‹ La Vendée en 1793Chapitre 34 sur 88 · CHAPITRE QUATKIKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATKIKMK

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Des canons furent placés sur toutes les tours; chaque pièce fut confiée à une escouade d'artilleurs: ces hommes chargés du service des batteries étaient des canonniers de la garde nationale pris généralement parmi les pompiers, poèliers. serruriers, hommes accoutumés au fer, au plomb, au feu, et parmi les couvreurs, comme intrépides et fermes. Il y avait en outre à Angers un détachement du 8 e régiment d'artillerie de ligne ; chaque soldat devint chef de pièce, pointeur et donna des leçons aux gardes nationaux. On s'exerçait matin et soir, on s'accoutumait à la manœuvre dans un espace étroit, et l'on allait jusqu'à prendre la précaution de comparer les boulets avec le calibre, afin de ne pas manquer son coup à l'occasion, qui ne pouvait plus tarder à venir.

Nous avions deux pièces de trente-six, l'une à la

Haute-Chaîne, l'autre au Château. La première protégeait non-seulement la turcie des Capucins et le faubourg de Reculée, mais le port Ayrault, la porte Cupif, balayant la levée de la Besnardière aussi bien que la rue des Pommiers, jusqu'à la porte Saint- Michel ; la seconde était placée sur la Tour du Diable, tour méridionale de la poite des Champs, vis-à-vis l'Académie 1 et faisant l'angle du Château 2 , audessus des Lices 3 .

Des pièces de huit étaient sur les tours qui flanquaient les portes de la ville. Des pièces de quatre étaient sur toutes les autres tours.

Une batterie de six pièces, dont deux de huit et les autres de quatre, était à Test de la ville , établie dans le chantier de bois de M. Delaunay-Maussion, au port Ayrault. Deux pièces de quatre étaient à l'ouest sur un rempart improvisé, qui, avec un fossé fermait, aux Petits- Murs, le large passage qui va maintenant de l'esplanade du Château à la place de l'Académie.

Tous ces feux étaient croisés et combinés de manière à empêcher l'approche des murailles, lors même que la mousqueterie des nôtres viendrait à se ralentir ou à cesser.

1 L'Académie d'équitation. M. de Pignerol en fui le fondateur. Beaucoup d'Anglais y venaient avant la révolution faire leurs exercices Châtain et Pilt y achevèrent leur éducation.

* Ancienne demeure des comtes d'Anjou. Plusieurs fois assiégé dans les vieilles guerres. Agrandi sous Philippe-Auguste et sous Saint-Louis. — Il existe encore avec ses dix-sept grosses tours.

3 Les Lices étaient le lieu où sous le roi René avaient lieu les tournois. La statue de ce roi, faite par David, est sur un terrain qui dépen dait du Champ-Clos.

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Le 2 décembre, on demanda des hommes de bonne volonté pour aller sur la route de Paris, aux Mortiers, entre deux marais, faire une tranchée 1 : de bons citoyens en grand nombre s'y rendirent; je les suivis ainsi que d'autres enfants; on nous donna des pelles, des pioches, des brouettes, on nous distribua du pain de munition, et arrivés là vers midi, nous n'en revînmes qu'à la nuit, quand la redoute fut faite. A dix ans nous étions citoyens!

La terre rejetée en arrière formait un rempart à l'abri duquel on braqua deux pièces de quatre.

En avant et jusqu'au chemiu de l'Épervière 2 , on abattit les arbres; on en fît de même dans tous les chemins de traverse, et l'on intercepta autant qu'on le put tous les passages, afin d'arrêter l'artillerie et la cavalerie ennemies.

Les Brigands étaient à Suette et à Pellouaiiles, bieu las. Ils y passèrent la nuit 3 ; nul de nous ne les y alla chercher et pas un éclaireur ne s'éloigna seulement jusqu'aux Gruyères*.

A la veille des grandes scènes de carnage il n'est pas rare de voir régner dans les deux camps un silence

1 Les Mortiers : maison de campagne à une demi-liene de la ville. Les marais ont été en partie desséchés, en partie transformés en une belle pièce d'eau,

* U Epervière, fontaine d'eau minérale en ce temps-là très-fréquen-

tée et pleine de vertu à ce qu'on disait II s'y faisait, à l'époque des Eaux, des parties charmantes.

3 Suette, à cinq lieues d'Angers, a l'embranchement de la route de Durial eldeBaugé. Pellouailles à deux lieues,

* Maison de plaisance à deux kilomètres des Mortiers.

profond et solennel. On se recueille, on s'apprête , on rassemble ses forces. L'àme sonde l'abîme où bientôt peut-être elle va tomber. Si d'un côté b victoire apparaît, la perte est de l'autre; et dans cet affreux doute, dans ce mystère impénétrable, il y a peu d'éléments pour des éclats de voix et de légères causeries.

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Deux grandes préoccupations excitaient l'autorité: nourrir la ville, affamer l'ennemi. Deux idées résumaient la vie du peuple : manger et se battre. On publia k son de caisse l'arrêté suivant :

Le Conseil général à ses Concitoyens. — iO frimaire, an II.

« Le conseil-général du département de Maine- « et-Loire, considérant que, dans les circonstances « critiques où nous nous trouvons, il est de la pru- « dence de prendre, sans délai, les grandes mesures « de sûreté générale;

« Après avoir entendu le procureur- général;

« Arrête ce qui suit :

« 1. Tous les habitants des faubourgs feront transit porter en ville soit dans les maisons des citoyens « de leur connaissance , soit dans les endroits indice qués par la municipalité, tous les blés, farines, « foins et fourrages qu'ils peuvent avoir chez eux; « toutes les échelles, tous les cordages, tous les « moyens quelconques d'escalade.

« 2. Les habitants qui conduiront leur blé ou « leurs farines au magasin des subsistances rece-

« vront un bou des quantités qu'ils auront fournies. « Ces objets leur seront payés; ou dans les cas où ils « boulangeraient eux-mêmes, il leur sera remis k c compte, toutes les semaines, la quantité de farine « qui sera jugée nécessaire pour la consommation « de leur ménage. Il sera également donné un bon « pour les fourrages déposés au magasin militaire,

« aGn d'assurer leur payement.

«i 3. Le présent arrêté sera exécuté immédiate- « ment, et ceux des habitants qui y contreviendraient « seront tout de suite traités comme suspects.

H 4. 11 sera envoyé une copie du présent arrêté à « la municipalité d'Angers, afin qu'elle le fasse exé- « cuter, la rendant responsable des événements qui « pourraient résulter de son inexécution ; et afin « qu'aucun des habitants n'en puisse prétendre cause « d'ignorance, il sera imprimé, affiché et publié « dans tous les faubourgs de la ville.

« VILLIER, président;

« VIAL, procureur général ;

« LETOURNE AU, secrétaire;

« Vu et approuvé par nous, représentants du peuple, « près de l'année de l'Ouest ;

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