‹ La Vendée en 1793Chapitre 59 sur 88 · tome m · texte numérisé non relu

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en ville en criant : Vive la Nation ! vive la République! et en canonnant vigoureusement les rebelles.

« Les soldats de la liberté se déployèrent sur la place des Halles, tandis que les meilleures troupes des rebelles voulaient encore tenir sur la place de rfiperon.

« Là s'engagea le combat le plus sanglant à coups de fusil et a coups de baïonnette. Le désordre et la terreur se confondirent dans les rangs ennemis. Les défenseurs de la République en firent un grand carnage dans nos rues ; ils chassèrent le reste, et poursuivirent avec acharnement les bandes vaincues sur la route de Laval.

« Plus de cinq mille de ces monstres sont sur le carreau. Nos places, nos rues, nos ponts étaient encombrés de leurs cadavres infects : plus de dix mille ont mordu la poussière le long de la route du Mans à Laval.

« On leur a pris plus de quinze pièces de canon et plus de moitié de leurs caissons, de leurs bagages avec un immense butin, fruit de leurs pillages.

« On leur a fait un grand nombre de prisonniers de tout sexe. A chaque instant on en amène dans nos prisons; souvent on en fusille. Les patriotes des communes circonvoisines les arrêtent par bandes : c'en est fait de ces scélérats. Nos armées triomphantes leur font la chasse sans relâche, et ne veulent cesser que lorsqu'ils auront exterminé jusqu'au dernier.

C'était Marceau qui avait le commandement en chef. Tilly eut avec sa division tout l'honneur de l'affaire.

« Voila un exemple bien terrible pour les conspirateurs : qu'ils apprennent par là à connaître la force des hommes libres; qu'ils sachent donc enfin que la puissance de la République est invincible, et que quiconque osera s'élever contre elle sera infailliblement anéanti, parce que la raison, réunie à la force d'un grand peuple, doit nécessairement renverser tous les obstacles.

« Les guerriers à qui la République doit des succès aussi éclatants, ne pouvaient rester sans récompense et par un mouvement unanime, la Convention, instruite promptement des faits, décrète que l'armée du Mans a bien mérité de la patrie; elle appelle des troupes, extraites de l'armée du Nord, à la destruction totale des infâmes Vendéens. »

Fait à la Municipalité du Mans, Et publié le 2i frimaire an //.

Observations adressées au citoyen Potier, maire du Mans, par VIDAL et VACHOT, l'un lieutenant-colonel du 9 e de hussards, l'autre adjudanl-général commandant l'avant-garde de la division ïilly.

« L'armée des côtes de Cherbourg commandée en chef par le général de division Tilly se composait ainsi qu'il suit :

« L'avant-garde,

« La première brigade ,

« La deuxième brigade.

« L'avant - garde était commandée par l'adjudant-général Vachot. Elle se formait : 1° de cinquante hussards du 9 e régiment, commandés par le

Digitiz

citoyen Vidal ; 2° deux cents chasseurs à pied, dont moitié d'Evreux et l'autre moitié du 19 e bataillon de troupes légères; 3° la compagnie de grenadiers du régiment d'Armagnac; 4° cent hommes du même régiment; 5° cent hommes du régiment d'Aunis 4 .

c La première brigade, commandée parle général Vial, était composée d'un demi-bataillon du 6* régiment, d'un bataillon de la Dordogne , de deux cents hommes de gendarmerie à pied, du 1 er bataillon de Paris.

« La deuxième brigade, commandée par l'adjudantgénéral d'Alancourt, était composée du bataillon d'Aunis, un bataillon de Y Aude, deux cents hommes de gendarmerie à pied et le 2 e bataillon de Paris.

« Cette armée est partie de Fourtoulte le 22 frimaire k cinq heures du matin pour faire sa jonction avec le général Westermann qui était en avant.

« La colonne marchait en bon ordre.

« Nous avons joint Westermann au village d'Arnage, où il avait été forcé de se replier, après avoir tenté d'enlever Pont-Lieue.

« L'adjudant-général Vachot a détaché moitié de son avant-garde, par portion sur la droite du grand chemin, portion sur la gauche.

« L'ennemi arrivait avec rapidité.

« Pendaut le feu, le général Tilly a posté la pre-

1 Aunis et Armagnac étaient à Angers lors du siège. Ils s'y étaient bien conduits ; ils n'avaient été incorporés que depuis dans la division Tilly.

mière brigade à droite de la route, la seconde brigade à gauche : chacune d'elles se déployant ou se resserrant et précipitant ou modérant sa marche selon que l'exigeait la position de l'ennemi, mais tous les commandants ayant pour instruction précise de ne pas se perdre de vue et de combiner l'attaque ou la défense, de manière à ne pas se laisser ni déborder ni enfoncer.

t Cela fait, après une fusillade d'une demi-heure, on a battu la charge et, la baïonnette en avant, on a repoussé l'ennemi jusqu'à la lune de Pont-Lieue.

« Les Brigands s'étant arrêtés à ce poste pour faire quelque résistance, nous avous fait sur eux plusieurs feux de peloton et un feu de file.

« L'adjudant- général Vachot, qui avait été démonté au commencement de l'affaire, était à pied au premier rang de l'avant-garde et à la tête de l'intrépide compagnie des grenadiers d'Armagnac.

c II a fait cesser le feu des Brigands et emporté d'assaut tous les retranchements qui étaient au pont. Rien ne lui a résisté. Ses grenadiers sont venus se former en bataille dans l'allée de grands arbres qui mène à la ville. Un chasseur à cheval de la légion de Westermann est arrivé en ce moment et a intimé l'ordre au citoyen Vidal de faire charger ses hussards, pour soutenir l'infanterie qu'on disait être devaut c'est ce qui a été exécuté sur le-champ.

« Vidal a rompu tout de suite par quatre de hauteur et a chargé avec ses hussards jusqu'à l'entrée de la ville. Arrivé là, après avoir entendu beaucoup de

cris sans pouvoir distinguer ce qu'ils pouvaient être, il a crié de son côté et ses hussards ont crié avec lui : vive la République, Aussitôt des imprécations furieuses ont été vomies contre eux.

« Ne pouvant douter qu'il était, avec ses hussards, livré à l'ennemi et qu'il n'y avait point autour ou devant lui l'infanterie promise, le citoyen Vidal n'a pas voulu reculer cependant; il n'en a pas moins de nouveau chargé les Brigands; mais ceux-ci, enragés d'être assaillis de front par si peu de monde, ont fait sur Vidal et sur sa troupe un feu de peloton si terrible qu'il a fallu se replier sur la colonne, tout en essuyant jusqu'à La Mission un feu de file meurtrier.

« Le général Tilly approchait; il a fait battre la charge dans toute l'armée pour se jeter sur la ville.

« Le terrain a été disputé pied à pied. Le feu a été continuel jusqu'au soir et bien avant dans la nuit.

« Le citoyen Vidal ayant été blessé de deux coups de feu, dont l'un lui a traversé le bras droit, et l'autre la hanche, a été obligé de se retirer avec quatre hussards du 9' qui n'étaient pas moins blessés que lui.

« L'adjudant- généra! Vachot a eu le bonheur de se battre plus longtemps; mais, après avoir emporté la place des Halles de vive force, un coup de feu qui lui a percé la cuisse d'outre en outre l'a forcé à son tour de se retirer.

« L'adjudant général Vandelinck , chef d'étatmajor, l'ayant remplacé, a été de même grièvement blessé et s'est vu contraint de quitter la place; pour

lors le général en chef a fait avancer une partie île la colonne Millier, qui, d'abord mise eu luite, s'était ralliée, et les troupes aux ordres du général Tilly, étant entrées dans le Mans de toutes parts, n'ont pas cessé de tirailler et de poursuivre les ennemis.

« Je ne puis vous donner des détails certains que jusqu'à cette époque.

« Le général Tilly, étant parti sans débrider pour harceler et hacher les Brigands, ne nous a pas l'ait part de la suite de ses succès.

« Ce qu'il y a de positif, citoyen maire, c'est que Rossignol n'a pas, comme vous l'avez cru, contribué au résultat heureux de cette grande journée, attendu qu'il est destitué depuis quinze jours et que c'est le général Marceau qui le remplace \

« Veuillez bien observer aussi dans la rectification de votre récit, rectification que la justice et la vérité vous imposent de faire, que l'armée de Cherbourg seule a délait les Brigands, et qu'il n'appartient point à d'autres corps de s'en attribuer la gloire.

« Nous sommes avec fraternité vos dévoués concitovens,

« Le lieutenant-colonel Théodore VIDAL, « l'adjudant-général VACHOT. >•

Le maire s empressa de faire lire cette pièce dans tous les carrefours du Mans, le 25 frimaire.

1 Rossignol n'était pas destitué, mais appelé à un autre commandement.

Lettre du citoyen l.KLRU au représentant Philippeaui.

« Le Mans, 25 frimaire.

« Les Brigands sont battus, exterminés; s'ils ont a obtenu quelques avantages, c'est lorsqu'ils sont c tombés en masse contre des poignées de nos gens. « Mais pour un combat où ils sont victorieux, il y en « a dix où ils sont vaincus.

« Les horreurs qu'ils commettent les font détes- « ter des plus simples, qui d'abord croyaient à leur « vertu.

« Les saints prêtres sont maintenant estimés par a tout le monde à leur juste valeur. Les yeux sont « ouverts ; personne ne reconnaît plus en eux des « ministres d'un Dieu qui défend de prêcher sa docte trine les armes à la main; d'un Dieu qui recom- « mande la patience , la soumission et l'obéissance ci aux autorités d'un État, quelque injustes qu'elles « puissent être; mais des monstres, mais des prêtres « de la méchanceté, vomis par l'enfer pour exercer « le crime sur la terre et l'ensanglanter de toutes « parts. Nous les jugerons à leurs œuvres.

« Les nobles ne lèvent leur tête orgueilleuse que « parce qu'ils sont soutenus par eux. D'une main, ces * prêtres blasphémateurs donnaient des armes aux « malheureux habitants des campagnes en leur pré- « sentant de l'autre un Christ qu'ils leur proposaient « de défendre. Ils sont la cause de tous nos mal- « heurs.

Ceux qu'ils ont plongés dans l'abîme ne peuvent,

t manquer de les accuser de leurs maux et de les « punir de leurs forfaits.

« Nos paysans en tuent tant qu'ils en rencontrent.

« ledru ». »

TURREAU et PRIEUR, à Francastel.

Le 25 frimaire an II, à 40 heures du soir.

« Nous profitons de la victoire ; le cœur de l'ar- « mée royale est entamé. Partout les communes « s arment contre les Brigands; tout est bon pour les « combattre : piques, faux, serpes, tout sert , tout « tue. On nous amène à chaque instant des prison- « niers. Les Brigands ne resteront pas à Laval; ils se a portent sur Candé : veille sur Angers encore et sur « la Loire ; leurs pertes sont incalculables. Mais voilà (« notre armée qui défile sous nos yeux. La joie et le « patriotisme remplissent toutes les âmes. Quoique « nous n'ayons pas autant de souliers que de soldats, « tous marchent en chantant, chaussés ou non. Nul

ne veut rester en arrière : Aux Brigands ! aux Bri- « gands ! au feu ! au feu ! c'est un délire ! »

i André-Pierre Ledru était moine à la révolution ; il prêta serment et fui curé de la paroisse du Pré, au Mans; mais il remit bientôt ses lettres de prêtrise, et se livra sans réserve à l'enseignement et à la pratique des vertus républicaines.

Il avait fait un discours contre le célibat des ecclésiastiques ; plus tard, il suivit le capitaine Baudin dans sa première expédition maritime, et publia un Voyage de TénérifJ'e en 2 volumes.

Il avait de précieux documents sur la révolution, sur les Vendéens, sur les assassinats commis par les Chouans. Je suis parvenu à m'en procurer quelques-uns, et je les ai insérés dans ce volume ; mais un plus grand nombre, enlevé à sa mort, n'a plus reparu.

Francastel, en recevant cette lettre, ordonnaqu'on ajoutât partout aux fortiûcations d'Angers et surtout à la porte Cupif : « Si les Brigands , dit-il , « veulent passer la Loire, il faut que ce soit dans la « barque à Caron. j>

Les Commissaires de la salubrité publique, au district du Maus.

« Citoyens,

« Le passage des Brigands dans notre cité a laissé « après lui des traces contagieuses qui ont engendré « une épidémie dangereuse.

« Le conseil de la commune, occupé et dans une .< surveillance active des besoins de ses administrés, « a créé un Comité de sûreté composé des officiers « de santé, de membres de la Société pupulaire, de « celle des Arts et du bureau de Charité.

« Ce Comité a rempli les fonctions honorables et « importantes dont il a été revêtu. Des cadavres ont m été retirés des rivières. Les ponts ont été fouillés, « les fosses où étaient renfermées ces victimes du « fanatisme rechargées.

« Les places, les rues, les maisons tant publiques « que particulières, ont été vidées de fumier et d'im- « mondices. Des moyens ont été pris pour diviser « les malades et empêcher la communication ; des « mesures ont été prises pour faire venir les remèdes « et tous les objets nécessaires.

a Mais, citoyens, si les soins que nous avons pris « pour préserver notre ville de la contagion nous

« font espérer un résultat satisfaisant, il nous reste « des inquiétudes sur les environs. A quoi nous ser- « vira de purger l'air de miasmes putrides qui Ternie poisonnent si tous les lieux circon voisins en sont « infectés?

« Hier au soir, il nous fut rapporté que près le bois << de Pannetière il y avait dans uu champ une femme v qui était déterrée jusqu'à moitié du corps et qui « exhalait les odeurs les plus cadavéreuses.

« Le long de la route de Chassilly, cet exemple est « souvent répété. Des morts sont restés dans des « fosses à moitié couvertes de terre; d'autres ont été « enterrés dans des fosses peu profondes; d'autres « enfin, exhumés par les loups etleschiens, donnent k « l'air cette putridité que nous cherchons à écarter.

« Nous vous demandons, citoyens, de vouloir bien « écrire une circulaire à toutes les communes du res- « sort et notamment à celles qui sont situées d'ici à u Chassilly *, à Pont-Lieue, à Sainte-Croix, Saint-Pa- « vin, pour leur ordonner : 1° de faire visiter par * des commissaires tous les lieux où les Brigands « pourraient être inhumés et les faire charger de « terre au moins à \ pieds de hauteur ; 2" de faire « sonder les puits et les rivières sur tous les points de « leur passage et de faire inhumer à 6 pieds de pro- « fondeur les cadavres qu'on y trouvera; 3" de rc- « commander aux commissaires de se munir d'herbes « fortes, d'ail, de vinaigre, pour éviter d'être frappés

» Chassillé.

« des exhalaisons contagieuses des corps qu'ils pour « raient découvrir,

« Au Mans, ce 25 frimaire, an II.

« LEPR1NCE, LEGÉ, MAULN* .*

Brullon —Comité de surveillance.

Séance du 25 frimaire, an II.

« Un membre a dit :

« Une insurrection contre-révolutionnaire a éclaté « dans ce pays le 12 septembre dernier. Le résultat « de cette insurrection a produit des arrestations « considérables; de ces arrestations naissent des

< mouvements inquiétants qui doivent faire prendre « les précautions les plus vigilantes,

« La déroute qui a eu lieu au Mans et sur la route «< de Laval, dans Tannée soi-disant catholique-royale, « a fait jeter dans ces parages et surtout dans nos « bois un nombre incalculable de Brigands ; il n'est « pas possible (notre pays étant en grande majorité en

< arrestation) d'en faire la destruction. Sans cette « mesure , cependant, quelle sûreté espérer dans le « pays?

« Pourquoi, en se résumant, il a demandé qu'il soit k écrit au Comité défensif du Mans pour requérir « une force imposante capable de maintenir Tor- « dre et d'arrêter les Brigands dont le pays est « infecté.

« La matière mise en délibération à la majorité des « voix , il a été arrêté qu'il serait formé nne compa-

« gnie de cent hommes bien armés; la compagnie t devra cantonner à Conlie, sera requise, sous l'agré- « ment du Comité du Mans, de se rendre tout d e suite t àBrullon.

« Le présent arrêté sera porté au Mans par les « citoyens Jean Jobard et Maurice Lavoué, membres « députés à cet effet. »

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