces voitures transportaient l’argent du gouvernement qu’ils voulaient renverser (3)? »

L’assassin à main armée peut dire aussi que la société a cessé de le protéger, qu’elle le persécute même, et si les libéraux eussent pillé les caisses de la Restauration, je doute qu’ils eussent trouvé un boulevart bien inexpugnable en se retranchant

(1) Duchejnin Descépeaux, passim.

Digit

‘derrière ces étranges maximes, publiées à l’Impri- .merie royale, dans un livre dédié au roi.

Il est curieux d’entendre l’auteur de la Vendée militaire, qui a tant insisté sur la spontanéité de la révolte des paysans, reprochera La Rouerie de les avoir tout justement oubliés dans son immense ' conspix’ation.

« Cet esprit si délié, dit-il, cette audace si aventureuse n’avait, pas songé à mettre le peuple des campagnes dans les intérêts d’une trame que ce même peuple aurait ardemment servie. Les paysans ne furent là, comme dans la confédération poitevine, que des auxiliaires dont on espérait un concours d’enthousiasme. Ce fut la seule faute commise par La Rouerie, encore tient-elle plus A l’esprit du temps qu’A une répugnance nobiliaire (1). »

Il fallait une armée, cependant, pour cet étatmajor si brillant et si nombreux qui englobait toute la gentilhommorie de plusieurs provinces, et qui lui donnait pour aumôniers tout le clergé qu’elles nourrissaient. Quelles furent donc ces troupes, et . quelle fut cette armée? Écoutez, et gravez bien profondément dans vos mémoires ce qu’on va nous révéler :

« Toujours invisible aux révolutionnaires dont il est l’effroi, sans cesse présent aux royalistes qu’il soutient de son audace, La Rouërie a l’instinct

(1) (’nkineairtloly. t. III, p. 57.

d’appeler à son aide les mendiants, qui en Breta-' gne, ainsi que dans la vieille Ecosse, formaient un • peuple à part. Chaque paroisse avait les siens; ils étaient les messagers, les amis des familles, le lien des transactions, et, pour ainsi dire, la gazettevivante qui colportait les' nouvelles du jour dans les chaumières les plus reculées,.. La Révolution changeait leur manière d’étre; ses lois, en compromettant une existence vagabonde qui pour eux avait tant de charmes, menaçaient la religion et la noblesse, deux principes qu’ils avaient appris à res- -pecter par reconnaissance. La Rouërie sentit que des auxiliaires aussi actifs, et qui n’offraient aucun ombrage au pouvoir, n’étaient pàs à dédaigner. Plus d’une fois déjà c’était à des mendiants que l’on ayait dè les soulèvements. Le gentilhomme conspirateur les associe à ses projets, et il leur impose la mission dq, préparer l’esprit inculte des paysans à une insurrection dont tous entrevoyaient la nécessité-; il fait plus.

« De temps immémorial, il existait sur les limites de la Bretagne de hardis contrebandiers qui, en se livrant au commerce frauduleux du sel, vivaient de père en fils dans une guerre éternelle avec les soutiens du fisc. Cette race de contrebandiers, vulgairement appelés faux-sauniers, et dont les quatre • frères Cottereau faisaient partie,- avaient, en lut-

tant jour et nuit contre les gabelles, appris à bra- 'rer tous le danger. La contrebande était si enracinée dans les mœurs des Manceaux, qu’ils ne la

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