‹ La Vendée en 1793Chapitre 19 sur 88 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

* Le citoyen Sorin a assisté à la séance que le re- « présentant a présidée. II peut vous instruire des « détails de ce qui s'y est passé. Notre commissaire « arrive de Foultourte. Il s'est sauvé, ayant laissé son « cheval. Tous les habitants criaient : Sauvons-nous, « voilà les Brigands! Il était à dîner. Il a emporté sa « serviette. Les embarras où nous sommes nous em- « pèchent de vous en dire davantage.

« Les Membres du Comité défensif,

« CORNILLEAU, LAUSSAN.

« P. S Le citoyen Sorin part tout de suite. Il y a « urgence. »

Lettre de GOY T ET, membre du Comité défensif du Mans, au citoyen Barré, administrateur de la Sarthe, et commissaire pour la conduite des archives à Bonnétable.

« Le Mans, \ \ frimaire an IL

« Citoyen,

« On nous assure que l'ennemi est à une lieue de « Vallon, et cela paraît probable. Il est bien sûre- « ment à La Flèche.

« Nous tremblons. Quittez Savigné, avancez vers « Bonnétable. Retirez-vous grand train. Faites réunir a des vivres tant que vous pourrez, car notre retraite « paraît sûre, et nous ne tarderons pas à vous suivre. « Prévenez les municipalités.

« Salut et fraternité,

« Tell GOYET.

« P. S. Surtout des vedettes ! »

Lettre du Procureur général syndic de la Sarlhe, au citoyen Barré,

administrateur. \

• Le Mans, < \ frimaire.

« Citoyen collègue, « Ce que tu nous marques de la garde nationale « de Savigné ne nous surprend pas. Non-seulement « elle n'a pas protégé ta marche , mais elle Pa en- « travée!

« Nous sommes indignés contre cette garde et « contre les municipaux. Je leur ai expédié ce matin « à quatre heures un réquisitoire très-serré relative- « ment à la protection qu'ils doivent accorder au « passage des voitures et des personnes. Je viens de « leur écrire encore au nom du conseil-général du « département, en leur annonçant qu'on les traiterait « comme des traîtres et des brigands s'ils ne faisaient « pas leur devoir.

« Nous prendrons des mesures sévères contre les « faux frères en temps convenable.

« Dans ce moment le danger commence à dispa- « raître. Les Brigands vont sur Angers, et le Mans, « peut-on espérer, ne les verra pas.

« S'ils venaient, nous les recevrions bien.

« Je crois que tu peux rester à Bonnétable jusqu'à a nouvel ordre.

« Dis à ma femme de m'écrire. Je te la recom- « mande toujours. Qu'elle n'oublie pas de me parler « de mon petit Théodore.

« Nous sommes pleins de courage et très-calmes, « excepté quelques agitations de malveillants qui s'é- « vanouissent aussitôt qu'elles éclosent.

« Que ma femme soit tranquille sur mon compte.

« On fait venir des munitions. Il nous arrive un « général avec son état-major et cinquante hussards. « Le 4* bataillon de la Sarthe est dans nos murs. « Nous attendons de l'artillerie d'Aleuçon. Tours « étant dégarni de troupes et rempli d'armes, de a munitions, de subsistances, de magasins de toute a espèce, il pourra bien faire envie aux Brigands.

« Fais part de ces détails à la municipalité.

« A l' instant j'apprends qu'on va couper les arches « de Pont-Lieue

« Salut et fraternité,

« ROUSTEL. -

Lettre des Membres du Comité défensif de la Sarthe, aux Administrateurs du district de Saint-Calais .

« Le Mans, 4 2 frimaire, an IL

« Citoyens,

« Les malveillants font tous leurs efforts pour se- « mer de tous côtés la terreur et l'alarme, et décou- « rager les républicains.

« Dites à vos concitoyens de ne rien croire de tous « les bruits que répandent les passants et les person- « nés qui ne peuvent produire aucune nouvelle offi- « cielle.

« Voulez-vous en avoir de certaines , entretenez a avec notre comité une correspondance suivie cha- « que jour. 11 s'empressera de vous faire part de tout « ce qui sera parvenu à sa connaissance.

i Poiit Lève, que par corruption on nomme Pont-Lieue, sur l'Huisne, à un kilomètre du Mans, au sud-ouest.

« Voici notre position présente : selon les dépêches « qui nous sont arrivées, il paraît certain que toute « l'armée des Brigands occupe Sablé et La Flèche. « Cette armée n'est point en si grand nombre que « les malveillants se plaisent à le répandre. Elle n'est « forte tout au plus que de vingt à vingt-cinq mille « hommes, dont plus de la moitié est malade de la « dysseiiterie, qui en fait mourir beaucoup chaque « jour. L'autre partie est très-fatiguée, manquant de « tout ce qui est nécessaire. Nous ne pensons pas « que cette armée se porte sur le Mans. Nous croyons « plutôt qu'elle dirigera sa marche vers Tours, « Saumur ou Angers, pour retourner dans la « Vendée.

« Au reste, nous prenons ici tous les moyens pour « nous défendre. Nous avons des forces et il nous en « arrive incessamment.

« Tout est calme. Les républicains qui sont dans « nos murs se montrent disposés à faire une vigou- « reuse défense; s'ils étaient repoussés par les forces « supérieures de l'ennemi, ils ne se retireraient qu'en « bon ordre et d'une manière honorable.

« Ceux qui disent que les administrateurs ont pris « la fuite sont des imposteurs.

« Les administrateurs sont à leur poste. Un seul a « été envoyé, avec approbation du représentant du « peuple, pour surveiller les archives, que nous avons « fait passer àBonnétable par précaution, pourl'in- « lérèt général et particulier de nos concitoyens.

« Le citoyen Barré, commissaire envoyé, est à son

« poste, puisque de fait il n'agit que par ordre de « l'administration.

« Ceux qui fuient et qui prennent l'épouvante sont « des lâches, indignes du nom de républicains.

« Prenez courage , soyez fermes , disposez-vous à « nous seconder au besoin et à prendre des mesures « efficaces et selon les circonstances.

« Si le danger devenait pressant, nous vous en « donnerions avis par vos correspondants. Ainsi ne « donnez point dans les terreurs chimériques, criez « avec nous : Vive la République , en vous préparant « à la défendre.

■ Salut et fraternité,

« PERREMELLE, LAUNAY, LEBRUN, - CHAIÉ FONTAINE.

« P. S. Daus le moment nous recevons la nou- « velle officielle que l'ennemi a évacué Sablé , et < qu'il est poursuivi par l'armée de la République « aux ordres du citoyen Danican. Cette armée a tué « à l'ennemi plusieurs traîneurs.

« Faites part de ces nouvelles à toutes les com- « munes de votre ressort. »

PROCLAMATION

Le Conseil général de la commune de Sablé à ses concitoyens.

« Nous connaissons vos cœurs et votre civisme , nous ne vous dissimulerons pas le danger. Les Brigands ont quitté Laval, ils marchent sur nous, ils sont à Meslay. Aux armes, citoyens !

« L'ennemi va-t-il au Mans, à Angers, k Tours? Nous ignorons sa pensée; mais il vient par Sablé, et nous devons lui en défendre le passage.

« Aux armes, citoyens !

« Les communes environnantes sont prévenues.

De toutes parts on vient à notre secours; mais le temps presse, aux armes! Que les postes et les retranchements soient occupés, et que les Brigands, quelle que soit leur masse, trouvent à Sablé des patriotes disposés à vendre chèrement leurs vies.

« Vive la République! »

Lettre du commissaire Hamon au Comité central du Mans.

«. Sablé, le \î frimaire.

« Citoyens, je suis à Sablé, qui, un moment occupé « par les Brigands, est enfin libre. J'ai sous les yeux « la preuve de la misère de ces scélérats. Plus de « deux cents sont tombés morts de fatigue. Les che- « mins sont pleins de chiffons avec lesquels ils enve- « loppent leurs pieds, de sabots cassés et de mauvais « souliers.

« Les chefs ont logé dans le château , et ils ont, « pour se chauffer, fait usage des boiseries et des « portes. Les arbres ont été abattus par les soldats, * et le feu mis partout faisait craindre à un général « incendie.

« Des bandes sont allées à Solesme et se sont « agenouillées devant les saints, mais sans en obte- « nir le remède à leurs maux infâmes.

« Les rebelles ont commis toutes sortes de bri- « gandages.De Laval à Sablé, le chemin est couvert « de plumes d'oie : ils dévastent tout et n'ont nulles <« provisions; quelques bœufs et moutons seulement « les suivent. Ils ne vivent que de sarrasin, et leurs <« déjections affreuses disent assez le long des fossés € l'état sanitaire de leur armée.

« Des citoyens vont de droite et de gauche pour « s'assurer qu'il ne reste nulle part aucun de ces « bandits. De ceux qu'on trouve, le compte est bon. « Déjà la commune de Ballée en a fusillé six. Cinq « ont été conduits de Meslay à Laval. Les habitants « de Bazouges en ont amené un que j'ai questionné, « et qui m'a dit qu'il ne restait pas, dans l'armée « rebelle, quinze mille hommes en état de porter « les armes. Cet homme est exténué , décharné et « sec comme un balai.

« Salut et fraternité,

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