BIRON
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Pendant l'expédition dk)utre-Loire, il y avait eu
dans ia Vendée angevine» entre le Layon et la Sèvre, une sorte de trêve* Pas une colonne républicaine n*y avait pénétré, pas une n'avait essayé, de reprendre Choliet et Chemilié qui étaient dans Tattente, sous leurs comités provisoires.
Les Brigands, à leur retour, ne se montrèrent plus sous le même aspect qu'ils avaient auparavant. Us n'avaient rien perdu de leur fanatisme; mais ils avaient perdu entièrement ce qu'ils avaient pu avoir jusque-là de loyauté. Les assauts, les combats, la vie de carnage, tout avait changé et aigri leur caractère, tout avait accru leur auimosité contre les patriotes, et ilsleurfirent à tous, même aux plus inoffensifsi un sort si intolérable et si affreux que force fut à ceux qui avaient fait preuve de plus de résignation, force leur fut, dis-je, de quitter le pays et de se réfugier, comme ils purent, dans les départements limitrophes.
Ces réfugiés étaient les plus malheureux hommes qui fussent au monde. Ils avaient embrassé franchement les principes de la révolution, mais ils n'en exagéraient point les conséquences. Ils avaient servi TÉtat, ils avaient accepté des fonctions publiques pour les remplir avec intégrité, ils s'étaient sacriGés pour le bien de tous^ et c était eux qu'on insultait, qu'on menaçait, qu'on accablait de mauvais traite* ments et qu'on payait enfin de la plus noire ingratitude ; les prêtres, les nobles, les paysans les avaient tous également en haine.
11 y en avait de manufacturiers, de rentiers, de propriétaires, il y en avait de fort riches, ils furent
forcés de tout abandonner : maison, fortunes, influence, pour conserver au moins la vie. Ils emmenaient leurs enfants, leurs meubles, leurs marchandises. On retenait leurs bestiaux. D ne fallait pas que l'exil fût long, car les ressources dont ils disposaient ne seraient pas inépuisables.
A c6të de ceux qui avaient du bien, de l'argent^ du crédit, il yen avait d'autres qui, avec la même opinion, n'avaient pas la même bourse. Il y en avait qui n'avaient rien que leurs bras et qui ne savaient comment faire pour exister.
Les administrations de département et de districtf les municipalités cherchaient à pourvoir à leurs premiers besoins, mais comment et avec quelle parcimonie, quelle lasuffisance 1
Combien de réfugiés qui n'étaient pas inscrits sur les listes ! combien de réduits au désespoir et à Taumône!
Ce n'étaient là que les moindres des maux de ces
pauvres gens. La situation s'aggravait parla détlance. Il faut se reporter à l'époque pour juger de leurs dégoûts» de leurs amers chagrins. Il faut se rappeler combien peu, il y a soixante ans, on se déplaçait, on voyageait, combien peu on pratiquait les lois de l'hospitalité positive et morale : tout étranger était suspect; tout réfugié était importun, mal vu, à charge. Ou ne savait ce que c'était; on supposait mille méchantes raisons pour le départ, pour l'ab* sence. On croyait plutôt à quelque malversation, quelque banqueroute, quelque £aute grave et à la
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déconsidération qu'au civisme. Toutes sortes d*im-
putatioDs, d'insinuations, d'accusations accueillaient et assaillaient les réfugiés. C'était le petit nombre qui échappait à ces Texations^ à ce dénigrement, à ces offenses. Le grand nombre avait le sort des Parias de l'Inde, et maudissait trois fois la guerre, et par les désastres publics, et par les injustices privées dont il était l'objet, et par des myriadesde désappointements, de dénigrements et de calomnies.
Il se forma des bataillons de réfugiés, mais on n'y entrait qu'à regret. On était dans cette alternative ou de passer pour n'aimer pas la République et pour favoriser lesBrigands par la neutralité, ou d'aller tuer des parents, des amis, que presque toujours on avait, quoique très-innocemment, parmi les rebelles.
L'esprit des réfugiés était livré à toutes sortes de cuisantes peines.
Charette etLescure n'ont pas quitté, l'un la Vendée
bretonne, l'autre la Vendée poitevine.
Charette s'est fait dans le Marais un exarchat indépendant. Son nom vole de bouche en bouche,
sa volonté est souveraine, On ne l'aime pas, mais on ' le craint. On n'a pas foi en son âme comme pour Lescure, maison son bras.
Il s'est trouvé au reudez-vous que lui ont donné les Brigands du haut-pays. 11 a consenti a leur prêter main forte pour l'assaut de Nantes. Il était grande» ment intéressé à cette entreprise. Nantes est son : point de mire. U aime cette ville, il en veut faire sa
capitale. Il a fait sur cUti plus d'une tentative; il arrivera un jour qu'il s'y montrera dans sa gloire, il arrivera une heure qu^il y sera ignominieusement mis à
mort.
Mais nous n'en sommes pas là.
Gharette va donc à l'attaque de Nantes , mais avec
un thème bien arrêté. Il se jette sur le pont Rousseau et sur les Soriniéres pendant que Lyrot s'avance par Saint-Jacques. Si Gathelineau entrait par la route de Rennes et par TErdre, Gharette, se précipitant par les ponts de la Madeleine et l'ile Feydeau, prendrait sa part du butin et s'emparerait du commandement du château et de la place. 11 tuerait Beysser et jouirait de son héritage.
L'Achec des Brigands déconcerte ces projets et ranime d*autaut l'espérance des patriotes. Les routes de Reunes et de Vannes sont déjà libres. Celle d'Angers le sera sous peu. Gharette, en se repliant dans son Marais, retrouve Boulard et les bataillons des Sables, qui ne le laisseront -pas en repos«
Lescure, qui tout blessé qu'il était appelait à lui ses bandes et, soutenu de Beaurepaire et deBaugé, tenait le pays, de la Chàtaigneraye àÂmailloni Bressuire, Parthenay, est forcé dans cette dernière ville, comme on le sait déjà, et s'en va, chargé de malédictions, poursuivi par Westermaun.
Voici un homme qui apparaît sur la scène vendéenne et qui va bientôt y faire parler de lui.
Westermann arrive avec uoe réputation de bra* Toure impétueuse qu'il tiradra k honneur de ne pas
démentir*
Il jurait à Paris au iO Août, il a été de toutes les journées; ami de Danton ^ placé par lui près de
Dumouriez, il a été fait général et c'est un homme à part qui tient le milieu entre les vieux et les nou* veauz chefs de Farmée.
^ Il n est pas noble, il n*est pas sans-culotte j il aime le commandement^ le plaisir, le luxe; il a dans sa personne et ses manières un mélange bizarre de ratEoement et de grossièreté.
Il vient à Tarmée des côtes de La Rochelle avec les grenadiers de la Convention et les gendarmes, mais avec sa légion surtout à lui, légion du Nord, qu'il a formée, qu'il mène comme un seul homme; légion de séides, qui ne connaît que lui, ne voit que lui et jure aussi haut que lui de vaincre ou mouriri mais qui partout où elle passe sait bien se faire vivre.
Lui-même il va nous dire ce qu'il est, ce qu' il veut» ce quUI sait faire.
BiuiT de WESTERHÂNN au général Biron.
f Parti hier de Samt-Maixent à huit heures du « soir, j'ai surpris les Brigands dans Parthenay et je ft les ai secoués là de la belle manière. Je vous envoie c un de DOS braves qui a été blessé, qui va se guérir € à Niort et qui vous donnera des détails. Nos soldats « n'ont pas pris une obole aux habitants. Il y avait
Digili^ca
u ici plus de cinq mille rebeller» avec du canon ; ils « n'ont pas tenu une heurë. »
< ParUmay^ te S6 /um.
« WBSTBimANN.' •
LKTTUi de WSSTERMANN au général eo chef Biron.
« AmaiUon, k S ^wlf»! 47d3.
« Mon cher Général ,
€ Si vous ne recevez pas tous les jours de mes nou-
« velles, c'est que je n'ai réellement pas le temps de «t vous écrire. Je viensde venger d'une manière écla- « tante les patriotes de Parthenay^ auxquels les Bria gands n'avaient laissé que les yeux pour pleurer.
« J'ai attaqué ces gueux-là dans Amaillon, village « ob s*est formé le premier rassemblement ; je les ai « battus hier, j*ai livré le village au pillage et ensuite « j'y ai fiiit mettre le feu , après avoir fait porter aux « patriotes de Parthenay le butin que j'y ai trouvé.
« Je me rendrai demain à Bressuire, et j'espère ff i^ue les quinze mille Brigands qui y sont me cède- « ront la place.
« J'ai brûlé le château de Lesoure.
€ On n'a pas d'idée des chemins couverts et des • « gorges que j'ai été obligé de franchir pour attein- « dre ce château du chei des Brigands poitevins. Je c ne m'étonne pas"si ce faquin s'y croyait en sûreté ;
0 je n'y ai trouvé que des domestiques et un prisonc nier français que je vous envoie. J'ai eu là des tf vivres pour ma troupe. J*ai manqué Lescure de qua-
« tre heures ; il en est sorti à ciuq heures après-midi, < et je n'y suis arrivé qu'à neuf heures du soir. J'ai « livré le château aux flammes ; il n* y reste pas pierre
€ sur pierre.
€ Le pillage d'Âmaillon a jeté la terreur parmi les € rebelles : beaucoup revieunent dans leur foyers. Je
« fais usage, mon général, de vos proclamations ; je c me fais suivre d'administrateurs et de prêtres. Cela « me réussit, et ma petite armée se grossit tous les € jours de paysans à qui je donne des bâtons ferrés « et des piques. Dans chaque village où je passe , « j'exige des contingents et j'abats le pavillon blanc c qui Hotte au haut des clochers.
c Je vous envoie trois membres du comité des € rebelles.
< iieaurepaire, chef de Brigands^ est tué >
Lettbe de VV .bâr£RMÂNN au général Biron.
Le 3 juiUei 4793.
€ J'ai battu les Brigands au Moulin-aux-Chèvres « comme à Amaillon. Je suis à Bressuire et pars c demain pour Ghàtillon, d'où j'espère chasser la c canaille blanche ; de là j'irai à Chollet, et partout t où je saurai qu'il reste une bande de fanatiques et % de scélérats.
€ Envoyez-moi des renforts et faites faire un mou- (t vement à l'armée des Sables. »
* Les Beaurepaire de la Vendée n'avaient de commun que le nom avec le glorieux chef du premier bataillon de Maine-et-Loire.
Westermann parie ici de Girard de Beaurepaire qui lui surpris et tué à Parthenay.
Umt de WESTERUANN au général Bim.
LeijuiUet 4793.
i le ne vous dis qu'un mot : Chàtillou est à dous;
« Lescure fuit, Bernier et toute la sequi^lio a pris sa c volée, mais je lesrattraperai, eussent-ils desailes; € je les leur couperai.
« J'ai délivré plus de six cents hommes et femmes c qui étaient dans les prisons.
« rai trouvé dans les châteaux, sur ma route, des « leinmes et des filles de Bi igauds qui nous bravaient c encore ; j'ai dit de les respecter, mais je ne réponds € pas qu'il n'y en ait eu quelque&-unesdehouspiUées « par nos chasseurs.
« Le château de la Durbéliére est en feu. Larochea jaquelein n'y était pas, pour son bonheur, car il « serait rôti.
0 Pour suivre vos instructions, j'ai fait à Châtillon « chanter un Te Deum par des prêtres assermentés
« que f ai avec moi ; mais la cérémonie a peu louché : « on ne veut plus de singeries parmi les nôtres ; et
quant aux gens du lieu, ils ont horreur àésintrus.
« Je vous envoie deux hommes que vous interro- « gérez; je les crois payés par Pitt : jeu' ai pas le temps « d'approfondir cela.
« Adieu, mon général. Je pars cette nuit pourMor- « tague. Nous ne nous arrêterons pas. »
Le général BIRON à Westennann.
Niort, le kjuiUHBZ.
« Je réponds, Général, à vos lettres du 2 et du 3.
Digiii^
« J'ai écrit k Saumur ei aux Sables pour qu'on appuie « votre moayemeiit sur le centre de Tinsurrection ;
« on l'attaquera par les flancs.
« Mais je n'approuve pas Tincendie, etje crois que « c*est plutôt un moyen de perpétuer la guerre que de tt la terminer.
V Canclauxm'écritdeNautes pour avoir des secours» « je vais lui en conduire. Je pars aujourd'hui même « pour Augers, afin de prendre la tète de la colonne.
<( Chalbos reste à Niort commandant de ladivisiop. « Il bit partir douze cents hommes pour Parthenay o et trois cents pour Coulonges ; vous serez bien sou* « tenu.
« De Parthenay mème^ toute la population se porte
« à Bressuire pour vous aider, aux cris de haine à c Leicurel
« Sonvenez-vous que les arrêtés des représentants
n du peu{)le défendent expressément d'enlever les « bestiaux» de détruire les fermes.
<K Sachez aussi que Sandos à Luçon s'est conduit «de manière à nécessiter sa destitution; il a fui au € lieu de se battre etje l'ai kit arrêter. Boissiére^qui « l'a provisoirement remplacé, a contenu Royrandet « sa bande ; mais la position des affaires sur votre « gauche exige de votre part autant de prudence et et de vigilance que de courage. »
Billet de WëSXERMÂNN au géaéral eo chef fiiron.
« Je suis arrêté court faute de munitions. Je ne
a marcherai pas sur GhoUet sans avoir de ressources.
a ié pourrais courir sur Nantes, mais je D*ai pas de « poudre; envoyez-m'en àBressuire, ou je serai fcnrcé c d'abâDdoDner mes aiaotages et de me retirer sur « Bressuire.
« On m'écrit de Luçon que Sandos a fait là le «r poltron et qu'il a fallu tout le sang-froid de Boisc sière pour empêcher les Brigands de démter la « contrée.
« Réeompensez l'un» pnoisses Tautre : ees mesures
ff bien appliquées seront des leçons utiles.
<K Luçon m'est donné comme une ville de prêtres € et de patriotes par moitié. Ils ne se peuvent souf- «r frir. Les patriotes sont enragés contre les calotins, c qui ont pour eux les femmes.
« Les prêtres ont partout des menées sourdes que « je rendrai naines.
a J'extirperai le chancre.
c Mais pour cela j'ai besoin d'hommes et de car- « touches. Hâtez Tenvoi promis.
« Le tocsin sonne autour de nous.
Lescure, Larochejaqneleniy d'Elbée et Mangny assemblèrent à Cbollet une quinzaine de mille hommes et se mirent en route par Mortagne pour arrêter les progrés de Westermann.
lis le rencontrèrent sur les hauteurs de Gfaàteau- Gaillardy et le comlmt qui s'engagea aussitôt tourna à leur avantage.
L'incendie d'Amaillon et des châteaux avmt exaspéré les Brigands. Les femmes mêmes criaient et hurlaient en se jetant daus la mêlée. Eiies tuaient des Bleus avec joie, et leur brûlaient les yeux, les cheveux, comme des harpies.
La tuerie fut grande. On ne pouvait rarrêter. Marigny donnait l'exemple du massacre. On ne fit de prisonniers que quand on fut las de hacher, lamais. les Brigands ne furent si féroces. Nous perdîmes quinze canons.
Westermann eut de la peine à se fiiire jour à coups de sabre. Il n'airiva pas à Bressuire avec trois ceots hommes. Tout ce qui s'écarta et s'égara dans les fermes fut égorgé.
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Bressuire ouvrit ses portes aux Brigands le 6 juillet.
Des proclamatiODs royalistes furent aiîichées. «Les « ennemis de Dieu et du Roi sont punis. Le ciel « protège les armes de ceux qui embrassent sa « cause.» On dit des prières; ou meuace Saint- Maixent et Niort. La guerre est plus que jamais ranimée»
CJLX I X
Le 7 juillet, les représentants GoupiUeau de Fontenay et Bourdon de TOise accusent le général
vaincu.
. Le iO, la Convention mande Westermann k sa barre.
Le 12, le général, qui u a pas encore le décret
Digiii^ca by
lancé contre lui, fait arrêter et conduire, les fers aux
pieds et aux mains, dans les prisons de Niort, le lieutenant-colonel d'iûiaiiterie républicaine Caire, ancien page du comte d'Artois^ ami de Larochejaquelein et de Lescure.
Westermann eût lait, s'il Tavait pris, subir le même sort à Friederich, commandant du 14* bataillon delà
formation d'Orléans.
Il accusait Friederich et Caire d'avoir causé la défaite deChàtillon. C'était sur eux qu'il faisait retomber sei taules.
Rossignol, qui commande la 35« division dû gendarmerie , celle de Paris, à Tannée des côtes de La Rochelle, se conduit ridiGLileiiient. Biron le met en prison. Mais Billaud-Varenues, Danton, Lacroix, blâment Biron, louent Rossignol, et demandent Texameu de l'affaire par le Comilé de Salut Public.
n y a du Ronsin làniessous.
La querelle iluira par la chute d'une tète 1
Marie-An tome tte est séparée de son fils. Us sont tous deux encore au Temple. L'enfant est arraché des bras de sa mère et remis au cordonnier Simon, qui le place et le surveille dans la chambre même qu'a occupée Louis XVK
C'est le 3 juillet, à neuf heures du soir, qiie cette séparation a eu lieu, malgré les gémissements du fils et les réclamations véhémentes de la reine.
Digiii^
CUÂPITAË DEUXIÈME