‹ La Vendée en 1793 (volume 2)Chapitre 5 sur 57 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Il y en eut qui servirent la République^ et qui périrent par la main du bourreau.

Cette position était aifreuse.

Et comment distinguer t tous, bons et mauvais, avaient des pères, des frères, des parents émigrés.

Les émigrés formaient Tavant-garde ennemie et nous menaçaient de mort, de verges, de potence !

Quelle indulgence avoir en face de ce défi 7

Si la noblesse eut mille motifs de quitter ses châteaux et de s'exiler, elle n'en eut pas de marcher avec l'Autriche, la Prusse, TAngleterre, contre la France.

C'est d'avoir pris ce parti, d'avoir tiré l'épée qui est une tacbe pour elle. Elle ne s'en lavera pas. Elle

ne s'en relèvera pas.

L'amour de la patrie est une loi immuable, que rien ne permet d'enfreindre.

Honte et malédiction aux parricides.

J'excuse les nobles de fuir, non de se battre. Le crime pour eux ! la justice pour nous ! La i^^loirc pour nous qui ressaisîmes Tégalité des droits, qui écoutâmes la grande voix de rhumanité, qui risquâmes tout pour sa cause et proclamâmes sous le canon ennemi, le canon des nobles, le poignard des prêtres, la fraternité universelle.

Le prêtre ne s'abuse pas, il sait ce qu'il est et ce qu'il fait. Il cache sa turpitude sous le voile sacré»

Il a rœil de velours et la griffe de fer* Il veut

du sang pour défendre le crédit usurpé qu'on lui arrache.

11 ne veut pas le bonheur de la nation mais le pou*

voir de sa robe.

11 est du peuple, il sait ses maux, ses privations, ses larmes, et loin de le soulager dans son affliction, il le lourmenle, l'inquiète, Taccable. Loin de le tirer de sa crasse, il Tenfonce dans l'erreur. 11 voit la disette et s*en réjouit. Il compte sur la famine. Nos affres sont ses ressources.

Par lui, Tombre d'un enSomt est évoquée. Le Temple a un pauvre être affublé d'une couronne, d'une couronne d'épiDes, ce petit Louis XVII qui, demi-mort, comme un spectre est promené devant les yeux des âmes compatissantes. On galvanise la royauté par des complaintes el Ton chante des noëls sur les persécutiens stupidement exercées contre un rejeton qui lan^^uit et s* étiole.

Et SI les maux qu'il endure étaient le fruit d'une trame ourdie à l'étranger!

Tout se peut! tout se peut!

Les promesses du régent et du lieutenant-géuérai. les comtes de Provence et d'Artois, sont colportées. On distribue des brevets, on signe des lettres-patentes. On jette des fusils et de la poudre sur les côtes. On répand de faux assignats. On corrompt tous les gages, on détruit les sûretés. On annule les décrets. On crée Tanarchie.

Et puis on se plaint des décrets de la Convention !

Mais ce que ue doivent pas oubiier les patriotes, c'est que rAutriebe et TAngleterre aisassioent la

France par un infatigable et impudent maciiiavélisme.

Si la France n'eet pas morte, ce c'est pas leur

faute.

Ses plaies saigneront jusqu'à ce qu'ellesoil vengôel

Z XT 1 1

On couvrit ta France de nonces, de missionnaires apostoliques, de prédicateurs dépèchAis par Zelada^le câidmal dirigeant, aux bulles envenimées.

Oc ne sait pas T infection qui débonda par ces canaux impurs!

Hommes de Dieu, hommes d'enfer, hommes de haine et de pleurs : oh! qu'a fait ma patrie pour vous être livrée?

A Saint-Laurent-sur-Sôvre était le double atelier des frères du Saint-Esprit et des sœurs de la Sagesse.

Ouvriers d'exorcisme!

Hydre à deux sexes I

De cette fabrique sortaient toutes les exhortations, tous les rosaires, cœurs de Jésus, chapelets, arrêts de mort contre les truU /

Les prêtres qui s'étaient soumis à la coustiluuou cirile» les curés qui avaient pris la place des réfirac* taîres, les tnfms, étaient comme des monstres qu'on n osait regarder en face, qui avaient des cornes, qu'on tuait sans remords, comme des chiens gâtés.

Ceux qai allaient à leur messe étaient des brebis

galeuses, dignes du même sort.

Il était défendu aux chrétiens de se faire marier, baptiser, enterrer par le ministère de ces renégats.

Défense expresse d'obéir à la loi du recrutement.

A la loi de l'impôt.

A toutes les lois!

On forgeait des prières du roi, des oraisons qui venaient de madame Êlisabetb, qui venaient du Saint-Père, qui venaient du ciel. On les récitait au prône, on les semait dans le iiocage.

Tout cela germait !

Les frères de Saint-Laurent ont tout le sang de la guerre à se reprocher.

Et qu'ils se relèvent, qu'ils sortent du tombeau, ils recommenceront !

Nos brillants historiens font la révolution ; mot qui

suis vieux, je la sais.

JTai vu les religieux, les nonnes, les sœurs du pot, les prêtres à la tète des processions.

Comme des druides, implacables comme eux et s'apprètant aux sacrifices humains par des ablutions,

des jeûnes, des veilles; les curés et vicaires, les frères et chapelains avaient des chênes favoris et consacrés.

Au lieu de gui, une madone.

Les miracles tombaient chi ciel comme une rosée.

Chêne de Saint-Laurent de la Plaine.

Chêne de Bégrolle.

(ihênedc Logé.

Gbéne de Vezios.

On en avait partout, on y allait la nuit, à la lueur des torches, hommes et femmes, par multitudes, venant de dix lieues, chantant des litanies.

Un penchant secret, un attrailiiifini parle mélange de races, de conditions, d'âges. On mangeait en comman, on priait en commun, on jurait guerre et mort aux patriotes !

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