TOME U
parts furent faites des troupes : une colonne, commandée par Rossignol, dut retourner en Bretagne; l'autre, sous le commandement de Kléber, prit parle faubourg Bressigny et filant parla levée, rétablissant le pont de Sorges,et, en partie,prenant aussi parBeaufort, fut destinée à préserver Saumur et à harceler les Brigands par la droite; la troisième, ayant Tilly pour chef, marcha sur Pellouailles et sur Suette. Muller, Vial, Delaage étaient de cette colonne. Westermann, qui en formait la tête, avait pris les devants dès le soir de la veille et pressait Piron l'épée dans les reins.
Marceau avait le commandement général des deux colonnes de Tilly et de Kléber; il était le plus jeune et ne prenait, du rang suprême, que le titre. Pour toute décision, il s'en remettait à ses aînés, surtout à Kléber, qui était son ami, comme on l'a vu, et pour lequel il faisait pr ofession d'une estime si profonde.
Kléber, Marceau, Marigny étaient toujours suspects aux représentants. Haxo, de même. La destitution et la guillotine ne cessaient pas d'être suspendues sur leur tête. Mais rien n'y faisait, rien ne les ébranlait, rien n'altérait leur républicanisme; ils étaient patients, quand même ; au milieu des délations et des obstacles, ils allaient toujours, se fortifiant les uns les autres et servant le pays avec un dévouement sans bornes, en dépit des espions qui les entouraient et qui n'attendaient qu'un signe pour devenir leurs bourreaux.
0 vertu sacrée ! ô noble amour de la patrie, qu'ètesvous devenus? Où est chez nous maintenant cette abnégation dans le courage? Qui serait prêt aujonr-
d'hui à de pareils et si grands et si entiers sacrifices !
Marigny venait d'échapper à la disgrâce par une mort glorieuse. Les représentants, frappés de cette fin prématurée, et revenus, par elle, de leur prévention ou de leur envie, arrêtèrent que ses chevaux, ses armes, ses équipages de guerre seraient, au nom de la Nation, délivrés, en pur don, à son fils.
Kléber, suspendu un soir de son commandement, fut, le lendemain , réintégré. Haxo ne fut aussi qu'un moment hors de grade; il apprit en même temps, à l'armée de la Basse-Vendée où il était, qu'il avait été destitué et rétabli par le Conseil exécutif.
Marceau répétait sans cesse à Kléber : « Je prends « sur moi seul la responsabilité, à toi la gloire. » Mais ils luttaient de générosité : « Si tu meurs, répli- « quait l'autre, je ne veux pas te survivre. »
Jamais une heure de repos ni de sûreté, tel était le sort des plus braves généraux de la République.
Ne les plaignez pas trop; faites comme eux. Ils ne voyaient que les dangers de la patrie et ils pardonnaient aux représentants leur erreur par le sentiment qu'ils avaient des difficultés de la situation, et des craintes, en effet, que pouvaient donner bien des lâchetés ou des trahisons des chefs d'armée.
À l'égard de Rossignol , il était sans excuse , car il était sans capacité, ni vrai républicanisme. Lesgrandes fonctions qui lui avaient été imprudemment confiées ne faisaient qu'élargir le champ de ses machinations. Il était cutouré de sots , de lâches et de coquins, Rouyer en tète. H écrivit lettres sur lettres à la Convention, au
Comité de Salut Public, au ministre, sur les Mayençais et tous les braves que la fatalité mettait sous ses ordres. 11 ne traitait Marceau que de petit intrigant. Il disait : « Les soldats sont bons, mais les chefs ne « valent rien. » C'était leur opinion qu'il voulait dire, qu'il trouvait mauvaise, au-dessous de la sienne. Mais le fait est, et j'insiste, en disant et répétant, que tous ces admirables chefs, comme militaires, étaient aussi de chauds amis de la liberté, fidèles au drapeau national, et poussant la valeur et le dévouement jusqu'à l'héroïsme. 11 n'y avait de mauvais et de morveux que Rossignol lui-même, et surtout Danican, qui étaieut les principaux artisans de tous les troubles des armées de l'Ouest et de toutes les calomnies.
CIKXXII
Danican fut destitué, il n'eut pas d'autre punition. J'ai dit plus haut qu'après mille aventures, il s'eu était allé bassement mourir à Londres, après avoir jeté sa bave de loup enragé dans des brochures qui infectent encore les rayons de nos bouquinistes.
Quant a Ménard, le lendemain du siège, il fut repoussé dédaigneusement par Rossignol, quand il se présenta au déjeuner du général en chef, pour rendre compte de la défense. On le traita plus que froidement à l'état-major, on l'abreuva de dégoûts et on le renvoya vite à son corps, à Metz, d'où il fut tiré, mais à long temps de là, pour être , sur l'indication de Révellière-Lépeaux, chargé du com nandement de Paris sous le Directoire.
Ne l'oublions jamais, Ménard sauva la ville : j'ai demandé pour lui une statue; qui en a mieux mérité une? Cette proposition, je dois le dire, a été fort bien accueillie dans la nombreuse assemblée où je l'ai faite; mais quelle suite a-t-elle eue? aucune. A Angers, on a de beaux élans, on a quelquefois de belles paroles, mais c'est tout, on ne va pas plus loin, c'est un feu de paille.
On fait des quais, des ponts, un abattoir, des routes, et tout cela est bon; mais pourquoi pas aussi des monuments? Vivent les intérêts matériels, je n'y suis certes pas étranger , j'y vois le bonheur du peuple et j'y pousse; mais le complément c'est l'art, l'idée, la gloire!
Ne tombons pas dans l'abrutissement, l'avilissement par l'oubli des services rendus, par l'ingratitude.
Ne nous enfouissons pas dans d'ignobles appétits, et relevons notre âme par de nobles desseins, par des actes qui donnent un but auguste et de l'éclat à la vie.
Il ne manque pas d'hommes : Volney , Desjardins, Ménard, Beaurepaire, sont en tête de nos illustrations, et jusqu'à ce qu'on leur ait donné une marque signalée de respect et d'amour, je ne cesserai de réclamer et de me plaindre.
Ah! vous ne faites rien pour les généreux pères de la liberté angevine!
Dites-moi donc la raison d'une si lâche apathie.
Est-il vrai qu'il n'y ait au fond des cœurs que jalousie odieuse et qu'indifférence?
A Rouen, à Lyon , à Bordeaux , à Lille , aux Andelys, partout on érige à l'euvi des statues à l' héroïsme et au génie. J'en ai vu ériger à Strasbourg, à Laval, à ISantes, à Saint-Malo, à Rennes. Eh quoi! malgré tant d'exemples, à Angers, rien?
A Angers tout est sec et morne quand il s'agit de récompense pour les patriotes et les braves!
0 ma ville natale et bien-aimée, entends ma voix, sors du sommeil , secoue tes routines et tes langes, honore ceux de tes enfants qui se sont fait un nom dans les arts, l'éloquence, les armes! aie de l'encens pour tes bienfaiteurs, paie-les de ton affection franche et dévouée, fais que leurs nobles traits revivent dans tes murs par le bronze et le marbre !
Ton artiste est là, toujours prêt, David est là, te dis-je, appelle-le, il ne se fera pas attendre. Tu t'acquitteras de ta dette par lui, tu grandiras par eux, tu ne vivras que par eux, car serait-ce vivre, ô ciel ! que de rester courbée dans la torpeur, le billon, l'usure, et de végéter dans l'avidité, Tégoïsme ou l'incurie?
CDU
Tout le monde voulait avoir été au siège d'Angers. Rouyer, qui commandait la place de Rennes, et qui, à Châteaubriant, avait failli être, par ses lâches propos , la cause de la plus terrible catastrophe, écrivit au Comité de Salut Public comme s'il avait été pour quelque chose dans la défaite des Brigands. Sa lettre n'était qu'un tissu d'audacieux mensonges. Il disait comme Rossignol : « Qu'on épure les officiers et ça
<« ira! » Le système des sans-culottes élait de tout réduire dans l'armée à des chenapans, afin de se vautrer à leur aise dans cette lie.
La grâce , l'élégance , l'éducation, l'intelligence, formée et développée , la science , le vrai courage , compagnon de la philosophieet de l'humanité, étaient autant de crimes. De sots scélérats, des hommes pervers , ne voulaient asseoir la sécurité que sur des formes grossières, que sur la haine. Il y a des insensés et d'abominables gens qui rêvent encore des mesures pareilles, qui pensent à l'établissement d'un régime qui serait la honte de la France .et sa ruine.
Je les voue à l'infamie.
Mais ils ne régneront pas.
Les esprits ont pris un essor qui nous garantit de ces horreurs.
Nous aurons la République, non le sans-culottisme; nous aurons un ordre social régénéré, mais non le communisme.
Le mal qu'on redoute est impossible.
L' avènement du bien est proche !
La liberté toujours, la terreur jamais!
G Bill
Les officiers de l'armée de l'Ouest envoyèrent l'adresse suivante à la Convention, le lendemain même du siège :
a Citoyens représentants, « Depuis que nous remplissons la triste fonction
« de combattre et de détruire nécessairement des « Français dans la Vendée, voici la seconde fois enfin « que nous avons la consolation de nous trouver avec « des citoyens qui soient véritablement dignes d'être « appelés nos frères et d'être décorés du glorieux « nom de républicains.
« Nous sommes maintenant si accoutumés à ne « trouver partout que de l'artifice et de dangereux « dessous de cartes, qu'en vérité nous pouvons bien « regarder comme un vrai phénomène tout ce qui « vient de se passer de beau sous nos yeux pendant « les deux jours derniers qu'a duré le téméraire siège « d'Angers par les audacieux Brigands qui, non con- « tents d'avoir été vigoureusement mis en déroute à * Granville il y a trois semaines , ont encore voulu « l'être aujourd'hui à Angers.
« Le 12 de ce mois de frimaire ils bivouaquèrent « à une lieue de cette ville du côté de La Flèche. Sur « cette nouvelle on battit la générale à Angers, et « tout fut bientôt sur pied, citoyens comme soldais. « On se prépare à faire une vigoureuse résistance , « et l'on détache un corps armé de cinq à six cents a hommes pour aller conduire une pièce de canon « aux Ponts-de-Cé , qui étaient défendus par trois u mille hommes.
« Le 15, à dix heures du matin, les Brigands at- « taquent. Nos canons les reçoivent pendant que « l'armée et tous les citoyens de la ville se rassemblent « et se rendent respectivement aux différents postes « assignés par les généraux. Le feu tout aussitôt
« éclata dans plusieurs maisons des faubourgs que « les Brigands auraient pu prendre pour leurs retran- « chements.
« C'était une précaution donl on s'était habilement « avisé avant leur arrivée , pour leur ôter le plus « d'asiles possibles dans le voisinage de la ville. Ils « n'en trouvèrent pas moins un ci-devant couvent et « plusieurs grandes maisons en état de les recevoir, « tout vis-à-vis l'hôtel de la commune, qui donne « précisément sur le rempart, non loin de la porte « Saint-Michel, qui aboutit à la route de Paris, que les « Brigands avaient en leur pouvoir. Déjà ces malheu- « reux fusillaient et canonnaient la ville, et la muni- « cipalité surtout, avec une ardeur indescriptible. « Nous leur répondîmes sur le même ton, et cela dura « toute la journée, une partie de la nuit et les trois « quarts et demi du lendemain, ce qui les lassa et « finit par les mettre en déroute.
« Voilà en deux mots le résumé de la nouvelle « tentative de la horde exécrable que depuis sept à « huit mois, sans trop savoir pourquoi, nous avons « tant de mal à exterminer. Mais voici maintenant de « quelle belle manière nos magnanimes frères d'armes « d'Angers se sont illustrés dans cette épineuse af- « faire, et nous ont aidé à les délivrer du fléau d'un « assaut que, d'après toutes les funestes expériences « réitérées du trop triste passé, nous avions tout « lieu de craindre et pour la République et pour eux « et pour nous.
« D'abord les officiers municipaux , dans la cour
« desquels il y avait une assez forte partie de notre « armée qui combattait par bataillons tour à tour sur « les remparts, se trouvèrent tous en écharpe sur « leurs portes quand nous entrâmes chez eux pour « les défendre. Us nous reçurent très-fraternellement a et ne nous laissèrent manquer de rien de ce qui « était en leur pouvoir, tant pour la défense générale « de la place que pour les desseins les plus minutieux « de tous les individus de notre troupe. On leur doit « les plus grands éloges et en même temps la plus « grande reconnaissance pour le zèle et Tardent part triotisme qu'ils ont tous montré dans cette occasion « décisive. Us ne s'écartèrent pas un instant de leurs « postes ni jour, ni nuit, disant et répétant bravement « à qui voulait l'entendre, qu'ils avaient juré d'y « mourir, et qu'eux, ainsi que tous les habitants n d'Angers, étaient disposés à s'ensevelir sous ses « murs plutôt que d'ouvrir leurs portes aux criminels « assiégeants.
« On jugea à propos de hérisser de petits sacs de « terre les rebords des murailles qui sont trop basses « pour favoriser le soldat assiégé pendant qu'il observe « l'ennemi ou qu'il charge son arme. Tout aussitôt, « les bons magistrats se répandent dans les différents « quartiers de la ville, pour en solliciter des femmes, a et, en moins d'une heure, on en vit arriver de toutes « parts.
« On leur fit entrevoir que , pendant que le soldat « se battait, il ne pouvait pourvoir à sa subsistance; << ils firent aussitôt proclamer, au son de la caisse,
« dans toute la ville, qu'on eût à leur faire des soupes
f pour les substanter ; niais leurs ordres étaient déjà
« prévenus par l'humaine sollicitude du patriotisme
« rare des respectables femmes d'Angers. Déjà, les
« rues étaient pleines de ces dignes femmes qui s'en-
« trechoquaient et couraient vitement aux remparts,
« des terrines pleines de soupe à la main, pain et vin
« sous le bras, pour restaurer un peu, disaient-elles,
<i leurs braves défenseurs.
« Grâce à l'empressement, à la tendre humanité,
« à la grande affluence de toutes ces citoyennes, si
« bien méritantes de la patrie, toute notre armée fut
« en très-peu de temps pourvue de subsistances, et,
« ainsi encouragé au combat, chacun de nos soldats
« devint à l'instant, pour les Brigands, un lion terri-
« ble qui aurait voulu sortir, s'élancer et foncer sur
« eux pour les exterminer tout entiers de sa propre
«. main, sous les yeux attendris de ces magnanimes
« bienfaitrices, que ni les balles ni les boulets, qui
« passaient par milliers sur leurs têtes, n'intimidaient
« aucunement, ne voyant que le salut public et celui
« de leurs chers volontaires dans leur entreprise
« courageuse.
« Ce sublime trait de la part de cette portion déli-
« cate et chérissable de la République mérite bien
« assurément qu'il en soit fait mention trôs-hono-
« rable dans les fastes illustres de notre bonne patrie,
« (Test pourquoi nous nous sommes chargés nous-
' « mêmes de vous en faire la description. La solli-
« citer de vous, cette mention, est notre but. La
« reconnaissance nous y oblige. Il nous semble trop « en cette circonstance que les Angevins et les Ange- « vines sont à distinguer du commun de bien des « républicains, qui n'en ont que le nom , pour ne pas « nous empresser de vous attester les beaux traits de t patriotisme dont nous venons d'être et les témoins <• elles objets, dans l'enceinte de leurs murailles, « espérant bien qu'ensuite vous vous empresserez à « votre tour de leur rendre justice et de les traiter « tout aussi honorablement qu'ils le méritent.
« Comme votre temps est précieux , nous n'en « dirons pas davantage. Ce n'est point des discours <« prolixes qu'il faut ici, c'est de la concision, ce sont « des faits et voilà la relation de tout ce qui s'est « passé de plus remarquable au siège d'Angers ; nous « n'avons plus qu'à garder le silence, vous en savez t assez pour faire votre devoir.
« N'oubliez pas, surtout, qu'un des bons officiers « municipaux qui se sont si bien montrés pendant « le siège d'Angers a été tué d'un coup de biscaïen, « pendant qu'il était en fonctions, et que cette mort « glorieuse est encore plus digne de vos éloges et de « vos apothéoses que celle de l'équivoque Simoneau. »
« GOSSEC, quartier-maître du détachement et lieutenant « de la première compagnie du 7« bataillon de Paris, « au nom de tous ses camarades, étant trop pressés de « partir à la poursuite des Brigands pour réunir « leurs signatures. »
Gossec était le frère du célèbre compositeur de ce nom. Il fit deux cantiques, l'un à l'honneur des Angevins, l'aulre à l'honneur des Angevines, et ces vers
furent chantés partout en chœur, les uns, sur l'air delà Marseillaise, les autres sur l'air desVisitandines.
CDILII
Choudieu, l'un de nos conventionnels d'Anjou, écrivit de Paris, le 17 frimaire, h Aubry, membre du district :
« La liberté ou la mort !
« Je vous remercie bien, mon cher camarade, de « m'avoir annoncé les excellentes nouvelles que « contient votre lettre du 14. Vivent les Angevins « et ces braves gens qui ont frotté l'armée ca- « tholique! Exterminez donc bien vite cette horde « de Brigands, que nous n'en entendions plus « parler.
« Réparation d'honneur à tous nos concitoyens; « j'ai dit bien des fois qu'il y avait peu de patriotes « à Angers; cette fois-ci je dirai qu'il y a dans cette a ville beaucoupd' âmes valeureuses; et vive laRépu- « blique !
« Nous adressons aujourd'hui à l'administration « du département le décret qui pronopee que vous « tous, les citoyens, la garnison, vous avez bien « mérité de la patrie : c'est la récompense la plus « glorieuse de tous vos travaux.
« Continuez à surveiller les malveillants et ça ira « bien.
« Salut et fraternité. Tout à vous et à la pairie. » Le décret de la Convention (du 5 décembre) fut proclamé et afkché dans toutes les rues. La défiance
et, disons-le, la haine qu'on nous avait portée se changeait en amour.
La Montagne était ombrageuse, elle voyait des ennemis dans tout ce qui raisonnait devant elle et semblait hésiter à partir au premier signe.
Angers n'entendait rien à l'obéissance passive : p«is plus au Comité de Salut Public qu'à la Gironde ou au roi.
La république c'était la liberté pour nous.
Dans des heures difficiles les interprétations furent des crimes.
Mais le siège lit voir qui nous élions tous!
Par le courage et la victoire nous conquîmes l'approbation de ceux qui allaientdéfendre l'indépendance de la patrie contre toute l'Europe. Cette grande réconciliation fut célébrée par des banquets, des joies, des chants et des cris mille fois répétés de vive la Nation, vive la Convention, vive à jamais la République !
CDXLIIl
Toute la France s'émut à la nouvelle du siège et de sa fin mémorable.
Plusieurs villes et un grand nombre de sociétés patriotiques écrivirent à nos magistrats pour les féliciter de leur magnanime conduite et des palmes remportées par les immortels Angevins. Je choisis entre vingt de ces pièces un document d'après lequel on jugera du ton de tous les autres.
Adresse de la Société Jacobine et Montagnarde de Mézières et de Libre-Ville (Cliarleville) aux Citoyens et Citoyennes d'Angers.
a Mézières, le 26 frimaire, an II.
« Vous avez montré un sublime courage et la « République vous décerne une grande récompense, « car elle vous applaudit de toutes parts.
a Les Brigands ont brûlé quelques-uns de vos « asiles. Eh bien! voulez- vous conserver un beau « monument de votre gloire , laissez épars sur la « place même où ils sont accumulés les débris de vos « paisibles toits. Ils attesteront votre valeur; ils éleca triseront celle du voyageur qui traversera votre a contrée; leurs cendres éteintes allumeront dans « tous les cœurs la soif d'une nouvelle vengeance. n Ainsi dans les siècles antiques de la liberté, les « Grecs laissèrent répandus sur la terre les décom- « bres de leurs temples incendiés par les Perses, « jusqu'à ce qu'ils eussent anéanti l'immense armée « du plus puissant des despotes.
« Dignes soldais de la liberté, vieillards, femmes, « enfants d'une cité immortelle, nous vous louons «• tous avec enthousiasme, vous guerriers magna- « nimes, d'avoir foudroyé ces hordes d'esclaves ; « vous, vieillards, d'avoir recouvré vos forces passées; « vous, femmes, de vous être élevées au-dessus de « votre force, et vous, enfants d'avoir devancé l'âge « des combats!
« Mais quel prodige n'opère pas le g'}nic • .î la « liberté? A son souffle loutdcvient également i ré- « pide. 11 marche, et les satellites des tyrans c rd- « missent.
« Honneurs éternels vous soient rendus, braves « frères et amis, et puissent tous ceux qui vous admi- « rent avoir le bonheur de vous imiter.
« Recevez le baiser fraternel !
« DESG ARCEAUX, président; BÉNISSEIN, ROBERT, « BOURQUIN et CHEVALLIER, secrétaires.»
L'Adresse de Mëzières fut reçue avec des transports de reconnaissance et d'allégresse. Mais un membre du conseil municipal, Coutouly, qui avait les yeux et la bouche de travers mais le cœur droit et l'âme élevée, Coutouly, à la lecture de ces mots : « Les Brigands « ont brûlé vos asiles » , fit et écrivit au crayon sur un papier qui courut dans l'Assemblée des observations que je ne veux pas perdre : « La vérité , voilà « l'âme du républicain ; aussi les habitants d'Angers, « pénétrés de ce principe, doivent avoir à cœur de « détruire le faux et l'erreur qui se mêlent aces flat- « teurs éloges. Les rédacteurs de l'Adresse ont droit « à notre gratitude , mais pourtant il est juste de dire « que c'est nous, nous-mêmes qui, ne voulant pas « que nos maisons servissent d'asile et de retranche- « ments à l'ennemi, en avons fait le sacrifice à la « liberté, et que c'est par nous qu'elles sont deve- « nues la proie des flammes. »
Ces remarques, fort goûtées de tous les officiers municipaux, furent insérées dans la réponse, qui, faite par Coutouly même, F. Grille, Farran, et signée de tous leurs collègues, fut sur-le-champ expédiée à la Société de Mézières.
Les administrateurs du département de Maine-et- Loire firent une invitation pressante aux citoyens :
« Frères et Amis, « Les traits sublimes de bravoure et d'héroïsme « qui ont caractérisé nos braves défenseurs et grand « nombre de nos concitoyennes pendant le combat « de trente-six heures soutenu contre les scélérats « de la Vendée méritent de passer à la postérité. * Nous désirerions les recueillir avec soin et les « transmettre à la Convention ; mais pour remplir « cet acte de justice, si précieux pour nous, il faut « des renseignements, et nous venons, frères et amis, « vous inviter, vous qui avez été témoins de ces ac- « tions inouïes, à nous faire part de tous les détails « venus à votre connaissance , et sur lesquels doit « naturellement se baser le travail que nous proje- « tons. Dites-nous les noms, l'âge, le nombre des « enfants et la fortune de ceux ou celles qui sont « devenus les vrais martyrs de la liberté; désignez, « nommez les citoyens qui pourront attester et garan- « tir ces faits de toute espèce, malheureux et glo- « rieux, qui nous occupent, et comptez sur la grati- < tude et de nous et de tous vos compatriotes. Vive « la République une et indivisible !...
« VILLIER, président,
« Jean VI AL, procureur-général syndic,
« LETOURNEAU, secrétaire. »
Les notes demandées ne vinrent ni aussi vite ni aussi abondantes qu'on l'aurait voulu. Les événe-