‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 47 sur 57 · GI.II · texte numérisé non relu

GI.II

Sommé d'adhérer à l'arrêté du 5 juillet et aux mesures prises à Nantes, Ganclaux déclare qu'il n'a point à délibérer sous les armes, qu'il veut le maintien de la République, mais par l'obéissance à la Convention.

Il reste fidèle aux représentants du peuple dont l'appui Ta si bien secoudé dans ses mesuits contre les rebelles.

11 écrit à Beysser pour le ramener au sentiment

étroit du devoir civique et militaire.

Beysser déchire sa lettre, il en iail autaut de la lettre que lui écrivent les représentants*

Ganclaux lui demande des vivres et de la poudre pour les troupes d'Auceuis. Beysser lui refuse munitions et vivres.

Sa révolte est aussi complète que subite. Il ne veut rien enieudre. Il parcourt la ville et écrit à toutes les troupes des environs.

Les deux bataillons de Bordeaux qui étaient aux Sables reçoivent sa lettre et déclarent au général Boulard qu'insistant plus que jamais sur leurs réclamations, ils ne resteront pas plus longtemps sous ses ordres.

Ils ne veulent plus se battre pour la Convention.

La désorganisation se met dans les troupes do Paimbœuf et dans toutes celles du pays de Retz.

Instruits de ces faits et ne pouvant calmer Beysser^ les représe niants du peuple le destituèrent comme coupable de révolte et de baute trahison.

Boisguyon etKerverso^ ses adjudants généraux et ses amis, liés à toutes ses démarches, sont destitués comme lui.

Alors il fait afficher la proclamation suivante:

Le général BEYSSER aux Nantais.

« Citoyens,

A Celui que vous aimiez k nommer votre général ce est déclaré traître à la patrie.

« Voici ses crimes :

<t II a sauvé Nantes que les brigands de la Monta-

a gne voulaient livrer à leurs complices les Brigands <c de la Vendée ;

« Il a reconnu la souveraineté du peuple que les « maralistes voulaient détruire;

«t H a opléenire la République que vous aviez juré « de maintenir et la tyrannie que les factions d'Or- « iéauii, deCobourg, de TAngleterre et de l'Autriche « voudraieut rétablir;

« Il a adhéré à un arrêté de vos corps adminis* « tratifs qui, conformément à votre vœu, écartait de « ce département les émissaires dangereux, envoyés « pour y allumer la discorde;

€ Citoyeus, Beysser vous rendra compte de sa « « conduite* 11 ne veut pas qu'il y ait une seule de ses «t pensées qui- ne soit exposée à vos yeux. Vous juc< gérez du caractère de ceux qui oseut se dire vos « représentants, par l'audace de leurs calomnies.

« En attendant, il vous invite à la tranquillité, à la « paix, à la confiance dans vos administrateurs^ k la « vigilance et au courage qui seuls peuvent assurer « votre liberté.

« i.-ll. BEYSSER.

^ Nantes, a jum m^. *

On dirait que voilà des résolutions bien mûrement prises.

Mais, 6 mobilité des impressions populaires!

Nantes ne reste pa^ longtemps dans ses velléités de désobéissance.

Quel piège, s'écrie-t-on, nous a-t-il été tendu?

Comment y somme»-noas tombésî

Quelle faute avons-nous faito?

Ëst-ce le moment de se diviser? Nod, certes. Âu lieu de se battre entre patriotes, il vaudrait mieux battre les Brigands. CesL le plus pressé, c'est le plus aisé, le plus juste.

Ces réflexions dominent dans les groupes. Beysser

voit qu'il va être aussitôt abandonne qu'acclamé. Il biaise alors, il négocie.ll écrit à Ganclaux, et le général arrive* On Taocueille à Nantes, il parle aux troupes et s'aperçoit bieu qu'elles sont à lui ; il oe voudrait pas perdre son camarade. Sans l'excuser, et même sans Faimer, il ne s*en fait pas moins le médiateur entre lui et la Convention, entre les administrateurs et les représentants.

Suivons le battement de ces cœurs et sachons comment se dénoue la crise.

Ltifii deftRepiésenUDts du Peuple MERLTN de Domi etCAVAlGNAC

à 11 Gonvenlion natioiiâle.

< Anemfê, U ^^jum 4793.

c Citoyens collègues ,

« Les événements de Nantes pouvaient avoir des f suites fâcheuses, mais nous devions compter sur la « garnison, et c'est sur elle pourtant aussi que le « département et Beysser avaient fondé leur espoir.

« L'énergique manifestation de cette garnison « fid(Me, la sûreté de ses principes et son inviolable « attachement à la Convention nationale et à ses < commissaires, ont déconcerté d'odieux projets.

ton I. so

« La coilseil général de la cxwmiiiid et lô district « les ont ahandoDttés; les Ksiilais ent été ind^nés

« qu'on eût voulu faire mourir de faim 1 armée d'Anc eenis^etquaiid ils ont bieDiecoluiii la trahison» ib « Font détestée.

« Cette attitude des troupes et du peuple, à lâqueile < ni le départemoit ni Bejsser ne s'attendaient, a € reiiTersé toi» leors ealenls et entraîné le rapport « de l arrétè cootre-révolulioanaire du 5 jiuiiet.

€ Les eorps administratib se sont réunis, enibn»t sés, rapatriés. Les assemblées primaires ont été « asseoibiées; la ConstitutioQ a été annoncée au m penple afse solennité ; ellea été aecneillie airae

« Lrausport.

« n parait que le système de fédéralisme perd « ebaque jour, dans les départements de lad-devant « Breta^rne, le crédîi qu'il v avait d'abord obtenu. « Larmée peu redoutable de quelques centaines de « citoyens égarés diminue sensiblement; le règne « de Buzoï iimra faute de sujets, et le généralat de c Wimpfen faute de soldats. Tout ce que nous avons « entendn dire nous le fait croire, c'est dans Fordie « des choses.

« Le général Canclaux et notre coU^e Gillet € sont partis aujourd'hui pour Nantes. Nous nous y « serions rendus avec eux, si notre présence n'était « nécessaire à Âncenis pour quelques jours encore*

c Les Brigands rentras dans leurs repaires Toilent « leurs défaites , vantent leurs prouesses et ourdis- « sent de nouvelles trames, d

LKTTaB de MERLD^ de Douai à Prieur de la Marne.

« Anomis, le iljuiM 4793» a» H 4e la République,

« Cher ami ,

< Les administrateurs du département et du dis-

« trict de Naotes ont rapporté leur arrêté de fédé- « raiisme du 5 juillet par un arrêté du 14, tout res- « pirantle plus par patriotisme. Beysser s'est rétracté « et il a offert de remettre son commandement.

<c Le district a fait proclamer la Goustitutiou. Le « peuple a applaudi avec enthousiasme aux maximes « d'éternelle vérité qu'on renconlieà chaque article <f dans la Déclaration des Droits.

a n ne faut pas se dissimuler pourtant que la ville

€ est sourdement agitée. Elle aime Bejsser. Elle le « veut garder. Canclaux lui a laissé son commande- « ment à titre provisoire» jusqu'à ce que sa conduite

« soit examinée.

< Beysser nous a envoyé des vivres à Ancenis « pour nos bataillons : il était temps. »

Lbttbs de GiLLET, Représentani du Peuple, à Caniot, membre

du GcRiiHé de Stlnt PoUic.

c NanUSp I» 49 juiUet 4793, an II de la Bépubliquê « une indmsible*

« Citoyen collègue ,

« JesuisvenuàNantesaveclegénéralGancIauZyet « tout est rentré dans Tordre. Nous sommes ici depuis « trois jours. Des députations du département, du « district^ de la commune» de la garde nationale « étaient venues à Ancenis. Nous n'avons pas cru

a devoir résister à leur prière. Elles ont reconnu les n fautes commises et juré au nom de la ville de tout « faire pour les réparer*

« C'est alors que nous nous sommes décidés à « reparaître au milieu de cette populatioQ« qui nous « a accoeillia avec des transports de raconnaissaDce « et de joie.

« L'alertea été vive : il y a de gnmds coupables. « Le mal était plus piofoDd qo*on ne le pourrait

«< croire.

« J'ai &it arrêter Gouslard, qui sous main aidait « Beysser et ne valait pas mieux que lui*

« Mandé à la barre de la Convention, le président € du département s'y rendra. Mais, mandé aussi , « Beysser ne iï'y rendra pas, il est en fuite: il a vu ce « qui Tattendait,

« Quand on pense que pour remplacer Biron goût» t teux on voulait nommer Beysser au commande- « ment en chef de l'armée des côtes de La Rochelle !

« Sa conduite à Taffiûre de Nantes parlait pour

« lui. Mais le nnsérablc esta Reunes, où il a pris le commandemeut de la légion d'llle-et-Yilaine« « légion fédéraliste et qui part pour le Calvados! »

Le maire de liantes, Bacot, partit pour Paris, afin d'expliquer toute cette affaire à la Convention nationale.

Ce ne fut que dans la séance du 2 août qu'il parut k la barre : il apportait raceeptation de la Constitution par toute la ville; mais il se plaignait des repré-

sentants en mission dans la Loire^lnféneura et justifiait de tous points Beysser et Coustard.

Il fut mal reçu de rassemblée. ïhuriot Vapostropha comme ayant appris sans le révéler que les Brigands attaqueraient Nantes le 29 juin, et Chabot Taccusa d'avoir commandé pour eux un repa^ de douze cents couverts.

c 71» en os menH! » a'écrie Bacot ! et on Tenvoie

i TÂbbaye.

Il n'y resta pas. La ConventioUi édifiée sur son civisme, le rendit à ses fonctions pour la fête du 10.

CIiIT

Beysser passe par Rennes et se rend à Caen, ainsi

que Tavait écrit Gillet; mais quand il a causé une heure avec Wimpfen, il sent un remords subit de tout ce qu'il vient de faire, et renonce k suivre aucun des desseins dont il a été depuis quinze jours si animé. H croyait à la Gironde, et prenait hautement parti pour elle. Tout à coup il s'éclaire, change, ne veut pas même voir les députés qu'il venait défendre et court s'expliquer devant la Convention qui l'a mandé à la barre.

Il rencontre Westerraann. Les accusations pour tous deux ne sont pas les mêmes, mais le danger est pareil. Ils voient ensembleCarnot, Prieur, Saint-Just, Robespierre :

(c Ce ne sont que des soldats, j'en fais des citoyens. « Leur opinion s'est raflennie. levons répondsd'eux. u Nous avons besoin de braves à la tête des troupes.

ce Ceux-là le sont, ne nous en (hivods pas ; des arrêts, « une semonce et le retour à l'armée, où ils seront « utiles.» Cet avis de Gamot prévaudra pour Beysser; il est renvoyé à Nantes, où Canclaux le reçoit, Tembrasse, l'emploie. Les fingands payèrent sa faute.

L'afGûre de Westermann est plus louche. Les députés de Niort ont écrit contre lui. Il brave leurs ordres et ne suit que son caprice , caprice iurieux et qui désorganise tout. U a fait fusiller un capitaine de volontaires qui soutenait les droits des représentants.

Le Comité de Sûreté générale le renvoie à s'expliquer devant la commission militaire des Deux-Sèvres : « Tallien m'attend là, dit-il: c'est un sournois, nos « querelles datent de Paris. 11 y a des rivalités de « femmes là^dedans; mais il ne tient pas encore ma « tète! »

Le général de Brigade Wosferni.irin à ses compagoons d'armes

et cùucilo^eiis.

« Dès le commencement de la révolution je fus « persécuté parles Diétricht, Lameth et Broglie.

a Le 10 août, je me suis vengé en combattant la « royauté. Robespierre, Danton, Legendre, Des-

« moulins, etvoustous,patriotesdel789Je demande a votre témoignage.

« A la guerre, je n'ai jamais connu de dangers

« pour combattre les ennemis de la République, et a mon cœur me dit que j'ai bien servi mon pays.

c L'aristocratie, décoréedu bonnet rouge, emploie « encore tous les ressorts de Tiulrigue pour, en

« m^éloignant des armées, me priver de ma liberté, < et m'ôter le moyeu de combattre pour elle.

« Représentants du peuple près des années, géné- «r raux sous lesquels j*ai servi, officiers et soldats qui « avez combattu avec moi ; départementSi districts, « municipalités, sodétés populaires du pays o& a été « le théâtre de la guerre, qui m'avez vu défendre vos « loyers et respecter vos propriétés; vous tous qui « avez eu des relations avec moi depuis la révolution, « et surtout vous, braves grenadiers qui entourez le a séuat, qui avez si glorieusement combattu à mes « côtés, je vous somme sur votre honneur et pour « le triomphe de la vérité ; rendez compte de toutes « mes actions à la Convention nationale, à la Société « populaire des Jacobins, rigide observatrice des « intrigues, amie de la vérité : et bientôt les inten- « tiens perfides de ces misérables calomniateurs « seront au jour. »

. WESTEUMANN..

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