‹ La Vendée en 1793Chapitre 32 sur 88 · ESNUK-LA VALLÉE, FRANCASTEL · texte numérisé non relu

ESNUK-LA VALLÉE, FRANCASTEL

Proclamation du Conseil général à ses Concitoyens.

« Frères et amis , les Brigands repoussés à Granit ville, poursuivis par l'armée républicaine, n'ont

« d'autre espoir que de regagner leurs anciens re- « paires. Dans leur marche rétrograde ds menacent « notre ville : ils se rappellent qu'ils y sont entres « au mois de juin ; mais sans doute ils ignorent que « nous n'avons plus dans nos murs ces généraux aussi « lâches que malveillants, ces bataillons désorgani- « sateurs et cette foule de faux patriotes qui nous « contraignirent alors à la retraite.

« Frères et amis, prouvons à ces scélérats, par « notre courage et notre résolution, que nous sen- « tons le prix de la liberté. Réunissons nos efforts, « qu'un même esprit uous anime, et bientôt notre « cité deviendra leur tombeau ; bientôt nous aurons « la gloire d'avoir délivré la patrie de cette horde « exécrable qui, depuis dix mois, désole et dévaste « notre malheureuse contrée. Qu'au premier batte- « ment de la générale, tous les citoyens armés ou « non armés se trouvent aux lieux qu'indiqueront les « tambours mêmes, en vertu des ordres de l'état- « major; que tous les cabarets, cafés et autres lieux « publics soient immédiatement et exactement fer- « més, que toutes les boutiques soient closes; que « toutes les femmes qui ont eu le courage de rester « dans la ville se montrent dignes de la belle cause « que nous défendons; quelles portent des cartou- « ches à nos soldats, qu'elles préparent dans leurs « maisons les moyens de résistance dont elles sont « capables; qu'elles montent dans les greniers des « pierres pour écraser les Brigands dans les rues « s'ils venaient à y pénétrer; que les enfants suivent

« et imitent leurs mères; en un mot, que tous les « individus qui sont dans la ville agissent en vrais « républicains et répondent à l'appel de leurs ma- « gistrats.

« Tous ceux qui ne se conformeront pas à ces « dispositions et à ces ordres seront déclarés sus- « pects et punis comme tels, ainsi que tous ceux ou « celles qui garderont dans leurs maisons des mili - <( taires lorsque la générale aura battu, sans les « déclarer à la municipalité.

« C'est par ces mesures pressantes et vigoureuses « que nous déjouerons les projets de nos ennemis « et que nous sauverons notre cité de tous les mal- « heurs dont elle est menacée.

« Vive à jamais la République une et indivisible!

« Fait à Angers, le 8 frimaire, an II. »

Prières, conseils, ordres, rien n'était épargné ; mais la population n'avait pas besoin de ces stimulants. Elle était déterminée à se défendre jusqu'à la dernière extrémité; et dans le feu le plus vif même, pas un Angevin ne manquera à cette résolution magnanime.

Autre affiche qui vaut bien les honneurs de l'histoire; elle est toute personnelle et ce n'est là qu'un fait particulier, mais qui, esssentielleinent, se rattache à l'état général des esprits, et qu'à ce titre il n'était'pas permis de passer sous silence.

Avis placardé sur les murs d'Angers.

Le {» frimaire, an 11.

a Le citoyen Érasme Du Hanlaz prévient ses com- « patriotes qu'il abdique le surnom d'HauteviUe pour « prendre celui d'Unité* »

Un prince avait pris le nom d'Égalité. Sa tête pourtant était tombée sur l'échafaud le 6 novembre ; mais sa famille restait, ses fils restaient, ses partisans restaient. ïls persistaient dans leur plan et leur marche ; les nobles du parti, en province, se mêlant au peuple, espéraient de se mettre et de rester a sa tête en parlant sa langue , adoptant ses symboles et signant sur les murs, en toutes lettres, une ambitieuse abdication.

On remania le calendrier. On se fit égyptien par mascarade. Au lieu de saints pour patrons, on eut des fruits et des légumes. La Thérèse fut sariette et le François potiron ; mais celte dérision eut peu de vogue. Les noms grecs et romains qu'on prit aussi auraient eu plus d'éclat s'ils avaient été pris par d'autres hommes. C'était honte et pitié que nos Scipions et nos Lycurgues. Je vois encore d'ici le chapelier et le papetier qui se baptisèrent du nom de Brutus et de Scévola. Les femmes du Port-Ligny leur faisaient les cornes et le quivola surtout fut longtemps en butte h leurs railleries.

Dans les révolutions, à côté des traits sublimes, il y a toujours bien des sottises. Signaler les excès et en faire ressortir le ridicule, est-ce barrer le chemin à leur retour? Je ne sais!

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