C XI.IX
Les Vendéens n'aLleiideiit pas» ils préviennent. Leurs chasseurs s'approchent de nos postes , et pas une nuit qui ne voie tomber des sentinelles frappées de leurs balles. INous lançons des patrouilles qui sont repoussées. Une attaque générale contre eux est concertée. Le plan est mûr, et Texécution n'en est retardée qu'à cause de la chaleur qui est excessive.
Le soldat meurt de soif, il tombe de lassitude, et ce qu'on exige de lui il le fait mal et à regret.
il y a dans les troupes des heures d'affaissement qu'il faut laisser passer.
Le moral se remonte par quelque relâche, et l'on regagne alors le temps perdu.
Le pays est ruiné ; pour y entrer, il faut avoir des vivres. LesBrigandsne laissent rien. Usnousaccusent d'empoisonner les puits : les misérables! ce sont eux qui usent de ces moyens qu'absout leur fanatisme. U faut veiller sur tout avec de pareils ennemis.
Le î) juillet, notre armée se met en marche ; elle
est forte de dix à onze mille hommes et ya camper le premier jour à la butte d'Éngoé.
Le 10, les divisions s écheloaneot^ se distribuent sur la petite rivière de l' Aubam^ et poussent jusqu'au Layon. Les balles et les boulets ne tardent pas à siffler.
LsTTftB d'Alexandre BERTHIER.
• Au quartier général du camp de la Broste, . telS/trfiteims, on//.
<c Nous sommes campés à deux lieues de Brissac. « Notre armée est bien sous tous les rapports ; nos « mouvements s'exécutent avec oï die : je suis contt tent. Nous devons ces bonnes dispositions au parti « que nous prenons d'aller lentement et de nous tenir « à chaque instant prêts à combattre.
« La nuit dernière , nous avons eu une fausse « alerte et Tannée a été sous les armes très-prompte- € ment.
« Croyez que tous mes soins sont portés à con- « server et à rendre utile à la République notre « armée.
<i J'espère , citoyena» que d'ici à quelques jours « nous aurons à vous annoncer des succès. Notre
« marche sera calculée avec les précautions qui « devront empêclier qu'elle n'ait d'obstacles*
«A.BEBTmER.*
p. s. V Je vousécriSy citoyens, au bivouac le plus a agréable; j'ai cru que les généraux devaient faire
« comme le soldat. Depuis notre départ, nous n'avons « pas dressé une seule tente. »
Boi^r d*Atexaiidre WRTHIER.
« Martigné-Briantf /a 4 4 juUiei.
« Les Brigands nous mennçaieiit au camp de «t la Brosse. J'ai été bientôt debout; et pour ne pas « leur laisser le plaisir de riasuite, je les ai atta- « qués, chassés, menés Tépée dans les reins jusque « au-delà de Jouannet. C'est le début de la cam- « pague. L'augure est bou. »
Linn de RÂBEL, officier.
« 4 6 ju&kt, Martigné, à 4 4 heures du soir.
«c Victoire complète. Hier bataille , aujourd'hui « bataille. L'armée était en force. d'Elbée et d^Auti- « champ, et Stofflet et Dommaigné, et tous leurs « meilleurs chefs étaient à sa tète li a résisté vive- « ment. Battu un jour, il reyenait l'autre. Dans le « commencement de Taction, rien ne pouvait le «( débusquer. L'ennemi» chassé d'une hauteur, en u occupait une autre. On ne pouvait arriver à lui que « par des chemins creux au bout desquels élaient «c braqués des canons. Le passage était dilBcile. On « a tourné par la droite, on a pris l'ennemi à revers. « Deux canons que ces messieurs nous avaient enlecr vés ont été repris. Le champ de bataille est à nous. « Sans l'autorité des généraux, sans leur présence « d'esprit et leur bravoure, nous étions battus comme « à Saumur. Les généraux Berthier et Labarolière
^ Barante nomme comme étant à cette bataille Boncliamp, Lescure, LaroclicjaqueleiOtliarî{$ny. Bonchamp, blessé à Tbouars, et qui a*avail pas reparu k rarmée depuis deux moia, (ut blessé encore ik Marligné.
« se sont couverts de gloire. Déjà des malioten-
« tionnés disaient que la bataille él ut perdue. Les a fuyards s élançaient, ils jetaient leurs armes. Mais « les républicains ne peuvent être vaincus : les ofiB- « ciers, les généraux, ont ramené les fuyards ù leur c( poste. L'avantage d'hier se confirme aujourd'hui. «( Nous désirons de plus grands succès encore» nous « les aurons, ça ira !
« d'Ëlbée, chef de Brigands, est tué. »
LBms de MARLE ainé.
< Martignétk h6 juillet.
«1 J'ai suivi les représentants Bouchotte et Tumau
« qui ne quittent pas r<armée, et je vous donne des <c détails sur tous les combats de ces derniers jours, a Ils ont été terribles. L* armée républicaine avait è u sa této le général Labarolière ; sous ses ordres « étaient les généraux Berthier et Menou qui me* « naientlesdivisions. Santerre et Fabrefonds, Barba* « zan et Duhoux venaient ensuite.
« L'armée a campé à Aubigué» à trois heues de « Vihiers. L'ennemi est venu attaquer avec quinze à « vingt mille hommes. Nous n'étions que dix mille. « On s'est battu d'abord à Chavagnes, puis sur les « bords du Layon. Le général Barbazan a été engagé « lo premier, Duhoux Ta secondé ; c'était la division « Berthier qui faisait des siennes et menait rude- « ment l'ennemi. Cependant on gagnait peu de ter- « rain, ou plutôt on allait en perdre quand, par un <( mouvement heureux de plusieurs bataillons sur la
«c droite, on a tourné les hauteurs de Nuillé^ ou eu «( a délogé les Brigands, et Ton en a fait on grand
« caruage.
« Fabrefonds< a chargé à la tôle du neuvième régi- « ment de hussards. Santerre était à la téte des
« bataillons de Pans : ils ont eu un moment d'hési- « tatioo, mais cela s'est remis, et à la fin tout le «( monde a si bien fait son devoir, que la déroute des « Brigands a été conipléte.
« Les représentants et Lachevardière qui les «c accompagnait chargeaient avec la cavalerie. Source botte a été blessé par un Brigand, (}iril a tué de sa « main. Les blés cachent les morts; mais il y en a « d'innombrables. Le soldat est fort animé, et loin (« de l'exciter, on en est à calmer son ardeur. On « croit d'Ëlbée tué. »
Non, d'Ëlbée n'est pas tué. U n'est que blessé. Il sera pris et fusillé plus tard.
Lettre de MARLE, aine.
« vmers, ajuiUet 4793.
« Encore un combat, encore une victoire. Le mou- « vement d'hier a conduit notre armée à Vihiers, où «( ces messieurs nous attendaient. L'affaire a corn- « mencé à une heure, et la canonnade a été chaude, a Les files tombaient, la fusillade ne cessait pas, et « les cris retentissaient dans les deux armées. A la
1 Frère de Fabre d'^Ianline.
« fin nous sommes entrés dans la ville au pas de « charge, et les Brigands s'en sont allés à travers «r champs. On ne peut dire encore leur perte; elle « doit être énorme. La nôtre est iaibie. La résolu- « tion avec laquelle on a abordé Tennemi a dimi- « nué le danfçer. La route de Vihiers est libre et les « Brigands sont loin.
« Nous marchons sur Coron. »
Nouvelle fâcheuse et pour moi ineiplicable. Westennann est destitué!
Il allait bien d'abord, tout cédait devant lui, mais tout-à-coup il s*est arrêté dans sa course. 11 a été enveloppé, et ces Brigands qu'il avait si rudcaient battus l'ont battu à son tour et écrasé.
Ghalbos est parti de Niort, et barrant le chemin à Kennemi, il a sauvé les débris de cette colonne furibonde que dans le pays on comparait au feu du ciel.
L'échec de Westermann a servi de prétexte à sa disgrâce. Il y a d'autres motifs qui se font jour et transpirent.
Il aimait Dunuaincz, il avait sa confiance. La légion qu'il mène, cette fameuse légion du Nord, fut formée des soldats qui, lors de la défection de ce traître, parlèrent de le suivre, hésitèrent à rester fidèles à la Convention.
Westermann s^enrichit avec cette légion ; il pille avec elle; il dépense beaucoup.
Un grief encore : Westermanii ir aime pas les valontotVef, ces francs patriotes; il n'aime pas les gardes
nationales, il a a pas l'esprit du temps, Tesprit de civisme, Tesprit républicain.
Il est mandé à là barre^ Sa légion est cassée. On Tmcorpore dans les demi-brigades de l'armée de Biron.
Mais Biron lai-méme, je Tai dit déjà, est soupçonné.
Cambon^ le grand révélateur des desseins généraux de la Bépublique et de sa marche dans TEu-
rope, au profit de tous les peuples, Gambou demande que Biron soit rappelé*
«I Biron est d'une caste qui n'est pas sûre.
M C'est UD homme d'esprit, de talent, de courage, (c Est-ce un républicain? 11 l'assure» qui le croit?
c L'armée ne le croit pas, le peuple ne le croit € pas, l'ennemi ne le croit pas.
< 11 est temps d'avoir, pourcombattre les royalis- « tes, des hommes sur lesquels ni les royalistes ni « les patriotes n'aient pas le plus léger doute 1 »
Après Westermanu et Biron, vient Beysser.
Ce Beysser, qui a tant montréde patriotisme h l'assaut de ISantes par les Brigands, s'est tourué tout à coup vers la Gironde. C'est la mollesse après l'énergie, c'est le doute après la conviction» c'est la trahison après le sacrifice.
La Gironde se trompe et elle trompe la nation; qui
la suit est criminel, car elle livre le territoireàrétnm-
ger et la République aux royalistes.
Les parents de Beysser sont d ori^me allemande. Il est Dé àLorieut. Il a fait ses études à Renoes. Il est coDDu de toute la Bretagoe, et sa défection est d'un immense danger.
A Nantes, il s'est lié étroitement avec le département, le district^ la commune, et, s'emparant des caisses publiques, il veut entraîner la garde nationale et les troupes dans le fédéralisme.
C*est le 5 juillet que celte rébellion se manifeste. Le déparlement prend un arrêté que Beysser fait publier avec éclat et qui met en ébullition toute la ville.
Canclâux est absent, il est à Nort, puis à Ancenis. Il s*est décidé à poursuivre les Brigands* Il a pris avec
lui dix bataillons, des hussards et de l'arlillerie. 11 est parti avec les représentauls du peuple, et c'est pendant qu'ils sont en route que Nantes et sa population
aveugle s'est soulevée.