I II
C'est M» de Barante, Vex sous-préfet de Bressuire, le préfet de la Vendée, préfet de Nantes sous TEmpereur,
Homme considérable,
Qui, plein d'admiration pour les rebelles, ami de leurs chefs, fait cet odieux conte ' !
11 travestit tout : le brigand est le dieu, et le patriote r infâme
Cest à ce point de vue qu'il se place.
Je me place à un autre.
Je réfuterai cet auteur comme f ai réfuté Galbaud,
' J'avance ; Dans le livre de M. de Baranle sur h Convention, il y a des niomenls où il écrit sur les hommes de celte grande époque, les piu^ élevés, comme s'il écrivait de Mandrin et de Cartouche. U ne voii (l ins la Révolution qu'une débauche. La nation on renmniant avec énergie à tuui-:' la dignité qui lui avait été arrachée par la fourberie et la violence, ne lui apparaît que comme une cobue qu'on ne peut trop châtier.
Tout ce livre me jette dans un étonncmenl qui nVst é^alé que par mon indignation et ma tristesse.
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qui s'attaquait au premier batailloo de Maine-et- Loire.
J'aifiiitqnatreTolaaies pour opposer, sur nos volontaires, des réalités à des mensonges.
Je reprends la plume, quoique tard, pour défendre
les Mayen^ais contre un débordement d'imputations calomnieuses.
Je défendrai les républicains contre les carlistes. S'il y en a de criminels, je ne les ménaf^erai point, je dirai leurs vices. Mais je dirai aussi les vices et les crimes des Vendéens, des paysans, des nobles, des prêtres.
Je dirai tout.
Lisez ceci : « Pour entreprendre une insurrection,
M si l'on calculait les espérances de succès, jamais on « ne la commencerait. Quand une fois elle est enta- « mée, il faut liicn la soutenir. La raison et le cou- « rage portent à continuer une résistance devenue « néce^ire; mais ce n'est qu'avec une audace irré* « fléchie, un dévouement entier à ses opinions, un <« enthousiasme d'autant plus noble qu'il est plus « aveugle, que Ton commence de telles entreu prises. >
Quelle théorie ! L'aveuglement éi igé en dogme et l'irréflexion qui devient une vertu !
On va loin avec de telles maximes. C'est la guerre
par tempérament et par caprice.
Toute la Vendée est là : une bouffée de sang l
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Le livre de M. de Barante est écrit comiiie ceux de la Fronde : il vaut mieux par le style que par les doctrines. Ud certain abandon, une certaine nûVetéy une façon de mollesse qui y règne sont calculés pour taire croire à la grande dame^ mais le nerf de l'homme se révèle à mille traits. Tout se tient et s'enchaîne dans cette composition assurément fort étudiée^ et les inattentife s'y laissent aller sans défiance et sans crainte. C'est cet art précisément qui tait que tout y est dangereux et qu'il y faut un contrepoison et un remède.
L'auteur prend une idée et la tourne et retourne jusqu'à ce qu'il en ait tiré ce qu elle a de captieux.
Il prend une idole, puis deux, puis trois, et leur sacrilie le reste.
Amis et ennemis, tout rayonne ous'eiFace au gré de l'artiste, et le passant ébahi s'arrête devant ce trompel'œil^ ce roman de la Table Ronde où tout est de feinte et de feu et d'une grâce mêlée de vigueur, d'éloquence et de Gel.
J'accorde tout, je blâme tout. Sous cette élégance est rimmoralité. Ce triomphe inouï est une calamité publique.
Ce retour aux Vendéens, cette apothéose, cette
canonisalion des Brigands ont peut-être causé tous les maux qui nous accablent ^ .
^ L'expression de ces |>enbée& esl-elie conlradicUon avec mon livre mèiDc?
Et quand l'Empereur parlait de cette guerre de géants^ que taisait-il, que jeter au milieu de uous un brandon de discorde ?
11 éteignît la querelle pour uu jour et la ralluma pour UQ siècle.
Il pacifia la Vendée, signa le traité qu'avait dressé Hoche, et, bien en dehors des vues de Hoche, bien au-dessous de lui par la pureté de cœur, il bouleversa la France par sa noblesse^ son trône, son concordat.
Le retour aux Vendéens fut le rappel des vieux
rois.
L'Empereur tomba dans le puits qu'il avait creusé.
Dès qu'il n*y eut [Au^ de liberté, de révolution, d'armées de la république, il n'y eut plus de Bonaparte, il n'y eut plus de prestige, il n'y eut plus de force.
Ët des nuées de Cosaques dévorèrent nos cbam[is comme des sauterelles.
Et nous vîmes foudre sur iious les préjugés vermoulus des races fétides.
▼ Il
Un mot de M. de liurante est un portrait.
Lescure est le saint des saints, le saint du Poitou,
L*esprit a de ces doutes el il va lunjours. Je redoute rimporiaiice qu'on donne à l'insurreclion vciiU« eune, el j'écris riiisloire de la Vendée. Mais j'écris aussi, el surloul, Tliisloire de ceux qui oui cuuibauu lesrfibeliM.
Cesl un cbapîire de la grande histoire de ta Révolulion française, de riiisloire du ccnir et de rhumanité.
qui porte un eîlîce et n'a pas tué on hoRime. Au plus fort de la mêlée, et s'y précipitant, il dit de tuer, non pour lui, mais pour la gloire de Dieu plus
que du Roi.
Catbelineau est un saint, un autre, le saint d'Anjou, le saint de la plèbe, enfant de la gerbe et du chaume, un envoyé du ciel, ange exterminateur, qui mène la paysan de ToBit et du geste, sert merveilleusement le dessein des prêtres, n'ofltasque point le noble; âme simple, illuminée, cœur d'acier, bras de fer, et qui, par religion et vocation, tuerait son frère.
D'Ëlbée, un sous-lieuteuaul qui tranche du maréchal, officier valeureux sans contredit, mais qui pousse Taiiiour du commanileiiienl jusqu'au ridicule; exagère les pratiques de dévotion par pur charlatanisme, pour flatter le paysan; répète à tout propos qu il s eu remet au ciel de la victoire el n'est appelé par le Poitevin narquois que le général de la Promdenee.
Donissau est le mentor qui sait tout, voit tout, devine tout, espère peu, donne de bons conseils qu'on ne suit point. 11 joue le rôle de Cassandre. Le plus francheaient de tous, il redoute les honneurs et se montre d*un désintéressement que nul n*envie.
Bernard de Marigny, quoique de forte stature et d'athlétique aspect, est d'un naturel doux, facile, aimable. Oui, fort bien ; mais il s'exalte et s'irrite dans la guerre et se développe tout à coup sous de sanglantes formes. Pendant et après le comimt il est
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féroce : on cite de lui de belles proclamatiuus et dos itôsassinats.
Cbarette est vokiptueyx en même temps que
t'arouclie. 11 voiRliait régner seul, n'est content do rien. Il arrive toujouns t^op tard aux grandes atlaires, avec des soldats qui làobeni piM$ paye, lui, de sa personne et ne recule pas ; mais il se fait redouter et haïr plus qu'estimer, et compromet tout ^rsesdéfections^ ses perfidies.
TaWont; le plus bel homme de l'armée, esl d'une galanterie qui l'énervé et d'une valeur maladioile qui sért peu. 11 n'inspire nulle confiance aux paysans, et il a bien la mine de regretter de n'être pas resté en Angleterre> ou repassé, avec ses maltresses, à Jersey.
Baudry d'Asson esl un bon gentilhomme , un modèle de rébellion, ma^ un pauvre sire et un mais se met à la tète d^iiiie mnée sans savoir com^ mander une patrouille,
Stofflet a du courage, mais il est rude, grossier. Il se montre Exigeant, eiTon se demande pourquoi. On le traite bien; que Veut-il? Lie paysan ne l'aime guère et le suit pourtant comme un des siens. Il conduit rinfanlerie, et s'il a contribué au gain des batailles, il nuit à la cause par une ambitioti démesurée.
Forestîelr, veau de Chaudron et fils d'un cordonnier, esl souple, intelligent, dévoué, li convient à ces messieurs les chefs, qui lui dennent, lui ôtent, iui rendent des omiMmdements sans qu'il s'en targue trop ou ({«'il s'en plaigne. C'est un instrument commode qu'on ne peut trop louer.
Brrnier, curé de Saint-I^ud d'Angers, parle il'oi , comme un livre, et des heures entières ; il touche et persuade : il a rendu desserviœs et de grands; mais c'est un fourbe: il n'a nulle conviction, et cette guerre qu'il prêche n*est qu'un ressort pour la fortune qu'il fève, et un piédestal pour sa statue.
L'évêque d'Agra n'est qu'un iade pantin, dont le bénédictin Jagault fait jouer les fils.
Tel est un excellent général de procession.
Tel autre arrive en habit à paillettes, Tépée au côté» le chapeau sous le bras, craint le bivouac et la pluie» et se cache derrière les caissons quand les balles sifilent.
11 y a dans cette galerie de la comédie autant que
du drame.
On ôte à Bonchamp le trait subhme qui lui a valu k Saint -Florent un tombeau de marbre. On lui
reproche amèrement le passage de la Loire qui perd
Henri de Larochejaquelein est le héros ce cette guerre» 11 est t)ouiilant, intrépide, téméraire. Se battre et se battre encore, c'est là sa joie. 11 dit au prisonnier qu'il fait : « Veux-tu te battre avec (t moit » Il faut qu'il brave chaque jour dix morts pour une. Mais quand le destin rappelle an commandement général, quand il subit malgré lui le rang suprême, il y trouve une prudence et un génie qui éclatent soudain, et qui font de lui, visiblement, l'homme extraordinaire et le colosse : il porte tout!
▼ ff II
Âi-je bien interprété M. de Barante?
S'il est ambassadeur et pair de Francei c'est qu'il
a eu sa conversion pour marche-pied.
S!il est de l'Académie, c'est qu'il a eu son livre pour passeport.
L'opinion lait le fauteuil, et les Duc& de Bourgogne ne sont qu'un prétexte.
Il a des critiques; des partis dans le parti, des censeurs blancs» des purs, des âpres ; mais il a bien autrement encore d'imitateurs.
Que de singes Tont suivi ! les faiseurs et bai bouilleurs ont pris chez lui le mot d'ordre; ils ont ressassé» recopié, enjolivé ; fournisseurs de libraires, mendiants de château, flatteurs du règne, commis conventionnels ou quelque chose d'approchant et de pire, tous se font vendéens, prêtres, menteurs quand même. C'est le vent et la mode, et ils y cèdent. Ils voguent en pleine mer de récriminations et gagnent des écus à défigurer et calomnier les représentaiitiidu peuple, les généraux, sans choix, sans mesure, en bloc, les soldats de la pairie, les enfants de cette révolution que rien ne peut dompter, qui vivra malgré eux, malgré tout, qui changera tout, qui est dans le sol, dans le globe, dans la chair et le cœur d^ peuples, , qui a fait déjà deux fois le tour de l'Europe, qui a balayé les trônes et ne les a relevés que par moquerie; qui lit et défit des rois, mit des noms de potentats à la place de ceux qu'elle biilait, troqua des électorats contre des duchés, des èpées contre des
mitres, vida et remplit tes couvents dans dix Ëtats,
chassa et reprit les jésuites, coiiiiue pour apprendre au toonde que ies princes du oiei et de la terre oe sont que de vains ftntèmes sans ooosistanoe^ sans cervelle, sans base ; qui se repose à préseat do ces grandes secousses^ qui regarde en arrière et jouit de ses œuvres, mais qui reprendra son élan àaon heure, trompera la surveillance et Tire des papes, des ctars, des sbires, des espiooa, des diètes, des écriviissiors, des braillards^ des geôliers, des bourreaux, rompra leur ligue, franchira les barrières et foulera aux pieds, dédaigoeuseaieni, tous les obstacles, sans dévier jamais de S4)u but, de son cours, et semant à poignées les droits, le progrès, la liberté :
Liberlé, Liber lé chérie!
Savary a commencé de réparer le mal ; ii m'a montré le chemm. Âdjudant-;géuéral , ami de Canclaux, de Kléber et de tons les oflb^iers de valeur de l'armée de l'Ouest, il les classe bien. Il a publié sur eux et sur leurs adversaires six gros vofaimes de pièces authentiques qui sont une wm féconde où chacun puise.
11 a fait deux campagnes dans le pays de deuil ^ il a vu de près le Bocage et ses batailles. Il est esact et . ferme, un peu froid, un peu raide; mais il s'anime au besoin^ il s*éveille aux grands traits, il combat rerreur, surtoot la mauvaise foi, il la poursuit récrase, et il a des mouvcmcQts d'iudignation contre
reffrouteriedesuDs, la lâcheté des autres, réservant
ses éloges et son ailuuraliou pour la seule vertu» le patriotisme.
Son IWre est excellent, mis il ne dit pas tout, il
u*est pas partout. Connu des gens d'étude et de cabinet, il n'est pas du salon, de Tatelier, de la halle; il ne fait pas pénétrer, comme je le voudrais, la vérité dans toutes les classes.
II est plus militaire que politique. J'en demande un à présent plus politique que militaire; le temps a marché, le peuple a marché, il veut tout savoir, et il nous faut pour lui quelque tableau rapide et tout conventionnel, et qui soit dans cet effort de lagraude lutte et du duel à mort entre les deux principes : hier ou demain, peuple ou roi.
C'est là le grand point. Plus j'avance dans la vie et plus ces idées me deviennent sensibles. La révolution a dit son mot, de 89 à 94; ce qui est venu depuis n'a été que réaction : Directoire, Consulat, Empire, tout !
Les longues saturnales de l'esprit de compression ne m'en imposent point.
Assez rétrogradé.
En avant , en avant î
Nous ne sortirons du chaos où nous sommes replongés que par TaboUtion radicale du vieux système.
Rotation, remplacement : le passé par Pavenir.
J.e surnaturel par la raison.