‹ La Vendée en 1793Chapitre 43 sur 88 · LES HOMMES · texte numérisé non relu

LES HOMMES

« Louesdon (Louis), canonnier du 8* régiment, eut « le bras fracassé par un boulet ennemi sur le rem- « part, et ses camarades qui le virent chanceler volè- « rent à son secours; mais lui, se redressant: « Ce « n'est rien mes amis, s'écria-t-il , vive la Répu- « blique !... » On l'emporte à l'hôpital, et l'on « reconnaît que sa blessure exige l'amputation du

« poignet : « Coupez, dit-il, en présentant son bras, « coupez; vive la Nation ! » Il subit sans jeter un cri « l'opération et quand elle est faite, un infirmier « veut s'en aller avec la main qui vient d'être séparée « du bras: o Où vas-tu , ditLouesdon ? porte la main « à mon canon et recommaude à mes camarades de « l'envoyer à ces bougres de Brigands. »

« Le lieutenant Perrin, du môme régiment d'artil- • lerie, était au port AyrauU, à la batterie du chan- « tier Delaunay, et pendantqu'il pointait, un biscaïen « siffle et lui enlève l'oreille: « Bravo, c'est excellent « pour un homme de mon métier que d'être sourd. » « Le sang coulait avec violence; il fallut cependant « le prier pour qu'il se décidât à se faire panser.

« Pâtureau (dit Leblois) , fusilier de la 4 e compa- « gnie du premier bataillon de la garde nationale, « ne quitta pas uu instant, pendant tout le siège, le « mur à froid qui masquait en dedans la porte Cupif; « il ne cessa de faire feu sur les Brigands, et pendant « la seconde alerte du second jour, il fut plus de « quatre heures, un genou appuyé sur les tuffeaux, « tirant sur l'ennemi, jusqu'à ce que la nuit fût close « et que la délivrance fût assurée. Trois soldats du 38 e « de ligne furent tués le 1 3 frimaire à ses côtés ; deux « gardes de sa compagnie, Gasnereau et Pilet, furent « blessés le 14, en chargeant son arme et la leur, « qu'ils lui passaient tour à tour pour tirer.

« Tasseau, le tambour, chantait toujours en mon- « tant ou en descendant la garde, en battant la génère raie ou le rappel. C'était un fredonneur et un mu-

« sicien déterminé; il savait par cœur et entonnait à « plein gosier la Marseillaise, la Carmagnole et tous « les airs patriotiques. Une balle lui frise la poitrine, « et, coupant sa bandoulière, lui fait rouler sa caisse « dans la boue; il la ramasse d'un grand sang-froid, « l'élève en l'air d'une main, et de l'autre il bat la « charge, en chantant à tue-tète à la face des Bri- « gands:

« Ah! ça ira, ça ira, ça ira, « Les aristocrates à la lanterne !

« Huet et Maillocheau étaient amis; ils avaient été « au même collège, dans les mêmes classes; ils « étaient dans leurs amours les confidents l'un de « l'autre , et au jour du danger ils ne se quittèrent o pas d'une minute ; on les félicitait de leur bravoure « et de leur bonheur. Le siège allait finir quand Huet t fut atteint dans le corps d'une balle qui le ren- « versa. Maillocheau court à lui et l'emporte avec a trois hommes sur un brancard, le mène chez lui, « le confie à sa femme et remonte sur le rempart « pour n'en descendre qu'après avoir fait sauter le « crâne à trois Brigands qu'il a voulu sacrifier à son « frère d'armes.

« Mauchien le bretteur fut blessé à la porte Sainth Aubin en tirant sur ceux des Brigands qui vou- « laient à coups de hache forcer les chevaux de frise, ce On le panse, on lui met le bras en écharpe, et le « voilà qui d'une seule main se met à recommencer « la fusillade comme de plus belle.

r Un biscaïen tombe dans la gamelle d'une es- « couade, à la porte Neuve ; que fait le caporal (Guil- « loteau)? il prend et la soupe et le plat, et les jette « par dessus le mur au nez des Brigands , en leur « criant : Mangez.

« Poulet (de Précigné) , qui était jeune , auda- « cieux, étourdi, se mit à courir sur le parapet de « Saint- Julien. 11 portait aux Brigands qui étaient à c la Fidélité il leur portait le défi de l'atteindre, et « il dansait en dépit de leurs balles qui brisèrent les « contrevents et les vitres de la maison de Vaugi- « raud, rue Saint-Biaise.

« Prudhomme, grenadier du second bataillon de « la garde nationale, s'élança sur la glace du port t Ayrault avec trois de ses amis : Prévost , Grivet et « Leblond , et il entreprit avec eux d'enlever une t pièce de 4 que les Brigands, mitraillés par la pièce g de 36, venaient d'abandonner sur la levée Besnar- « dière. Us la traînèrent cent pas, mais une charge « de l'ennemi leur fit lâcher prise, et ils furent heu- « reux de rentrer tous quatre sains et saufs dans la t place à la faveur d'une planche qu'on leur jeta sur « la Douve. La glace à demi cassée s'enfonçait sous « leurs pas.

« Beraud et Fardeau, les chefs de bataillon, eurent « leur chapeau et leur habit criblés de balles sur les « tours, et ne manquèrent pas à une des exigences

1 Couvent de filles, alors déserté par elles et qui plus tard fut trans formé en salle de comédie bourgeeise, puis en une salle de danse qu'o. nommait U bal de Terptichore.

« de leur périlleux service et de leur grade.

« Les porte-drapeaux avaient juré de périr plutôt o que de se rendre.

« Tout le monde fit son devoir ; mais on citait « comme s'étanl particulièrement distingués, après « ceux que je viens de nommer, les frères Leblanc, « gendarmes; Granry, qui tenait le four banal rue « Tulibale; les deux frères Cady, boulangers; Ma- «< bile, du port Ligny ; Dogue reau le ferblantier; « Constantin le marchand; Fresneau, de la rue Bo- « din (du Petit-Prêtre); Baudron, de la rue Bau- « drière; Coëssin l'entrepreneur; Restaut, Jahyer, « Chasteau; Renou le marchand de chevaux; le a gros Georget ; Péraudière ; Gohin l'aîné; Boullet; « Goujon l'épicier; Bocage; Bourgeois; Brichet; « Hardet, et le pèreGoubault de la rue Poissonnière, « qui, dans les vétérans , n'avait pas quitté sa pique ( pendant quarante-huit heures. »

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Parmi les officiers du régiment d'Aunis, il y en avait un nommé Brillac. Il était de la Réole. Logé chez une dame noble d'Angers, il passait avec elle presque toutes ses soirées. Mais quedis-je avec elle? c'était avec sa nièce qui n'avait pas vingt ans, mais qui était grande,belle, tendre, et par-dessus tout cela extrêmement spirituelle.

La nièce et l'officier s'entendirent. On mangeait ensemble, on causait, et quand on ne se voyait pas on s'écrivait. 0 doux âge des erreurs, des folies, des

passions, des espérances! Que de confidences on a toujours à se faire! En se quittant on ne manque point d'avoiroubliéquelque chose, et ce qu'on a gardé dans son àme est mille fois plus doux que ce qu'on en a laissé échapper. On prend donc la plume avant de se coucher et l'on passe la nuit à griffonner des aveux, des reproches, des prières qui sont l'histoire de toutes ces liaisons.

Ainsi faisait Brillac. Il trompait la tante en adorant la nièce. Que fera-t-il de cette imprudente? l'épousera-t-il, l'enlèvera-t-il? elle a de la naissance, mais qu'importe, on n'y pense guère et l'on sera trop heureux à ce moment-là de la lui donner. Ce qu'elle a aussi c'est de la fortune, mais compromise et des parties sous le séquestre à cause des parents émigrés Bon, c'est bien. Le jeune officier a un oncle à la Convention et par ce canal il compte qu'il fera arranger les affaires. Il épousera donc, il ne trahira point la foi jurée. Il est ravi et fier de la résolution qu'il a prise, il fixe le jour, il compte les heures, les amants sont dans l'ivresse, tout est prêt, on va signer l'acte; c'est le quatre que le mariage doit avoir lieu devant le maire, c'est le cinq qu'un prêtre caché doit célébrer la messe et couronneres feux des deux enfants.

Enfants, vous dis-je! ils sont trahis du sort! Le 2, Brillac sort de son lit au premier coup de baguette; on bat la générale, il court se mettre à la tète de sa compagnie et l'une des premières balles des Brigands le jette du haut du rempart dans la rue.

Il est blessé au cou, on l'emporte, on croit que ce

ne sera rien. A sa vue la tante s'évanouit, mais la nièce le prend dans ses bras, elle résiste à sa douleur et à ses larmes, elle le soigne, le pause, le réchauffe de tous les noms d'amour; et il ne répond point, il penche la tète sur son épaule, ses yeux sont fermés, il ne les rouvre que pour mourir et les refermer à jamais.

CD Ilf I

J ai promis des notes sur les Angevines. Vous venez de voir les premières, lisez les suivantes :

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