CI.XTI
El pendant tout cet émoi et que tout fond en larmes, il y a une maison de la rue des Carmes, à
Angers, où sont deux femmes, la mère et la fiile, la mère de ciuquaute ans, la fille de quinze, Tune encore charmante, l'autre déjà délicieuse, qui sont des ei-
devant, d'une vieille noblesse, et qui sont patriotes
ou à-peu-près ; deux femmes, eiitiQ, qui n'ont pas émigré et qui reçoivent chez elles^ tous les soirs, en petit comité, des jeunes gens polis, jolis, instruits, des fils de marchands, de rentiers, de généraux, des musiciens, des poètes, qui jouent des charades, qui jouent des comédies, les pièces de Florian, les bonnes ailequiuades, et qui passeut des soirées, des nuits ravissantes, dans ces féeries.
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Deux de ces joueurs de charades sont, Tun dans la garde nationale, l'autre dans la cavalerie. Le 28 juillet, ils ne paraissent pas à la soirée. Le fusil sur Tépauleetle sabre au poing, ils sont auxPonts-de-Cé, et se battent contre les. Brigands.
Le feu dure six heures. On reprend Saint-Aubin, on reprend Fîle et le château, on repousse Tennemi jusqu'à Saiut-MauriUe.
On compte bien demain le chasser d'Êrigné.
C'est un grand succès.
Les Brigands voulaient rentrer à Angers, repren* dre Saumur, mais la contenance des citoyens et des
troupes déconcerte ces projets et les rejette bien loin.
Un prêtre qui leur avait donné la bénédiction
avant le combat est resté devant le ciiàteau, percé de deux balles.
Lettbe de TâIX)T, adjudant général, a Choudiea, représenlant
du peuple.
« Tours, le 27 juillet 1793.
« Malgré tout, j'espère : nous triompherons, mais
« non sans peine. Tu as bien vu et bien su des < choses; mais laisse-moi te rassembler dans une « lettre tous les faits de ces dernières semaines. Les « réflexions viendront au bout de ma plume et je ne « les arrêterai pomt. Je te connais trop pour me « gêner avec toi.
« Le 16, nous n'avions pas de pain. Le soldat « murmuraiL VainqueuràMartigné, il ne demandait € qu'à se porter sur Vihiers, mais encore fallait-il « qu'il mangeât. On perdit un jour.
«t Le f 7 on marche, mais les bataillons de Paris c s'amusent à pilier; ils se battent bien, mais ils « volent encore mieux. Ce n'est pas là de la troupe; « ils dévastent les maisons des patriotes comme celles « des Bi igands.
« Les bataillons, souvent ivres et mêlés, tirent « les uns sur les autres. Gauvilliers et Berthier ont a été assaillis, et je ne sais à quoi ils doiventde n'avoir € pas péri.
« Les charrois sont abominablement mal orga- « nisés; e est la poltronnerie et la canaille même ; des « traîtres s'y glissent; trois caissons ont sauté par le « feu que certainement y ont mis les clKirictiei*s.
< Le 18, la déroute a été complète. Nous avan- « cions de Vihiers sur Coron* Les Brigands sont
c venus en bon ordre; ils étaient recrutés dans les
€ meilleures paroisses, les plus entêtées, les plus c braves : Ëchaubroigues, Maulévrier, Gourlay « Je les «i connais bien; c'est là que je fus élevé, que je pas^ « sai mon enfance. Bernier excitait, Pironcomman- , « dait K Le centre était mené par Marsanges, Ville- « neuve, Relier, la droite par Bonin etlaGuériviêre, « la gauche par Guiguard de Tilïauges, Forestier «t commandait la cavalerie, et Herbauld Tartillerie. « Je Tai su de deux Brigands qu'on m'a amenés « blessés et que j'ai mis en pension chez une bonne c femme. Ils m'ont juré de ne plus se battre contre « nous. Je suis votre proclamation du 6 : pardon à « ceux qui se rendent.
« Tous ces gens-là apprennent le métier, et si la « guerre dure ils nous en fciont voir de cruelles.
« Ça commence bien.
« Le 19, Tarmée est à Doué et rebrousse jusqu'à
« Chiiion. Il y a des soldats qui, se jetant vers la « Loire, voulaient repasser le lleuve et fuir par la a levée. On n'a pu les arrêter qu'en leur lançantquel- « ques volves de canon.
< Le 20y Labarolière, laissant derrière lui quelc ques postes, veut amener le gros des fuyards à « Tours, pour lâcher d'y réorganiser une armée.
« Il est las et vieux, et demande qu'on le remplace. « On fera bien de l'écouter* J'en ai causé avec Bar-
* M. de Piron était venu de Bretagne, M. de Marsanges était venu du Ltiuuusiii. Savary, d'ordinaire si exact, les confond el n'eu fait qu'un personnage sous le Dom de Piron de Marsanges.
« Uuau. Lui-ûième Baibazau , qui est du vieux cadre, « dit avec fraDchise : « Il faut tout renouveler; les
« anciens n'ont point Tallure qu'il faut pour com- « mander des volontaires. On ne battra les Brigands c qu'avec des sans-culottes 1 »
« Je ne vais pas si loin ; le saiis-culotle n'est que « hâbleur, je veux du patriotisme, beaucoup de « patriotisme, mais je veux du courage, du sanga froidj du talent, de Fbumanité. Les vieilles formes « doivent disparaître, mais non les mâles vertus.
a Je n'aime pas Ronsin, c'est un fanfaron, c'est « un espion, c'est un jaloux et dangereux persona nage, qui ne vaudra pas mieux pour toi, un jour, « que pour moi et pour nous tous; il est détesté à « Angers, où je ne sais trop quel compte ou m'a fait « sur des pots-de-vin qu'il avait eus, lors de la for- « mation de l'hôpital militaire-.
a A Saumur, il fait trembler tout le monde ; il 4c n'y a que les Vendéens qu'il ne fait pas trembler.
« Je ne défends pas Birou , que je ne connais point; u mais de ce que Ronsin le poursuit, je m le crois « pas si coupable ^
« Qu'est-ce que des adjoints du ministre de la « guerre? sont-ce des ministres? sont-ce des géné- « raux? êtres amphibies qui ont deux bouches, deux « poches et n'ont pas deux épées.
«c Ronsin afait écarter Bei tiiier, qui se battait bien « pourtant : je Tai vu au feu, il ne bronchait pas; il
^ Btron, mandé à Paris, interrogé, l'ut mis à T Abbaye.
u adu mérite, deTordi'e, et Tarmèe perd en lui un n des meilleurs généraux. 11 s*en va à Paris, avec « Dutruy, expliquer à la Gonyention la situation de « DOS affaires. Puissent-ils nous revenir!
(( Grammonty comédien qui a joué dans les pièces il de Ronsin, est fait adj udant-générai. Le voilà sur le « même rang que moi : merci î
c< Dû crée des commissaires-ordonuateurs qui « n^ont jamais passé par une caserne.
« J'apprends que, protégé par Ronsin et Vincent, « le pauvre Rossignol, fait le 12 juillet général de « brigade, et le 15 général de division, vient d'être « nommé, le 27 , général en chef de 1 armée des côtes <x de La Rochelle.
« Borne Oeusl » ^
1 Une irès-jolie femnie que Rossip^nol availà Paris pour mnîlrcsse, et qui le servait rhaudement dans ies bureaux de la guerre, disait de BiroD,de Beaiiharnais, de Menou, de Canclaux, deCustine, et de tous les généraux de cet ordre : « Quand ces monstres porteront-ils leur « lèle âur réchafaud? »
GHAPITAE CINQUIEME.
Cathelineau mourut le 14 juillet. D'Elbée aussitôt pensa à faire nommer un nouTeau généralissime.
Ce qui manquait àParmée chrétienne, et plus que jamais d'Elbée le dit et le répète après Téchec de Nantes, c'était une direction nette, ferme, centrale.
Les conseils administratifs n^avaient point d*autorité. 11 fallait une autorité militaire, vive, déterminante, qui eût un but raisonné, positif, et pût Fatteindre.
D'Elbée le disait, mais il le disait seul.
11 est certain que le bon choix d'un chef suprême, el ia résolution fortement prise par tous les autres de loi obéir d'après des bases délibérées en conseil et bien arrêtées , eût été un moyen de succès et de salul.
Mais ce n'était pas là du tout l'esprit vendéen :
tout Ta prouvé assez jusqu'ici et le prouvera encore.
Sept hommes avaieut des prétentions plusou moins
avouées au commandement général : Lcscure, Bonchamp^ d'Elbée, Marigny, Stoitlet, Charette, Larochejaquelein.
, L'élection eut lieu le 20 juillet à Saint-Pierre de Cbemillé. D'Ëlbée avait pris sur lui la couTOcation : grands et petits chefs, généraux, commandants, simples capitaines même avaient été appelés ; mais tous ne vinrent pas. Les partisans de d'Ëlbée se trouvèrent en force, et ce fut lui qui eut le bftton de ce maréchalat fictif; car en réalité ce n'était qu'un litre, et ceux qui ne l'avaient pas emporté s'en moquaient et s*eii consolaient en disant : « Ce sera a comme auparavant, et nous serons toujours bien c libres de n'obéir qu'à nos inspirations el à nous- « mêmes*. »
* Dans lerésullat de rassemblée de Chemillé Barnnle ik \o\[ (lu'uiitî intrigue. Fillon y voit justice et, comme capacité mililaire, il place (ITtbée au-dessus de tous les autres. Je crois qu'il s exagère uu peu ce mérite, et, dans tous les cas, d'après ce que j'ai appris, j'alBrmerais que Tunité d*actioii dawi raranée vendéenne était, dans rétai des esprits, impraticable.
iamais Lescnre n'aurait obéi à Stolflet, Bonehamp à Cbarette, Qia* rette à personne*
On fit ou Ton confirma le partage des divisions. On nomma pour ces commandements Lescure, Boncbamp» Doni^san, Royrand. Stofflet fut major général. Taimont conserva la cavalerie, Marigny et Perrault rartillerie. On fit des adjudants généraux et on y mit deCumont,Larocbejaqueiein, Cbarette.
Larochejaqiielcin en rit, Cbnrelte en eut un ressentiment profond. Il regarda cette position secmuiaire qu'on lui faisait comme un outrage, ne la pardonna jamais et n'eut plus que des rapports forcés et rare»^
CE.JLX
BULLEnN DBS SABLES D*OLONNB.
JniOet 1793.
Le 4 y la citoyenne HiUet, femme d'un amateur, (les Sables, remet au général Boulard un plan de
ilebtructioii des mouiius à veut et des fours, dans la Basse-Vendée.
Les moulins sont des forts : qu*on les rase partout et qu CD affame la rébellion.
Qui se rend aura du pain , qui apporte ses armes sera doucement traité ; mais qui persiste dans Tinsurrectiou ue mérite pas de vivre.
Point de grâce pour les familles qui , se séparant de la grande nation, n'aspirent qu'à la ruine des lois nouvelles.
Le 6, un bâtiment anglais qui était en vue a lancé
des canots qui entreiiL dans le bilvre de laGachère, et jettent sur le rivage des barils de poudre que viennent recevoir des rebelles de la bande de loly.
Deux compagnies de la garde nationale des Sables
sortent, marchent de nuit, arrivent àSaint-Ausauce, se postent à Vairé , coupent la retraite aux Bri* gands, les attaquent, les dispersent, s'emparent de la poudre 9 et apportent en triomphe les barils à Boulard.
Le 10 juillet, les Vendéens se portent en force sur
avec des gens qui n*&vaient pas compris tout ce qu^il était et voulait être dans la Basse-Yeodée.
le Pas-au-Piloii. Le capitaine Uoi lhais Icscommaude. li est tué d'un coup de feu, mais nos troupes n'eo sont pas moins forcées dans leur position. Ëlles se retirent sur le Feucuillet.
Le 13, elles reviennent, attaquent les Brigands, les chassent, et se rétablissent dans le poste qui leur avait été enlevé.
Le 24, à Saint- Julien et à la chapelle Vernier, quinze cents Brigands forcent à la retraite quatre cents des nôtres : beaucoup de blessés de part et d'autre. Parmi les morts de Tennemi, on compte des femmes et des prêtres.
Le 26, les deux bataillons bordelais, si valeureux, sî aimés de Boulard, et qui seraient si utiles aux
Sables et à toute cette division, s'embarquent, quoique le général puisse faire, et retournent par mer à Bordeaux ^.