‹ La Vendée en 1793Chapitre 40 sur 88 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

Deux colonnes s'étaient réunies pour venir h notre secours, celle de Rennes et celle de Cherbourg. La colonne de Cherbourg, qui avait, dans sa marche, ramassé les bataillons de Caen, de Saint-LÔ, de Vire, d'Avranches, était commandée par le général Tilly ; la colonne de Rennes, qui, aux troupes battues à Antrain, joignait des renforts de Vannes, deQuimper, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo, de Dinan était commandée par Rossignol.

A Châteaubriant, et par le bon plaisir des représentants du peuple, Rossignol prit le commandement des deux colonnes : vous le savez, je l'ai déjà dit.

Sous Rossignol, c'est Marceau qui dirige les mouvements militaires ; près de Marceau est Kléber , qui est le grand inspirateur.

Ces troupes, entrées à Angers le 4 et le 5 décem-

bre, furent, après un repos de deux jours, dispersées en grande partie, pour aller à la piste des Brigands.

Quelle route suivaient les royalistes? Un de leurs chefs, Piron, aurait voulu les entraîner versSaumur, où les républicains n'étaient pas en force et où, passant la Loire , ils seraient promptement rentrés dans leur chère Vendée. Mais le général Moulin, qui était aux Ponts-de-Cé, fît couper le pont de Sorges; et comme l'Authion débordé couvrait la vallée, qui est là, souvent, large d'une lieue, on renonça a ce plan; on prit par Suette et Ton y coucha dans les nuits des 4 et 5, à l'embranchement des routes de Durtal et de Baugé.

Prendre par Durtal était dangereux. Là, il y avait Bouin-Marigny avec une colonne de cavalerie qui avait déjà tué beaucoup de monde; il y avait un pont qu'avait coupé le général Chabot, venu d'Aleuçon et du Mans, et dont il gardait la tête, sous le château des anciens ducs de Liancourt. Chabot avait avec lui peu de monde, mais les Vendéens l'ignoraient; ils le croyaient accompagné de sa demi-brigade avec de la cavalerie et de l'artillerie : ils évitèrent donc ce passage et s'engagèrent, le 6 au matin, par la route de Jarzé , incertains qu'ils étaient encore de savoir si par Baugé ils gagneraient La Flèche, ou bien s'ils s'en iraient par Tours. Point d'idée arrêtée, point de carte, presque plus de munitions; ils avaient mis des cailloux dans leurs canons au lieu de boulets, et pour avoir de la poudre ils ramassaient celle qui tombait de la giberne et de la poche des morts.

Le courage surtout avait fini par leur manquer. Ils avaient les yeux creux, le front pâle; ils ne se disaient plus une parole ; ils marchaient sans plus tenir ni de direction, ni d'ordre Ce n'étaient plus là les Vendéens de Torfou, de Chollet, d'Antrain, de Dol ; ils étaient ruinés, exténués, hors d'haleine. Ils jetaient leurs fusils , dans la pensée qu'on n'en voulait qu'aux chefs et que si eux, paysans déguenillés, on les trouvait sans armes, on leur laisserait la vie, on les renverrait dans leurs foyers, on leur ferait grâce.

Hélas! quand on en trouvait, on les fusillait.

Les chefs dirent : « Qu'on ne distribue de pain qu'à « ceux qui auront leurs fusils. > Mais la désertion n'en fut que peu ralentie; il y eut même des capitainesqui renoncèrentà suivre : dece nombre fut un des Beauvollier ; l'aîné des frères, coupé de sa bande par nos hussards, se jeta à l'écart et quitta l'armée catholique. Sa femme et sa fille étaient à Angers, prisonnières; peut-être que le désir de les sauver le fil penser à se soumettre. Le deuil et l'amour le poussèrent à ce qui fut nommé une trahison.

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Bouin-Marigny avait été détaché de l'armée de Rennes à la sortie deChâteaubriant. Il passa comme Tilly par Ségrè et le Lion ; mais au lieu d'arriver à Angers, comme Tilly aussi, par la route directe de la Membrolle, il continua par Champigny, Châteauueuf, Sablé, La Flèche, afin d'éclairer ce pays, de gagner

Durtal et Bourgneuf , et de prendre à dos les Brigands sur la route de Paris.

Il marcha jour et nuit, fit des prodiges de résolution et de vitesse, et se trouva déboucher par Pellouailles, le 5 décembre, au moment où l'armée royale, ayant levé le siège, se rejetait en arrière vers ce point-là même où elle était bien surprise de rencontrer déjà un si rude ennemi.

Marigny n'avait avec lui que trois escadrons de chasseurs, et cependant, au premier moment, il eut quelque avantage; il prit un Vendéen, Richard, un des chefs; mais, ayant vu qu'il s'était battu valeureusement, il ordonna aux chasseurs de l'épargner, et lui cria d'une voix émue : « Va-t'en libre à « Larochejaquelein, et dis-lui que c'est là com- « ment les républicains traitent ceux qui, au champ « d'honneur, se conduisent aussi bravement que « toi. »

Larochejaquelein, ne voulant pas se laisser gagner en courtoisie, lui renvoya, de son côté, deux chevaux qui venaient de lui être enlevés et qui avaient encore ses pistolets à l'arçon de la selle. C'était là une singularité chevaleresque qui ne faisait pas loi à cette époque, et un exemple qui trouvait peu d'imitateurs. Tuer et piller étaient plus de mode.

Tout en se faisant des politesses, Larochejaquelein et Marigny n'en chargèrent pas moins, quelques heures après, T un sur l'autre, à bride abattue. Le Vendéen était soutenu par deux pièces de 4. Un boulet frappe et renverse Marigny; il roule dans le sang et la neige.

et crie à ses gens : « Achevez-moi ! » et ils l'achèvent.

Privés de leur chef, les chasseurs s'enfuient à la traverse par Saint-Sylvain, le Perray, Ville-l'Évèque; ils passent le Loir, et, par Soucelles. Huillé, Daumeray ; les uns, par la campagne, les autres, le long de la rivière, ils atteignent Durtal, où ils se réunissent aux sept ou huit cents hommes du général Chabot.

Ce fut pendant ce temps-là que les bandes royalistes se développèrent sur la grande route, marchant vers Suette.

Larochejaquelein est en tête, dispersant les gardes nationales qui, de toules parts , s'étaient levées pour barrer le passage aux Brigands: il les dissipe comme des nuages. Stofflet, qui venait après lui, commandait le centre, et Piron, qui, une fois ce mouvement imprimé, s'empara du commandement de l'arrièregarde, eut fort à faire avec nos partisans qui, déjà, se précipitaient sur ses talons; il parvint, non sans peine, à les contenir et à les repousser pendant quelques heures.

C DXIXTII I

Le 6 décembre, après de longues discussions qui eurent lieu à Angers, chez les représentants, à l'hôtel Maquillé, où avaient été appelés les généraux, les chefs de nos gardes nationales, et môme aussi des membres du Conseil général du département, du Comité révolutionnaire et de la municipalité; après une enquête longue sur l'état des bataillons, des armes, des approvisionnements et des esprits , trois

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