A VENDRE
« ... Ils ont tué- deux administrateurs du département, et massacré beaucoup de particuliers, sans distinction. En assommant ces malheureux, ils essayaient de leur faire proférer le cri sacrilège de Vive le roi! et paraissaient fort contents lorsqu’ils avaient forcé' ces tristes victimes de leur rage de déshonorer ainsi leur dernier moment... Pendant qu’on les assassinait , des prêtres leur donnaient l'absolution et posaient sur leur tête des mains dégouttantes du sang des patriotes. Plusieurs prêtres assermentés ont été massacrés, entre autres le citoyen Drille, qu’ils ont jeté dans la rivière et qu’ils ont fusillé dans l’eau. Le citoyen Tollot, fils d’un officier municipal, fut également assassiné au milieu d’une rue. On leur fit observer que ce mal-r heureux était aveugle. « Tant mieux pour lui .
- dirent les scélérats, il n’en verra rien! » et ils le tuèrent...
; « Toutes les maisons ont été pillées, et si les aristocrates en doutent, engagez-les à venir contempler cet affreux spectacle, et à juger par eux-mêmes de ce que peut une horde de brigands sacres... Des maisonsjde Laval perdent plus de cent mille francs. Les marchands sont ruinés, tout le monde meurt de faim (I)... «
Grâce à l’ineptie de Léchelle et à la funeste pré- „• cipitation de l’infatigable Westermann, un nouvel et terrible échec vint encore accabler les Mayen-
(1) fï ville, t. III, p 23.
çais auprès de Laval , a Entrâmes. Un bataillon avait mis bas les armes et s’était rendu. « Sclieton, officier dans la division de Stofflet, fait entourer les prisonniers dans un vallon, où iis sont tous fusillés (1). » Les troupes désorganisées de la République se replient sur Angers, où elles rentrent le 30 octobre, et où bientôt Kléber sut créer de nouveau une armée qui semblait détruite.
Comme toujours, les Vendéens ne savaient que faire de leur victoire. On tint encore un conseil de guerre, au sein duquel se reproduisirent une fois de plus tous ces desseins contradictoires dont pas un seul ne pouvait attirer à lui la majorité, et qui ne servit qu’à mettre de nouveau au'grand jour les intrigues des chefs royalistes et les jalousies des chefs secondaires 2). Marcherait-on sur Paris? Rentrerait-on dans la Vendée? Porterait-on se.s pas vers la Normandie ou vers la Bretagne?...
Talmont insista pour que L'on gagnât la côte la plus rapprochée. « Je ne fais, dit-il, que reproduire les vues d’un chef que nous regrettons tous. Bonchamps nous a prouvé que nous n’aurions jamais de consistance par nous-mêmes, qu’il nous fallait
(1) I)e Beau champ, p. 127.
(2) a Les succès n’arrêtaient pas les intrigues dont l’étatmajor était lo théâtre. On eut dit au contraire qu’ils ne servaient qu’il leur offrir un nouvel aliment. La discorde s’était mCdée k toutes lès discussions. Elle agitait les cœurs, froissait les susceptibilités,' exagérait les services ou abaissait lo mérite. On discutait au lieu d’agir. On commentait des plans impraticables. . » Orétineau-Joly, t. I, p. 346.