SS LA VENDÉE
<lu martyr, avait donné à cette localité le nom de la Roche-Sauveur (1). *
Que faisait la Convention pour prévenir ou châtier cotte série de conspirations et de forfaits? Ne pouvant comprendre tant d’inintelligence de la part de ces populations égarées pour lesquelles elle travaillait, elle comptait que le temps seul les éclairerait, et, patiente, elle attendait, laissant la Vendée sans troupes, confiante dans le patriotisme des gardes nationales, rendant tout au plus des décrets, et envoyant en mission quelques-uns de ses membres, chargés- de détromper ces campagnes aussi insensées ‘que coupables.
Dans la Bretagne, c’était Billaud-Varennes et Sévestres, ■ qui trouvèrent les campagnes aux prises avec les villes, plus de cent communes soulevées, et aucun régiment complet (2) ». En Vendée, c’était Gensonné et Gallois, envoyés « dans un but de conciliation, ‘peut-être (3), » — dit M. Crétineau-Joly, dont la pensée malveillante se trahit jusque dans çet hommage qu’il rend malgré lui à la longanimité de la Révolution. En Anjou, c’était un homme du pays, et justement considéré, La Réveillère-Lepeaux , à la modération duquel l’abbé H. Bornier lui -même est contraint de rendre justice (4).
(1) De Beaucliamp, 1. 1, p. 86.
(2) Ii., p. 87.
(3 J Crétineau-.Toly, 1. 1, p. 49.
(4) « On doit reconnaître que s’il y eût eu dans l’Ame de I.a Kévellière-Lepeaux le moindre sentiment vindicatif, le collège de
Désireuse de se mettre en garde contre les intrigues des prêtres, l’Assemblée nationale s’était contentée d’abord, dans sa naïveté, de leur demander un serment. LGs uns l’avaient prêté, puis retiré; le plus grand nombre l’avaient refusé. Du reste, les uns et les autres n'avaient pas cessé un moment de conspirer qpntre elle. Alors elle ltsur avait enjoint de résider au chef-lieu, où l’on espérait les tenir en bride au moyen d’une surveillance plus facile et plus active. Ils avaient continué d’ameuter contre l’œuvre régénératrice de la Révolution les crédules habitants des campagnes. Persistant aussi longtemps qu’elle le peut dans cette voie, imprudente autant que généreuse, d’éloigner ses ennemis au lieu de les frapper, elle ordonne (26 août nf92)aux insermentés de sortir sous huit jours des « limites du département, et sous quinze jours du royaume , sous peine d’étre déportés dans la (îuyane française. Dans toutes ces mesures, elle ne faisait que se défendre contre une agression violente, et elle ne tarda pas à reconnaître que ses implacables adversaires ne reculeraient devant aucun excès pour ja perdre. 11 fallait que le char de la Révolution versât, fût-ce sur leurs cadavres.
Le» royalistes semaient la trahison autour d’eux. Ils étaient riches. D’ailleurs, ils avaient les rail-
Bcaupréau e(ft*été supprimé et dissous avant les autres. » Ap. Revue Je l'Anjou, p. 128. — Avril 1853.
Dirigé par des prêtres, le collège de Benupréau était une pépinière de pK'trcs.
lions de la Russie (1), les millions de l’Angleterre (2); les faux assignats dont Puisaye d’un côté, de Calonne d’un autro (3), l’Anglais William Playfair d’un autre encore, inondaient la, France. La République ne trafiquait pas des consciences. Trop pauvre d’ailleurs pour répandre l’or, elle avait à peine du fefpour se défendre. .
L’amour de la patrie sut faire ce que la soif de l’or n’eût pu obtenir. Un ami de Danton, Latouche, s'était insinué dans la confiance de La Rouërie-et était de moitié. dans tousses secrets. Il les dévoila au comité de sûreté générale, qui en prévint les , administrations départementales des Côtes-du- Nord et d’Ille-et-Vilaine.
« Tout s’apprêtait à la guerre, l'Europe contre la France, la France contre l’Europe, Les conjurés impatients n’en attendaient que le signal (4). » La Rouerie réunit dans son château les principaux d’entre eux. « Après un repas non moins enivrant par l’exaltation des propos que par l’abondance des liqueurs, La Rouerie fait passer les convives dans une salle mystérieuse. » Il « provoque leurs vengeances », en leur montrant « la noblesse en péril, l’anéantissement des privilèges (5) ».
On vient leur annoncer que des volontaires mar-
(1) Lo comte de Vauban, Mémoires, p. 21-23.
(2) Id., p. 205.
(3) De Deauchamp, p. 69.
(1) Id., p. 55.
(5) Id., p. 56, 57.
chaient sur le château. « A cette nouvelle , tous furent d’avis de se soustraire par la fuite aux recherches des patriotes (1). » Ceux-ci arrivent, n’y trouvent rien de. suspect, et l’abandonnent le lendemain.
“ Allain-Nedellec, cultivateur et juge de paix à Fouesnant, près Quimper, dans les possessions de Chefontaine, dont il était l’agent, proclama la révolte à l’issue de la messe paroissiale. Dos hommes armés s'assemblent près la chapelle de Kerbader, lieu indiqué pour former le noyau de l’insurrection. Des émissaires de Nedellec parcouraient les campagnes, des détachements entraînaient les habitants et menaçaient d'incendier les propriétés de ceux qui ne se .déclareraient pas en faveur de la royauté et de la religion. Le tocsin sonnait de toutes parts. Ce fut alors que les gardes nationales se levèrent en armes, et marchèrent contre les insurgés. Le combat s’engagea près de Fouesnant, et après quelques pertes des deux côtés, les royalistes furent vaincus et dispersés (2). »
Après le 10 août, Latouche vint trouver La Rouerie et lui dëmanda's’il était temps d’agir. Quelques gentilshommes qui, jusque-là, étaient demeurés à Paris, venaient de rentrer en Vendée : l’heure de se montrer était arrivée. « La Rouërie lui avoua qu 'animé par les progrès des Prussiens en Cham-
(1) De Beauchamp, 1. 1, p. 5H.
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pagne, il n’attend plus pour agir que leür-approche vers la capitale (1)... Tout était prêt, et la descente sur les côtes de Saint-Malo, par les émigrés réunis à Jersey et Guernesey, devait avoir lieu le 10 octobre (2). » - . .
Le conseil exécutif envoie sur les lieux deux émissaires, Morillon et Barthe. « A leur arrivée en Bretagne, ils trouvent l’association consternée par la nouvelle de la retraite du roi de Prusse. Le.s revers de la conlition avaient jeté le parti dans l'abattement (3). » •
Bartbe passe à Jersey. « Il y trouve les émigrés français divisés en deux classes. Les prêtres, au nombre de douze cents, formaient la première, qui n’était dangereuse aux républicains que par ses correspondances dans l’intérieur. Les nobles de la Bretagne, du Maine, du Perche, de la Normandie, de l’Anjou et de la Touraine, formaient la seconde classe, à la tête de laquelle se faisait remarquer le comte de Botherel. Cet agent, avoué des émigrés auprès du ministère britannique, venàitde faire un voyage à Londres pour les intérêts du parti (4). «
Du reste, la conspiration était partout, et couvrait tout l’ouest de la France d’un immense réseau d’intrigues. « Tandis que La Rouerie organisait en Bretagne la guerre civile, on s’était pré-
(1) De Rennelinmp, t. I, p. 51. — Kdition de 1820,
(2) H., p. 64. — Kdition de 1806.
(3) là., p. 66.
(41 là,, p. 67. .
paré à la résistance sur la rive gauehe e^e la Loire... Les nobles du "Poitou et de l’Anjou se confédéraierit en secret. La plupart n’étaient, qu’entraînés ; quelques-uns connaissaient le plan de La Rouerie et le secondaient puissamment (1). *
Mais les nobles se bornaient encore à conspirer dans l’ombre, bien décidés à ne paraître au grand jour que lorsqu’ils auraient su mettre de leur côté toutes les chances de succès. « Peu de chefs d’iirsurgés, dit M. de Beauchamp, osèrent, à cette époque, paraître à découvert (2). » — « D’Elbée était bien décidé, ainsi que les principaux confédérés, a ne se montrer que lorsque la révolte aurait pris un caractère imposant (3). « L’œil fixé sur les mouvements de l’étranger, ils attendaient que l’heure fftt arrivée d’égorger la patrie sans danger poux euxmêmes.*.. -
Nous sommes arrivés aux premiers jours de janvier 1793, l'année sombre et fatale. La guerre do la Vendée n’est pas commencée encore; mais on peut voir déjà ce que valent les assertions des écrivains royalistes, lorsqu’ils avancent que cette lutte à jamais déplorable fut toute spontanée de lapait des paysans, que le clergé ni la noblesse ne firent rien pour égarer ces populations ignorantes, que les insurgés de l’Ouest ne s’appuyaient pas sur l’étranger. La guerre n’est pas commencée, mais, \
(1) De Beauchamp, p. 92.
R8 La. VENDÉu' EN 1793
suivant l’expression de Puisaye, la toile d’araignée est tendue, un immense réseau d’intrigues couvre ces contrées infortunées, la mine est chargée de poudre jusqu’à l’orifice : l’étincelle fatale ne se fit pas attendre.
La situation était terrible, et la France semblait
. devoir périr. Une seconde coalition, plus formidable que la première, lamenaçait de toutes parts. C’était, en un mot, au dehors, la guerre avec l’Espagne, l’Angleterre, la Savoie, la Prusse, l’Allemagne et la Russie : l’Europe tout entière poussant contre la Révolution quatre cent mille soldats. C’était, à l’intérieur, la ruine et la disette, la trahison et l’anarchie, le Midi qui se soulevait, le fédéralisme disputant à la France son unité de fraîche date, la Gironde et la Montagne sur le point de se diviser...
Décidée à vaincre, et pleine de foi dans l’avenir de la liberté, la Convention décréta la levée de trois cent mille hommes et appela, ses enfants aux frontières envahies. La Vendée alors sauta sur.ses armes, mais pour faire cause commune avec l’étranger.