‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 20 sur 57 · I.TI · texte numérisé non relu

I.TI

A GhoUet, le 14 mars, lors de la prise de la ville

par Calhelineau et Stofflet, on a fait la chasse auœ Bleusdms les rues, dans les faubourgs et les hameaux environnants. On a arrêté, tué, jeunes et vieux, par douzaines.

Je ne parie pas des patriotes qui tombent dans le combat : Beauvau , les Briodeau, les fils de Grolle et trente braves; je parle des tués, assassinés, mutilés, lardés, après la trêve.

L'Espinasse, directeur de la poste aux lettres, est tué à sa porte.

Ravinet, fabricant, qui était dans son lit, blessé, est tué à coups de sabre-

Moricet, négociant, est brûlé dans ses magasins avec sa femme et sa sœur»

» CV^t iri comme h Avignoo, ofi le meurtre de Lescuyer amène la Glacière. Partout les royalistes commencent.

La famille Talot, martyrisée, n'échappe qu'à la faveur de la nuit, et non pas toute.

Des prêtres coDstitutionnels sont pris au collet , tratoés sur le chemin de Beaupréau, déchirés à coups de piques et emmcués avec cent patriotes qu on lie deux à deux, et qu'aux heures de bataille on met à la bouche du canon*

Le comité de Cbolletse forma le 15; Bourasseau de la Renollière en fut le président et Boutillier des tlQuiinelles le secrétaire. Ils t;\c}it'reiU de meltre de Tordre dans cet- affîreux désordre; maison dépit des notes justificatives qu'ils écrivirent quand la paix fut faite, ils eurent plus que de la sévérité dans leur gestion, et encoururent, de la part de leurs plus généreux concitoyens, bien de sanglants reproches.

li ▼ 1 1

L'abbé Boinaud, curé de Notre-Dame de Chemillé. dans les reliques duquel ses paroissiens avaient peu de foi, avait promis de faire le serment, mais il ne le fit point, et quand vinrent le Brigaîids , pour se recommander à eux il vociférait eu chaire contre les Bleus : « Plus vous en tuerez, plus vous irez vite en

« paradis. »

Membre du comité , il dit tout crûment en y prenant place : Effaçons le mol de pardon.

On ferait de tristes pages de ce que racontaient de lui les Gesbron» les Lecoq, tous les chefs des familles les plus vénérables et qui avaient dans le pays semé le plus de bienfaits.

Le curé de Saiiii-*Lézin était grand et maigre; il availle corps diaphane curiime saint Bernard. Déguisé en chaudronnier, il suivait les Brigands, les exhortait à se battre et à ne point faire de quartier aux réprouvés. Souvent on le vit la nuit sur les champs de carnage, achevant^ à coups de son grand crucifix de fer, lesBleusqui, blessés trop grièvement, ne pouvaient se sauver. Il leur cassait la tète, leur crevait les yeux et se livrait contre eux à toutes sortes d'horreurs.

Un petit Gascon, nommé Laussat, vicaire de Saint- Paul-du-Bois , avait imaginé de communier les patriotes malades avec des hosties empoisonnées.

Des jeunes gens de Montpellier : Ballard , Parlier, Reboul, avaient à Chollet des dépôts de coton filé; ils étaient patriotes et se battirent contre les Brigands. Us furent blessés, pris* Reboul et Parlier furent sous* traits à la mort par une femme, leur servante, Catherine Bobet, digne et honnête créature! Mais Ballard, tiré du château, fut accusé d'avoir, un an auparavant, il Bi'essuire, coupé des oreilles de révoltés, et de les avoir portées à Pans , k T Assemblée ; trois cents oreilles!

Affreuse calomnie!

Ballard n'avait pas quitté TOuest. Le 14 mars. 93, il avait fait le coup de feu dans les rangs de la garde nationale. C'était la tout son crime, et de saug^froid le canonnier SiahSous lui fit sauter la cervelle d'un coup de pistolet, en présence du prêtre Baibotin.

Ce SiX'Sous était un échappé des galères, un scélérat qui volait, violait, pillait, et faisait peur aux Brigands eux-mêmes.

Ils le fusillèrent.

Calooinie encore r

A Taffiiire de Bressuire eu 92, il fut tué cent pajfsaos, disent les uns; huit cents, disent les autres.

M. de Barante écrit : « Les gardes nationales de « la Plaine retournèrent dans leurs foyers emportant « comme trophées, au bout de leurs buonnettes, « des nez, des oreilles et des lambeaux de chair « humaine. »

Quelles infâmes paroles !

Nos gardes nationales étaient là. Je les vis revenir. Elles étaient glorieuses du succès obtenu, heureuses de la paix rétablie ; mais des lambeaux dechair, où donc en a-t-on vu, où donc^?

Et plus loin, après des chances diverses dans les combats de l'Anjou, les rebelles se dispersant , quand nos troupes parcourent le pays : «Elles n'osèrent, « écrit-on , exercer de vengeance! »

Elles n'osèrent! qui les en empêchait? sinon l'ardent désir qui les animait de finir la guerre par la conciliation, la clémence, Toubli?

A Mélay, près Cbollet, le curé Gaipiu était roya-

* Deux de mes oncles éUi«Dt capîuines dans le baUilton <\n\ fil la

liste, fanatique et suivant Tarmée chrétienne; mais humain pourtant, et ne montant jamais en chaire

sans recommauder à ses paroissiens de ne pas tuer sam néceuUé les patriotes.

« Si la cause de Dieu exige des batailles, exécutez « les ordres du Très-Haut, battez-vous, mesamiSy pour « votre sainte religion ; mais après la lutte ne rèpan- « dez pas le sang; épargnez-le et traitez les républi- « cains, les prisonniers^ comme des frères ! »

Galpin survécut à la guerre. Il est mort curé de Môlay. Son corps repose auprès de ceux qu*il nourrit de sa morale et qu'il arracha par ses conseils à d'affreux remords.

Je bis suivre ces traits comme ils me reviennent à la mémoire. Ils désespèrent, ils consolent. L'homme est un an i nul iîi déchiffrable.

Ën voici un qui a été raconté de différentes manié-' res. Je le tiens de celui qui en fut le principal acteur : M. Lavau, ami de mon père, et qui, réfugié à Angers après mille chances terribles, donna sa hlle à un de nos amis aussi, que nous voyions tous les jours.

Lavau était président du tribunal de Chollet. Le comité l'avait fait mettre au cbâteau. Il était question de le faire mourir. Un paysan de faction à sa porte lui dit : « Vous êtes jugé, M. l'abbé va venir, « il vous faut paraître devant Dieu. Vous êtes un bon a monsieur et nous savons que vous avez répandu

«ampagne deBressuire, et je sais bien par eux ce qui se passa : la haine des insuiigés, le courage ; mais non, el mille fois dod, des barbaries !

« autour de vous bien des aumônes. Vous n'aimez

« pas les nobles, et qui de nous les aime! Oii nous « parle du Roi, etqui se bat pour lui! Que nos enfants € ne partent pas, c'est là ce que nousyoulon8;ce « que nous voulons, c'est qu'on ne nous enlève pas « nos bons prêtres. Vous avez le malheur de ne pas « les aimer, de ne pas aimer Dieu*, de ne pas aller k a l'église et d'aimer les Bleus, de les appeler, de les « servir : c'est là ce qui fait que vous êtes condamné, « et que tous tant que nous sommes nous voulons € votre mort! »

Tout cela dit en jargon du pays avec des /ons et ie&fwmkmsj avec tristesse et regret, mais aussi avec une imperturbable décision qui ôtait tout espoir de séduire un pareil homme et de s'échapper.

L'abbé vint, il interrogea le prisonnier, il le connaissait bien, et ne trouvant pas son âme en état de grftce, il le remit à un autre jour pour lui donner l'absolution. Ce délai le sauva.

L'abbé se nommait Rivault.

A Tiflauges le conseil royaliste avait pour membres Gasnault, Charrier, Boussion, et pour président le sénéchal Guerry, un forcené. Ce malheureux conspirait, excitait les paysans» se cachait quand il fallait, revenait et continuait ses menées secrètes.

Les paroisses des environs se soulevaient : « Le « décret de la première réquisition est pour nous « une bonne aide! » C'était le mot de Guerry. Toute

la jeunesse s'armait pour ne pas aller aux frontières; toul le reste se levait, hommes et femmes, pour repousser les nouveaux curés, à riiistigulion des réfractaires. C'était une conflagration effroyable \

Pour s'opposer à cette révolte, un ancien militaire, M. Douel, beau-frère du docteur Hullin, vint de Mortagneavec quarante gardes nationaux, et se jetant seul au milieu des paysans : « Abaissons nos armes, u leur cria-tril, ue nous battons pas entre nous, mes « amis! embrassons-nous en bons Français que nous « sommes tous! r

Ou s embrasse, eu etfet; les paysans étounés s'arrêtent, les gardes nationaux s*approchent, Tunion s'établit. Mais, 6 revers soudain, 6 malheur imprévu ! Le sacristain de Tiffauges, i.ouis Giiériu, est survenu comme un tigre*: il sort de Téglise comme d'une tanière, ses yeux sont enflammés, sa bouche est écuruante; il parcourt les rangs de la rébellion, il la rallume, et à un signal donné les paysans renoncent k toute idée paix : ils sont dix contre un, ils enveloppent les gardes, ils en prennent vingt-quatre, puis deux hommes de Tiffauges, deux patriotes, ils les garrottent par deux et les entraînent sur la route de Montaigu, dans le dessein qu'ils ont de brûler le district.

* A uoe messe dite ii Tiffauges, le curé dit en bénissaoi les fauli et fourdies des paysans: • Allez, vrais dérenseiirsde la foi, allez et pour^ « suimies démons jusqu'à Tenfer! » Les rebelles étaient plus de sis

cents, ions en larmes.

* Cest lui qui duQs le pays de Reiz est devenu le lieutenant de la Cathelinière.

Les rebelles avaient mis leurs prisoBoiers en lète,

afin que si 1 on rencontrait des iileus, les premiers coups fussent pour eux. Cela ne manqua pas : à peiue la iMtnde avait-elle dépassé le village de Treiase-Sep* tieis, «|Li'elle vit venir à elle dc6 gaidcs nationales et des gendarmes. Dans le mouvement que iil cette apparitioo, un des prisonniers, Baudry, dit Cadet» prit son coiilciiu et cuu[);Lnl sa corde voulut se sauver, mais il fut tué de vingt coups de fusils qui lui vinrent de toutes parts.

Les paysans veulent tuer de même aussitôt ceux qui restent. Douet les supplie d'assouvir leur ri^e sur lui seul, sur lui qui a plongé dans cette infortune et commandé ses camarades. 11 s'offre pour eux en sacritice. Les paysans n'écoutent rien, ils fusillent Douet, ilsfusillent les vingt-quatre autres^; et d*abord, hésitant et reculant devant les gendarmes, ils reviennent à la charge, ils entrent à Moataigu, vont ensuite à Clisson incendier les archives, tuer les patriotes et chanter le Te Deum pour leurs victoires.

Page 1