‹ La Vendée en 1793Chapitre 63 sur 88 · ORIGINE DU SOULÈVEMENT · texte numérisé non relu

ORIGINE DU SOULÈVEMENT

Le soulèvement de la Vendée avait commencé en mars 1793, à l'occasion du recrutement de trois cent mille hommes qui fut ordonné dans toute la France. Il y eut des mouvements dans divers lieux qui furent comprimés tout de suite ; celui de la Bretagne dura quelques mois. Les insurgés succombèrent sous de grandes forces ; l'armée de la Vendée, dénuée de munitions, d'armes et de canons, trouva le moyen de s'en procurer dans diverses rencontres et attaques.

Les royalistes, armés de bâtons triangulaires par une de leurs extrémités, s'étaient exercés à une espèce de tactique qui leur avait été enseignée pour s'emparer des canons ; elle leur réussit parfaitement : ils firent des conquêtes qui les exaltèrent. En juin, ils prirent Saumur ; la déroute des troupes reflua jusqu'au Mans et y jeta l'alarme. Les Vendéens prirent Angers et se portèrent sur Nantes ; là, ils furent repoussés et contraints de se rejeter dans le

Marais. Ce fut dans ces luttes que se passa tout l'été.

Le gouvernement avait fait faire contre les insurgés des levées en masse, qui furent re poussées avec des pertes considérables. Il se détermina à envoyer des forces militaires, l'armée de Mayence en forma le noyau et eut les plus grands avantages; mais elle finit par périr presque entière.

Les Vendéens , qui avaient battu avec facilité les levées en masse, furent forcés, en octobre, de passer la Loire à Ancenis 1 ; ils allèrent a Craon, gagnèrent la célèbre bataille d'Entrameset traversèrent Laval en vainqueurs. La terreur les précédait. Ils se portèrent sur Grauville après avoir pris Mayenne, Ernée, Fougères. Ils comptaient sur des secours de l'Angleterre; mais ces secours n'arrivèrent point.

Forcés de lever le siège de Gran ville, l'armée royale fit retraite par Avranches, Fougères, Laval, Sablé, La Flèche, et mit le siège devant Angers.

Elle ne fut pas à Angers plus heureuse qu'à Granville.

Un quart d'heure de patience de plus, la ville était prise. Le commandant organisait la déroute; il a été guillotiné quelque temps après*. .

Mais enfin le coup fut manqué, et il fallut abandonner tout espoir de rentrer de ce côté dans la Vendée.

1 A Saint-Florent surtout.

* On veut parler de Danican; mais j'ai dit plus haut 1 0 que le général fut mis hors d'état de livrer la ville: 2° qu'il ne périt point sur l'échafaud, et qu'il mourut à Londres pensionné de l'ennemi.

La grande armée vendéenne était sous les ordres du prince de Talraont, Larochejaquelein, Stofflet ; la petite armée (qui n'avait pas passé la Loire) sous les ordres de Charette 1 .

La retraite d'Angers fut l'époque d'un commencement de division qui s'éleva entre les chefs de lagrande armée. Le prince de Talmont voulait marcher sur Paris, prétendant que plusieurshommes marquants de leur parti se réuniraient à eux dans la Beauce et entraîneraient les campagnes. Larochejaquelein, au contraire, avait très à cœur de repasser la Loire, et voulait tout tenter pour suivre son plan. 11 proposait de retourner par La Flèche et Sablé, de regagner Chàteau-Gontier et de la Varades, où Charette, qui avait l'île de Noirmoutier et le pays de Retz, devait les attendre et faciliter le passage.

Pendant cette contestation , l'armée défilait et gagnait Baugé , de là à la Flèche, dont on avait coupé le pont.

Dans sa route, elle eut quelques petits combats à essuyer.

Jusque-là, le parti de Larochejaquelein l'emportait; mais les tirailleurs ayant instruit l'armée qu'il était parti du Mans une colonne qui marchait sur elle et avait établi une batterie de canons à Clermont , village à trois quarts de lieue de La Flèche, sur la route du Mans, cet avis donna du cœur au parti Tal-

> Des notions plus étendues et plus exactes sont données dans mon premier volume sur la division, les forces cl les commandements des armées catholiques et royales.

mont, qui se renforça par l'espérance de vaincre.

L'armée donc s'avança et mit en déroute complète quinze à seize cents hommes que commandait Cha~ plain Renaudin, chef alors de la garde nationale.

Cette colonne avait été envoyée du Mans parle représentant Garnier de Saintes et le général Chabot.

Le bataillon de Valenciennes, qui tenait garnison au Mans, faisait partie de cette colonne.

Le triomphe des royalistes à Clermont fortifia de plus en plus le prince de ïalmont dans son dessein de se porter sur Paris, et malgré les représentations de Larochejaquelein, l'armée vendéenne se mit en marche pour le Mans le mardi matin 10 décembre 1793 4 .

Marche de l' Armée Vendéenne sur le Mans.

Le 10 décembre, sur les huit heures du matiu >

1 Dans le cours de mes chapitres, on a vu que Larochejaqueleia avait plusieurs l'ois varié dans ses idées, changé ses plans. 11 suivait les circonstances. Général en chef des Vendéens, il n'écoutait pas que les chefs ; il savait tout ce qui se disait dans les bandes ; il tenait compte des plaintes, des aspirations, des souffrances, des murmures.

D'abord il ne voulait point passer la Loire ; ensuite, le Ueuve franchi, il eut une fois le projet de tomber sur Angers à l'improviste et de s'en faire une place qu'il eût cherché à rendre inexpugnable.

Une autre lois il commença de marcher sur le Calvados, et ne fut suivi que d'un trop petit nombre de braves.

Après des victoires qui épuisaient et des revers qui accablaient, il ne pensait plus qu'à regagner le sol natal de la guerre pour y retremper ses forces et aviser aux mesures qu'il serait ultérieurement possible de prendre.

Le sort l'entraîna tout autrement qu'il ne voulait; mais, au lieu de perdre le temps à se courroucer contre ses adversaires, il se battait pour l'accomplissement de leurs desseins plus vaillamment et avec plus de prévoyance et de constance qu'ils ne faisaient eux-mêmes.

le général Chabot reçut avis de la marche des Vendéens.

Il savait que les débris de l'armée de Mayence, commandés par Westermann, étaient à la pour suite des royalistes 1 ; mais ceux-ci, par une marche forcée, avaient pris une avance considérable.

Cependant la nourriture malsaine à laquelle ils avaient été réduits en Bretagne, où ils ne vivaient que de racines et de blé noir, aussi bien qu'en Anjou, et pendant le siège d'Angers, où ils n'avaient eu que des noix et de méchant pain ; les mauvais chemins, la rigueur de la saison leur avaient donné une maladie mortelle, dont ils laissaient le germe partout où ils passaient. C'était une espèce de dyssenterie qui avait attaqué presque toute l'armée; sans elle, la marche eût été plus rapide encore; on n'en eût point été instruit au Mans ; il n'y eût point eu de poste à Clermont, et les Vendéens eussent, à La Flèche, pris la route de Sablé.

Mais, enfin, voilà les Vendéens qui marchent sur le Mans.

• On dit toujours : l'armée de Mayence, mais vous n'oubliez pas que cette armée a été dissoute à Angers et incorporée dans les différentes brigades de l'armée de l'Ouest.

Elle n'est de droit nulle part et de fait partout.

L'armée républicaine qui, réorganisée à Foultourte, après tant de marches, se porte sur le Mans, est commandée en chef par le général Marceau.

Elle se compose de quatre colonnes, savoir :

i° L'avant-garde, commandée par Wesiermann ;

2° La première division, dite de Rennes, commandée parMuller;

3° La deuxième divisîou, dite de Cherbourg, commandée par Tilly.

4° La réserve, commandée par KJéber.

Garnier (de Saintes) et Chabot font faire à la hâte des retranchements sur la route de Foultourte, avec une redoute et quatre pièces de canon. Ils élèvent une redoute à Pont-Lieue l , avec des chevaux de frise ; une autre en arrière du pont, sur la levée de lu Mission; ils firent faire des fortifications, avec des abatis de bois, a l'Épau, et placèrent un poste au Gué de Maulny. Ils sentirent eux-mêmes, d'après les rapports qui se succédaient, que ces moyens de défense seraient insuffisants; mais ils les prenaient en vue du bien public et pour calmer les populations. Un décret avait ordonné que toute ville qui ne se défendrait pas serait déclarée rebelle et rasée. On fit tout ce qui était possible pour montrer au moins du patriotisme, et éviter les reproches de la Convention*.

Les forces ne consistaient, au Mans, qu'en deux cents hussards, la garde nationale de la ville, un bataillon de jeunes gens de la réquisition, qui n'avaient jamais vu le feu, et qui n'avaient, ainsi que la milice citoyenne, que de mauvais fusils et des piques 2 .

Le bataillon de Valenciennes fut placé au Gué de Maulny; l'artillerie de la ville, à Pont-Lieue. Elle était commandée par le citoyen Desmares, négociant, qui

1 Deux arches de ce ponl furent coupées.

5 Singulière idée de présenter Garnier et Chabot organisant une défense pour la forme et faisant tuer des centaines d'hommes pour couvrir leur responsabilité !

8 On exagère la faiblesse des moyens de défense. On a dit plus haut qu'il y avait S à 6,000 hommes. 11 y en avait au moins 4 à 5,000, et avec de la résolution et des mesures bien prises, c'était assez pour arrêter les Brigands jusqu'à l'arrivée de Marceau.

eut un cheval tué sous lui par un boulet de canon. Ce brave citoyen eut le courage d'enlever de dessus son cheval ses pistolets d'arçon pour qu'ils ne devinssent pas la proie de l'ennemi. 11 était sur le pont au poste le plus périlleux, d'où fut tiré sur les Vendéens le premier coup de canon par le citoyen Blanc, officier de la compagnie des canonniers manceaux.

Ce premier coup à mitraille tua deux Vendéens et un cheval. Bientôt l'armée rebelle riposta; son artillerie était considérable; l'ennemi arriva sur le pont au pas de charge. Le citoyen Desmares fit approcher les avant-trains des canons pour les soustraire à l'ennemi, dans l'impossibilité où étaient les républicains de tenir plus longtemps contre de si grosses masses.

Une des pièces ne put être retirée du retranchement, et elle fut prise par l'armée vendéenne.

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