‹ La Vendée en 1793Chapitre 4 sur 49 · J.A VENDÉE · texte numérisé non relu

J.A VENDÉE

Sèvres), dit absolument le contraire, après de Beauchamp, Sa vary, 'Grille et tous les autres :

u II est peu de provinces en France où les sorciers soient plus en vogue que dans la Vendée (1).»

Certes, à ceux, qui croient si aisément aux miracles des sorciers, il n’est pas difficile de faire accep- . ter les miracles de Dieu, — avec preuves, bien entendu, car elles surabondent toujours en pareil cas.

Les évêques qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé organisaient en tous lieux la résistance et préparaient la révolte. Le 4 février 1791, dans un rapport adressé au eo-, mité ecclésiastique de l’assemblée nationale, les administrateurs du département d’Ille-et-Vilaine dénonçaient dans ces termes les manœuvres de leur prélat :

« Le délai accordé à notre évêque Barrau de Girac par décret du 27 novembre est sur le point d'expirer. Retiré depuis deux ans à Paris, il semblerait avoir oublié qu'ilétait chargé de la surveillance d’un grand diocèse. Réveillé tout à coup parle décret sur la constitution civile du clergé, du fond de son hôtel, où il était allé cacher la honte d’avoir sacrifié à l’orgueil et à l’ambition les intérêts du peuple commis à ses soins, il a treuv.é le secret de faire passer dans un grand nombre de membres de son clergé l'esprit düntrigue qui l’anime.

(1) Bertlire de Boumiscaux, Précis historique de la guerre de la Vendée (an X), p. 291.

«' Un prêtre, membre du Corps législatif, attaché depuis longtemps à sa fortune par les liens de la reconnaissance, est venu dans ce département distribuer une espèce de Lettre pastorale dans laquelle ce prélat déclare adhérer aux principes développés dans X Exposition, des évcques de l’Assembléa nationale, déploie tour à tour et l’autorité attachée à son caractère, et les sophismes les plus dangereux, déguisés sous les couleurs. du zèle et de la religion, pour disposer ses curés et ses vicaires à opposer à l’exécution de la loi la résistance la plus vigoureuse et la plus opiniâtre.

« L’effet n’en a été que trop sensible. Une lettre d’adhésion aux sentiments du prélat, souscrite par trois cents ecclésiastiques, imprimée à Paris par ses soins et distribuée ici sous le manteau du mystère aux femmes dévotes, et par elles répandue, ainsi qu’un prétendu bref do Rome, parmi le peuple, a été le premier fruit de cette sourde intrigue. Nous vous avons dénoncé , messieurs , cet écrit incendiaire.

« Un seul curé de cette ville, M. La Coste, député à l’Assemblée nationale, et un seul vicaire ont prêté le serment.. A peine compte-t-on dans la ville onze prêtres qui les aient imités. Jusqu’à présent, il n’y a pas plus du quart de ceux du département qui aient prêté le serment fl)... »

A la date dit 27 janvier 1791, c’est-à-dire vers

(1) Archives de Rennes.

CO

la même époque, une lettre d’Eusèbe Chauvin, maire de l’une des communes du district de Dol, aux administrateurs du département, eQnflrme tous ces faits :

« Si nos méchants prêtres de Rennes et de Fougères ont eu la mauvaise foi de fabriquer et de répandre dans notre département deux prétendus brefs du pape, dont les versions différentes l’une de l'autre décèlent absolument la fausseté, les mêmes

individus ont parmi leurs confrères du canton que j’habite de dignes agents, qui colportent et exaltent une pièce qui ne mérite pas plus de confiance. C’est une adhésion de deux cent quatorze tant curés que vicaires à la protestation de M. Barrau. Y ayant vu les noms de plusieurs prêtres qui jusqu’à présent m’avaient paru être patriotes, je leur ai témoigné ma surprise devant plusieurs personnes; ils ont eux-mêmes paru étonnés de voir leurs noms figurer dans cette litanie diabolique, et ils m’ont assuré qu’on les a insérés sans leur parlicipation. Comme cette pièce, sans doute remplie de plusieurs autres faux, si on en juge par ceux que j’ai découverts, pourrait en imposer aux âmes simples et timorées , je m’empresse, messieurs, de vous la dénoncer, persuadé que vous vous déterminerez à prévenir le public qu’il ne saurait être trop en garde contre les embûches sacerdotales (1). «

. (1) Archives de Rennes.

Écoutez plus tard Puisaye faisant connaître ses instructions au comité central royaliste (1) :

« ... Je donne des commissions aux prêtres et autres que je vois ici... Il vous faut de J’or, et vous en aurez ja’importe comme'ht. Ravivez votre correspondance dans l’intérieur. Faites la toile d’araignée, afin de faire mouvoir tous les fils au même instant... Envoyez beaucoup d’argent... Les prêtres qui partent ont chacun dix mille livres dans leurs poches... Je vais faire partir trois prêtres du diocèse d’A- , vranches, qui vous aideront à donner la main à la .Normandie... Vous avez dû recevoir deux mille louis en or, que j’ai prié M. de Bouillon de vous faire passer; qu’il en emporte la moitié; qu’il fasse sonder les officiers républicains et surtout le com-

mandant de Lorient...

«... J’ai trouvé ici M. de La Bourdon naye, avec ses deux enfants, dans la misère, comme tous les émigrés. Hélas ! leur sort fait pitié. Ceux qui sont restés en France , et qui sont utiles , sont bien plus heureux... Ma manufacture est bientôt en pleine activité; j’ai déjà soixante-dix ouvriers, et avant peu vous aurez un million par jour, ensuite deux, etc. Vous voyez comme ce moyen doit être puissant sous tous les rapports : émployez-le utilement. Enrichissez les campagnes, gagnez - les villes...

tâchez de décider les canonniers de Rennes et les • •

(1) Correspondances secrétes de Charette, Stofflet, Puisaye, Connatin, d’Autichamp, Bernier, Frotté, Scépcaux, Bofherel, etc..., suivie du Journal d'Olivier d' Argent, p. 109-121.

gardes nationales des villes... Ayez une ou deux personnes dans chaque ville, à Chàteauneuf, surtout à Saint-Malo; un homme par bataillon républicain serait bien précieux; avec de l'argent et de l’esprit, on fait tout, et cela ne voug manque pas. »

Écoutez encore M. Crétineau-Joly s’échauffant jusqu’au lyrisme pour chanter la gloire de l’abbé Bernier : -

« Ce fut le Pierre l’Ermite de la croisade!... Son rôle fut sublime!... Il fut l’apôtre dé l’insurrec-’ tion... Pour soulevér les peuples, l’abbé Bernier n’eut qu’à parler. Sa voix fut une puissance (1). «

Sublime ou non , l’insurrection fut donc prêeliée aux paysans par les prêtres, et ce n’était paê la peine de nier avec indignation aux pages 48 et 53 ce que l’on confesse et l’on exalte cent pages plusloin.

Il n’y eut, d’ailleurs, rien de sublima, dans le rôle que joua cet homme, qui, fils de paysan, était curé de Saint-Laud, à Angers, lorsque éclata la Révolution, et qui fit surtout de la religion un instrument d’intrigue et de vengeance. Quand la Vendée fut décidément écrasée , il se rattacha au parti triomphant, et 'Bonaparte le fit évéque d’Oléans, où il mourut de, chagrin, dit-on , de n’avoir pas obtenu le chapeau de cardinal. Madame de La Rocheja-

(1) Crétineau-Joly, t. L, j>, 151, 152.

quclin n’est que juste à son égard, lorsqu’elle écrit les lignes suivantes :

« Le respect et l’estime qu’on avait pour lui allaient toujours en s’affaiblissant; et après la guerre, les Vendéens lui reprochaient, à tort ou

avec raison, de6 désordres de mœurs, une âme inté-

ressée, une ambition effrénée, et même des crimes ' qui ne laissent pas d’avoir quelque probabilité (1). »

Les royalistes , entre autres crimes , accusèrent Bernier d’avoir poussé Stofflet à assassiner Bernard de Marigny, dont il redoutait l'influence (2).

L’autorité locale ne pouvait se faire illusion sur les intrigues des prêtres, et de tous côtés, généraux et administrateurs civils réclamaient contre- le clergé des mesures répressives devenues urgentes, si la Révolution ne voulait pas se voir renverser par des adversaires si obstinés et si habiles.

« Il me semble, écrivait de Fontenay Dumouriez aux administrateurs de la Loire-Inférieure (2 septembre 1791), il me semble que vous avez été obligés d’envoyer un détachement à Guérande ; je souhaite • que vous n’ayez pas de la part des prêtres réfractaires les mêmes embarras qu’ils nous donnent dans la Vendée et les Deux-Sèvres. Le district de Châtillon surtout est infecté de fanatiques, et je m’y rends demain avec MM. les commissaires civils. Le grand foyer est à Saint-Laurent, où il y

(1) Mémoires, p. 187.

(2) Madame de Snpinaud, Mém., p. 162.

a une communauté de missionnaires qui ont empoisonné tous les environs avec un catéchisme que le ministère public va poursuivre. J’y envoie un détachement de trente cavaliers, et je m’y rends moi-même. Il serait bien temps que l’Assemblée prononçât sur eette matière importante, et qu’il y eût une loi uniforme pour tout Je royaume (1). » Dans le Morbihan, c’est Pellegrin, commissaire des classes, qui se plaint de la résistance des marins, qui refusent de s’enrôler.

« Les marins de ce quartier, dit-il, travaillés par des prêtres fanatiques et encore plus par leurs femmes, ne reconnaissent plus aucune autorité (2). »

Un des cai’actères particuliers de cette guerre^ néfaste, celui qu'aucune lutte n’offrit jamais dans aucun temps à un degré aussi remarquable, et qui à lui seul trahit l’influence du prêtre, de fut. la part active qu’y prit un sexe dont c’est un des plus heureux privilèges do pouvoir se tenir éloigné sans honte du funeste théâtre des combats. Gentillesfemmes ou paysannes, grandes dames du demimonde ou villageoises, beaucoup suivirent leurs fils, leur époux, leur père ou leur amant, quelques-unes même les précédèrent, soutenant les défaillances, ranimant les courages abattus, excitant au carnage par leurs cris de fureur. « L’amour, cet autre moteur si puissant, marchait sur leurs

(1) Crût ineau .loly, t. I, p. 46.

{2) IJ., p. 79.

pas », dit ingénieusement M. de Beauchamp (1).

« On vit de nouvelles Camille, do nouvelles Penthésilées affronter tous le» dangers, porter l’effroi et la. mort jusque dans les rangs de l'armée républicaine, et après la victoire, assister avec une joie barbare aux longs et sanglants supplices qu’on faisait subir aux malheureux prisonniers (2). »

Elles accouraient hurlantes et furieuses et la hache à la main, pour renverser les arbres de la liberté (3), elles, les éternelles opprimées. Pareilles aux mères de Sparte, elles chassaient devant elles leurs fils au combat , si bien que l’on vit jusqu’à des enfants de sept ans apprendre d’elles le carnage, et souiller comme elles leurs lèvres au hideux banquet de la mort (4). « Une petite fille de treize ans était tambour dans le corps d’armée de d’Elbée (5). »

Talmont, Chai’ette, Tinténiac avaient fait de leur tente un boudoir, et Thérèse de Moélien, madame de Beauglies, madame de La Rochefoucauld, donnaient par leur présence au camp des défenseurs de la religion, quelque chose qui ressemblait en effet aux guerres des # croisades. C’est surtout dans celui du chef des insurgés du Marais que « l’on voit des femmes jeunes et belles, attirées là

(1) De Beauchamp, t. I, p. 185. •

(2) Lo général Turreau, Mémoires pour servir à i histoire tle la guerre de la Vendée, p. 79.

(3) Madame de La Rochejaqnelin, Mémoires, p. 142.

(4) IJ., p. 203.

par sa réputation de galanterie et d’audace toutes françaises. Elles tiennent autour du général une espèce de cour voluptueuse. Chaque jour amène un nouveau divertissement, chaque nuit un nouveau hal. Plongé dans cette ivresse de sens qu’il est heureux de partager, Charette oublie les combats. Il semble avoir fait deux parts de sa vie : l’une est consacrée au danger, l’autre au plaisir; l’une se

dévoue au martyre et à la gloire, l’autre s’écoule dan3 les fêtes. -Aujourd’hui il enduro avec un stoïcisme digne d’un sage de la Grèce les privations, les insomnies et les longues marches ; demain, le péril disparu, il ne restera plus de tant d’énergie qu’un sybarite se couvrant de soiê comme un page de François I er et faisant des moindres détails de sa toilette une sérieuse affaire.

« Au milieu de ces femmes, dont le courage égale toujours la beauté, et qui, amazones vendéennes, ne le cèdent en intrépidité à aucun soldat de l’armée, apparaît d’abord madame de La Rochefoucauld. Par ses grâces et par son élégante intelligence des affaires, madame de La Rochefoucauld a conquis tous les cœurs. C’est Aspasie avec la foi royaliste, mais Aspasie à laquelle la tradition née des bruits de la foule prête les plus merveilleuses histoires de combats. Madame de La Rochefoucauld, que Charette était fier d’entourer de ses hommages, voltigeait un jour à cheval sur le flanc des colonnes. Thomasseau, un simple paysan, son fermier, l’accompagnait, et depuis longtemps Tho-

masseau l’aimait de toutes les puissances de son âme. Tous deux sont enveloppés, pris par les Bleus, tous deux sont conduits aux Sables et condamnés à mort. Tous deux moururent en regrettant la vie.

« Madame de La Rochefoucauld pleurait son sort. Thomasseau, lui, n’eut de larmes que pour sa noble et belle maîtresse, qui, seulement quelques secondes avant d etre frappée par le bourreau, apprit, dans les adieux du paysan, la respectueuse passion dont elle était l’objet.

« Madame de Beauglies fut plus heureuse. Entraînée par le tumulte des camps, on l’avait vue se jeter dans la division de Joly. Pendant plusieurs campagnes, cette femme, douée de tous les avantages de la nature et de l’éducation, suivit l’armée des Sables à la tête d’un escadron .de chasseurs qu’elle-méme avait organisé. .Au commencement du combat, on la voyait toujours à l’avant-garde, chargeant la première; mais, au moment où la retraite devenait nécessaire ou périlleuse, madame de Beauglies s’élançait pour* la protéger. Elle connut Charette sur le champ de bataille. Sa réputation de galanterie et de bravoure était faite. Ma-^ dame de Beauglies déserta le camp un peu sauvage de Joly pour régner au quartier général de Légé. Ce fut un soin qu’elle partagea' avec mademoiselle de Charette, la sœur du général (1). «

(1) Crétineau-Joly, t. I, p.241, 242,

Le 6 février H89, alors que chacun prévoyait cette inévitable Révolution que l’on pouvait aimer avec passion ou bien haïr avec fureur, mais devant laquelle il n’était permis à personne de demeurer indifférent, les dames angevines se réunirent pour signer la déclaration suivante, que l’auteur de la Vendée militaire trouve parfaitement ridicule ;

«Nous, mères, sœurs, épousas et amantes des jeunes citoyens de la ville d’Angers, assemblées extraordinairement, lecture faite des arrêtés de tous ces messieurs de la jeunesse (1) ; ■*

« Déclarons que si les troubles recommençaient, et, en cas de départ, tous les ordres de citoyens se réunissant pour la cause commune, nous nous joindrions à la nation, dont les intérêts sont les nôtres; nous réservant, la force n’étant pas notre partage, de prendre pour nos fonctions et notre genre d’utilité le soin des bagages, provisions débouché, préparatifs de départ, et tous les soins, consolations et services qui dépendent de nous;

« Protestons que notre intention, à toutes, n’est point de nous écarter du respect et de l’obéissance que nous devons au Roi, mais que nous périrons % plutôt que d’abandonner nos amants, nos époux, nos fils et nos frères. »

«La Révolution, ajoute l’auteur, aurait dû mourir

(1) Il s’agit sans dontc de la ligue angevine et bretonne, dont Moreau était le président.

sous l’emphase d’une pareille rhétorique à femmes; elle en vécut. Et, chose plus étrange, elle en vit encore partout où il^y a des phrases et des dupes

à faire (1). t>

Je ne sais pas si les femmes ont une âme, ainsi ' que cela fut discuté dans une ville française, au concile de Mâcon, en 585 ; je ne sais pas si elles ont une intelligence, ainsi qu’on le leur dénie encore généralement aujourd’hui, et s’il" leur est permis d’avoir, par suite, une opinion qu’elles puissent défendre sur les choses de la politique, de la religion, de la philosophie ou de la science; je ne sais pas si elles ont un cœur, et si c’est leur devoir de rester impassibles et muettes en présence de ces grands cataclysmes qui mettent en question la vie de leurs fils, de leurs maris, de leurs pères et de leurs fiancés. Mais ce que je sais bien, c’est qu'il est plus beau mille fois,' et plus noble à elles, — et moins ridicule do beaucoup, — « de prendre pour fonctions le soin des bagages, provisions de bouche, préparatifs de départ, et tous les soins, consolations et services qui dépendront d’elles, » que de • se jeter comme des furies au milieu de ces hideuses boucheries qui font honte à la raison humaine,

de manter le pistolet et le sabre, d’éventrer les cadavres, comme nous le leur verrons faire, de n’user de leur pouvoir que pour envenimer les haines, et de ramener malgré eux, au combat, par

(1) Crétincau-Joly, t, III, p. 22,

leurs injures et leurs menaces, les lutteurs fatigués. . . ' .

Donc, dans le camp des défenseurs du bon vieux temps, robes do femmes et robes de prêtres, tout cela chevauchait de la même allure, et se déchirait aux mêmes haies. On se battait côte à côte, et Si l’on s’était sauvé la vie au matin, on se perdait ensemble au soir en devisant galamment sous la tente. Les mêmes mains qui^avaient froissé l’épée se serraient amoureusement, et l’on se damnait de compagnie en sauvant la religion. N’était-ce pâs quelque chose de suprêmement chevaleresque et galant, dé pouvoir retrouver derrière les haies de la Vendée les piquantes aventures dos ruelles !

Et cependant elles furent bien coupables dans leur folie, ces femmes qui, en prenant les armes pour verser le sang et tuer avec l'épée, habituèrent les soldats de la République à oublier leur sexe pour ne voir en elles que des adversaires qu’il fallait frapper sans pitié ni remords ; elles furent bien coupables, car en conspirant, en poussant à la révolte, en jouant un rôle actif dans cette lutte parricide, elles appelèrent sur leurs tètes les colères légitimes de la Convention, et la forcèrent i\ oublier que les jours d’une femme sont sacrés, etquo le fer do la loi lui-même doit se détourner de celles qui ont reçu de Dieu la mission sublime de donner la vie.

Les nobles de la Vendée, comprenant enfin que la religion était le point d’appui qui leur manquait

pour soulever la contrée, et voyant les prêtres travailler sourdement dans le même sens qu’eux, unirent leur cause a celle du clergé, ^et se convertirent soudainement aux pratiques d’une religion • dont, jusqu’alors, ils ne s’étaient préoccupés que comme on le faisait au dix-huitième siècle, c’està-dire fort légèrement.

Et certes, cette conversion subite fut, de tous les miracles que vit alors ce pays privilégié, le plus admirable et le plus inattendu. Il est vrai de dire que, si elle fut subite, la conversion ne fut qu’éphémère, et que bientôt les chefs mêmes de l’armée vendéenne en revinrent pour la plupart à leurs habitudes anciennes; mais enfin, elle eut son effet moral sur les masses, et c’était le principal.

Des lois des 11 août et 21 septembre 1189 avaient privé la cour de Rome des droits d’annates, dont j’ai dit l’origine et les droits désastreux. Frappé dans ses intérêts, le saint-siège conspira ouvertement contre la Révolution.

« Les 23 février 1192, et 3 novembre de la même année, dit l’abbé Grégoire, Pie VI annonce à l’impératrice de Russie que les princes se coalisent contro l’Assemblée nationale de France; il la prie de se joindre à eux, et d’envoyer contre les Français une flotte puissante; d’autres lettres, dans le même sens, sont par lui adressées à l’empereur François II, au roi George III et à l’électeur de Saxo. La dor nière surtout est très-prressante. Quelques pièces

Page 1