‹ La Vendée en 1793Chapitre 30 sur 49 · DÉSERTION DES CHEFS ROYALISTES · texte numérisé non relu

DÉSERTION DES CHEFS ROYALISTES

Un jour, Jean Chouan et ses hommes se reposaient, assis au milieu d'une des clairières de la forêt du Perthe. « Si c'était la saison, dit l’un d’eux, je croirais que j’entends le tonnerre 1 » Tous prêtent l’oreille,, on se couche à terre, on écoute, et en effet un bruit sourd et lointain arrive jusqu’à eux.

- Ce n'est pas le tonnerre, mes gas! s’écrie Jean Chouan en bondissant sur son fusil, c’est le canon, c’est la Vendée qui s’avance. Marchons à Laval : le prince de Talmont nous attend. En avant, les Mainiaux! »

C’était son cri de guerre. Ils se mettent en marche, et vont opérer leur jonction avec les Vendéens. - L’évêque d’Agra et le curi de Saint-Laud

suivaient l'armée, et stimulaient par leurs prédications le zèle et la ferveur de ces nouveaux croi-

ses (1). » Ils pénètrent ensemble à Laval, que le représentant Esnue-Lavallée essaye de défendre, mais en vain, n’ayant que trois mille gardes nationaux à opposer à tout l'effort des insurgés. Folleville, Bernier, Jaguault, Doucin, emploient toute,, l'autorité que leur donne leur caractère de prêtres pour fanatiser encore davantage les Chouans en faveur de la cause .sainte. « Des prédications si exaltées tirent naître dans ces natures impressionnables des paysans un enthousiasme qui n’a peutêtre de comparable dans l’histoire que les'entrainements des croisades (2). «

Cependant les républicains, après avoir franchi a leur tour la Loire à Saint-Florent, s’étaient lancés à la poursuite des brigands. « Les conventionnels .et Westermann ont soif de sang! » dit M. Crétineau-Joly (3). Pourquoi écrire de pareilles phrases, bonnes seulement à entretenir les haines de parti et à retarder l’heure de la réconciliation? La Convention pas plus que les émigrés, Westermann pas plus que Stofflet, n’avaient soif de sang; ils avaient soif de vaincre, et ce n’est pas leur faute si la triste gloire militaire marche les pieds dans le sang, et si l’on ne peut remporter de victoires qu’à la condition de tuer du monde à ses adversaires.

(1) De Beauclmmp, t, II, p. 31.

(2) Crétineau-Joly, p. 348 .

Notre rôle à nous, penseurs ou philosophes, est de faire comprendre qu’il est une gloire plus pure, qui n’est pas pétrie de sang et de larmes, qui n’a pas des ruines pour piédestal, qui crée au lieu de détruire. Notre rôle, lorsqu’il 'nous faut raconter les guerres civiles, est de les flétrir et non de les exalter, d’en inspirer l’horreur et non l’admiration. Pour cela, il suffit de raconter avec justice, de confesser avec douleur les forfaits commis de part et d’autre.

« Il n’est, disait en son temps le vieux Froissard, si folle guerre que de voisins et d’amis. » La guerre de la Vendée fut horrible des deux côtés, et finit par n’étre qu’un échange de cruautés dignes de la sauvagerie. Seulement la Convention défendait la plus sainte de toutes les causes, celle de la liberté, contre l’agression d’une jacquerie formidable à laquelle tous les moyens étaient bons pour vaincre, et il ne faut pas nous présenter les héroïques Mayençais de Kléber, de Marceau et dé'Westermann comme des monstres altérés de sang, pour, à .côté, nous faire défiler en dévote procession les bandes de Stofllet, de Charette et de Marigny, et dire que, de Cholet à Laval, il ne fut commis qu’un, seul vol : le coupable fut fusillé « D’un côté la terreur et la confiscation, de l’autre la persuasion et la probité. Cela, pour les Vendéens, devait aboutir à un désastre (1). »

(1) Cr<îtineau-Joly,.p. 341.

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-C’est nier la Providence, et s’il en est ainsi, c’étaient des sages, ces barons de grand chemin du moyen âge qui vivaient sans nul souci toute une longue existence souillée de crimes, quitte à faire aux derniers jours une fondation pieuse au moûtier voisin, qui leur accordait la faveur de mourir dans l’habit de leur ordre , pensant sans doute que , trompé par le costume, Dieu les prendrait pour un des siens et les laisserait entrer dans son paradis.

A qui fera-t-on croire que ces paysans grossiers, indisciplinés, sans vêtements, sans vivres, sans solde ni argent pour en acheter, n’en prènaient pas partout où ils le pouvaient faire? Us le faisaient si bien et avec tant, d’adresse, que, le 13 novembre; c’est-à-dire au moment où nous sommes arrivés, Muscar, commandant du château d’O, écrivait au général Vimeux : « Beaucoup de rebelles sont habillés en gardes nationaux et font croire aux paysans patriotes que ce sont les volontaires qui les pillent (1). » Lorsque'l’on voit en effet ce qu’ils tirent à Laval et depuis, il est difficile d admettre qu’ils aient pu passer sans transition de l’extrême retenue à l’extrême licence dont, suivant M. de Beauchamp, bon nombre d’entre eux donnèrent l’exemple. .

« Pendant la route de Fougères à Dol, dit-il, se forma la lande noire, ainsi appelée par ceux qui en

(1) Savary, t‘. II, p. 396.

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' faisaient partie, lesquels portaient en signe de raliement un crêpe noir au bras gauche. Cette troupe de pillards était conduite par La Bigotière et les frères Toutant, de Loudun, transfuges du parti républicain. Il s’y était joint des Allemands et d’autres déserteurs étrangers. Ils commirent tant d’excès qu’il fut souvent question de les traduire devant un conseil de guerre. Mais les circonstances étaiçnt

si critiques, que les généraux se virent dans l'impuissance d’ordonner cet acte de rigueur salutaire. On les força seulement de déposer dans la caisse de l’armée quinze mille francs qu’ils avaient volés à un curé, après l’avoir massacré (1)-. »

.C’est-à-dire que les chefs se faisaient complices

et recéleurs des vols de leurs hommes, voilà tout.

Cela ne ressemble guère aux tableaux de fantaisie de M. Crétineau-Joly, qui du reste ne peut nier lui-même les crimes de la lande noire. Mais il se contente de répéter ici ce qu’il a dit au sujet des massacres de Maehecoul : « La Vendée en repousse la solidarité (2), » et le drapeau blanc continue de déroulée dans les airs ses plis immaculés.

Une lettre du citoyen Goulette, commissaire de Saint-Denis d’Arques, écrit do Laval au comité du Mans, et donne des détails sur les façons d’agir de ■ ceux que l’auteur de la Vendée militaire nous dépeint comme des agneaux de douceur et des modèles de discipline militaire :

(1) De Beaucharnp, t. II, p. 40.

(2) Crétineau-.Toly, p. 335.

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