DES E^ARS
« Prenez garde à vous, les Brigands répondent de « la contre^révotution s'ils ont votre place.
« Quant à nous , pénétrés de Tidée que uoU e plus <x graDd^l3nnemi est la famine, nous nous exposercms « à tous 1e& dangers pour faire charger les blés, et
comme tout le monde déserte, il nous faudra porter a nous-mêmes les pochées avec les équipages. N'im- « porte, nous le ferons avec plaisir pour sauver nos « frères et la République, qui n'a pas plus de défen- « seursdansce département quedansnotre territoire.
« II y a trois cents sacs vides venant de Talmont « dans les magasins des Sables. Reavu}ez-nous-ies à « Angles, où nous allons coucher ce soir; car si nous « ne les avionspas, vous ne devriez pas compter sur la a moitié du blé.
a La cavalerie de Talmont, si brave et si dévouée, «i se décourage h la fin et menace d'abandonner le tf service si on ne lui envoie pas T avoine dont elle « manque depuis quatre jours. Voyez donc le com- 8 mîssaire des guerres.
a Adieu, nous mourrons on nous vous serons utiles.
« BiaEL, Â. DUaOUSSY, JAUNAâïH£. »
On lit au dos de cette lettre :
a Remercier fraternellement, dire vite et fort K qu'on ne séme pas la division en accosant Fontmy .
«L'affaire est triste, mais les habitants se sont bien « conduits. S'il y a là des royalistes, on ne les connaît « pas y et la population est animée d'un pur civisme : « cent fois elle Ta prouvé, elle le prouvera encore. « Les Brigands n'en sont pas où ils croient. Lacontre- « révolution est impossible.
8 Quant aux Sables, ils sauteront plutôt dans la « mer que de se rendre !
«Vive la Liberté l »
LBmiD*ESPRlT BÂUnRY am Admimsuraleurs du district
des Sables.
c Vavré^ le 27 mat au soir, l'an udela R^ublique française.
« Je m'empresse, Citoyens, de voti;? faire part au « détachement de quatre cent cinquante hommes « que j'avais envoyé pour chercher des charrettes qui
< étaient utiles à vous et à ma colonne ; sans char- «t rettes, point de blé, poiut de fourrages.
« Le détachement en avait déjà saisi une dizaine « quand Tenuemi a marché sur trois colonnes contre « ma troupe. Nos braves gens, mal commandés , ont « battu en retraite sans tirer un coup de fusil. Ma <c cavalerie , au nombre de vingt hommes, a couru « sur la cavalerie ennemie et a pris deux chevaux, tué c un homme et manqué de s'emparer du chef. Je ne
< peux que faire Féloge de ces braves cavaliers qui c ont sauvé le détachement et se sont comportés « comme de vrais républicains, suivant mes traces.
Cl Ces cavaliers m ont amené à Vairésix bœuispris « dans la maison d'un Brigand « Je vous demande ^
o Citoyeusy ce que je dois eo faire? Ces bœufs sont 8 estimés 2,400 francs , et le boucher de la troupe
tf n'en veut donner que 2,200 francs.
« J'ai besoin de viande et je vous prie de me réponc dre vite sur cet objet.
« Je reste votre sans-culotte,
< ESPfiiX BAUDRY. •
Répondu^ le même jour : « Vendez au boucher et « nourrissez ^ troupes aux dépens des rebelles, c'est n de toute justice. »
Lbttbe de GOURDON, du 4* bataillon de MaÎDe-etrLoire, dit de Saint-Georges, à Gauvilliers .
« lie de Chalùnneit le 27 mai 1793.
« Mon cher C!ommandant,
~ 8 Lanuitaétéasseztranquiile.Septréfugiés,quand c le jour est venu, ont cru pouvoir passer Teau et
0 s'en aller travailler en face de nutru cantonnement, « dans leurs vignes.
« Les Brigands sont accourus, les ont arrêtés et leur
« eut dit : Joignez-vous à nous ou vous êtes morU. n Vous avez douze heures pour vous déc ider,
« Ces pauvres gens se sont cachés dans les blés, tt dans les fossés, et quand la brune est venue, se « rapprochant de la rivière, ils nous ont appelés et « suppliés d'aller les reprendre pour rentrer dans a nie, ce que nous avons fait.
a La grande armée des Brigands esta Saint-Lau-
d rent-de-la-Plaine; les routes en sunt pleines; ils ont « quatorze canons. Ils disent qu'ils veulent nousatta-
« quer aujourd'hui , mais j'ai des raisons de croire c( qu'ils n'en feront rien. Tous les mouvements qu'ils « se donnent masquent d'autres desseins.
« Des gens de Cbalonnes, qui ont des parents îi la « Pommeraye» m'ont promis des nouvelles dont, sitôt « que je les aurai, je vous ferai part. »
Lcms de GAUVILLIERS.
« Ingrande, mai 4793.
« Je me suis concertéavec legénéral Tuncq.Tous « les convois de grains et de munitions seront soitt gneusement escortés. Les bateaux iront de poste « en poste. Le quatorzième bataillon de Pans était « sur le dernier convoi ; je le garde ici, et je le rem-
place par le bataillon de Ségré, qui descendra à a Nantes, pour revenir ensuite à pied reprendre sa ce position k Saint-Georges auprès des bataillons « d'Angers.
€ Le bataillon de Paris est celui que Chou- « dieu et Richard m'avaient promis et qu'ils m'ont « envoyé de Saumur. Les hommes sont beaux, vifs, tt alertes. Espérons qu'ils seront patriotes aussi, « point bavardSf point pillards, et qu'ils ne manque- « ront ni de courage ni de constance.
« Les Brigands tirent toujours, mais ils ne fran- « cbiront pas la Loire, à moins de passer d'abord <i sur notre corps à tous, »
WosE t. 48
Lims de Général MENOU aux Âdiiiioîstrai«iirs de Maine-et-Loire.
« Gouard, le ^8 mai 4793.
<i Citoyens administrateurs^
« Tai vu tous les cantounements depuis les Ponts-
a de-Cé, par Brissac jusqu'à Argenton. Tout paraît «t calme, mais dans le fond tout est agité. On r^rde « Paris, on attend : c'est une trêve tacite qui finira « par quelque affaire grave. Le silence des Brigands « m'inquiète plus que leurs bravades.
« J'ai pris au château de rAngréniére une corce respondancc qui cuulirme ce que nous savions déjà « sur les rapports du dedans etdu dehors. La Vendée « est rauxiliah*e de la coalition ; elle est le reflet,
l'écho, souvent le foyer des conspirations.
a Les ennemis de la République en partent ou s'y w réfugient.
« Si j'en croyais LeygODuier, les paysans de Joué * « et des villages voisins ne demanderaient qu'à « retoumerà leurs travaux. Mais c'est un leurre. Ils (( ne rendent pas leurs armes, et loin de nous relâ- <t cberi nous devons redoubler de surveillance. »
Lnmit de rAdjudanugénéral TALOT.
« Aux FoHts^Ci, le 31 mai 4793.
Les représentants disaient dans leur proclama- « Uon que les Brigands menaçaient sérieusement «• nos postes. J'ai voulu m'assurer par moi-même de
* Gomniiuie où Beaurepaire avaii pris iemme.
« Tétai des choses* J'ai pris avec moi cinq dragons « da 16* et brave régiment, et j'ai marché sur Saintes Lambert. J'y suis entré avec précaution. Je suis « même allé jusqu'au hameau des Tailles sur la « route deCfaemillé, et je puis assurer
a 1° Que les Brigands envoient tous les jours des c patrouilles à Saint-Lambert;
« 2* Qu'ils n'y sont pourtant pas venus le 30, « parce qu'ils avaient une revue générale k Cbec millé;
a 3* Qu'ils occupent Notre-Dame et Saint-Pierre « de Chemilléy Saint-Laurent de la Plaine et la Jum melliëre;
« 4* Qu'il y a eu un grand rassemblement à
c( Chollet, où ils sont entièrement mattres, et que là, a le jour de la Fête-Dieu, les prêtres leur ont donné « des bénédictions, pour les engager k massacrer <» leurs frères au nom du ciel.
(I Quel plaisir pour l'Être suprême de recevoir li les hommages impies d'un tas de scélérats qui tf désolent la terre dans l'espoir insensé de mériter « des couronnes étemelles.
« Jusqu'à quand les hommes seront-ils donc la « dupe des charlatans ecclésiastiques et des intri-
gants de toute espèce?
« J avilis aussi envoyé une patrouille sur Roche - < fort* Elle est allée tout prés deChalonues sausrien « rencontrer sur sa route.
u Comme la malveillance peut se plaire à causer « de fausses alertes aiin de troubler la luire d'Ân-
< gersy je suis bien aise de mettre mes concitoyens « en garde là-dessus, et de les assurer que les Bri«
« gands ne feront pas le plus petit mouvement que je « n'en sois instruit. Quelque entreprise qulls fas* « sent, quelque audace qu'ils aient. Je mettrai tout
« en œuvre pour les rendre sans fruit. »
Talot n'était pas fanfaron, mais optimiste. Brave comme son épée, il ne doutait de rien. On en jugera par le billet qu il écrivit à Cliuudieu, son ami, et représentant à Saumur : «Les Brigands n'ont de « vraie force que la peur qu'on a d'eux. S'ils se dèfen- « dent si bien, c'est qu'on les attaque mai. On <c parle de l'arrivée de W estermann à Tours avec des « milliers de Parisiens. Il n'en faut pas tant. Le « nombre embarrasse quand il est mal conduit. Si « Westermann est ce qu'on annonce^ fais-le entrer « par NiorI avec deux mille hommes déterminés. « Écris k tes collègues de faire entrer Beysser par <t Clisson, avec deux mille braves. Autorise-moi à c choisir deux mille hommes dans le rayon d'Ann gers, et je te promets qu a nous trois, parlant du « même pied, marchant du même pas, nous balaie* « rons tout devant nous, écraserons les chefs et leurs « bandes, et le 30 juin, à Chollet, réunis chez le tt maire* mon parent, nous entonnerons avec toî, si « tu veux t'y trouver, le chant de victoire I »
GHAPIÏKE QUATRIÈME
Pendant que Taloi ralTeraiit tes Angevins et envoie
il Choudieu son plan de campagne, i'oi ago éclate à Paris : la Gironde est proscrite et la Moatagoe placée au timon des affaires.
Elle n'en soi tira plus î
Si elle en sort ce sera pour y renti er !
Car elle est le peuple. On a forcé le peuple à se laire Montagne.
La révolution c'est le peuple armé , le peuple instruit, le peuple au pouvoir.
La révolution, jo ne saurais trop vous le corner dans les oreilles^ c'est la monarchie moriCy Taristocratie morte et la république naissante.
ïl n'y a de république que par la démocratie.
Le peuple n'a pas versé le sang, et d'abord le sien^
pour remplacer les Montmorency, les Larochefou-
cauld, les Brissac, par des épiciers, des palefrenierb, des sabotiers enrichis»
Le peuple n'a pas supprimé les abbayes pour canoniser les acquéreurs des bieus de F église.
Qui ne comprend pas cela ne sait rien, ne voit rien et s*en va au gouffre.
Tant que la révolution bien expliquée, comme je le fais, ne sera pas complète, il y aura des convulsions, des craquements, des guerres.
La révolution, au 31 mai, se trouva eotre la Vendée et la Gironde.
La Vendée c'était le despotisme.
La Gironde, par un incroyable contre-sens, en était venue a représenter Taristocratie 1
La Gironde, c'était la classe moyenne, boursouflée, guindée, insupportable; c'était la hiérarchie, les prétentions et l'insolence du riche, de Tavocat, deToisif.
Ce fut là sou erreur, sou malheur, sa perte.
La Montagne comprit seule la situation» et ce fut sa gloire.
La ré vol u tion secoue tout ce q ui la gêne . On cite parmi les arrêtés ou cachés Brisaot, Vergniaud, Gensonné, Guadet, Pétion, Sillery, Coodorcet, Viger, Valazé, Doulcet, Ducos, Boyer-Fonfrède, Barbaroux, Louvet, Graogeneuve, Chambon, Fauchet.
Ce dernier, ancien évôque du Calvados, organise à Gaen un gouvernement anti-conventionnel.
— iS3 —
Trtni«^ départements se prououceot pour ce fantôme.
Od ferme les routes^ oa intercepte les vivres, ou aûanie Paris*
Voyez-vous les Anges qui attaquent le Ciel I voyezvous les Titans qui escaladent TOlympef
Ces grandes fables sont des enseignemeots.
Une année fédéraliste^ est formée d'étouroeaux accourus de tous les points de la Normandie et de la Bretagoe.Ëlle marche contre Isidictature et Vanarchief en criant : «A bas Robespierre, Harat, Saint-JustI»
Les pygmées grandissent et les vAntours deviennent des aigles.
Ëneore une faute, et le peuple va encenser ses esclaves comme des dieux !
Car c'est le peuple qui inspire tout^ élève tout, dévore tout.
11 acclame et bafoue.
C'est un rude maître !
Et pendantque la fantasmagoi ic fédéraliste éblouit les enfants , l'hydre vendéenne fait siiiler ses cent têtes; elle partdeChAtillon; Tabbé Dernier, que j'ai bien connu, qui était à Angers et me donnait à Saint- Laud du pain bénit, broche des écritures et rédige le code d'envahissement de la République.
Lui elles chefs veulent saisir Toccasi on. H ne s'agit plus de rester enfermé dans l'étroit cercle. Il faut passer la Loire, passer leRubicon» courir sur Tours,
Digiii^
sur Vendôme, sui Paris. Tout cela est beau k due: commeat l'exécuter?
Les paysans voudront-ils quitter le sol nourricier?
Ils ont horreur de Paris, comme des frontières.
Paris, c*estBabyloDe ; Paris^ c'est Sodome ; Paris, c'est la fournaise aux lions et au péché.
— Essayons, ditBerniei : commençons par Saumur, ensuite nous aviseroas.
Tout le inonde est de cet avis. Mais Charette ne
quittera pas le j¥anii,v, il t^arde la cute. D'Elbée et BoQckamp, blessés à Fouteoay, ne quitteront pas le Bocage. Il faut tenir en respect les troupes de Nantes, les troupes de Niort; il faut les occuper pendant Tex?pédiiion que dirigent Lescure, Fleuriot, Stofflet, Catbelineau, Larochejaquelein^ et durant laquelle à l'intérieur on ne fera que peloter.
C'est convenu : à Saumur!
A Saumor justement vient d'arriver Santerre; mais ce n'est plus le brasseur confiant et héroïque. Il voulait tout pourfendre et tout avaler. 11 compte ses hommes» ses troupes, ses chers Parisiens : il en a perdu la moitié en route; il perd ses canons, ses caissons, ses chariots : tout reste en chemin, et il écrit,^ .pantois';, au Comité de Salut Public : « Le plus « terrible ennemi que nous ayons à combattre, c'est « la désertion; on ne rencontre sur les routes que tt soldats quittantleurs drapeaux. Aidez*moi, législac« tein s, à détruire ce fléau (|ui désole, affaiblit, désft honore l'armée : ne perdez pas un instant; les lois « existantes ne su£Sseot pas : qui les exécute? Cher-
(c cliez des moyens répressifs plus prompts, plus e(B- « caces. Si vos décrets se font trop atleodre, je n'aurai « pltts de troupes. •>
Le secrétaire de Santerre arrange les cris du chef et frappe la CouveuùoD, qui répond en trois mots : « Ed avant y point de quartier, fusillez qui déserte ! »
xc VII I
Les paysans rentrés à leurs fermes sont réveillés
par le tocsin , pour exécuter le mouvement projeté a Test.
Les Brigands quittent Fontenay, laChàtaigneraye,
Bressuire, et s'en vont, après avoir, dans toutes les villes un moment occupées par eux, pillé les aristocrates aussi bien que les patriotes.
Ils se raillent du serment que, sur leur injonction même, on prête à Louis XVII et des signes d'attachement qu'on donne à la religion. Us n'y croient point. Ils ne tiennent pour amis que ceux qui les suivent et s'arment.
Leurs tMuides s'avancent sur les généraux Salomon et Leygonnier, qui les aLleuileul eu avant du Doué.
Deux a&ires ont lieu» Tune à MontiUiers, l'autre
• à Fougereuse. Les Bleus sont vamcuh le premier jour, vainqueurs le second.
Nos troupes étaient sur les rives du Layon. Elles R'élanc<'M tiitsur Yihiers. Parmi ellesondistinguaitles chasseurs des Ârdennes, un bataillon de la Charente, les légions de Rosenlhal et Germanique, des dragons
et de l'artillerie. Tous ces corps en partant étaient résolus à se bien montrer; mais le nombre des rebelles était si grand que nos républicains furent bientôt arrêtés y cernés et forcés dé se retirer plas vite qu'ils n'étaient venus, laissant leurs canons h un enuemi qui les chassait et les suivait l'épée dans les reins.
La nuit était arrivée, et sur divers points on se battait eucore.
Le bataillon de la Charente tua son chef dans Tobscurité.
Ces combats eurent lieu les 4, 5 et 6 juin.
LKmsdesAdiniiitstrateQrs du dislrict de SaumiiraiixAdiDiiiuinlettra
de Maine-et-Loire.
« Sawnur, leljum 1793.
« Citoyens administrateurs,
« Nous apprenons qu'à Passavant, le général Bef- « froy a battu les Brigands^ que le général Chalbos « est rentré à Fontenay, que le général Biron est à « Niort et que le général Saïulos a enlevé aux t Vendéens un fort convoi , non loin de Parthenay ; « mais nous ne pouvons être rassurés par ces nouc velles, car le veut du midi nous appoiic le bruit « du canon, il croit, il redouble^ et qu'eslrceque cela « veut dire? L'ennemi s'avance-t-il sur nous? nos « troupes sont-elles aux prises? Dans quelques heures « nous serons instruits.
c II est trois heures, la générale bat. Le Comité « central des représenlanis part pour Doué.
« A quatre heures et demie nous apprenons que c noire armée est en déroute^ en deçà de Doué» et If que Menoa va tâcher de la rallier au camp de
c Bûurudiid.
« Quel que soit le danger, nous espérons !
€ Dès que nous aurons des détails, nous vous les
<t e:^pédierons par un courrier extraordiuaire. »
Limi des Admintstniteurs du district de Saamur aux ÂdmiDistTftteurs de Maine-et-Loire.
tt iSaumur, te B juin 4793.
« L'armée battuL; s'csL ralliée à la butte de Bour- « nand« ËUe y est campée. L'ennemi Ta poursuivie « jusquà portée de fusil. Il parait qu'il retourne à û Doué et qu'il se répand dans les campagnes. Nous c ignorons ses desseins» ses forces.
« Nos généraux ont appelé à leur secours Tar- « mée de Thouars , commandée par Salcinoii.
« Leygonnier n'avait pas la confiance du soldat. < Cela perdait tout. La commission centrale s'est a déterminée à lui retirer son coui mandement et à « le renvoyer aux Pyrénées. Menou prend sa divi- « sion et règle tout h Bournand et à Saumur. 11
a est secondé par BerLhier et Coustard. Duhoux
« est au lit et ne sert à rien.
Ci On annonce Tarrivée de Santerre.
« Nous avons dans nos troupes des émigrés qui se « glissent et qui désorganisent tout. 11 y en a dans le « 8« de hussards, dans la légion Germanique, et dès
Digiii^
u qu oa ieurmoutre quelque soupçoD, ils passent à « rennemi.
« LarochejaqueleÎD , vient-on de nous dire, est a venu en paysan à Saumur même. 11 y a diné, « maisoA?
« P. S. Salomon, qui venait de Thouars, a été ' « attaqué par les Bngauds et battu. Il se retire sur c Niort eu laissant ses canons, qui Yont servir k nous s assiéger, v
Le mouveuieut des Brigaods sur Saumur est effectué; il s'est fait au pas de course, et le succès n*a pas tardé à couronner cette audace. La ville était pleiue de troupes, de gardes nationales, de généraux, de représentants, et pourtant elle est prise. Cest un fier coup!
La moitié de nos soldats iuieut par Tours, 1 autre moitié, au galop, par Angers.
C'est le 9 juin que ce grand combat a eu lieu.
Mais je laisse la plume à un homme qui est véridique, brave, etqui est bien placé pour tout savoir au juste : il va nous le dire dans une lettre d'explication et de justification, écrite par lui le 14.
Sorti de Saumur à Ventrée des Brigands et retiré sur Langeais, il y fait, d'un style ferme, le tableau des événements.
Lnru de M. CÂILLEÂU, maire d« Sramor, aui Âdmnistratcon
« Administrateurs ,
« Tous les récils que j'entends faire sur la prise
de Maine-ei-Loîre.
< 44itimn9S.
« de Saumur sont si éloigaés de la vérité, que je ic crois de mon devoir de vous présenter les faits
« dont j'ai eu connaissance certaine. On ne devait (« jamais s^attendre à voir cette ville tomber au pou- « voir des ennemis. U y avait sous ses murs huit à « neuf mille hommes, dont le courage devait natu- « rellement être rehaussé par la présence de plu- « sieurs généraui, d'un grand nombre de commis- « saires du pouvoir exécutif et de cinq repr ésentants a du peuple. Quel était le nombre des ennemis qui € ont attaqué cette ville? Je n'en sais rien; mais on « a beau exagérer leur nombre et leur intrépidité, 8 il est constant c}u uue grande partie n'a pas de « fusils : leurs chefs sont courageux sans doute, et . « la téie de leurs colonnes composée d'adroits tirail- « leurs. Le succès étonnant qu'ils viennent d'avoir « n*est l'effet que de plusieurs circonstances qu'il « suffit de connaître pour juger combien peu il leur « a coûté.
« On pourrait citer d'abord rinexpérience de la
a plupart des bataillons nouvellement formés, qui c n'ont eu que le temps de faire k route, et dont les c officiers et soldats se connaissaient k peine à leur « arrivée ; y ajouter l'indiscipline générale de tous « les corps, principalement de ceux de cavalehci où « elle produit les plus fâcheux effets ; mais comme, n dans les uns et dans les autres il y a nombre de « gens braves et bien intentionnés, on ne doute point '« qu'il n'y eût plus de forces qu'il n'en fallait pour la <2 défense de cette ville.
Digiti^ea by Gi.
« La véritable cause de ssl perte provient de « n'avoir pas disposé des troupes du côté où se son t
i» poi t(^s les ennemis, assez h temps pour qu'elles d pussent s'y développer et faire résistance. Mais c pour en juger, il convient de donner une idée des « abords de Sauujur, et de ce qui avait été préparé € pour sa défense.
« Cette ville n'était susceptible d'être attaquée <r que par deux points : l'un du c6té de Doué, à la a gauche du Thouet, par le Pont-Fouchard et Saint* « Florent; et l'autre à la droite de cette rivière, par « Yarrains et les hauteurs qui s'étendent jusqu aux « moulins à vent, au-dessus du faul)ourg de Fenet, a le long de la Loire.
a Le côté de Doué, qui avait déjà une excellente «t défense par la seule disposition du terrain, a été « fortifié, par ordre du général Leygonnier, de deux « redoutes sur labutle de Bournand, qui ont achevé « de mettre la viUe à Tabri de toute atteinte de ce « côté-là.
« Le côté de Yarrains et des moulins était regardé <c comme le plus faible et on ne cessait de répéter « que ce serait par là que les ennemis viendraient, « s'ils se portaient sur Saumur. Les corps adminis- « tratifs, inquiets de quelle manière il faudrait pour* « voir à sa défense, prièrent l'ingénieur d'Abadie , tt capitaine du génie à i armée de laYendée, dès sou « arrivée à Saumur, et avant même qu'il eût &it « tracer les redoutes de Bournand, de s'expliquer « sur ce qu'il jugeait devoir y être fait. 11 parcourut
Digiii^ca by Cooglc
i< et exaaiiua ie terraiu, depuis le chemin de Var- « raios jusqu'aux moulios et coteau de Notre-Dame, if accompagné de commissaires, du nombre desquels « étaieut le maire, le procureur de la commune et le a sieur GueuÎTeau, commandant provisoire de la « place. Il n'y avait point alors de généraux à Sau- <( mur. L'ingénieur fut d'avis de construire une « redoute à la sortie du faubourg Nantilly, à la jonc- « tion des chemins de Varrains et de Ghintré. Elle a tt été exécutée; mais il pensa qu'il n'y avait rien à « faire depuis cette redoute jusqu'aux moulins, « disant que si on entreprenait d'y faire des lignes, A leur étendue exigerait plus de temps et un plus « grand nombre d'hommes pour les garnir, que l'on « n'en avait à sa disposition : que si Saumur était atta- « qué, comme ce ne serait vraisemblablement qu'a- « prés que l'armée s'y serait repliée, ce serait alors a au général à placer des bataillons qui, répandus 0 dans des clos de vignes et placés derrière des murs « comme derrière des parapets, y feraient une bonne « défense secondée parles détachements postés (hua tt les moulins, et qu'en cas de retraite, on pourrait « disputer le terrain de murs en murs, jusque sous c( le feu du château, qui protégerait la rentrée dans a la ville ; il fut aussi dit que quelques pièces de « campagne placées en même temps sur les buttes, c< eu avant des clos, rendraient cette partie difficile a « forcer.
« Tels étaient les moyens de défense que présente
« le local et que l'ingénieur d'Abadie avait détaillés
a aux corps adiimiisUaiirs. Ils «Maient vèritablemenl c bien suffisants; mais uoe couliaoce malheureuse- « ment trop grande, inspirée sans doute parla bonne tt position de F armée de Bournand, a tout perdu.
< L'infanterie entière se trouvait à ce camp au mo- « ment où les ennemis ont été aperçus se portant « sur la ville par Yanains et les hauteurs au-dessus a de ce bourg, si on excepte un bataillon de gardes « nationales du département de Maine-et-Loire, et « quelques détachements qui devaient occuper la c redoute du chemin de Varrains. 11 y avait aussi « deux cent cinquante volontaires du recrutement « du district de Saumur, cantonnés dans la maison « de Notre-Dame le long de la Loire,, mais qui, mal « armés et sans officiers, n'étaient guère en état de « défendre le chemin deChinon.
« On se demande : pourquoi les généraux n*étaient- € ils pas mieux instruits de la marche des ennemis? n n'y avait-il pas des piquets de cavalerie en avant? € n'arrivait-il personne des bourgs voisins qui donnât c des nouvelles? Je serais au désespoir de soupçon- « ner, sans preuves, Texactitude des piquets de «I cavalerie chargés d'aller à la découverte; mais ce «( qui arrive aujourd'hui est bien fait pour légitimer « les défiances. On voit tous les corps de cavalexie c de Saumur donner des transfuges aux ennemis. <c La seule légion Germanique vient d'y fournir elle
< seule de quoi iormer un corps de cent cinquante « hommes, sous le nom de Vengeurs de la Couronne^ « suivant le rapport fait aujourd'hui à la municipa-
« lité de La Flèche , ea séance publique , par le « citoyen Malherbe, professeur au collège, revenu « deSaumur, où il était allé chargé d'une mission « particulière. Le général Leygonnier a dit que la c déroute de Doué n'aurait peut-èlre pas eu lieu û « le piquet de cavalerie envoyé en avant Teût instruit « deux heures plus tôt de la marche des ennemis. « Dans quelles mains , bon Dieu! a-tH)u remis la (c défense de Dotre malheureux pays? Ët devons-nous « être étonnés des dégâts et pillages que nos concic( toyens ont éprouvés de la part de tels défenseurs?
« La grande confiance que Ton avait et la persua* « sion où l*on était que les ennemis , qui avaient eu, « le samedi, une action avec le général Salomon, c dans laquelle ils avaient perdu beaucoup de monde « entre Hontreuil et Thouars, ne viendraient pas le c dimanche attaquer Saumur, contribuèrent, dans < toute lamatinée, à faire prendre le change sur leur « apparition, et à faire regarder comme détache- « ments et postes avancésiatète des colonnes de leur « armée en marche. A une heure trois quarts après <f midi, des députés du district et de la municipalité, € dont je faisais partie, envoyés pour manifester leurs « vives inquiétudes à la commission ceuUale et au « général Duhoux, qui, quoique dans son lit pour « cause de blessures, conservait de Tinfluence sur a les opérations militaires, en reçurent encore des a réponses tranquillisantes.
€ L'illusion fut bîentèt évanouie. La générale battit « à deux heures : sans doute que le général Menou,
Ton I. 13
c qui commtuidait rarmée, ne put plus douter que
c Saumur allait être attaqué à la droite du Thouet, « et que le camp de Bournaud oe servirait à rieo pour «t sa défeose. J'ignore les ordres qui furent donnés, c On aperçut deux bataillons qui se portaient avec x< du canon sur les moulins, oii les ennomis arrivaient « déjà. Us étaient commandés par radjudant-générai cBerthier; ils eurent en arrivant, du succès, et « repoussèrent T ennemi quelques cents toises; mais « il n*était plus temps de prendre les positions dont « rîDgénieur d'Abadie avait entretenu les corps « administratifs. Deux autres bataillons qui devaient « monter par le chemin de la Gueuie-de-Loup, afin «de garnir les hauteurs du centre, protéger la « redoute du chemin de Yarrains , et empêcher « qu'elle ne fût prise en flanc, arrivèrent trop tard, «t Les ennemis étaient maîtres des hauteurs. Cette € redoute, n'étant point appuyée sur sa gauchCi fut « assaillie et emportée sans résistance , par r ennemi c qui, parle chemin creux de Chintré, s*en approcha c à une portée de pistolet sans être aperçu.
(f Une partie de la cavalerie qui s'était portée « dans le chemin de Varrains avait déjà pris la fuite, € tandis que les balaiilous s avançaient sur les mou- « lins. Les cavaliers^ cherchant à gagner les ponts, se « mêlaient avec les chariots qui sauvaient les bagages « dont le départ précipité achevait de répandre < l'alarme. Ënvain les représentants du peuple ten- € talent par leurs discours à ranimer en eux les sen- € timents d'honneur qui devaient les faire retourner
€ au combat : tous leurs efforts furent vaios ; ils c eurent la douleur, ainsi que tous les bons citoyens, c de voir la ville abaudoauée sans presque de résis- « tance. Quelques-uns des représentants furent « même entraînés par de gros pelotons de cayalerie a qu ils cherchaient encore à rallier et dont ils ne « purent se débarasser.
€ Les deux bataillons qui s'étaient avancés au-delà € des moulins furent obligés de reculer. Dès-lors, il € n*y eut plus d'espoir : les ennemis se répandirent « dans la ville par le faubourg de Fenet, en descenc dant le coteau, au-delà de la maison de Notre-Dame, c par la descente des Ursulines, c^Ue de la Gueule- € de-Loup, et parle faubourg Nantilly,
« Le reste de la cavalerie, qui n'avait aucun moyen K de prendre déposition avantageuse, ne faisait, en c parcourant les rues, qu'augmenter le désordre , et < eût empêché tout ralliement de l'infanterie; mais € on n'y songeait pas. Dans cet instant arrive le € colonel Boisard, k la tète d'un nouveau détache- € ment de cavalerie, qui se porte vers Téglise de € Nantilly; maisil revient aussitôt, n'y ayant plus de € moyens de se défendre dans Fintérieur de la ville ; € le seul dont on eût pu attendre du succès, c'était 4 si les bataillons restés au camp de Bournand se c fussent portés vers la ville et eussent tombé sur € Tenuemi, pendant que le château^ occupé par des € grenadiers de Saumur, des volontaires de Loches € et une compagnie de canouniers, soutenait son feu
avec activité. Ou dit que le général Goustard leur
Digiii^
« en fit la proposiiioDi qoi fut fort mal accueillie, et € lui fit courir des risques. L'ennemi ne tarda pas à
€ voler au pont Fouchard, pour s'y emparer du pasc sage, et empêcher cette manœuvre, dans le cas où c on aurait youlu la mettre k exécution. Le dernier € acte de la cavalerie fut la défense du passage du « Pont-Neuf, lorsque les ennemis furent dans la «c ville: c'était une bien faible ressource; pour qu'elle « eût eu du succès, il eût fallu du cauon et de riofau- « terie; mais tout avait pris la fuite. On voit combien € peu il en a coûté aux ennemis pour se rendre matc très de cette ville importante. Toute la cavalerie
< renfermée dans la ville ne pouvait rien faire; les
< bataillons en voyés vers les hauteurs, dont lesenne- <c mis étaient déjà maîtres, n'y pouvant arriver que € par des chemins étroits et bordés de murs ; ne pouci vaut s'y développer à moins d'un courage rare c pour des troupes dont la plupart n'ont pas Thabi- « tude du feu. De même que Tattaque imprévue € n'avait pas laissé le temps de disposer les moyens « de défense, aucune mesure aussi ne fut prise pour c effectuer la retraite; aucun point de ralliement n'a
< été indiqué ; chacun a pris à sa guise l'une des * routes de Tours, La Flèche et Angers, qui parlent c du faubourg de la Croix-Verte.
V Lors même qu'il y aurait eu une indication, je « doute qu'elle eût été suivie au milieu du désordre « incroyable qui régnait. Les soldats, les cavaliers des c différents corps s'enfuyaient tous pèle-méle avec « les chariots. Le peu d'attachement de la plupart
Digiti<^ea
^ id7 —
« des soldats pour leur corps rend actuellement les < Talliemenis bien difficiles. Plusieurs disent haute^^ « ment qu'ils vont retourner k Paris, et, chemin fai- « santy ils débitent mille faits plus mensongers les « uns que les autres. J'en yois qui assurent que nous ft avons perdu à celte journée plus de cinq à six mille « hommes, et que la moitié de leur corps y a péri; « tandis que , suivant les rapports des personnes de « bonne foi, le nombre de ceux qui ont donné pour la « défense de la ville n'est peut- être pas de trois à « quatre mille hommes, en y comprenant la cavalerie (c nombreuse qui n'a pu se montrer que par détache- « ments : au reste, le compte en est facile à faire par « aperçu.
tt Le nombre des troupes passait pour être de huit c à neuf mille hommes : quatre mille environ sont « restés dans le camp de Boumand ; deux bataillons « en marcbe pour se porter ù la Gueule-de-Loup y « sont arrivés trop tard pour prendre part à Taction ; « quelques autres détachements ont pris la fuite dès « le commencement. Ainsi on peut apprécier quel a (I été le nombre des combattants, et quel peut avoir « été celui des morts et des blessés. On rapporte que « les ennemis disent eux-mêmes n'avoir perdu que « quatre cents hommes environ, et que nous en avons « perdu moins qu'eux.
« Tous ceux qui abandonnent lâchement leurs draci peaux n'en crient pas moins à la trahison , et « publient qu'ils ont été vendus, le suis bien éloigné u de vouloir taire les fautes qui ont été faites ; mais je
Digili^
« crois qu*il serait injuste de soupçonner la loyauté
a du général Menou, qui, quoique blessé^ s'exposait tt eucore pour donner desordres tant que ses forces le € lui ont permis. I/adjudant-général Berthiera eu^ a assure-t-on , deux chevaux tués sous lui en char- « géant k la tète de deux bataillons postés sur les c moulins. L*homme honnête se refuse à inculper la c< droiture de ceux qui se montrent aiosi.
« On calomnie aussi les habitants de Saumur, « comme s*ils n'eussent pas donné depuis le com** « mencement des troubles des preuves réitérées de « courage et de véritable civisme. Les généraux ont « fait réloge de leurs gardes nationales, dans les occac sioos où ils les ont employées. Ce sont de leurs grett nadiers qui ont eu la hardiesse d*aUer à Chollet « délivrer les prisonniers détenus par les ennemis ; ils tt ont défendu courageusement le château Groleau, u et n'ont cédé qu'à la dernière extrémité; ils n'ont «r pas craint non plusde s'enfermer dans celui de Sau- (( mur , bien résolus de le défendre jusqu'au dernier ce moment, s'ils n'eussent pas été découragés sans « doute par la fuite précipitée avec laquelle les troupes n se sont si fort éloignées de cette malheureuse ville : c mais la malignité ne manquera pas de dénaturer a les faits et d'imaginer des torts. Que pouvait faire « le reste des habitants, sans armes? Suivantlerecen- « sèment, il n'existait dans toute la ville, en fusils de i lûut calibre, que deux cent vingt eu état de tirer. <c Si le Gouvernemeat, au lieu de cette grande quan- « tité de cavalerie que l'on n'a pointeu occasion d*em-
« ployer, eût pu envoyer deb armes, il y eût eu plus « d'espoir de défense.
ft Les corps administratifs seront aussi inculpés par « mille propos ridicules, comme s'ils eussent eu quel- « que pouvoir en lace de toutes les autorités qui les « comprimaient au milieu de leur ville , et ne leur « donnaient qu'une connaissance indirecte desrésolu- «1 lions qui étaient prises. Il y a eu deux ou trois cauoûs « encloués sous la Halle, au moment de Taction, par a un garde-magasin qui les regardait comme inutiles: « rien n'était plus imprudent; mais ceux de service « étaient à la tète des bataillons dans les redoutes, au <f camp et an cluUeau ; et s'ils eussent été bien € employés, il y avait de quoi foudroyer les ennemis: « n'importe, on saisira cette circonstance pour incul** « per la ville. Les cartouches et les gargousses ont pu
a n'être pas fournies aussitôt que demandées, et on « s'en prendra à la municipalité, qui n'était pour rien « dans le délivrement, puisqu'il y avait un garde- « magasin pour cela chargé de la clei , et sous la direc « tion des officiers militaires préposés pour diriger les « travaux de la salle d'artifice. La municipalité avait « seulement une des trois cleis du magasin à poudre , <i ce qui n'a rien de commun avec celui dans lequel c« étaient les cartouches et gargousses.
< Terminons par quelques réflexions sur l'es- « pèce de fatalité qui a semblé diriger la perte de « Saumur.
« La prise de cette ville n'a eu lieu, comme on a « vui que pour n'avoir pas envoyé des troupes assez
« tôt du côté où se sont portés les ennemis ; elïen'autt rait pas même été attaquée si le géoéral SalomoD, « qui commande un corps de quatre à cinq mille
c homincs k six ou sept lieues de Saumiir, vers « ïiiouars y à qui on avait dépêché uiie ordoDuanco « immédiatement après la déroute de Doué, s'y fût « rendu le vendredi, comme il en était requis; il voulut, «sous prétexte de dispositions qu'il avait prises, « remettre au lendemain* Il n'était plus temps, les « ennemis l'avaieut déjà coupé sur la route, et après o l'avoir battu ils le forcèrent à se retirer d'un autre « cftté«
« Les défaites successives de Leygonnier, Gauvil- « liers et Quétineau auraient dû laire renoncer à a former de petites armées à des distances qui les a mettaient hors d'état de se secourii* réciproque- K ment, puisque la facilité que la manière de comi)at-
tre des ennemis leur donne de se rassembler sans « qu'on s'en apeiçoive les fait porter en masse du (« côté où on les attend le moins. L'armée du géné- « ral Salomon n'en avait pas moins été formée «depuis trois semaines; si les troupes en eussent « été réunies à celles de l'armée de Doué, les « événements eussent été peut-être tout diffé- « rents.
« Tout le monde convenait que les cantonnements ft divisaient les troupes, qu'il fallait camper, et que
tt c'était le seul moyen de rétablir la subordination et « d'empêcher le pillage. Les tentes étaient arrivées il t y a plus de trois semaines; mais on ne pouvait en
« faire usage, faute de mannitesetbicloDsqui n'étaient c pas encore venus.
< GÂILLBAU» maire de SaamurU >
DoLiimaigné , le colouel-gnnéral do la cavalerie vendéenne, fut tuéàSaumur. Forestier le remplaça: il avait dix-huit ans.
Charles d'Aiitichnmp vint joindre à Saumur les rebelles* 11 amenait avec lui un jeune maçon , Davy, qui lui servait d'ordonnance. Il commanda en second la division de Boni liamp, son cousin germain. Fleuriot la commandait en premier dans l'absence du chef«
MM. de Piron, de la Guérivière, de la Bii^otière, de Noyant et de Jarzé, rejoignirent aussi, àSaumur, l'armée chrétienne.
Cette armée se ravitailla bien dans la ville et poussa des reconnaissances à Cbinon et à Loudun : dans la première ville, H. de BeauvoUier,àla tète de six cents hommes, trouva sa femme en prison et la délivra; dans la seconde, M. deLarocbejaquelein passa vingtquatre heures avec une centaine de cavaliers.
Les rebelles prircut partout du blé, de l'buile, du
* Le général Menaa aUa en Égypte a^ec Bonaparte. Il prit le non d'Âbdala et fut commandaiiteD chef après la mort de Kléber. Revenu en Eorope» il eut le gottTemement général du Piémont.
AleiandreBerlhier, alla en Égypte aussi. 11 fui major général de la grande armée impériale ; prince de Wr^gram; capitaine d'une compagnie Ue garde <lu corps à la première ilesiauraiioD, et périt misérablement en ÂUemague.
salpêtre et tout ce qui pouvait servir aux niaouteuûouSf aux hôpitaux, aux parcs d'artillerie.
Des muDÎtioDs et des équipements furent embar^ qués sur la Loire et conduits k Saint-Florent-le-Vieil, pour être de là transportés dans le Bocage et les Hautes : Beaupréau et Horlagne furent les deux grands dépôts.
Le lOjuin, le cbàteau, oùle commandant Joly avait improvisé la défense, capitula.
Des soldats et fuyards pris en grand nombre par les Brigands eurent les cheveux coupés, et furent renvoyés après avoir juré de ne plus servir.
CHAPIIKE CINQUIÈME
Saumui est pris. Le vœu de Tabbé Dernier est exaucé; mais que va-t-on faire de cette victoire? Toutes les troupes républicaines sont en désarroi. Les unes remooteut la Loire, les autres la descendent* Toutes précipitent non pas seulement leur marche i mais leur course. Elles allaient au combat comme des tortues, elles fuient comme des lièvres.
Les Brigands vont-ils profiter dereffroi qu'ils cau«* sent? Se dirigent-ils sur Tours ou sur La Flèche? Vont-ils donner la main au Calvados, etsMIs ne sont pas admis à négocier avec les partisansde la Gironde» iront-ils du moins, par une tentative audacieuse sur Paris , seconder les eiforts de ceux qui , même sans le vouloir, servent leurs plans?
Des plans? Ils n'en ont point ; k quoi sert de mûrir ce qu'ils ne peuvent exécuter. Leur armée est un
laitj leur force un prodige, leur victoire un miracle; mais ce qu'ils teroDt le lendemain , ils ne le peuvent dire : c'est Dieu qui le sait, et Dieu c*est le paysan, Dieu c'est Calhelineau, c'est l'Envoyé! Cestluiqui a plus que jamais de foi et d'empire*
Dix chefs prétendaient au commandement général ; dix y ont des droits par le nom, la naissance, les grades dans l'armée, leurs brevets royaux , la confiance des princes, les liens avec l'émigration, le courage nionlré j niais tout cède au besoin de complaire au peuple !
Il 7 a le peuple vendéen , comme il y a le peuple
parisien, le peuple français; il y a l'égalité chrétienne comme Tégalitô républicaine ; il y a le fanatisme comme il y a le sans-culottisme qui se bat en sabots et en veste , mais qui aspire à d'autres destinées; el, dans les deux camps, regardez-bien, sondez* bien , vous ferez de grandes découvertes : tous les cœurs sont du mêine temps; sous deux drapeaux opposés on cède aux mêmes mobiles et, jusque sous le voile divin, les Brigands poursuivent Vidée
humaine.
Je n'inventepoint , j'observe«
On a prétendu que le paysan du Poitou aimait son seigueur; et je soutiens, moi, qu'il ne l'aime pas plus que le paysan de l'Anjou , que celui de la Bretagne , que celui du Maine.
Notre eDDemi, c'est notre maître l
Ce mot du Bonhomme est vrai partout. Le sei-
Digiti<^ea by
goeur poitevin sort moins de son château, va moins à
la cour, a moins de besoins; il pressaro moins ses fermiers et colons; mais il ne leur fait pourtant pas grâce de tout. L'agriculture est là reculée. Si Ton paye moins, on récolte moins, cela revient au même : en définitive, on n amasse guère, on jeûne souvent, on obéit toujours. Si Ton n'est vexé par le noble, on Test par sou intendant, sou bailli, ses valets, et cela ne piait guère.
Les châteaux ont des commensaux fort exigeants, des hobereaux, des Factotuiii, des 710 b liets quii le paysan déteste. Bien loin de cacher son aversion pour eux, il la montre; on la retrouve dans la mine, dans le salut, dans raille tours qu*il leur joue quand il le peut sans risque. Il n'y a pas jusqu'aux attelages des charrues qui ne soient empreints de cette antipathie. Les attelages ont quatre bœufs, et comment les nomme-t-il? ChoUet, rougeau, moureau, nobliel.
Nobliet! c*est le bœuf qui est à droite dans la paire de devant. C'est le mauvais, c'est le lâche dans l'esprit du paysan ; c'est celui sur lequel tombe sa colère; c'est sur lui qu'on crie , qu'on bat, qu'on lance les coups d'aiguillon.
On donne à un maudit bœuf le nom d'un ennemi. Nobliet I C'est le souffre-douleur, c'est le valet qu'on hait cordialement, n*osant haïr le maître.
Le paysan nulle part n'a jamais aimé le noble ; et quand il l'a pu, il l'a frappé, brûlé, pendu, tratné sur la claie ; il le ferait encore. Attendez l'occasion!
Rappeleifr^vous les Bagaudes, rappelez-vous la
Jacquerie; rappelez^vous Muûcer^ les Vaudais, les Albigeois et les Cévennes; rappelee-TOUs les Huguenots et leur furie contre les meninSi les migD00S| les seigueurs catholiques.
Rappelez-vous enfio la Révolution et Vincendie qui ravagea les cauipagnes, non les fermes, non les toits de chaume, mais le doojoD féodal, le colombier ou le pavilUm'LouiS'XV , qu'habitait le mattre et d'ob partaient les exactions.
Le paysan a été plus cruel que Touvrier; il a chassé son seigneur en lui crachant à la figure.
Si cela s esl vu en Vendée moins qu'ailleurs, cela tient à des circonstances fort indépendantes de sa volonté et bien différentes de ce qui ressemble à rattachement et au respect.
Le paysan craint et n'aime pas; il pense à lui, ne pense qu'à lut. En traçant son sillon , il réfléchit ; et combienj'enaientcu(iuuiedireàmoi-mème : « Cette « terredontjesuis le métayer depuis vingtans, que mon « père a labourée, que son père, à lui aussi, a labou- « rée, que nousavons tous creusée, retournée, sécbée, « abreuvée de sueur, quand sera-t-elle à nous? »
Ce mot-là est dans toutes les pages de nos guerres civiles pour qui sait y lire.
LaVendéedanssonseinalaRévolutioo ; elle la veut, elle la fait, et si elle la combat, c'est qu'elle se trompe.
Les temps le prouveront!