TOME III. H
u donne une exaltation qui double la force ! Crois- « moi, rentre à Antrain!» Il parlait encore et Prieur hésitait; niais pendant qu'il tergiverse, les Brigands arrivent et commencent la fusillade.
Ils sont aussi sur la route de Pontorson.
Westermann, pour la troisième fois est sorti de la ville, pour la troisième fois il s'avance grand train, pour la troisième fois près de triompher, il se voit arracher la victoire. Marigny a son sabre coupé en deux dans sa main par un biscaïen ; il saute à bas de son cheval blessé, et lui et Westermann, à pied, à l' arrière-garde, tiennent seuls contre tous.
C'est la brigade d'Àmey qui a lâché pied la première. Le seul bataillon de Maine-et-Loire, Duboys en tête, résiste ; mais que faire quand tout s'abat et fuit autour d'eux? Les piétons, les cavaliers, les soldats, les officiers tout s'en va, tout tombe, tout se livre au fer de l'ennemi. Larochejaquelein laisse de ce côté quelques hommes seulement qui suffisent pour observer les fuyards, et il se porte au secours de Stofflet.
Son approche, sa voix, quelque chose qui rayonne dans sa figure, tout électrise l'armée catholique. Un cri général de Vive le Roi! s'élève dans les airs. Nos troupes en tremblent; elles en sont éblouies. Il y a de nos soldats qui refusent de tirer ; il y en a qui tirent sur leurs commandants. Chambertin et Nattes sont abandonnés par le régiment ci -devant de la Reine, qu'ils avaient déployé des deux côtés du chemin. Kléber envoie chercher des bataillons de Mayençais;
mais il est trop tard : les Brigands débordent nos ailes ; ils nous prennent à revers : nous sommes enfoncés, écrasés, entraînés de toutes parts, et menés battant jusqu'à Antrain.
Delaage est sur le pont ; ce brave Delaage ! il tient encore, et Kléber, qui court après les troupes pour les rallier, ne lui dit qu'un mot : « Ferme ! »
A quoi sert? tout part, tout est parti, tout se rompt, tout est perdu ! La République est battue à plate couture; et ce qui est plus incompréhensible peutêtre, c'est que les vainqueurs, les Brigands, étourdis eux-mêmes d'un succès iuespéré, n'ont pas l'idée d'en compléter les avantages.
A Antrain , ils font prisonniers des Bleus qu'ils avaient déjà pris et relâchés; ils les fusillent par représailles des atrocités commises à Fougères, et qu'ils ont apprises.
Le crime venge le crime. Ils se couchent ensuite, et se logent sans qu'on puisse en trouver un qui veuille , à dix pas seulement , poursuivre nos troupes éparses et dégradées.
Faute énorme et irréparable : s'ils eussent marché sur Rennes , la ville était prise , et la Bretagne se déclarant pour eux , ils fondaient un royaume vivace sur le filon de Duguesclin et d'Arthus.
Mais ils descendent par Fougères, Laval, Sablé, La Flèche, Durtal, et c'est le siège d'Angers, enfin, qui va s'ouvrir.
A Fougères, ils rendent grâces à Dieu de leurs vie
toires : ce sont les dernières; ils n'en auront plus, et Ton raconte que le prêtre, par une préoccupation prophétique, allait, si on ne l'eût averti promptement, au lieu du Te Deum, entonner le De profundis !