‹ La Vendée en 1793Chapitre 8 sur 49 · I.A VENDEE · texte numérisé non relu

I.A VENDEE

elle frappait tous les, hommes de dix-huit à quarante-cinq ans , les veufs, les mariés sans enfants comme les célibataires. Dans sa jeunesse, il avait, ainsi que ses trois frères , exercé sous les yeux de son père le métier de maçon. Plus tard, il abandonna cette profession pour embrasser celle de commissionnaire, et chaque semaine, il faisait avec sa charrette le voyage du Pimà Saint-Florent.

Celui de ses frères qui, après lui, joua un rôle dans la guerre et commanda en chef un corps d’armée royaliste, Pierre Cathelineau, avait également délaissé la truelle pour ouvrir au Pin une, petite boutique d’épicerie et de mercerie, que les voyages de Jacques lui permettaient de tenir toujours bien approvisionnée. Tous deux étaient en rapporte journaliers avec le curé, Jacques en qualité de chantre, Pierre en qualité de sacristain. Ceci n’est pas indifférent à nojter, non plus que l’époque de l’insurrection, qui commença avec le carême. Nommé au commandement d’un corps d’armée aux environs de Ségré , après le passage dé la Loire, Pierre tomba bientôt sous une balle républicaine. Un troisième frère fut tué également outre-Loire, et le dernier fut guillotiné à Angers.

Cathelineau le voiturier sort donc sur la place du Pin.

«Mes amis, s’écrie-t-il, les patriotes ne nous pardonneront pas de s’étre laissé battre par nos gas à Saint-Florent. Il ne faut pas qu’ils nous trouvent désarmés; il ne faut pas leur laisser le

temps d’appeler du renfort; il faut les surprendre, de' crainte d’être surpris par eux. Vive le roi! vive la religion catholique! et en avant! »

« Vi^ le roij vive la religion catholique ! » hurle la foule enthousiasmée ; et ils se mettent en route à la suite de Cathelineau , qui rentre, chez lui embrasser sa femme et ses cinq enfants, et revient se mettre à leur tête.

Ils étaient vingt-sept en tout, ce jour-là ; mais ils recrutent encore en passant une douzaine d’hommes au bcurg de la Poitevinière, parmi lesquels un des’ amis de Cathelineau, Humeau, qui devait le recevoir dans ses bras, lorsqu'il tomba mortellement frappé au siège de Nantes, et qui aida à le rapporter jusqu’à Yarades, où il mourut. Sur leur passage, les populations s’ébranlent.

« Où vont-elles? se demande M. Crétineau-Joly. — Dieu seul le sait.

« Que demandent-elles? — La liberté (1). »

Pourquoi toujours tant de sang versé pour des malentendus? Pourquoi, nobles et prêtres, ne leur fites-vous pas comprendre que la révolution de 89 pouvait leur en donner tout autant, pour le moins, que la monarchie du droit divin et du boh plaisir? Pourquoi, à moins de flagrante contradiction, l’auteur vante-t-il chez les paysans « ces mœurs patriarcales que la Révolution a essayé de corrompre par la liberté (2) « ?

(1) Crétineau-Joly, 1. 1, p. 7R.

(2) ht., p. R7.

Ils allaient donc, marchant à l’aventure, mais, d’instinct et sans s’en rendre compte, s’enfonçant dans le Bocage et s’éloignant de la Loire, c’est-àdire tournant le dos à la lumière et marchait vers les ténèbres. On arrive à Jallais, gros bourg occupé par un corps de troupes républicaines, qui, à leur approche, se massent sur une hauteur qui domine le village du côté du château. Sans ralentir la marche de sa bande , Cathelineau s’avance, intrépide, l’œil fixé sur la pièce de canon qui est en avant de la troupe patriote.

Au moment où le coup va partir : « Ventre à terre , les gasl ventre à terre l » crie. Cathelineau on obéissant lui-méme à l’ordre qu!il donne. Le coup part et passe par-dessus leurs têtes. Ils se relèvent, s’élancent, et avec leurs bâtons assomment les canonniers sur leur pièce, avant qu’ils aient eu le temps de la recharger. C’était une pièce de 6, leur première pièce d’artillerie, à laquelle ils donnèrent lë nom de la Missionnaire.

La petite ville de Chemillé, à deux lieues de Jallais, était défendue par une garnison assez nombreuse pour qu’on put la croire à l'abri d’un coup de main. Mais Cathelineau, qui avait été rejoi/it par des renforts commandés par Cadi, chirurgien à Saint-Laurent de la Plaine, et Perdriau, ancien caporal, Cathelinéau culbute gardes nationaux et soldats, et après un combat meurtrier, trois coulevrines, des fusils, des munitions, et un bon

nombre de prisonniers restent au pouvoir des insurgés. ' .

« L’abbé Boinaud, curé de Notre-Dame de Chemillé,, dans les reliques duquel ses paroissiens avaient^peu de foi, dit un homme du pays, Grille, ancien préfet de la Vendée, l’abbé Boinaud avait promis do faire le serment; mais il ne le fit point, et quand vinrent les brigands , pour se recommander à eux, il vociférait en chaire contre les Bleus : « Plus vous en tuerez, plus vous irez droit au para- « dis I » Membre du comité, il dit tout crûment en y prenant place : « Effaçons le mot de pardon! » On ferait de tristes pages de ce que racontaient de lui les Cesbron , les Lecoq, tous leschefs des familles les plus vénérables et qui avaient dans le pays semé le plus de bienfaits. Le curé de Saint-Lezin était grand et maigre; il avait le corps diaphane comme saint Bernard. Déguisé en chaudronnier, il suivait les brigands, les exhortait à se battre et à ne point faire de quartier aux réprouvés. Souvent on le vit la nuit, sur les champs de carnage, achevant de son grand crucifix de fer les Bleus qui , blessés trop grièvement, ne pouvaient se sauver. Il leur cassait la tête, leur crevait les yeux et se livrait contre eux à toutes sortes d’horreurs. Un petit Gascon, nommé Laussat, vicaire de Saint-Paul des Bois avait imaginé de faire communier les patriotes malades avec des hosties empoisonnées (1). »

(1) F. Grille, t. I, p. 83.

Page 1