‹ La Vendée en 1793Chapitre 32 sur 49 · SS2 . ' I.A VENDÉE · texte numérisé non relu

SS2 . ' I.A VENDÉE

l'appui de l’étranger.. L’Angleterre soutient la cause dos rois; ses dispositions nous sont favorables. La communication est établie entre 'Jersey et la Bretagne. Que nous demande-t-on? D’occuper un point sur la côte pour favoriser le débarquement. Marchons donc vers Saint-Malo (1)... »

On adopta cet avis, et le 2 novembre, — jour de la fdte des Morts, — on quitte Laval pour se diriger vers Dol, après s’être emparé sur la route de Mayenne, d’Ernée et de Fougères, où Lescure mourut de la blessure reçue à Cholet, et où on livra tout au pillage (4 novembre). Les vaincus espèrent trouver un asile dans les maisons, où ils se cachent. « Mais les Vendéens les poursuivent et ne leur font point de quartier; aussitôt découverts, aussitôt fusillés (2). - — * Ils traitèrent en prisonniers de guerre la plus grande partie des militaires retirés dans le château ; mais ils traitèrent tous les autres avec une barbarie capable de leur faire conserver le nom de brigands jusque dans les siècles les plus reculés*. Dès qu’ils les découvraient dans une maison, ils les conduisaient dans larue et les fusillaient sans miséricorde (3). »

« A Fougères comme à Laval se renouvelèrent les discussions du, conseil militaire sur le plan de

(1) l)c Beauchanip, t. II, p. 35,

(2) là., p. 37.

(3) Journal <le d’ùbenlioini, officier du génie, qui dirigeait les efforts des royalistes contre Granville. Cité par Savary , t. II, p. 33H.

campagne à adopter dans les graves circonstances où l’en se trouvait. Les esprits furent encore plus divisés , les opinions plus opposées. La réflexion avait amené l’aigreur; l’intrigue produisait de la * défiance. L'hiver approchait, et le conseil était unanime pour adopter une résolution définitive; mais lorsqu’il fallait s’arrêter à une idée, les dispensions intestines renaissaient. I/abbé Bernier, qui commençait à perdre de son influence dan3 l’ostime des chefs, s’était créé une sorte d’état-major d’officiers secondaires, dans l'esprit souvent borné desquels il faisait germer des idées d’ambition.

u Ce n’était déjà plus ce prêtre qui, sans arrièrepensée, s’était posé le Pierre l’Ermite de la croisade. L’abbé Bernier n’excitait pas à la désobéissance; mais, dans le secret des cœurs, il soufflait les mécontentements \ fomentait les divisions, et cherchait peut-être à se grandir en abaissant ceux qui avaient plus foi dans leur épée que dans son éloquence, devenue l'auxiliaire de l’intrigue (1). «

Ne peut-on pas tirer de tout ceci cette conséquence, que le généralissime La Rochëjaquelin se montrait dépjorablement au-dessous de la situation . qu’on lui avait faite, n’ayant rien pu trouver de * mieux que lui; que le Pierre l’Ermite de la croi sade n’était qu’un ambitieux et un intrigant, et qu’avec leur esprit souvent assez borné, les autres chefs étaient souverainement incapables?

(1) Crétinfftu-.loly, p. 350.

Pendant les quatre journées que les Vendéens employèrent si bien à Fougères, ils reçurent encore de nouveaux émissaires de l’Angleterre qui u offrait un généreux et immédiat concours aux armées royales, dont tous les .rois de l’Europe devraient encourager les efforts monarchiques, « riit-à la-page 329 le même M. Crétineau-Joly, qui oublie trop qu'il affirme à la page 205 que les in surgés ne s’étaient jamais'appuyés sur l'étranger, « accusation dont la fausseté est matériellement démontrée. » Quoi qu’il en soit, ils acceptèrent ces offres avec reconnaissance, demandèrent des hommes et de l’argent, « à titre de prêt, « et, comme toujours, un Bourbon .

A Dol, qu'ils quittèrent le 11 novembre pour se rendre le même jour à Pontorson, le conseil reçut encore un émissaire, anglais. « Le ministère britannique réitérait les mêmes demandes que celles qui avaient été apportées précédemment par Tmténiac. Il annonçait en outre des secours prompts et efficaces; il engageait les royalistes à faire une tentative sur Saint-Malo, et dans le cas où cette place serait d’un trop difficile accès, il laissait l’alternative d’une attaque sur les hauteurs de Granville pour favoriser le 'débarquement... L’attaque de Saint-Malo ayant été jugée impraticable, il fut arrêté qu’on se porterait sur Granville; l’on convint également des signaux et du jour de l’attaque. Dans le conseil , présidé par Qonissan, Je chevalier Desessart rédigea les réponses et la lettre au roi

d’Angleterre , que les principaux chefs signèrent individuellement (1). «

L'Angleterre n’est point philanthrope; elle ne sacrifie ni ses hommes ni ses guinées au triomphe d'une idée. Mais elle a toujours regretté sa bonne ville de Calais, et elle ne se consolera jamais de la perte de ses belles provinces de Guienne, le pays des bons vins... Elle s’inquiétait peu des Bourbons; mais elle nourrissait l’espoir de démembrements et de conquêtes. Les chefs, certes, ne l’ignoraient pas, et sciemment ils vendaient et livraient la France à l'Angleterre.

Cependant l’anarchie régnait toujours au camp vendéen. A Avranches, quelques doutes s’élevèrent sur les chances de succès de l’expédition tentée sur Granville. « Tandis qu’une division de l’armée investissait Granville, dix à douze mille Vendéens, à l'instigation de leurs prêtres et de quelques chefs subalternes, s’obstinèrent à rester dans Avranches. On les avait aigris en publiant que les chefs ne vou-

(1) De Beaucliamp, t. Il, p. 42, 43.

Suivant M. Crétineau-Joly, on sollicitait l’or de l’Angleterre * à titré de prêt. » P. 355.

« Pour enHaramer les paysans pur des promesses de secours qu’ils n’avaimt jamais songé à réclamer , on mit d’abord dans les intérêts de l’Angleterre un certain nombre djémigrés influents, dont on flatta les tendances anti-constitutionnelles. » Crétincan- •Toly, p. 372.

Et à la page suivante :

« Charetfe, après s’être emparé de Xoirmouticrs, avait invoqué V assistance île V Angleterre. »

laient s’emparer d’un port de mer que pour passer en Angleterre et abandonner l’armée (1). »

Enfin les Blancs arrivent devant le-port de Granville, puisque les alliés « avaient promis d’envoyer une escadre, et d’amener aux royalistes des troupes et de l’artillerie (2). * On adresse d’abord une sommation aux habitants : « Songez, leur disait-on, qu’un feu vengeur arme nos bras; songez que les indomptables habitants de la Vendée, vainqueurs et destructeurs des garnisons de Valenciennes et de Mayence sont là, et qu’ils peuvent a-’ouvrir un passage par le fer et le feu... » Pour rendre cette sommation plus pressante encore, ils y joignirent la menace d’exterminer tous les prisonniers qui étaient entre leurs mains, si dans une heure la garnison n’arborait pas le drapeau blanc (3).

Mais le représentant Lecarpentier décida sans peine' les habitants à la résistance, et le 14 novembre les Vendéens donnèrent l’assaut à la ville qui opposa un héroïsme inébranlable à la vigueur de leurs attaques. Ils n’avaient plus la foi ni l’énergie des premiers jours, et la voix des chefs n’était plus écoutée. « L’évêque d,’Agra revêt alors ses habits sacerdotaux, et, le erucifix à la main, il multiplie ses exhortations au nom de la foi catholique et de la royauté. Le fanatisme paraît réchauffer le courage des soldats; les chefs en profitent et donnent

(1 ) De Beauchamp, p. 49.

(2) Madame de Sapinaud, p. 208.

(3) De Beauchamp, t. II, p. 61,

eux-mêmes l’exemple en ge mettant à la tête des plus courageux qui les suivent (1)... »

Bien ne pouvait abattre l’enthousiasme des as-

siégés. Les femmes même, comme les Vendéennes, prirent part à la lutte, et par leur exemple animèrent les patriotes au combat. L’une d’elles, mademoiselle Jourdan, vêtue de ses habits de fête, combattit pendant deu heures sur les remparts , communiquant par son exemple à ses concitoyens son amour pour la patrie et son enthousiasme pour la liberté. Puis, le combat fini, redevenue femme après avoir été héroïne, elle reçut chez elle, défendit, sauva au péril de ses jours les ennemis de la veille. La reconnaissance fit naître l’amour dans le cœur de l’un d’eux; mais elle repoussa ses hommages pour rester fidèle au souvenir de son fiancé, officier républicain tombé auprès d’elle sur les remparts. -

Pendant la marche sur Granville, entre Pontorson et Avranches, on avait appris qu’il y avait des prêtres insermentés enfermés au Mont-Saint-Michel, et on détacha un piquet de cavalerie pour les rendre à la liberté. Un évêque constitutionnel, Lecoz, était parmi eux, détenu par ordre demander. J’ai déjà prononcé le nom de cet ecclésiastique, et il convient de s’arrêter un instant devant cette noble figure.

Principal du collège de Quimper avant nSi),

(1) De Beauchamp, t. II, p. 55.

Lecoz adopta sans réserve les réformes opérées par l’Assemblée nationale. En 1790, ses concitoyens lui conférèrent les importantes fonctions de procureur "Syndic de Quimper, et au mois de novembre de la même année, il écrivit un Mémoire ayant pour titre : Observations sur le décret de V Assemblée nationale pour la Constitution civile du clergé et la fixation de son traitement.

Au mois de .mars 1791, il fut élu évêque métropolitain du nord-ouest, dont le siège était à Rennes. Il y gagna rapidement l’affection du département d’Ille-et-Vilaine, qui, au mois d’août de la même fumée, le nomma député à l’Assemblée législative.

& son retour dans son diocèse, il le trouva dans une grande agitation causée par les intrigues des prêtres insermentés, qui, à l’instigation de l’ancien évêque, M. de Girac, s’étaient ligués avec la noblesse du. pays pour opérer une contre-révolution. .

Lecoz se jeta courageusement entre les partis, semant partout les paroles de paix et de conciliation, mais faisant germer contre lui-même une terrible moisson de haines. Beaucoup trop libéral pour les uns, il était trop modéré pour les autres.

Il s’était ouvertement prononcé en faveur du célibat des prêtres, et avait sévèrement blâmé un curé, membre du club de Rennes, qui s’était marié après avoir fait publier son mariage dans tous les journaux du département. Dans le même temps , il avait arraché à la mort plusieurs prêtres réfrac-

taires, on les faisant passer pour assermentés, au moyen de titres de vicaires qu’il leur conférait.

Carrier vint à Rennes, le fit arrêter et conduire au Mont-Saint-Michel, où il arriva vers la fin d'octobre 1793, en compagnie d’un grand pombre de prêtres insermentés. Il y resia captif pendant treize ou quatorze mois.

Peu de jours Jui suffirent pour se concilier la confiance £t l’affection des habitants et des officiers municipaux du Mont-Saint-Michel; il n’usa de son crédit que pour adoucir le sort de ses compagnons de captivité.

C’eit à ce moment que l’armée royaliste se montra dans ces parages. Tout, jusqu’alors, avait cédé devant elle , et son triomphe paraissait assuré. LorSque arriva le détachement vendéen chargé de faire ouvrir aux prêtres insermentés les portes de la prison, l’évêque constitutionnel, jugaant mieux qu’eux-mêmes de l'avenir de leur cause, essaya de les dissuader d'e fuir, en leur représentant que les Blancs ne tarderaient pas à être battus et dispersés, et que s’ils étaient repris plus tard dans le camp royaliste, ils risquaient fort de perdre la vie. Méprisant ces sages avis, la plupart profitèrent de la terreur des officiers municipaux, prirent la fuite, et se préparèrent à rejoindre l’armée catholique et royale.

Avant de quitter le château, quelques-uns de ces prêtres fanatiques résolurent de faire un -exemple sur l’évêque intrus. Ils sommèrent le concierge de

le leur livrer. Celui-ci, dont Lecoz avait gagné l’affection, l’avait caché dans un cachot ohscur et bas, que lui seul connaissait. Il leur soutint qu'il avait disparu, les promena par toute la maison, en affirmant qu’il ignorait où il s’était retiré.

De sa retraite , Lecoz les entendait former 'le projet de l’entraîner au quartier général de l’armée vendéenne, et là de le livrer solennellement aux flammes pour être brûlé vif, juste châtiment de son apostasie...

Ce que l’évèque constitutionnel avait annoncé ne <

manqua pas de se réaliser. L’armée vendéenne • battue et mise en dérouté devant Granville, ^ecarpentier transmit au Mont-Saint-Michel l’ordre de faire rechercher les prêtres insermentés qui s’étaient évadés, afin de les livrer à la vindicto«des lois. ’

La plupart des fugitifs estimèrent que le plus sur » pour eux était de se Constituer de nouveau prisonniers, espérant que l'on oublierait cette éphémère évasion. Les municipaux chargés d’obéir aux injonctions du représentant du peuple reculaient devant leur rigoureuse mission , comprenauit bien qu’ils allaient signer autant d’arrêts de mort qu'ils . livreraientdecoupables.D’un autrecôté, ils jouaient leur tète à désobéir, à hésiter même...

Ils vinrent trouver Lecoz, qu'ils avaient déjà souvent consulté dans les moments difficiles. Celuici ranima leur courage; il leur persuada de rècevoir favorablement tous ceux qui rentreraient, et

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même de leur donner des certificats attestant qu’ils n’avaient pas quitté le Mont-Saint-Michel, et il signa lui-même les certificats avec les officiers municipaux (1).

Il fit plus, il parvint à les décider à donner les certificats les plus favorables à ceux des prêtres qui furent pris et traduits devant les tribunaux, et par ce moyen ils échappèrent à la mort qu’ils avaient bravée.

Ce sont là de ces mensonges que les anges gardiens effacent avec leurs larmes à mesure qu’ils les écrivent Sur le livre des vengeances célestes.

Quoi qu’il en soit , ceci donne la mesure assez exacte de ce que furent généralement, dans cette guerre désastreuse, les prêtres constitutionnels et les prêtres insermentés-.

Les secours promis par l'Angleterre étaient sérieux; elle croyait de son intérêt de les accorder. Lord Moira était le général en chef de l’expédition, et l’amiral Macbride, qui commandait l’escadre, avait sous ses ordres soixante navires de transport et vingt vaisseaux de ligne chargés de troupes. Mais ils ne reçurent les ordres du roi que le 17 novembre, et, contrariée par les vents, la flotte ne put prendre la mer que le 1 er décembre. Elle longea pendant plusieurs jours la cête de Normandie, attendant les signaux convenus. Les Vendéens, depuis longtemps en déroute, étaient bien empêchés

(1) Crétine»u-Joly, p,369. ' '

de les faire, et elle fut contrainte de regagner les ports anglais.

L’échec que l’on venait d’essuyer devant Granville était grave , et ses conséquences devaient l’étre davantage encore. Depuis quelque temps, les murmures des paysans contre ceux qui les dirigeaient devenaient plus fréquents, et ce n’était qu’en leur assurant qu’ôn serait secondé dans l’attaque de cette ville par la flotte de débarquement de l’Angleterre que l’on avait pu les décider à se laisser conduire jusque-là. De plus, on avait rêvé de faire de Granville, toujours à portée de communiquer avec cette nation alliée, une sorte de lieu d’asile où l’on se fût débarrassé de ce cortège immense de femmes, d’enfants, de malades, qui gênait la marche de l’armée, entravait tous ses mouvements et compromettait à chaque instant son existence. Or, la flotte anglaise n’avait pas paru à temps, les Vendéens, d’ailleurs, n’eussent pu lui livrer ce port, et ils avaient prouvé une fois de plus leur impuissance à prendre d’assaut les villes qui voulaient bien et résolùment se défendre.

Aussi les murmures ne tardèrent-ils pas à s’élever jusqu’aux proportions de la révolte, en dépit des efforts -de La Rochejaquelin , de Bernier, de Jaguault. Je ne parle pas de l'évêque d’Agra, il était usé; son rôle était fini; on venait de le faire disparaître. Les paysans accusaient les chefs de les avoir arrachés malgré eux à leur pays. «‘Puisse la foudre écraser les conseillers perfides qui, par leur

folle ambition, nous onttous poussés à notre perte! » — « Encore un moment de persévérance, répondaient les nobles et les ecclésiastiques; la flotte anglaise couvre les mers; des secours vont arriver (1). »

Vains efforts! Les paysans comprenaient enfin, mais trop tard, le sens des proclamations conciliatrices de la Convention, ef sentaient que c’était de Jours chefs seulement que la République voulait avoir la vie. Des bandes de trois ou quatre cents soldats jetaient là leurs fusils, espérant que , les rencontrant avec le bâton du voyageur à la main, les républicains n’inquiéteraient pas leur retraite. Désormais ils né suivaient plus l’armée que jusqu’à ce qu’une occasion favorable de déserter ,se présentât à eux.

Repoussés de Granville, les brigands se rabattent sur Villedieu. Toute la> partie masculine de la population en état de porter les armes avait volé à la défense de Granville. Mais les femmes, qui savaient que beaucoup de leur sexe éombattaient dans Jes rangs des Vendéens , résolurent de défendre elles-mêmes leur cité. Elles élevèrent à la hâte des barricades, et par les fenêtres, à -coups de fusil, de pierres, de bouteilles, de projectiles de toute sorte, elles firent reculer les premiers assaillants. « Quelques coups de canon calmèrent cet en thousiasme révolutionnaire, et comme Villedieu

(1) Crétinean-Joly, p. 336, 342. — Madame de La Rochejaquelin, p. 343. — De Beauchamp, t. II, p. 55-57.

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